MEMPHIS
Pyramide de Dachoar.
â Bédrécbem pour prendre le train du soir. Chemin faisant, on trouve des buttes noires, ir régulières, parsemées de blocs de granit. Çà et là, des pans de murs bàlis t>n mauvaises briques crues émergent des décombres. On marche sur
8* L'emplacement de Memphis qui s'étend à l'E de Saqqarab, entre le village et le fleuve. Deux pauvres ViUsLgbs^MitraMnéh (30 min. de Saqqarah) et (30 min. plus loin) Bédréchtin, se sont élevés sur Temiilacement de la ville de Menés, et des plantations de palmiers achèvent de couvrir ce sol où se déployèrent autrefois tant de merveilles.
Bisioire, On sait que les annales égyptiennes attribuent la fondation de Mempbis à Mènes, le premier roi des listes (V. p. 70). U tradition rapportait que ce prince avait détourné
213 met., et en avait originairement 219. Sa hauteur verticale est de 99 met C'est la plus grande de toutes les pyramides égyptiennes aprèd la grande pyramide de Gizèh. Les pyramides en briques sont dégradées.
Au S. E des pyramides, à 6 kil.
de Saqqarab, on trouve le village de Dacbour; la route de Saqqarah à Dachour traverse d'abord des dunes de sable, puis des bois de palmiers, et longe le Babr-Toussouf. Le village situé dans un bas-fond est protégé par de hautes murailles de terre contre l'envahissement des eaux du Nil. Les nombreux palmiers qui l'ombragent sont encaissés dans, de véritables contre-forts.
Peu de voyageurs poussent jus»
que-là : la plupart reviennent ordinairement de Saqqarab et se rendent
Pyramide de Saqqarah.
le Nil vers l'E. au moyen d'une digue, et avait ainsi conquis, au pied des montagnes libyques, l'emplacement de sa future capitale. Ceile-ci reçut le nom de Mennefer, qui sigmfie « La bonne place ou le port des Bons » ; les Grecs en ont fait Memphis. La trace de ce nom s'est conservée daos celui de TeU Monf^ que les Arabes donnent à un monticule du S. 0.
La décadence de Mempbis date de la fondation d'Alexandrie et du règne des Piolémées. Quoique la vieille capitale fût touj urs regardée comme la métropole religieuse de l'Egypte, et qu à leur avènement au trône les rois iagides s'y fissent couronner, il est naturel de penser qu'un grand nombre de ses habitants, de ceux-là surtout qui appartenaient aux classes supérieures, l'abandonnèrent pour so rapprocher de la résidence dos nou-
EGYPTE. — SAQQARAH
ye&ux souverains. Strabon, qui voyagea en Egypte quelques années avant le commencement de notre ère, représente encore Mempbis comme une ville grande et bien peuplée, « la première après Alexandrie » ; mais il parle en même temps de ses palais abandonnés et en ruine. Mempbis, au rapport de Diodore, avait 150 stades de tour (6 1., ou 26 kilom.), ce qui n*a rien d'exagéré, puisque d'autres rapports en parlent comme s*étendant au N. (ses faubourgs sans doute), jusque vis-à-vis de Troja (aujourd'hui Torab, sur la rive droite du Nil). Parmi ses temples, quatre surtout étaient renommés par leur sainteté, leur grandeur et leur magnificence : c'étaient ceux de Pbtah, divinité tutélaire de la ville, d'Hatbor, d'Apis et de Sérapis. Ce dernier temple était le Sérapéum attenant à la tombe d'Apis que nous venons de décrire. On faisait remonter jusqu'à Menés la fondation du temple de Pbtah, et de nombreuses générations de rois s'étaient plu à y ajouter des constructions nouvelles. Ramsès Meïamoun y avait fait élever sa statue colossale, dont on voit encore les débris.
Le zèle déployé par Théodose, à la fin du IV* siècle, contre l'idolâtrie et ses temples (V. p. 75), dut avoir de tristes conséquences pour les monuments religieux de Memphis, comme la fondation d'Alexandrie pour ses édifices royaux. La ville, toutefois, gardait encore une partie de sa grandeur et de sa magnificence, quand rÉgypte tomba dans les mains des musulmans. C'est de cette époque que date sa chute définitive. Trois siècles et demi plus tard, au temps de la fondation du Caire, on voit les monuments de la vieille métropole dépecés, en quelque sorte, et transportés pièce à pièce au sein de la nouvelle capitale arabe pour en orner les mosquées et les palais. Et cependant, telle avait été la richesse monumentale de Memphis, que môme
après tant de désastres, et lorsque depuis longtemps sans doute ce n'était plus qu'une place abandonnée, le célèbre Abdallatif put écrire les lignes suivantes dans sa relation de l'Egypte, à la fin du xii' siècle :
• Malgré l'immense étendue de Memphis et sa haute antiquité, malgré les vicissitudes des divers gouvernements dont elle a subi le joug, quelques efforts que différents peuples aient faits pour l'anéantir, pour en faire disparaître jusqu'aux moindres vestiges et en effacer jusqu'aux plus légères traces, en transportant ailleurs les pierres et les matériaux dont elle était construite, en dévastant ses édifices, en mutilant les statues qui en faisaient l'ornement; enfin, malgré ce que 400 ans et plus ont dû ajouter à tant de causes de destruction, ses ruines offrent encore à ceux qui les contemplent une réunion de merveilles qui confond l'intelligence, et que l'homme le plus éloquent entreprendrait inutilement de décrire.
Plus on la considère, plus on sent augmenter l'admiration qu*elld inspire; et chaque nouveau coup d'œil que l'on donne à ses ruines est une nouvelle cause de ravissement... • Abouiféda, 150 ans après Abdallatif, représente .encore les ruines de Memphis comme occupant une grande étendue; mais-depuis cette dernière époque on n'en trouve plus aucune mention dans les écrivains. Sous le règne désastreux des Mamelouks, comme plus tard sous Padministration turque, la profonde incurie des gouvernants laissa sûrement se rompre les digues qui protégeaient autrefois la ville contre le fleuve; si b^en que les eaux couvrant chaque année la plaine, comme elles la couvrent encore aujourd'hui pendant l'inondation, les dépôts successifs de sable et de limon remplissant tous les bas-fonds nivelèrent lo terrain et en firent disparaître jusqu'aux dernières traces de la ville antique. Le souvenir môme et le nom
[R. 12] MEMPHIS. — MATANYÈH. — MEÏDOUM.
de Memphis tombèrent dans un si profond oubli, que les voyageurs des trois derniers siècles n'avaient pu en retrouver la trace. C'est seulement depuis le commencement du siècle actuel que des recherches bien dirigées ont fait reconnaître avec certitude remplacement de la capitale des Pharaons.
Étaiaeiuêl. — Quelques statues mutilées, quelques morceaux informes de pierres et de décombres au milieu des monticules, voilà tout ce qui reste de Uemphis.
Lastatne coloisale de Ramsès II, renversée sur le sol et mutilée dans plusieurs de ses parties, se voit encore au pied d'un monticule au S. E.
du nllage de Mitrahînèh, et non loin du Teil-Monf. La statue mesure 10 met. 30 c. de hauteur. Elle a été uillée dans un bloc de calcaire siliceux, pierre trèsndure et susceptible d'un beau poli. Le visage, qui, sans doute, nous a transmis l'image fidèle du souverain le plus connu de la XIX* dynastie, est d'un beau type et d'une noble expression. L'inscription en caractères hiéroglyphiques que porte le colosse est ainsi conçue :
' Ramsès-lleîamoun, dieu-soleil, gardien de la vérité, approuvé du soleil. » A peu de distance, au N., est une autre statue colossale du même Pharaon, en granit rose; elle glt près d'un temple ruiné, découvert par H. Mariette^ et qui est du temps de Ramsès V. On a trouvé également près de eo temple les ruines d'un mêle yas (nilomètre). L'eau y arrivait par un conduit circulaire de 1 met.
de dîam. environ, taillé dans des blocs de granit qui avaient 2 met.
d'épaisseur sur 4 met. de longueur.
On a aussi trouvé le poignet en granit rose d'une autre statue, qui, d'après les proportions, devait être haute de 18 à 19 met.; c'est l'élévation d'une maison de quatre étages.
Le fragment est aujourd'hui au MU' sée britannique, et la statue est peutêtre enfouie sous le sable, j,
Peu de voyageurs poussent jusqu'aux derniers groupes des pyramides. Il est, en effet, plus facile do les visiter en se rendant au Fayoum {Y. R. 17) ou en remontant le Nil; la pyramide de Meîdoum surtout est digne qu'on fasse une halte de quelques heures à Rekka e(- Kébir. Nous les décrirons pour épuiser le sujet.
9* Pyramides de Matanyéh et de Meîdoum. Ce sont (sauf celles do Fayoum) les dernières de la vallée du Nil. Les premières sont à 31, la dernière à 44 kilom. de Saqqarah, directement au S. Une âea deux pyramides de Matanyéh présente exactement la môme particularité de forme signalée dans celle de Dachour.
La pyramide de Meîdoum est, sous ce rapport, encore plus singulière; c'est moins une pyramide proprement dite que trois tours carrées à pans inclinés, en retrait les unes au-dessus des autres, la dernière se terminant en cône tronqué. Aussi lesFellàbs ne la désignent-ils que sous le nom de Haram el-Kaddab, la fausse pyramide.
On a cru à tort que la partie inférieure de cette pyramide était un rocher naturel que l'on aurait taillé et régularisé ; la pyramide entière est de main d'homme.
DU CAIRE k DAMIETTE.