‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 194 sur 408 · LE TEMPLE DE GRANIT · texte numérisé non relu

LE TEMPLE DE GRANIT

tre, perpendicalaire et dirigée de TE.

à ro. Celle-ci occupe la partie 0. de rédifice et contient dix piliers do granit placés sur deux rangs, et dont quelqaea-uns sont surmontés de blocs d*aibàtre qui les relient les uns aux autres. A Tangle S. 0. de la chambre du milieu, s'ouvre une chambre noire renfermant deux rangs de niches supeq>osées. La chambre E. est plus étroite que les autres, elle est flanquée de deux chambres à ses extrémités N. et S.

Quelle a été la destination originelle de cet édifice? Aucune inscription, aucun dessin, aucun ornement ne peut nous aider à répondre directement à cette question ; et cette al>sence même de toute représentation, absence tout exceptionnelle dans les monuments de l'ancienne Egypte, fait déjà présumer qu^il s'agit ici d'an âge lointain, antérieur à Tart égyptien proprement dit. La grosseur extraordinaire des blocs, le soin avec lequel ils sont appareillés, la forme carrée de toutes les parties de la construction, l'absence de toute moulure ou de tout ornement, sont autant d'indications qui répondent à une époque de transition entre les monuments mégalithiques et Tarchitecture proprement dite, époque qu'il faut reculer au moins jusqu'à l'âge des pyramides. Cette première impression est fortifiée par une découverte importante due aux admirables efforts et au zèle persévérant de M. Mariette. Dans Tune des chambres de ce temple, se trouve un puits à eau qui devait servir aux ablutions sacrées, et c'est dans ce puits que M. Mariette a trouvé la belle statue de Khéphreriy le fondateur de la deuxième pyramide. Les inscriptions gravées sur le socle ne laissent aucun doute sur l'identification de ce monument (F. Mutée de Boulaq^ n* 578). Huit autres statues, toutes gravées au nom de Chépbren, ont été trouvées avec la précédente dans le même temple. L'une d'entre elles,

quoique très-mutilée, a été exposée au Musée de Boulaq (salle de TE., n* 792); les autres n'existent plus qu'en débris plus ou moins méconnaissables. On peut donc admettre l'hypothèse que cet édifice a été, sinon construit, du moins orné par Chépbren, ou, peutêtre, par les parents de ce roi. On a donc toutes raisons d'attribuer à ce monument mystérieux une antiquité très-reculée. Comme le Sphinx dont il est voisin, il pose au voyageur étonné une énigme dont ses pierres muettes ne révéleront sans doute jamais le secret, et qui nous reporte au sein d'une civilisation déjà prospère et puissante, au delà même des horizons connus de l'histoire. Quant à la destination de l'édifice, la question n'est pas encore résolue. Était-ce le temple d'Osiris , dont il est question dans la stèle de Khoufou, et qui était situé au S. du Sphinx (F. p. 392, a)? Étaitce le temple du Sphinx lui même, qui.

était une des formes sous laquelle on adorait Har-em-Khou? C'est l'opinion de M. Mariette {Notice, p. 203), confirmée par cette circonstance, que les fouilles entreprises par le savant égyptologue ont mis au jour un dromot qui conduisait du Sphinx au temple de granit et une enceinte qui entourait les deux monuments.

3* La Pyramide d'Ahouroach , à 2 h. au N. 0. des pyramides de Gizèh, est dans un état de dégradation qui semblerait la reporter à une époque encore plus ancienne que celle des pyramides de Gizèh; elle était aussi de moindres dimensions. Le colonel Wyse a mesuré à la base 320 pieds anglais (97 met.). Il ne reste du monument que cinq ou six assises, avec une chambre sépulcrale, située au-dessous du niveau du sol. — En revenant vers le S., on pourra visiter, en appuyant un peu à !'£., vers le v. de Menchié Bacari, deux anciens ponts de pierre bâtis par les khalifes Naser Mohammed et £1- Achraf. Mais peu de voyageurs, sans doute, seront disposés à perdre une

EGYPTE. — SAQOARAH.

[ROUTE l^i

demi-Journée pour ces monuments peu intéressants.

En quittant les pyramidesde Gizèh, on se dirige vers le S., longeant la lisière du désert. On a toujours de beaux points de vue sur cette magnifique plaine du Nil. Au bout d'une heure, on aperçoit à dr. les restas de deux pyramides. Celle duN., près du TîUage de Zaouiet-el'Arrian, doit avoir été égale en grandeur à la troisième pyramide de Gizèh; chacune de ses faces a 91 met. de longueur; l'autre n*est plus qu'un amas informe.

Il n'y a plus rien de particulier à noter jusqu'à ce qu'on rencontre, à l'angle d'un promontoire avancé (3 h.)

4" Les Pyramides d'Abousir, situées un peu au N. 0, du village d'Abousir, qui donne son nom à ce petit groupe, et à 2 h. à l'O. du Nil. Le groupe se compose de quatre pyramides de grandeur inégale et qui n'ont rien de particulièrement intéressant. Là plus grande, qui est celle du S., a 1 10 met. de base, et environ 50 met. de hauteur. Elles sont trèsdégradées.

Leurs chambres sont complètement détruites et l'entrée en est fermée. Sur quelques blocs provenant de ja première de ces pyramides (en allant du N. au S.), 'on à trouvé, tracé à la sanguine, le cartouche du roi Sahoura (v* dyn.). D'autres blocs, ayant appartenu au revêtement de la seconde pyramide, portaient le nom du roi Ranouser (v« dyn.).

Une autre pyramide isolée est située à environ 900" au.N. 0. du groupe. On reconnatt, à l'E. et au S. des pyramides, deux chaussées analogues à celles des pyramides de Gizèh et les restes de plusieurs temples.

Continuant à se diriger vers le S. E.,on atteint (30 min.) le pied d'un autre promontoire^ qui porte les

5" Pyramides de Saqqarali.

(V. sur la manière de faire cette excarsioD, p. 379, b). Ces pyramides ont plus

d'intérêt que les préoédeatei. Elles sont au nombre de dix-sept, dont 5 aa N. E. et les autres an S. de la pyramide à degre^, et ont, en général, de petites et de médiocres dimensions.

On trouve à Saqqarah des guides ponr visiter la grande pyramide, les tombeaax des Ibis et le Sârapéum. Un baghchtcb de cinq ou six piastres est suffisant poar cette exploration.

On remonte au N. E. de Saqq&rab à travers les palmiers, et l'on gravi i les monticules de sable vers les pyra* mides. On laisse à gauche la pyramide la plus méridionale, appelée par les Arabes Mastabat el-Firoutx (le trône de Pharaon). Elle ne pardi, pas avoir été achevée, et ne présent' aujourd'hui qu'une masse de décombres, ayant à peine la forme générale d'une pyramide. Ce grand nia>taba, dont l'entrée eatau N.,contiein plusieurs chambres. M. Mariette, qui y a pénétré le premier, a reconnu d'après une inscription gravée «ur un bloc, que c'était le tombeau du roi Ounas de la v dynastie. Un peu pi ^"^ loin (20 m.), on atteint la grande ^f ramide ou Pyramide à degrés ( V. p- 403) qui mesure 120 met. sur les facc< Ë. et O.y et 107 sur les faces N. et S.; car, contrairement à la règle universelle de ces monumenu, elle ne forme pas à sa base un carré parfaii.

sa disposition en gradins étages, au nombre de cinq, est très-remarquable, sa hauteur est de 57 met. eavi; ron. L'entrée de la pyramide a été rendue impraticable à la suite d'un éboulement, mais on en connaît, la disposition intérieure.

11 existe, à la partie centrale de la grande pyramide de Saqqarah, une sorte de large puits dont la partie supérieure est au niveau méuie de la base de la pyramide, et qui descend très-avant dans le sol. Dé nombreux couloirs, formant un véritable labyrinthe, débouchent dans ce puiis.

Quelques-uns s'enfoncent profondément et aboutissent au sol même do la chambre du sarcophage. Outre la

[ROOTB 12] SAQQÀRAH. — LES TOMBES.

chambre du tombeau qui forme le noyau de la pyramide, celle-ci contient quatre chambres et un grand nombres de niches. On y a trouvé des sarcophages et des momies, ce qui prouve qu'elles ont servi de lieu de sépulture. De môme que les couloirs, ces chambres sont d'une époque moins reculée que le puits central.

L« sarcophage est déposé tout au fond du puits, dans un caveau fermé au moyen d'un bloc de granit. Dans un des couloirs formant l'entrée d'une chambre, maintenant fermée, on remarquait une ligne de hiéroglyphes sur Tencadrement d'une porte ; c'est la seule inscription de ce genre qu'on ait trouvée dans les pyramides.

Elle est maintenant au musée de Berlin, elle est conçue comme celles que l'on trouve sur les tombeaux des Apis. Bien que l'&ge de cette pyramide n'ait pas encore été déterminé d'une* manière certaine, cependant on s'accorde à la considérer comme la plus ancienne de toutes. Cette opinion, qui se fonde sur le mode de construction de la pyramide, est confirmée par un passage de Manéthon.

Cet historien dit d'Ouénéphès, le quatrième roi de la i'* dynastie « Il h&tit une pyramide près de Ko-Komé« » Or ce nom de Ko-Komé, dont la forme hiéroglyphique est Ka-Kem — le taureau noir — se retrouve dans plusieurs stèles et dans quelques inscriptions du mausolée d'Apis qui désignent l'Api s mort sous le nom de « Horut de Ka-Kem >, « près de la pyramide de Ka-Kem, » Ka- Kern est donc le nom du lieu où s'élevait le mausolée d'Apis , et il faut chercher la pyramide b&tiepar Ouénéphès tout près de ce mausolée. Les pyramides d'Abousir sont trop éloignées du Sérapéum pour satisfaire à cette condition, et d'ailleurs elles sont de la V* dynastie. La pyramide à degrés^ au contraire, y satisfait seule, et l'on est en droit de la considérer comme un ouvrage de la r* dynastie.

Celte pyramide a-t-elle été le tom-

beau d'Ouénéphès? A-t-elle été, comme les Grandes Pyramides, un tombeau de roi? Ces questions ne sont pas résolues. M. Mariette incline à croire que la pyramide recouvre le plus ancien tombeau des Apis. L'inscription dont nous avons parlé, les os de bœuf et les momies en grand nombre qu'on y a trouvés portent à croire que, si la pyramide a été à l'origine un tombeau de roi, plus tard elle a été utilisée pour la sépulture des Apis et même pour celle de particulierb.

Les environs de Saqqarah renferment aussi des puits nombreux où l'on trouve des momies d'animaux sacrés, de terperUSj de bcfufg, et surtout d't&û, ainsi que des momies humaines. Mais il en est peu qui ne soient endommagées par l'humidité, qui, à une certaine profondeur, s'infiltre à travers le sol.

Les puits des momies d'ibis sont au N. de la pyramide. Us ont jusqu'à 20 et 22 met. de profondeur. Les momies sont renfermées dans des vases en terre cuite assez semblables à des formes à pains de sucre. Celles qui sont bien conservées présentent le corps de. l'oiseau soigneusement enveloppé de bandelettes de toile fine \ le bec, les pieds et quelquefois une partie des plumes sont intacts. Mais la plupart sont réduites en poussière ou carbonisées. Il semble qu'on leur ait fait subir une sorte de dessiccation.

Les Tombes. Il existe un grand nombre de tombes dans la nécropole de Saqqarah. On peut les diviser en trois parties, d'après leur position par rapport à la Pyramide à degrés.

Ce sont : 1* celles du plateau situé au N. de la pyramide; elles appartiennent en général à l'Ancien Empire, et c'est parmi elles que l'on trouve les plus vieux monuments de l'Egypte. 2* Celles du plateau situé au S, de la pyramide; c'est la partie de la nécropole réservée à la sépulture des momies contemporaines des

zvin*, XIX* et xx* dynasties. Les fouilles de ce plateau ont donné au musée de Boulaq des monuments de toute sorie^ parmi lesquels il convient de citer la Table de Saqqarah, qui a donné une liste de rois très-importante pour Thistoire de TÉgypte.

3* Celles du plateau situé à VE. de la pyramide. En marchant de l'O. à l'Ë., c'est-à-dire de la pyramide vers les terres cultivées^ on trouve sur ce plateau une première zone de tombes dont la construction remonte à l'Ancien Empire, une seconde zone qui comprend les sépultures de la xxvi' dynastie et des suivantes, enfin une troisième zone qui est la nécropole grecque. Si l'on excepte les papyrus grecs qu'on y a trouvés, ce dernier plateau n'a donné qu'un petit nombre d'objets remarquables.

L'intérêt se porte donc sur les deux premiers plateaux dont le plus riche est celui du N. La description de toutes les tombes qui s'y trouvent nous entraînerait trop loin. D'ailleurs, presque toutes, d'après le système de conservation adopté par M. Mariette-Bey, ont été recouvertes de sable ; ce n'est que dans des circonstances exceptionnelles qu'elles sont remises au jour, et qu'on peut les visiter. Nous citerons parmi celles qui ont fourni les documents historiques les plus importai^ts : celle de Pefienouka, « secrétaire du roi, chef des greniers, chef de la maison double du trésor, chef des lieux des offrandes des denrées •, sorte de secrétaire d'Étal; on y trouve le cartouche du roi Ouserkaf, de la v* dynastie ; la tombe de Sàbou, dont les sculptures bien conservées rivalisenl avec celles du tombeau de Ti. Sur le côté droit de la fausse porte qui décore ce tombeau, se trouve une légende qui nous fait connaître les titres du défunt. Sahou est appelé « celui qui monte dans tous les navires du roi, qui entre dans tous les chemins,.... comblé de faveurs par sa majesté » ; la tombe de PMah-

ÉGYPTE. — SAQQARAH. [ROUTE 1

assis f qui, tout jeune, fut mis par le roi Menkerâ parmi les enfants royaux et s'éleva en dignité jusqu'à épouser Mat-sd, la fille aînée du roi Aseskaf.... « Sa majesté, dit la légende, lui a accordé de toucher ses genoux et l'a dispensé de se prosterner jusqu'à terre » ; la tombe de flo-fca-pott, prophète de la pyramide Nefer d'Assa.

C'est au musée de Boulaq et dans la Notice de M. Mariette qu'il faut étudier aujourd'hui ces monuments précieux de rbistoire. Toutes ces tombes sont d'ailleurs comme résumées dans les deux tombes de Ti et de Plah^i^, qui restent découvertes et qu'il suffira de visiter, pour avoir une idée satisfaisante de ces monuments.

Le Tombeau de Ti, que M. de Rougé • appelle le plus beau monument de cette époque et la merv«ii^^ de Saqqarah , est situé au N. 0. et à une distance de 8 min. environ de la pyramide à degrés. Le nwstaw était autrefois de plain-pied avec la plaine environnante; mais le sable l'avait recouvert, comme toutes les autres tombes de la nécropole, et aujourd'hui, on y descend par un plan incliné. Sur les deux larges piliers qui formaient la façade de i'odifice, se trouvent le nom et les litres du propriétaire du tombeau. C'était un haut fonctionnaire nommé 1^« « l'un des familiers du roi, chef d'S portes du palais, chef des écritures royales, commandant des prophètes •• II. vivait à Memphis, sous la vi* dynastie. Sa femme était Nefer-hotep « palme ou délice d*amour pour son époux le semer Ti. • Derrière ces piliers, est une cour carrée entourée de douze piliers, qui paraissent avoir supporté le toit d'un péristyle.

Les parois de cette cour, couvertes de fines sculptures, nous offrent, aussi bien que les autres chambres de ce monument, une occasion excel-

1. Recherches sur les monuments q^ on peut attribuer aux six premières dynai ti$» de Manéthon, Mémoires de Vtnstttut, tom. XXY.

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