‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 72 sur 511 · PARTHÉNON · texte numérisé non relu

PARTHÉNON

A l'E. do la terrasse de Diane Brauronia, s étend, sur un ni '-eau plus élevé, celle de Minerve Ergané ouvrière bonn e au S. par le mur de Cimon, séparée à l'E. par un mur au péribole du Parthénon. La partie N. de cette enceinte est à moitié occupée par une citerne moderne. C'est aussi vers le S. que devait s'élever le temple, dont il ne reste aucun fragment. Quelques piédestaux occupent le sommet du plateau; ils portaient les statues de riches personnages d'Athènes sur lesquels l'histoire ne nous a rien appris. Hors de cette enceinte, et en face de son angle N.-E., on remarque un piédestal, de l'époque romaine, qui porte encore le nom de Flavius Conon.

Nous voici arrivés devant la façade postérieure du Parthénon.

Avant de décrire ce monument, nous conduirons le voyageur devant la façade orientale, qui était l'entrée du temple. Tout le terrain au N. du Parthénon est couvert d'énormes fragments. On ne sait jusqu'où s'avançait de ce côté le péribole du temple. De tous les monuments qui ornaient le chemin ménagé entre le Parthénon et l'Érechthéion, il ne reste que des fragments incertains. La plupart de ces monuments paraissent romains et élevés par la flatterie à des personnages oubliés.

Le Parthénon. Historique.— Nous avons mentionné déjà dans les murs de Thémistocle les fragments de l'ancien Parthénon, détruit pat les Perses. L'histoire ne nous apprend rien de positif sur ce monument primitif, qui n'avait jamais été terminé ni consacré. Ce fut Périclès qui éleva l'édifice que l'on admire encore aujourd'hui.

On ignore l'année précise où il fut commencé (à peu près l'année 444 av. J.-C, mais on sait qu'il était •• terminé l'an 436. Il avait coûté I plus de deux mille talents (12 mil- l lions de francs), que Périclés avait prélevés non-seulement sur les revenus des Athéniens, mais aussi sur les contributions payées

par les alliés au trésor de Délos.

Phidias avait été mi» à la tète de tous les travaux; il dirigeait tous les artistes , et cependant il en avait de bien grands sous ses ordres. La postérité a attribué à ce nom glorieux tous les travaux artistiques du grand siècle; il faut cependant rendreà chacun les œuvres qui lui appartiennent.

Calficrate et Ictinus furent les architectesdu nouveau Parthénon ; ils donnèrent à la façade une longueurde UUpieds» (cequi valut uu temple le surnom d'Hécatompédon), etla firent porter sur huit colonnes, ce qui était alors une grande innovation, car jusque-lk les temples étaient hexastyles. Les sculpteurs Alcamène, Agoracritc, Crésilas, Critios, Nésiotès, Hégias, Colotès et Pœonius, dont les uns étaient les élèves, les autres les ri vaux de Phidias, partagèrent l'exécution des frontons, de la frise et des métopeR. Alcamène parait avoir été l'auteur du fronton occidental (v. Beulé);la frise de la Cella a été exécutée par des mains différentes sur un dessin unique,

f>robablement celui de Phidias; es métopes, d'un caractère plus archaïque, paraissent dues à une école moins habile , probablement aux vieux sculpteurs du temps de Cimon, pour lesquels Phidias était un novateur Enfin le fronton oriental pourraitseul avoir été de la main de Phidias, ou au moins de son élève chéri Agoraerite. Phidias s'était réservé spécialement la statue colossale de Minerve, toute d'or et d'ivoire, qui ornait l'intérieur delà Cella. Cette statue avait 26 coudées (environ ]2 mèl.) de hauteur. « Si l'on donne seulement 3 mèt. a la base, elle porte la hauteur totale à 15 mèt. On comprend quelle dépense ce fut de couvrir d'or et d'ivoire un pareil colosse. » Il y entrait pour 40 talents d'or (^i millions de francs}. L'ivoire et la main-d'œuvre devaient représen-

• Le pied «rive flsil <<<> 3i «nlifnètrt».

GRECE. [Houtk 3.

ter une somme encore plus forte.

(V. Beulé, pour la description de ce chef-d'œuvre.) La statue fut placée dans le Parthénon l'an 444 av.

J.-C. Elle fut enlevée du temple par les chrétiens sous le règne de Justinien, et probablement elle alla orner l'hippodrome de Constantinople avec d'autres œuvres de Phidias, et faire pendant au Jupiter olympien.

Après le siècle de Périclès. le Parthénon reçut encore beaucoup dornements, nous n'osons dire d'embellissements, car les chefsd'œuvre ne gagnent pas ordinairement à être retouchés. Mais les âge» suivants virent aussi violer lu sainteté du temple ; c'est ainsi que les ornemente d'or furent volés par Lacharès , que Démétrius s'installa avec ses courtisanes dans ropisthodorae. Les Romains et même les barbares respectèrent le temple; mais lorsque les chrétiens en prirent possession en £30, pour le consacrer a la Vierge, ils commencèrent à le ruiner pour 1 approprier au nouveau culte.

L'entrée fut transportée de l'orient à l'occident. Lue abside byzantine s'éleva sur les débris du pronaos et du fronton oriental. Sous les Turcs le Parthénon devint une mosquée, et un minaret fut bâti à l'angle S.-E. ; il vient à peine de disparaître. Cependant le monument subsistait encore presque en entier, lorsque Spon et Wheler le visitèrent en 107b\ Leur description , tout imparfaite qu'elle est, nous donne d'utiles renseignements 6uree temple, qu'une catastrophe terrible allait bientôt ruiner. En lrJtw, pendant le siège des Vénitiens, une bombe mit le feu a> un magasin à poudre établi par les Turcs au milieu du Parthénon. Le temple sauta : « Presque toute la cella et sa frise, 8 colonnes du por* tique N. , C du portique du S., avec leur entablement, lurent renversées ; le vaste temple resta coupé comme en deux corps de ruine.

Morosini» vainqueur, continua une destruction qui n'avait plus les

[Rot tk :\. ATHKNKS— LK

nécessités de la guerre pour excuse. Par son ordre on enleva du fronton les chevaux et le ehar de Minerve, si admirablement conlervé que les voyageurs les plus tndiiïérents en parlaient avec enthousiasme, (''opération fut si mal conduite, que tout le groupe tomba et se brisa sur le rocher. Depuis le xtii"' siècle jusqu'à Taffranchisment de la Grèce, le temple eut peu à souffrir. Mais le goût pour les sculptures antiques, qui commença à se développer parmi les Dations européennes, devait être pour l'Acropole une cause nouvelle de pertes et de dégradations.

Le comte de Cboiseul Gouffier rapporta en France un morceau de fa frise du Parthénon, un seul, etdétacbé depuis longtemps, puisqu'il appartenait au coté oriental entièrement ruiné depuis 100 ans.

Cet exemple, ^ue lord Elgin déclare si haut n avoir fait que suivre, justifie-t-il l'acte de vandalisme qui a soulevé la réprobation universelle ? Les Anglais eux-mêmes se sont indignés, et le génie s'est chargé de rendre immortelle la flétrissure infligée à 6on auteur.

Plus de 200 pieds de la frise et presque toutes les statues des iron tons furent enlevés; les métopes turent arrachées de leurs coulisses, et le marteau fit voler en éclat les triglvphes et les corniches ; on emporta en outre des fragments d'architecture , tambours de colonnes, chapiteaux, entablement, corniche, etc., etc.»

Detcrtption.— Tou tes 1 es form u 1 es de l'admiration ont été employées à célébrer le Parthénon, le plus beau de tous les temples antiques que les ravages des siècles et des hommes nous aient conservés. Un grand nombre d'ouvrages spéciaux lui sont en outre consacrés; nous ne peuvons reproduire ici ni les vers des poètes qui l'ont chanté, ni Jes descriptions techniques et détaillées des architectes et des archéologues. Nous rappellerons seulement que c'est surtout nu Parthénon qu'ont été faites les

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observations sur la loi des courbe»

horizontales et la polychromie des temples anciens [v, p. 36 et 38;.

Le plan du Parthénon est d une granue simplicité. « Le corps principal est un grand rectangle divisé en deux salles inégales. La piu»* grande, ouverte à l'orient, est proprement le temple : elle contenait la statue de Minerve. La plus petite est l'opisthodome : on y renfermait le trésor public. Deux portiques de 6 colonnes chaïun précèdent le naos et l'opisthodome. Tout autour de la Colla ainsi disposée règne un péristyle qui compte 8 colonnes sur les façades, 17 sur les cotés, les colonnes d'angle deux fois comptées.

L'édifice entier est élevé sur un soubassement de 3 hauts degrés.

2 degrés un peu plus petits exhaussent encore le sol de la Cella nudessus du niveau du portique.»

Le péristyle et la Cella étaient décorés à l'intérieur de sculptures sur lesquelles nous reviendrons.

Des statues colossales remplissaient les frontons. Au sommet du fronton , un immense fleuron d'acanthe servait de couronnement, et les deux angles supportaient des sujets dont l'emplacement se reconnaît encore. La fa-

Sade orientale avait été de plus écorée de boucliers d'or disposés sur l'architrave et au-dessu* de chaque métope. Du côté du N., il y avait encore une décoration sur l'architrave, comme l'attestent trois trous disposés en triangle sous chaque tnglyphe. Enfin, au N., à l'O. et au S., on observe, au pied de la plupart des colonnes du péristyle, des traces carrées de stèles ou de piédestaux ; ils datent certainement d'une époque postérieure.

Voyons maintenant ce qui reste de cet admirable monument :

Le fronton oriental a presque entièrement disparu. Le milieu a été jeté bas pour faire place à l'abside byzantine. L'explosion de et lord Elgin ont complété l'œuvre de destruction. Des sta-

lues, dont l'ensemble représentait Ja naissance de Minerve, il ne reste plus que quelques têtes des deux extrémités, 2 des 4 chevaux du Soleil à l'angle K. eti de la Nuit a l'angle opposé; ces derniers méconnaissables, les autres mutilés, mais leur cou est admirable de conservation; il y en avait 4, les K autres sont à Londres. C'est aussi au musée Britannique qu'il faut aller admirer l'Hercule assis, le groupe de Cérès et Proserpine, l'Iris, un fragment de torse et les trois Parques. Dans le Parthénon même on a déposé un torse de femme (la Nuit), et dans une casemate, près du temple-d'Ereehthée, deux fragments d'une temme ailée (la Victoire), qui appartenaient au même fronton.

Les métopes de la frise sont encore en place, mais complètement mutilées par le marteau des barbares. U est presque impossible de comprendre les sujets qu'elles représentaient. Sur la 12*, à partir de la gauche, on distingue une Minerve guerrière. Sur la 4% sur la 7e et la 12e, on peut encore reconnaître sa figure. Les autres métopes paraissent représenter des guerriers.

« Un montait au Parthénon par de petites marches ajustées entre les assises du soubassement. Le pronaos était fermé par une grille scellée entre les colonnes, et qui s'élevait jusqu'aux chapiteaux. On en voit la trace sur la seule colonne qui soit encore debout. Le mur qui séparait le pronaos de la Cella n'existe plus. Vers le fond de la Cella, l'emplacement de la statue colossale de Minerve est marqué par un pavement de tuf, qui tranche sur les dalles de marbre qui revêtent le sol. La Cella a été si complètement ruinée, que la disposition intérieure est restée longtemps un problème. On ignorait même de quel ordre étaient les colonnes qui formaient les deux portiques. » M. Paccard (architecte de l'école française), dans sa Restauration du Parthénon, a re-

GRÈCE. [Route 3.]

trouvé les traces des bases des colonnes; il a reconnu qu'elles étaientdoriques, et, calculant l'en-

tre-colonnement d'après leur diamètre, il a montré qu'elles étaient au nombre de 10 de chaque côté.

A l'extrémité occidentale, au lieu des deux dernières colonnes, il place 2 piliers. Entre ces 2 piliers, ',i colonnes pouvaient prendre place, maiscelle du milieu manquait, pour dégager la porte nui communiquait avec l'opisthoaome. Comme on ne sait pas au juste si cette porte existait aans le plan primitif, ou si elle fut établie quand l'orientation du temple fut changée par les chrétiens, on ne sait pas non plus si celte colonne existait ou non dans le principe. Par \t diamètre des colonnes on calcule aussi la hauteur, et l'on est amené à rétablir un second étage de colonnes plus petites, probablement doriques. Cette galerie à deux étages a du reste été décrite par Spon et Wheler. On ne sait si la cella du Parthénon était rouverte ou dé- Couverte. 11 n'est pas probable que la statue et les objets précieux contenus dans la cella (le trône de Xerxès. les armes précieuses, les offrandes, etc.), fussent exposés aux intempéries de l'air ou plongés dans l'obscurité. 11 est probable que la cella était couverte, mais éclairée par une ouverture ménagée dans la toiture. Le toit antique avait du reste été détruit pour construire l'église byzantine.

La célèbre ftise de la Cella offrait une suite non interrompue de bas-reliefs, qui tournaient autour de ses quatre côtés, et représentaient un sujet unique, la fête de»

Panathénées, avec la figure des dieux, les cérémonies du temple, la procession sacrée, et les courses de chars et de chevaux qui se faisaient à cette occasion. Cette frise a été transportée presque toute entière au musée Britannique. Le inusée du Louvre en possède un fragment, qui a ma'* reusement été restauré. On

ueu en a

.Route 3.] ATHÈNES.— LE

réuni quelques fragments dans rOpisthodome du Parthénon. Le côté occidental est resté en place presque entier. C'était heureusement une des parties les plus soignées de l'exécution. Les bas-reliefs représentent déjeunes Athéniens se préparant pour la fête, bridant et caressant leurs chevaux. Ces sculptures portaient des accessoires de métal, dont on reconnaît les traces. Elles se détachaient, a ce qu'il parait, sur un fond bleu, et quelques accessoires étaient peints ; mais il est douteux que les figures elles-mêmes fussent peintes, car on ne pouvait assister a la procession avec des vêtements de couleur. Les bas-reliefs déposés dans l'Opisthodome représentent des chars, des sacrificateurs et des victimes , et trois figures de la frise orientale représentent des dieux.

VOpùthodome était situé derrière la Cella. Il avait 13 mèt. 33 de longueur ; c'est à peu près le tiers de celle-ci. Il renfermait le trésor public. La disposition intérieure est incertaine, car il y a désaccord entre le témoignage* de Spon et Wheler, qui le font soutenir par six colonnes cannelées du même ordre et de la même grandeur que celle du portique, c'est-à-dire doriques, et l'opinion des architectes, MM. Cockerell et Paccard. Ceux-ci pensent en effet

3u'il n'y avait que quatre colonnes 'ordre ionique.

En sortant de l'Opisthodome par la grande porte occidentale, on se trouve sous le Poiticum, dont les six colonnes existent encore entières, avec leurs architraves et leur frise. Il faut descendre les degrés du temple pour aller admirer la façade occidentale, avec •es huit colonnes doriques. Le canon des Vénitiens a criblé toute cette façade. Toutefois, la corniche, les triglyphes et les métopes sont encore en place ; cellesci ont été complètement mutilées, comme celles de la façade E., et Ton ne peut plus reconnaître ce

Orient.

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