SECTION V. — LANGUE ARABE
li 1". Origiii« de U langue arabe; -— inflnenee du Koran; — eoap
i'eil nat la litlératiire orientale. — Nous n'entrerons pas dans le détail
^ preuves qui attestent la haute antiquité de la langue arabe, le rameau
^ pins riche de l'arbre sémitique, et le seul qui ait conservé aujourd'hui
^ vie et sa fécondité. Les recherches de la philologie comparée s'appuyant
<ttr Us déeouTertes des voyageurs contemporains, et en particulier sur la
^*<tve des inscriptions sinaîtiques, ont démontré que l'arabe s'est détaché
^ V^nne heure de l'hébreu et de Taraméen, et que déjà il était constitué
^ies parties organiques. 11 reste d'ailleurs peu de monuments de la
^^litttion de l'Arabie avant la naissance de Mahomet ; les documents qui
^ientpa éclairer la critique moderne ont péri avec le cuite des idoles
^ ^ et de Mimai, et le fanatisme musulman a altéré ces précieuses tra-
^!||*<«s de famille, qui, à défaut d'archives écrites, renfermaient toute
"faitt du passé. Toutefois il est hors de doute qu'un siècle avant la
'r^cttkm de i*Islam, c'est-à-dire dès le vi* s. de notre ère, lalangue pariée
I^Us nomades du Hèdjaz et du Nedjd était parvenue à ce point de per«
^n et de délicatesse raffinée que le grand mouvement littéraire du m*
"^^ iT* 8. de l'hégire n'a jamais pu atteindre. Ce n'est pas sans étonnement
^^ voit naître en plein désert^ et sous la tente grossière du Bédouin, ces
f^tt héroîques,'ces poèmes pleins du souffle ardent qui a inspiré le livre
7 J(>b et les cantiques d'Israèl. En ce sens, du moins, on peut dire que
^^^f>«i^t est le pays des merveilles.
î8iK ËaTPTE MOOSRNB.
i> Une tnidition généralemeut admise par lei écritaini musalmni atu que, parmi toutes les tribus de la Péninsule, celle de KoreIch,à laquelle partenait la famille du Prophète/ se signala par Tatticisme de son langag par le soin qu'elle mit à fonder Tunité de la langue en extirpant les lo tions proTÏnciales ou les barbarismes étrangers. C'est dans l'idiome koi chite que fut écrit le Koran, œuvre divine aux yeux des croyants autant l'inspiration que par la magie du style, et qu'il n'est pas donné à Thoa d'imiter. On sait comment fut recueilli ce code universel de l'islamisii Il n'a pas été rédigé tout d'une pièce par le Prophète lui-même ou par disciples ; chacun des versets et des chapitres qu'il renferme a pris n^ sance au milieu des orages de sa mission prophétique. Révélés à Mahoi par l'ange Gabriel selon que les circonstances l'exigeaient, ils étaij aussitôt recueillis par quelques-uns de ses adeptes, et transcrits à la h\ sur des peaux de mouton, des omoplates de chameau ou des feuilles de p mier. Ils se transmettaient plus encore par le secours de la mémoire q par récriture, art fort négligé chez ces peuplades guerrières, et resté domaine presque exclusif des juifs ou des chrétiens établis parmi elli Après la mort du Prophète, Abou-Bekr, son successeur, et quelques anui plus tard le khalife Omar, craignant de voir le texte sacré s'altérer dans bouche du peuple, le réunirent en un corps d'ouvrage en se servi de l'écriture nommée kùufiquey parce qu'elle fut, ditK>n, inventée Koufah. Cette copie, due aux soins des secrétaires mêmes du Prophèl coupa court aux variantes qui menaçaient autant l'orthodoxie que la pu^ du langage, et il est permis de croire que le Koran est parvenu jusqu'à n< sans avoir éprouvé de modifications sensibles. A dater du viii' s. de l'I chrétienne, l'arabe s*enrichit de son ingénieux système de signes et points diacritiques indispensables au maintien d'une langue dans laque les voyelles ne sont pas représentées; bientôt naquirent les deux grani écoles grammaticales de Koufah et de Basarah, dont la mission fut d'ai lyser avec toute la patience du génie oriental les hardiesses de l'idioi sacré, et de donner aux archaïsmes et aux irrégularités du Koran la coni cration d'une déduction rigoureuse. L'arabe devint alors le principal rep sentant de la famille sémitique; la conquête musulmane en fondant l'un religieuse absorba tous les idiomes congénères, et les plus brillantes p! ductions de l'Orient furent enfantées dans cette langue désormais univi selle en Asie. Abdiquant le rôle de conquérants pour celui de civilisateui les Arabes se livrèrent à l'étude des sciences sous l'impulsion éclairée ^ khalifes abbassides. Tandis que les ténèbres de Tignorance et de la ^ perstition couvraient l'Europe, la grande école de Bagdad recevait de main des Grecs le flambeau de La science, et travaillait sans le savoir à régénération de l'Occident. Plusieurs textes grecs dont les originaux so perdus nous furent transmis par cette voie. Les travaux d'Aristote, d'Hi pocrate, d'Euciide, d'Apollonius, etc., furent traduits ou commentés p cette fervente génération de savants qui fit la gloire du règne d'Haroui er-Rechid et de Mamoun. Les sciences mathématiques s'enrichirent de a couvertes nouvelles. L'Egypte, l'Espagne, l'Afrique occidentale s0 <'^^^' ïknûi à leur tour, et les différentes dynasties qui se partugèrent rhéritsj éê la maifon d'Abbas ne répudièrent pas la glorieuse prolection que cel famille avait accordée aux travaux de l'esprit humaifté
LANOOK ARABE. S83
L A AbI pomiait ceoooMtti» que malgré le développement de la oivilisa-
IMt Jâ liltéfitnxe arabe proprement dite ne put reprendre Tesior que loi
jpieot imprimé les pe»w m^randeuff du désert. Ce n'est pas que la langue
IBM fâl eoosidérablement enrichie des trésors de la philosophie grecque
^alezaodrine; elle avait été analysée jusque dans ses moindres détails;
Titede de Téloquanee était presque aussi honorée qu'à Athènes ou à Rome;
In poéiesy les panégyristes, les chroniqueurs célébraient à Tenvi les ez-
ièii ds Mahmoud le Gaznéfide ou de Salah-ed-Din. Mais FinspimUon
P^a s*étaît éteinte avee la ferveur des premiers âges; Tesprit grandiose
*^fie simple qui avait dicté les sublimes chants de guerre du Bédouin
>^ité étooflé pair les froides combinaisons de la rhétorique. Avant même
JàUitwment du khalifit i Bagdad, l'abus du paralléUsme, l'allitéra-
t«s- ie jeu de mots, déparent les écrits des auteurs les plus en renom. La
f^a^t de rantithte et du faux, le choix des tournures affectées ou
■^^•nrei, Tabeence complète de mesure ou de goût, caractérisent désor-
3*ii cette biaarre littérature que l'on a flétrie chex nous, non sans raison ,
<itt nom de sly le oriaitf«l.
li est difficile de méconnaître dans cette décadence littéraire une sorte de réftctioii du génie indo-européen et surtout persan contre l'usurpation ■voimane. La Perse, froissée par la conquête dans ses croyances relilieoses oomme dans ses légendes nationales, a introduit dans le domaine ùiellactuel du vainqxieur un germe de corruption ; et, en adoptant Talphaket et ie dictionnaire arabes, elle a étouffé par ses vaines aspirations vers n ^usé détruit les dernières lueurs de ce génie qui enfanta la Bible et ^ itoaUûkai. Aussi Térudition européenne a-t-elle fait preuve de saga- <^^ st de goût en délaissant depuis quelques années tout le clinquant <^« j& poésie musulmane, pour concentrer son attention sur les documents <pu peuvent enrichir l'histoire et la philologie, pour étudier avec ardeur les aonales de la vieille Asie, les lois qui régissent ses innombrables idio- ^ ei arracher aux muets débris de l'Egypte et de l'Assyrie le secret des Puidcs civilisations déchues. C'est en persévérant dans cette voie si fé- ^<ls que les écoles orientales en France comme en Allemagne peuvent >^<^l>leiQent contribuer aux conquêtes scientifiques de notre siècle. S 3. fiigUnction onir» l'arabe littéral et l'arabe vulgaire. — Il n'y &i proprement parler qu'une seule langue arabe, car les différences qui sé- Pu«at les langues néo-latines des idiomes générateurs n'existent pas dans ^ famille sémitique. L'arabe itlt^roi ou des monuments écrits ne se dis« ^u^goe de Varabe vulgaire que par de simples infractions aux lois de la Smomaire, et ces nuances sont si légères, que plusieurs savants ont pu tvee eae apparente raison nier Texistence de l'idiome littéral. On ne peut ^vter, an eiSfet, que l'arabe vulgaire ne soit plus voisin du type qui cautérise les vieux idiomes sémitiques, tels que l'hébreu et le chaldéen. En Pféienee des subtilités et des procédés si délicats de la grammaire arabe» ^ est même permis de se dexnander si jamais cette langue a été parlée ^ l'état on on la trouve écrite. La vérité est que les grammairiens n'ont ^^ ajouté d'essentiel au type consacré par l'usage; ils ont cherché seule - ^Qt i donner l'explication d'une foule d'irrégularités provinciales, et à '^•Bsr à l'unité cette perpétuelle fluctuation de voyelles due à l'imper- ^«eUsA de leur alphabet. La distinction entre l'arabe littéral et le vulgaire
SM ËaTPTB MODERNE.
porte settlement sur ces deux pointa : 1* les inflazions .finales, qui du
Tanbe écrit marquent les cas des noms et les modes des verbes, sont omis<
dans le vulgaire; 2* un certain nombre de mots étrangers, et pour la piupa]
turcs, sont employés dans le langage usuel. <— Ces variétés ou, si Ton veul
ces infractions à la grammaire sont universellement admises dans le styl
familier, et Ton ne saurait s'en alTranchir sans être taié de pédantisme
mais en dehors du style usuel, Técrivain ou Torateur retrouvent toute 1|
berté d'action; les trésors de la langue littérale leur sont accessibles, et il
se font encore une gloire d'imiter le langage des bons siècles de la littéra
ture arabe. Nous empruntons du reste au beau travail de M. E. Renan stt
les langues sémitiques le passage suivant, où le rôle des deux idiomes s<
trouve parfaitement caractérisé : « Sans attribuer aux grammairiens rinj
vention des mécanismes de l'arabe littéral, nous reconnaissons qu'il y i
dans ces mécanismes une part de convention, en ce sens que de procédés
flottants, indécis ou ne convenant qu'à de certains mots, les puristes ont
fait des procédés fixes et réguliers. Pour le dictionnaire, de même, ils ont
sanctionné l'intrusion d'une foule de mots de tonte provenance que le peu^
pie n'employa jamais, et qui firent de l'arabe une sorte de langue artifi"
cielle dans le genre de l'italien académique du xvu* et du xviii* s. * i^
distinction de l'arabe littéral et de l'arabe vulgaire n'a pas d'autre ori^
gine L'arabe littéral n'est pas, comme le veulent quelques pliilologues,i
un idiome factice; l'arabe vulgdre, d'un autre côté, n'est pas, comme d'autrès l'ont prétendu, né de la corruption de l'idiome littéral ; mais il a existé une langue ancienne, plus riche et plus synthétique que l'idiome vulgaire, moins réglée que l'idiome savant, et dont les deux idiomes sont sortis par des voies opposées. On peut comparer l'arabe primitif à ce que devait être la langue latine avant le travail grammatical qui la régularisa vers l'époque des Scipions; l'arabe littéral, à la langue latine telle que nous la ^f^^^??? dans les monuments du siècle d'Auguste ; l'arabe vulgaire, au latin simplifie que l'on parlait vers le vi* s., et qui, à bien des égards, ressemblait plus su latin archaïque qu'à celui de Virgile ou de Gicéron. • » Les principaux dialectes arabes sont ceux d'Arabie, de Syrie, d'Egypte et de Barbarie. Les trois premiers ne diffèrent entre eux que par la pronoociation de certaines lettres et par l'emploi de* quelques idiottsmes facilement compris dans les pays voisins. L'arabe parlé en Afrique présente des différences plus caractérisées non-seulement dans sa grammaire, mais psr suite de l'adoption de plusieurs mots berbères, etc. ; cependant ces différée' ces ne vont pas jusqu'à le rendre inintelligible à Damas ou an Caire. Nous n'avons pas à nous arrêter ici sur le dialecte tnàpoule usité dans le Malabar, sur le mosarabe qui se conserve encore dans les montagnes de Grensde, ni sur le patois màUait, le plus altéré de tous. La situation géograpbi4>j^ et l'histoire de ces trois contrées suffisent pour expliquer la corruption de leurs dialectes.
S 3. — Coup d'oil tur la grammaire arabe. — On a indique dans le paragraphe précédent les différences caractéristiques qui séparent Tarabe vulgaire de l'arabe dit liUéral ou classique, c'est-à-dire de l'arabe écrit d'après les règles de la grammaire. On a vu que l'idiome vulgaire n'était, d'une façon générale, que l'idiome littéral dépouillé des voyelles qui marquent les désinences casuelles et les flexions verbales.