‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 181 sur 408 · ROUTE ]2] / TOMBEAU DE BARSEBÀÏ · texte numérisé non relu

ROUTE ]2] / TOMBEAU DE BARSEBÀÏ

gé. Les DQUtres qui servaient à suspendre les lampes, et qui étaient peintes et couvertes dMncrustationSj sont en partie brisées. Au côlé opposé an sanctuaire, c'est-à-dire au S., se troaTe la salle des tombeaux de la famille du sultan et notamment de son fils M-Maiik en-iNasr Âbou SeAdât Ferradj, qui régna après son père (139^1406) et qui fut alternativement, en Syrie, vainqueur des Mongols et vaincu par eux.

En revenant dans la grande cour, remplie d*herbes et de décombres, au eentre de laquelle est la fontaine aux ablutions, recouverte d'une construction octogone en bois, toute délabrée, et entourée d'un groupe d'arbres rabougris et mélancoliques, on ce peut se défendre d'une impression profonde.

Quelques mots suffisent pour acheter la description des parties acces- >oires de l'édifice; il comprenait aussi <les logements d'été et d'hiver pour ^€s étrangers (10 et 11); trois logements complets (7) pour les cheikhs ^t la mosquée; des latrines (8); à àr. de U porte d'entrée est un sebll ou fontaine publique (9) avec une ^oie de garçons au-dessus. Tout c^ia est aujourd'hui absolument en ruine. Les escaliers des minarets ^nt si dégradés qu'on ne peut y monter qu'avec de grandes précautions, mais on en est récompensé par la vue qu'on a du haut des terrasses. *

La construction est, comme à l'ordinaire, par assises réglées en pierre caicaire alternativement rouge et l'iancbe. Le calcaire blanc provient <le% environs du couvent de saint Ant«^'îne, sur la mer Rouge. Les bandes njQges sont dues à une application <J« peinture,

^gré rétat complet d'abandon et ^ dégradation où se trouve cette P<Jïqttéc, peut-être à cause de cet «tatnéme, l'œil est frappé du style grandiose des arcades et des coupo- ^1 qui s'alliait si bien à la ri -

ORiENt n.

chesse et au fini de l'ornementation.

C'est ici surtout qu'en appelant de tous nos' vœux des mesures de conservation qui puissent arrêter la chute complète de l'édifice, vil faudrait craindre une restauration ipin* telligente, qui, sous prétexte de rendre la mosquée aux usages du culte, y introduirait des éléments modernes d'ornementation.

Le grand monument qu'on voit du même côté du chemin au S. de la mosquée d'el-Barqouq, et sur le même alignement, est la mosquée d'el- Achraf-Banebai (qui régna de 1422 à 1438 ; il fit une guerre heureuse contre le royaume franc de Chypre).

L'édifiée est reconnaissable à son minaret dégradé, formé de trois étages, alternativement carré, octogone et cylindrique, mais sans ornements extérieurs^ sans terrasses à encorbellement, sans ornement bulbeux au sommet; un simple mftt de bois le domine. Près du minaret à l'angle N. 0., s'élève, par compensation, une coupole élégante, couverte de charmantes arabesques, très -légèrement étranglée à la base et finement effilée à sa partie supérieure; un double perron précède la porte, surmontée d'une petite croisée, des deux côtés de laquelle on lit dans un cadre circulaire l'inscription dédiée à Barsebaï. L'intérieur de l'enceinte est presque entièrement ruiné. Le tombeau situé sous la grande coupole ne porte plus aucune inscription. Cependant l'imam et le muezzin de cette mosquée ont assuré à l'un de nos correspondants, M. Cb. Gaillardot, qu'ils avaient vu autrefois l'épitaphe de Barsebaî, mais que la pierre avait été depuis transportée par le gouvernement au musée des antiques. MM. L. Bourgoin {les Arts arabes y Paris, 1868) et Prisse d'Àvesne (VArt arabe, etc.) y ont pourtant, il n'y a pas un bien grand nombre d'années, copié de jolis motifs de lambris coloriés et de vitraux en plâtre, à jour. Une toute petite coupole,

EGYPTE. — LE CAIRE

[ROUTE lî)

très-élégante aussi, est annexée à la partie postérieure (côté E.) de cette enceinte au milieu du sanctuaire.

Autour de ces grands monuments sont semés un grand nombre de monuments plus petits, souvent réduits à une simple coupole portée sur un dé carré de maçonnerie, avec le système de pendentifs extérieurs, ou de pans coupés aux angles du carré, que nous signalions tout à l'heure à propos du dôme d'el- Barqouq. Un des plus élégants modèles de ces coupoles funéraires est en face et à l'O. de la mosquée d'el- Barqouq, un autre, entre celle-ci et el-Achraf-Barsebaï. Une autre coupole située presque en face de cette dernière mosquée, à TO., et nommée Mab'hat el-Rifai (l'oratoire de Rifdi], contraste au contraire par sa forme lourde et écrasée avec le caractère général d'élégance de cette nécropole. Elle menace de s'écrouler et ne contient rien à Tintérieur que quelques fragments de mosaïque. Une autre petite coupole isolée au S. de celle-ci, et nommée Koubhet Cheikh- Ahmed, se signale par la saillie de ses nervures extérieures, et la manière un peu lourde aussi dont elles s'en tre-croisent pour figurer des sortes de nœuds en forme d'hexagones allongés dans le sens de la hauteur. On chemine ainsi quelque temps entre des édifices, qui n'ont qu'un intérêt secondaire après ceux que nous avons décrits, et l'on se dirige au S. vers le minaret de Kaïl Bcy, qui s'élève à une grande hauteur au centre d'une sorte de village, composé de tombeaux et d'habitations pour les vivants, et dans les petites ruelles duquel il faut s'engager pour atteindre

La mosquée de Kaït-Bey (pron.

vulg. KaitBeg), construite de 872 à 901 de l'hégire (1468-1496 de J. C), par le sultan el-Achraf-Abou-'l-Nasr- Kaït-Bey, qui combattit les Turcs avec succès, ne présente qu'une coupolo et un minaret. C'est l'eclihce

le plus gracieux de cette nécro et le mieux conservé, car l'intérieur est encore presque entier. Malheureusement il est entouré presque de tous côtés d'une quantité de masures halutées, et la petite place par laquelle on peut l'aborder du côté de TE. ^j du N. laisse à peine un espace suffisant pour que l'on en puisse admirer les ravissantes proportions, ou tout au moins les reproduire, à un point de recul convenable, par le dessin ou la photographie. La coupole est élancée, d'une pureté de lignes irréprochable, et revêtue d'un riche lacis d'arabesques sculptées en relief. Iminaret peut passer pour le modèle du genre. Il ne compte pas moins de trois étages avec des galeries en eu* corbellemenl, sans compter le couronnement. Les galeries, les fenttrcs, le corps môme du minaret sont ornés de sculptures d'un goût exquis.

Nous avons reproduit (p. 145-14'^) une page de M. Ch. Blanc, qui trûCP un tableau parfait de cette charmani*^ construction.

Le plan de la mosquée de Rai^ Bey est fort simple et rappelle eu petit, mais avec plus de régularité, celui de la mosquée d'Hassan. La porte d'entrée, placée en façade presque andessous du grand minaret, était pr<:; cédée d'une enceinte (1) aujourd'hui ruiuée, à g. de laquelle est un sébu^ ou foniaine (9), avec l'école au-des^ sus pour les jeunes garçons. Un c^m lier de huit marches conduit à H porte (2), dont la disposition rappel!^ celle de la mosquée d'Hassan; el.

est surmontée d'une arcade en form de trèfle avec un encorbellement c stalactite; un vestibule (3) mène une salle (4) couronnée par une cou struclion octogone en bois, disposé de manière à laisser pénétrer la lu micrc et le jour; on peut suppo^ti que cette salle de la mosquée étaj primitivement hypèthre ; à dr. de cctt salle centrale est une galerie (t^ dont les parois et le pavement J'I'i ornés d'élégantes mosaïques de mat

GHOUBRAH.

[Route 12]

wai la dénominatioii de salla de TOuest. Il y a qaelqne tempe, le Kil, montant pins baal qqe de coutame, entahit la uUe et en disloqua les murs. Les répantkns furent longaes, et c'est en tS74 aenlmeat qae la salle de l'Ouest, convertie en magasin, a pu être rendue accewible au public. *

LisiUede l'Ooest, devenue le raagalia 0* 1, n'est qu'un lien provisoire de dépOl Oo y réunit, au fur et à mesure de Jinr découverte, les monuments sortit des fouilles que la direction du mosée veut montrer le plus tôt possible upablic. Quand le moment sera venu, etSDooQmenta prendront leur place rèptlùre et méthodique dans les galeries amusée proprement dit.

. ^ petit vestibule de la salle des Bliopx ajrant été transformé en laboratoire, les stèles nombreuses qui en courent les murs ont été transportées dus le magasin n* 1. Une trentaine de <«taeils de momies, sortis pour la plu- P*fUe fouilles récentes, y sont égale- ^^ coaservés. De nombreuses vitrines *» plUre ont reçu des objets de toute Mrie et de toute provenance qui s'imposeront d'eux-mêmes par leur variété à 1 iUenlion du visiteur.

Nous signalerons dans le magasin, le B*9it. Monument célèbre, connu sous le nom de Tabl» de Saqqarah. —Ce mo- Boinent, trouTé au milieu du plateau sitaé au S. de la pyramide de Saqqarah, proTient de la chapelle funéraire d'un Kitre de Memphis, nommé Tounar-i, ''^souB Ramsès II . Celte grande table, ^^Uesure 3 met. 21 de long sur i met. 4& 4e haut, contient, gravée sur sa face postérieure, une liste de 58 rois, calquée >or ioriginaJ qui a servi de fond aux liste>de Uaaéthon. Des deux oôtés le pa* railelismeestaonsUnt.

m. GHOUBRAH.

Ce lieu de plaisance, créé par Mo- ^med- Ali, est à 1 h. au N. du Caire, ^f les bords du Nil; le chemin qui y Muit est planté d*acactas et de sycomores, qui forment une ravis- ^te avenue, impénétrable au soleil.

^^t la promenade à la mode, les ^^p»-É)ysées du Caire; les dames "l» harems des principaux personnages, les princesses s*y promènent dans <f élégants coupés. Deux pîqueurs pré-

OUEICT u.

cèdent les voitures royales, et deux eunuques les suivent à cheval, en costume civil, redingote noire et tarbouch rouge; la cravache qu'ils ont en mains et leurs regards, qu'ils essayent de rendre terribles, n'inspirent plus aucun efTroi aux étrangers; ceux-ci se promènent fort tranquillement au milieu d'une des sociétés les plus variées qui soient au monde.

Le khédive donne le premier Texemple de Tassiduité à cette sorte de rendez-vous officiel où, à côté des dames de la cour, plus ou moins rigoureusement voilées, les fils du prince, les ministres, les pachas, les consuls, les généraux, les ingénieurs, les financiers, tous ceux qui ont un nom, une situation qui les met en vue, se rencontrent sous l'œil du prince dont plus d'un peut-être cherche à gagner les bonnes grâces. Dans un pays où Ton se voit peu, une promenade du genre de celle-ci devient une sorte de rendez-vous tacite où l'on peut échanger quelques paroles rapides, un salut, un regard, retrouver comme une ombre de réunion. La vanité y a sans doute son compte ainsi que la coquetterie; mais ne soyons pas trop sévères envers les habitants du Caire, et ne leur reprochons pas des travers dont nous ne sommes pas exempts. Félicitons-les plutôt; félicitons le khédive d'avoir, par son exemple, attiré sur un même point de la ville les chrétiens et les musulmans. Cette rencontre de tous les jours ne peut que servir la sage politique de tolérance poursuivie par le vice-roi, à l'imitation de ses devanciers.

D'élégantes maisons de campagne bordent la promenade. Citons, parmi les plus élégantes, le palais de Kasr el-Nissa (ch&teau des femmes), sur la dr., et la propriété Ctcco- /(int, dont le palais est décoré avec richesse et avec goût, et dont le grand parc offre des arbustesd'agrément, ^es fleurs rares, des serres, des grottes, etc. Tout près de ce palais, s'élève le

EGYPTE. ^ LES ENVIRONS DU CAIRE, [ft. IS]

couvent des sœurs du Bon-Pasteur, avec une élégante église neuve; elle se compose de quatre chapelles surmontées d'une coupole et formant une croix latine, au centre desquelles est le sanctuaire, surmonté d'un dôme beaucoup plus élevé. Un peu plus loin est la villa Ghoubrab, hôtel meublé, avec café, restaurant, jardin, billard.

Le Nil est à quelque distance sur la gauche; on le rejoint en arrivant au village qui précède

Le palais de Ghoubrah. Les jardins de ce palais étaient autrefois ouverts au public; ils sont aujourd'hui réservés ; on n'y pénètre que muni d'une carte d'e^rée délivrée par les consulats et «visée par le maître des cérémonies. Cette permission de visite que Ton obtient en même temps pour le palais de Gézlrèh et pour la mosquée Ël-Azhar coûte 10 fr.

Les jardins de Cboubrah sont dessinés à l'arabe, en allées droites; ils sont remarquables par les fleurs qu'on y a réunies, chose rare en Egypte; on y respire une délicieuse fraîcheur. De nombreuses espèces d'orangers, parmi lesquelles on remarque Vorange sanguine et l'orange mandarine y embaument Pair de leur parfum doux et pénétrant.

Au centre, on voit un beau bassin de marbre de Carrare, de 1 met. 1/2 de profondeur au plus, entouré d'une balustrade de marbre et d'une colonnade, avec des kiosques qui s'avancent dans l'eau, et à chaque angle , est un salon ou divan richement décoré. Tout cela est l'ouvrage d'architectes italiens, qui s'y sont livrés à tous les caprices de ce genre, moitié rococo, moitié oriental, que Ton prend en ce pays pour le progrès de la civilisation. Du reste, les jets d'eau sont à sec, les soieries sont usées, les divans fanés; l'ensemble respire la tristesse et l'abandon; le palais de Cboubrah, ce séjour préféré de Mohammed-Ali ^ est

une de ces riiines, produites par la négligence et l'oubli, qu'on rencontre si souvent dans les pays turcs et qui produisent une si pénible impression. De l'autre côté du jardin, près du palais, s'élève un kiosque que sa position dominante a fait noaimer Ei^ébei (la montagne). On y arrixe par un double perron. Son élévation au-dessus d'une suite do tisrrasses toutes couvertes de fleurs et d'arbustes en fait un beau pavillon d'été d'où la vue embrasse à la fois le jardin, le Nil et la campagne. Ce palai.

lui-même n'a rien de bien remarquable, si ce n'est la vue dont on jouit de ses fenêtres. 11 y a une grande et belle volière, mais on n'y voit pas d'uiseaux rares.

Page 1