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IV. Antiquités d'Athènes

Si l'Athènes peu d'intérêt ,

moderne présente l'Athènes antique va nous offrir, en revanche, une des plus merveilleuses collections de ruines qu il nous soit donné d'admirer. Nous décrirons d'abord l'Acropole, ou ia citadelle de Minerve ; puis nous diviserons en deux régions les antiquités disséminées autour d'elle.

A. L'Acropole.

Il faut se munir, pour entrer dans l'Acropole, dune permission délivrée soit par M. Pittakis, soit par M. le coionel Thourct. Les hôteliers d'Athènes, ou la chancellerie de l'ambassade , la procurent facilement. — Cette permission est valable pour plusieurs visites. 11 est d'usage de donner une gratification au gardien qui vous accompagne : 1 drachme est très-suffisante ; ce pourboire dispense même de la permission — Il faudra fuir*» plusieurs visites â l'Acropole, examiner les murs en dedans et en dehors.— Nous recommandons surtout d'y revenir un soir, par un beau clair de lune : les monuments antiques prennent alors une grandeur inimaginable.— L'entrée de l'Acropole est vers l'angle S. -O., immédiatement au-dessous de la grande tour vénitienne et du temple de la Victoire sans ailes. On y monte en parlant de la tour des Vents et contournant l'angle N.-O.

du rocher, ou bien eu venant de la colline de l'Aréopage ou du Pnyx. On passe devant l'ancienne entrée de l'Acropole, découverte par M. Beulé ; il faudra l'étudier en dehors et en dedans.

Nous ne croyons pouvoir mieux faire, pour décrire l'Acropole, que d'analyser et de suivre pas à pas l'excellent ouvrage de M. Bcule [l'Acropole d'Athènet, 2 vol., Paris, 1853), auquel nous ferons de nombreux emprunts, et auquel nous devons renvoyer tout voyageur désireux de faire une étude approfondie de l'ancienne citadelle d'Athènes.

L'Acropole est un rocher isolé, élevé de 154 mèt. au-dessus du

mblement de terre l'Acropole du Pnyx

[Koute 3.}

niveau de la mer, escarpé de toutes parts, d'une forme ovale et irréguhère , mesurant 900 pieds dans sa plus grande longueur, sur 400 de largeur. Les anciens disaient qu'avant le déluge de Dcucalion un tr avait séparé

et du Lycabette , et qu auparavant, grâce à leur réunion, elle était plus près de l'Éridan et de l'ilissus.

Les Murs.— 1° Murs pclasgiqueM.

— Les Pélasges établirent les premiers sur l'Acropole des fortifications durables : Agrolae et Hyperbius en furent les premiers architectes. Ils s'attachèrent à protéger la pente qui regarde le couchant, par une série d'ouvrages et de portes, qui portaient le nom d'Ennéapijles (les Neuf Portes). C'était sans doute un long chemin sinueux entre doux murs, fermé de distance en distance par une suite de portes. Les fragments de mur pélasgique, qui existent encore, peuvent avoir appartenu à l'Ennéapyle. « Derrière la tour qui s'élève sur l'aile droite des Propylées, on trouvera des rochers ajustés les uns sur les autres {V . le Plan ci-contrc, lettres a, a, a). La surface extérieure seule es* aplanie, et assez grossièrement.

Cette muraille commence au mur du S., touche l'angle des Propylées, qui s'appuie sur elle en brisant son arête, puis se continue dans l'intérieur de l'Acropole, où elle se perd derrière des murs de revêtement (o, b, b), construits plus tard pour la cacher. Un ante en 'narbre blanc (c) se détache en saillie, et annonce un montant de porte avec son seuil, qui s'enfonce sous loti Propylées. Cette porte était probablement la dernière des Neuf Portes antiques, mais elle parait d'une époque postérieure, u peu près du temps des Pisistra— tides. » Vu autre spécimen des murs pélasgiques se trouve h 20 met. en avant des Propylées, et à peu près dans leur axé (lettre A). Ce fragment de l'enceinte

tKorr* 3., ATHENES.

primitive fut utilisé parMnésiclès pour soutenir la pente du grand escalier. M. Beulé l'a mis au jour en 1HÔ3 : t Les blocs qui le composent sont beaucoup plus petits que ceux du mur dont nous Tenons de parler; les faces de chaque pierre sont aplanies et de forme polygonale; les joints s'agencent avec une exactitude remarquable. C'est également le rocher de l'Acropole qui a fourni les matériaux. Ce mur n'a plus que 4 met. 50 dans sa plus grande hauteur; mais il a été démoli, ou, pour mieux dire, dégradé, de manière à suivre la pente de l'escalier. Son parement regarde le N., et marque par conséquent les limites de l'Acropole de ce cdté.

C'était donc vers le S. qu'il fallait chercher les traces du chemin qui serpentait entre les murs de l'Ennéapyle ; c'est vers le S. qu'il s'est retrouvé. > Au-dessous du temple de la Victoire, il y avait un chemin grossièrement pavé. M. Beulé a fait enlever ce pavage* le sable et les débris sur lesquels il reposait, et l'on a vu reparaître le rocher de l'Acropole , avec ees traces vieilles de trois mille ans.

c C'est un petit chemin (lettre B) large d'un mètre env., inégal, qui suit Jes caprices du rocher. 11 présente d'abord quatre entailles irrégulières, des sortes de marches creuses, où le pied s'enfonce, disposées à égale distance sur la pente, des trous ronds et profonds, que le sabot des animaux a lentement creusés. » Le même chemin semble avoir passé sous l'angle S -0. du soubassement du temple ; la courbe qu'il décrit l'y conduit nécessairement, mais on n'en trouve plus de vestiges. Il monte dans la direction du piédestal d'Agrippa , puis il plonge tout a coup sous les marches de l'escalier, et sous le palier l'on en perd les traces. Mais audessus du piédestal , et près du portique septentrional des Propylées, on le retrouve (lettre B'*), mais alors dirigé vers le S., ce qui prouve qu'il avait une diree-

— ACKOPOLE.

tion sinueuse, et on le perd de nouveau. Il passait probablement sous l'aile méridionale des Propylées, tournait encore devant le mur pélasgique, et pénétrait dans l'Acropole, au niveau de la porte dont nous mentionné ci-dessus l'emplacement. » L'œuvre des Pélasçes parait avoir subsisté jusqu'à la prise d'Athènes par les Perses.

2» Murs de Thémistocle et de Cimon. — « Après le départ des Perses, il fallut relever peu à peu les murs de l'Acropole. Ceux que Thémistocle et Cimon firent construire , existent aujourd'hui en partie, mais défigurés par des restaurations modernes , masqués souvent par de nouvelles murailles. Aussi ne peut-on en avoir une idée exacte qu'en en faisant deux fois le tour, à l'intérieur de l'Acropole et à l'extérieur. Les murailles reposent simplement sur ie bord du rocher et suivent ses mouvements et ses inégalités. Il n'y avait point de tours, parce que le lieu était naturellement trop bien défendu pour qu'une simple muraille ne fût pas suffisante. Le mur du midi s'appelait le mur de Cimon. Après avoir formé un des cdtés du soubassement du temple de la Victoire, il se continue quelque temps vers l'E., puis disparait sous de misérables fortifications turques. Cependant, a l'intérieur de la citadelle, on voit de loin en loin la construction enfouie en terre. Il n'y aurait qu'à démolir les petites pierres qui la masquent. A l'angle S.-E., le mur de Cimon reparaît avec ses régulières assises, aux teintes jaunes ou brunies : le travail en est remarquable. Le mur a une forme pyramidale, et va en s'élargissant, chaque rang de pierres se rccu.nnt d'un demi-pouce env., et faisant degré sur le rang inférieur. »

Le mur qui regarde l'Orient est moderne. Le mur du N. continua de s'appeler j>e'/a5<jtgu<?, même lors que l'œuvre des Pélasgcs eut été détruite, parce qu'il dominait le

quartier où avaient été reléguas les Pélasges. Ce mur est en partie antique. Ce qu'il offre de plus remarquable, ce sont des tambours de colonnes eu marbre pentélique et un entablement dorique en pierre, qui ont servi à sa construction. Ces fragments étaient ceux du vieux Parthénon , brûlé par Xerxès. « Au-dessus de l'architrave, on a placé la frise avec ses triglypbes en pierre et ses métopes en marbre blanc ; le tout est couronné par la corniche. Il y a dans cet arrangement un air cTantiauité, que l'examen des ruines elles-mêmes est loin de contredire. 3» Thucydide décrit cet aspect; les murailles avaient été élevées tellement à la hâte, après la retraite des Perses, qu'on avait pris tous les matériaux qu'on avait sous la main : les tombeaux et les monuments de la plaine avaient nervi à bâtir les murs de la ville, et les temples de l'Acropole même à rebâtir ceux de l'Acropole. Selon Pausanias, ces ruines avaient été conservées, afin que ce spectacle entretînt éternellement la haine contre les barbares. Le mur de Tbémistocle existe donc encore en partie du côté du N. ; on distingue aisément ce qui est ancien de ce qui est moderne, et l'histoire nous explique l'irrégularité de sa Construction. Il y a cependant des morceaux qui ont été entièrement relaits, à une époque postérieure, avec un soin qui fait avec le reste un contraste irappant : notamment a l'intérieur de la citadelle, près de la façade orientale de l'Erechtliéion, et plus à l'E., derrière les casemates turques.

3» Murs de Canon et de Valérien. — Ancienne entrée de V Acropole. — Enlin, le mur qui protégeait le côté occidental, c'est-à-dire l'entrée même de l'Acropole , était encore inconnu il y a quelques années et enseveli sous de massives constructions. C'est à M. IJeulé que. revient la gloire de l'avoir découvert, et à la France celle d'avoir fait les Irais des fouilles, dirigées pendant

(iKEL'E. LitouTJï 3.j

deux ans avec tant de persévé-

rance par notre habile antiquaire.

Nous ne pouvons mieux faire que de le laisser parler : « A 36 mèt.

en avant des Propylées, à 16 mèt.

au-dessous des degrés de leur soubassement, s'élèvent les véritables fortifications de l'Acropole, car les Propylées n'ont aucun caractère militaire ; c'est une magnifique décoration, rien de plus. Ces fortifications forment une façade intérieure, parallèle à la grande façade des Propylées, et à peine un peu plus large, car elle présente un développement de 22 mèt.

Cet espace a été divisé en trois parties égales : au milieu, un mur de marbre, percé d'une porte dorique, exactement dans Taxe de la porte centrale des Propylées; a droite et à gauche, des tours carrées en pierre, qui s'avancent pour défendre la porte, et dont la saillie est de 5 mètres 20. Le mur du milieu a été retrouvé dans toute sa hauteur, qui est de 6 mèt. 74 ; sa largeur est de 7 mèt. 20. Il est composé de marbres pris à différents monuments, mais disposés cependant avec une certaine régularité , et un certain goût qui parait inspiré par un modèle plu»

ancien. La partie supérieure, qu'on, peut appeler l'entablement du mur, a 2 mèt. 57 de hauteur. Ce sont, en effet, des entablements d'édifices doriques. Les architraves de marbre pentélique supportent une frise en pierre de tuf; des métopes en marbre blanc ont été glissées dans les coulisses des triglypbes. Ce sont des plaques sans traces de sculptures ni de couleurs. Au-dessus de la frise on a mis une corniche en marbre, qui appartenait a un autre monument, et on a ajouté un attique, composé d'une architrave et d'une petite corniche, qui appartenait à l'intérieur d'un temple , et terminait quelque mur de cella. On a retrouvé des traces de couleur rouge et bleue sur les triglypbes et sur les mutules de la frise. Du reste, une partie de ces fragments porte

Km iK 3 ATHKNES.-

écrite non-seulement leur origine, mais leur date. » Dans le caractère archaïque de la frise, M. Beulé retrouve l'aspect des anciens temples détruit? par Xerxès. Les architraves, au contraire, sont de l'an 316 av. J.-C, comme le prouvent 1^3 inscriptionsqu'ony îit.« La partie inférieure du mur est formée de morceaux moins importants. Les plus modernes sont tout au plus du il* siècle après J.-C. La porte est située en face de la porte centrale des Propylées et dans le même axe . Elle a 3 met. 87 de hauteur ; sa largeur est de 1 met. 89 à la base, de 1 mèt. TA au sommet; car c'est une porte dorique, et chacun de ses côtés s'érarte de la perpendiculaire de 8centim. Le linteau et les deux chambranles «ont formés d'un seul morceau de marbre. Ils ont été également enlevés à un autre monument, ainsi que l'attestent des trou* de scellement, aujourd'hui sans objet. — Le seuil de la porte, le dallage sur lequel il repose, les trooi carrés où les gonds s'engageiient, le conduit ménagé pour l'écoulement des eaux, tout s'est retrouvé : il y avait même encore dan* le* trous des gonds du plomb qui avait servi à les assujettir. Si chaque fragment porte écrite son ongme et son époque, il est plus ditfccile de préciser l'époque où fut f-levé le mur lui-même, car il n'a pas de style particulier. Les inscriptions déclarent qu'il ne peut remonter plus haut que le premier siècle après J.-C, et le goflt qui a préside à la disposition des matériaux empêche de descendre plus bas que le ui« siècle. » M. Beulé établit que les murailles détruites par Lysandre, relevées parConon, et renversées de nouveau parSylla, ne furent pas rétablies tant que Rome fut maîtresse du monde.

C'est à l'approche des barbares que Valérien les fit relever à la bâte. » En même temps qu'on reconstruisait la porte, on rétablit les tours qui la flanquent à droite ?t à gauche. Les Romains les

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