‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 235 sur 408 · ROUTE 20] GIRGÈH. — RUINES D'ABYDOS · texte numérisé non relu

ROUTE 20] GIRGÈH. — RUINES D'ABYDOS

ville capitale de la Haute Egypte.

Elle n'est plus que le chef-lieu de la

proTînoe de Girgèh, mais c'est encore une place importante. Il y a en

dehors de la ville un eouvevU kutn,

le plus ancien des quatre ou cinq

établissements catholiques romains

qui existent en Egypte. Le Nil serre

la ville étroitement 4 TE. Le sol s'est

effondré en plusieurs endroits, entraînant la chute de plusieurs maisons et du mur d'une mosquée. Le

haram écroulé dans un angle laisse

voir rintérieur de la mosquée oii

Ton peut apercevoir les musulmans

agenouillés près des colonnes, réci*

tant leurs prières. Un heau minaret

est resté intact. Près de là, un autre

minaret, isolé sur le rivage, rappelle

ceux de rimâm-Cbafey. Une autre

mosquée dans Tintérieur de la ville

mérite d'être visitée. La ville possède

des bazars, ' moins intéressants que

ceux de Syout, mais encore bien

fournis. Vue des berges du Nil, en

arrivant de la Haute Egypte, ou de

la chaussée du canal de Bardis,

Girgèh produit un charmant effet.

La province de Girgèh depuis Menchyèh est couverte de petits hameaux nommés Nagé, avec le nom du chef de la famille ou du cheîkh de la tribu qui est établie dans ce hameau. Ces nages représentent d'anciens campements de tribus arabes. Les Bédouins qui peuplent presque toute cette province eurent primitivement des tentes qu'ils dressèrent çà et là. Ensuite ils firent des cabanes en branches de dattier et en tiges de dourah. Aujourd'hui, à ces premières habitations, ils ont joint des maisons en briques. Cette province est très-bien cultivée. Elle est couverte de bouquets d'arbres et de palmiers autour des villages et des hameaux.

Visite aux ruinei d*Âhydoi,

Les mines d'Abydos sont on des sites les plat intéressants de la Hante igypte. Elles sont tltaées dans l'iotérieur, immé-

diatement an pied des montagnes Ubyqnes, à 4 b. S. de Girgèh. Le ^oyagear peat louer des ânes ft Girgèh et envoyer son bateau l'attendre à Beilianèh, où il viendra le rejoindre dans la soirée ou le lendemain. On peut à la rigueur Goueber à Abydos, soit dans les salles du temple, soit même dans la maison du gardien préposé par Mariette- Bey à la garde des fouilles. De même, s'il visite Abydos à son retour de la Hante Egypte, le voyageur peut partir de Samata ou de Bellianèb (qui est & S h. d'Abydos) et envoyer la eange l'attendre à Girgèh *.

En partant de Girgèh, se dirigeant au S., et franchissant immédiatement un canal, on longe ensuite pendant 1 h. la rive du canal de Bardis. A ce village, on trouve un pont pour franchir le canal et s'engager vers l'O. dans une plaine d'un bel aspect, entrecoupée de canaux et barrée par des digues revêtues de briques. Ces digues, qui s'appuient sur les pentes de la chaîne libyque, sont diversement dirigées pour retenir les eaux de l'inondation.

On rencontre de nombreux villages à peine éloignés l'un de l'autre de 1 à 2 kil. El-Bebquiêk, Saouader, El- Machabig^ Esbet, Bl-Halaoïiéh, Dans un gros v. qu'on laisse ordinairement à g., nommé Naget - Cheikh- Marsoukt un riche Copte nommé Badrous, collecteur des impôts dans cette région, et agent consulaire de Russie, se fait un plaisir d'offrir l'hospitalité aux Européens. Nous avons reçu de lui, il y a quelques années, un accueil gracieux, dont nous sommes heureux de le remercier ici. De Cheîkh - Marzouk ou d'Ei-Halaouèh on atteint la zone des sables, que l'on suit jusqu'au v.

Ardbdt el-Mctdfounèhy qui marque

i. Cet article est emprunté au bel ouvrage de M. Mariette-Bey; Ab^fâot, Description des fouilles exécutées sur l'emplacement de cette ville, ouvrage publié sous les auspices de S. A. Ismaïl- Pacha, t. l, (Ville antique. Temple de Séti), Paris, 1869, Franck; et t U, Paris, 1877, Maisonnenve.

HAUTE EGYPTE. — ABYDOS. [ROUTE iO]

remplacement d'Abydos. La route de Bellianèh à Abydos, pour ceux qui arrivent de la Haute Egypte, est plus courte de 3 kil. En quittant les rives du Nil, on se dirige un peu au N. 0., puis à 1*0. sur les chaussées qui traversent la riche plaine que nous venons de décrire.

Après 3 h. 1/2 de marche, on arrive au village d'el-Khirbèh. Cesi là que commencent les ruines. Un chemin creux, entre les monticules, conduit, un quart d'heure plus loin, à irnbdt^ surnommé par les Arabes cl-Madfounèh, l'enterré, parce que, en effet, une partie des anciens édifices a été tellement envahie par les sa> hles, que plusieurs d'entre eux en ont entièrement ou presque entièrement couverts. Tel était notamment le cas des temples que M. Mariette a fait déblayer en 1858 et 1859, non sans un énorme travail, et gui se sont trouvés être au nombre des beaux édifices de l'Egypte, et «surtout des plus importants au point de vue historique.

Abydos ou Tiiinis, Aboudou, en copte Àbôtj est une des plus anciennes villes de l'Egypte, puisqu'elle remoûte à la période hiératique et que, selon la légende, elle renfermait le tombeau d'Osiris. Ce tombeau ctait, pour les habitants de l'Egypte, l'objet de la môme vénération que Test aujourd'hui le Saint-Sépulcre pour les chrétiens. (Mariette -Bey, itinéraire des invités j p. 72.)

Histoire K

Thinis (Kôm es-sulldn) , patrie de Menés, fut le berceau de la monarchie égyptienne. Elle a donné son nom aux deux premières dynasties [Thinites). Elle fut remplacée, dès une haute antiquité, par la bourgade voisine d'Abydog qui devint le cheflieu du nome Thinite. Abydos, ville

t. Nous devons les renseignements historiques contenus dans cette notice à robligeanee de. M. Maspero.

d'Osiris et tombeau du diea, étai:

pour les anciens Égyptiens, la viU« sainte par excellence. Tous le» Égyptiens de distinction se faisaient ensevelir dans cette ville, afin qui leurs restes reposassent près de ceui d'Osiris. Son temple, qui florissaitsoBî l'Ancien Empire et dont la fondaiioi remontait sans doute aux génération^ qui avaient précédé Menés, n'exista plus aujourd'hui. Cela est d'autani plus à regretter, que nul sanctuai re «: Egypte ne renfermait un aussi granc nombre de monuments historiques ou religieux. A partir de la xr et df la XII* dynastie, les documents contemporains nous permettent de suivre en partie son histoire.

Sous le règne d'Ousortésèn I*, uc grand fonctionnaire d\i nom de Menlouhotep avait construit ou restauw le sanctuaire et creusé un puits (stèle de Boulaq, publiée dans Mariette, Abydos, Il,^pl. 32). Dès ceOe époque, tout bon Egyptien se entrait obligé de faire au moins une fois dans sa vie le pèlerinage de la vilJe sacrée. Il allait visiter le tombeau d'Osiris, monUit l'escalier du dieu, et y déposait une ou plusieurs stèles votives en son nom et au nom de sa famille. On peutdireque les 9/10* au moins des stèles que renferment nos musées viennent de cet endroit. Sou' les rois de la xiii- dynastie, U te& pie s'enrichit de donations successives. Une stèle conservée aujoufd'ha à Boulaq (Mariette, Abydot, H, pL 29-31) raconte comment le roi Noiérhotep II lui rendit des biens que le& rois ses prédécesseurs lui avaien:

donnés et qui en avaient été distraiu au cours des âges. Deux autres cotvservées au Louvre (C, 11 et G, l^) rappellent la restauration faite soûi Bà-n-mdrân Térenra, de la xiirdynas^ tie, du sanctuaire construit par Utontouhotep sous Ousortésèn I»'. « Le secrétairedunomarque5«i6, fils <ia nomarque, dit le personnage Ameni chargé de cette restauration, vim pour me mander en messager <2i2

[RO0TB 20] ABTDOS* — TEMPLE DE 8ÉTI.

nomarque. Voici que j'allai avec lui, je trouvai le nomarque (d'Âbydos) dans son cabinet; voici que ce magistrat me donna un ordre disant :

« Il y a ordre de te faire réparer le «c temple d'Abydos.... • Je le réparai dans sa crypte» dans sa partie supérieure, dans ses murailles, ensuite dans la c^iambre des écrits (la bibliothèque et les arcbives du temple),... réparant ce qu'avait fait le roi Ottsortésèn 1"^. Vc^ci que le dieu Osiris (nommé ici Khou-bak) revint pour reprendre sa place en ce temple, l'attaché au grand chancelier, Se-Anhour étant à sa suite. Voici qu'il me complimenta par -dessus tout, disant : Prospérité à celui qui fait les affaires de son dieu I Le nomarque vint en descendant le fleuve, et, voyant mon œuvre, on se réjouit d'elle plus que de toute autre chose (Louvre, C. 12). »

Sous lazvm* et la xu* dynastie, les offrandes et les pèlerinages se multiplièrent :1e temple d'Osiris suffisait à peine i contenir tous les dons. M.

Mariette, dans ses fouilles de 1860, a trouvé une série d'inscriptions qui prouvent l'importance de la ville à cette époque. « Figurez-vous, dit-il dans sa lettre à M. de Rougé, le long d'un mur de 50 mètres de développcment, enceinte probable d'un temple détruit, toute une suite de grandes stèles alignées à leur place antique. Les textes qui les couvrent sont serrés, des cartouches et des dates s'y rencontrent souvent, et, au premier coup d'œil, vous distinguez que ces stèles ne sont rien moins que des décrets émanés de l'autorité civile ou religieuse du pays. Voilà, je crois, ce qui constituerait un vrai trésor. Bialheureusement, la terre saturée de salpêtre qui forme le sol d'Abydos a accompli sou œuvre de destruction. Les stèles sont bien entières, mais quelques-unes ont perdu jusqu'à la dernière trace de toute inscription. Chez d'autres, quelques fragments seuls sont restés lisibles

sur répiderme à moitié! rongé du monument. D'autres enGn sont sorties de la fouille, franches et complètes comme au premier jour et sont tombées en poussière au premier rayon du soleil qui est venu en frapper la surface. • {Lettre de M. Mariette à M, le vicomte de Rougé, Hev.

arch., année 1860, juillet-décembre).

Tout ce qui a échappé au désastre est conservé aujourd'hui au Musée de Boulaq. Sons la xix* dynastie, Séti 1*' choisit Abydos pour s'y construire un Memnonium, sorte de monument commémoratif de sa vie et de sa mort. Ce monument de Séti I*' est, avec le Temple de Ramsès et la Nécropole, tout ce qui subsiste de l'ancienne ville.

Celle-ci occupait, d'El-Kherbèh à Arab&t el-Madfounèh, une trèsrétroile langue de terre resserrée entre le désert et le canal dont parle Strabon et dont on voit encore quelques vestiges. On trouve des restes de maisons antiques à peu près tout le long de la lisière des sables, depuis le village d'Ël-Kherbèh et la grande enceinte au N. jusqu'au v. d'ÂrabAt au S. Ainsi limitée, Abydos n'a jamais pu être qu'une petite ville.

Ét€U actuel. Des plantations de dattiers, des maisons modernes ont envahi une moitié de la ville antique; dans l'autre moitié, les ruines se présentent sous forme de buttes assez hautes, amas de décombres formés de briques crues écrasées, d'éclats de poteries rouges, de sable, de morceaux de calcaire salis par le temps, avec quelques pans de murs demeurés çà et là debout.

Deux pauvres villages, Arabàt el- Madfounèh et El-Kherbèh, occupeqt les extrémités S. et N. des ruines.

Tout le sol a été, du reste, remué et bouleversé, soit pour la culture des terres, soit pour la recherche de cette poussière des ruines que les Égyptiens mélangent avec de la terre pour en faire l'excellent engrais nommé Sebakh*

HAUTE ÉGTPTB, — ABYÛOS. [ROUTE ÎO]

TMipl« «• B4U.

C*est de ce temple que Strabon a dit : « Au-de^ous de Ptolémais esi Abydos. où l'on voit le Memnonium, palais admirablement b&ti, tout en pierre et de la même construction que nous avons remarquée dans le labyrinthe, excepté toutefois qu'on n'y voit point cette multitude de chambres. Il renferme une source située profondément, où. Ton descend par des galeries voûtées, formées de monolithes d'une grandeur et d'une grosseur extraordinaires. ■ Et Strabon ajoute : « Un canal dérivé du grand fleuve conduit à Abydos; sur ses bords, il y a un bois d'acanthes égyptiennes, consacré à Apollon. •

Le temple a eu pour fondateur Séti !•'. Tout fait supposer qu'à la mort de ce roi, la construction était achevée, à l'exception des piliers de la façade. Hamsès II, fils de Séti, n'eut à compléter que la décoration. Celle* ci^ du reste, ne fut jamais terminée.

Hénephtah, Ramsès III et Hamsès IV gravèrent çà et là leurs légendes.

Après eux, personne ne s'occupa plus du temple de Séti. Il cessa de servir au culte et devint, à en juger par les graffiti qui couvrent ses murs, un des endroits le plus fréquenté dès l'antiquité par les touristes égyptiens.

Bâti sur la déclivité d'un terrain en pente^ il forme un hémûspeos dont la partie postérieure s'enfonce dans la colline. Il est bâti en beau calcaire d'un grain très-fin et d'une blancheur éclatante. Les colonnes, les architraves et les chambranles des portes sont en grès. Il s'élève sur un sol artificiel formé d'éclats de pierre, de terre et de sable, à 4 met. environ au-dessus de la moyenne des hautes eaux du Nil.

Les fondations n'ont que 1 met. 30 de profondeur; aussi quelques dislocations se sont-elles produites çà et là, par suite du tassement du sol. En introduisant le bras entre les pierres dans les crevasses, on constate que

les blocs sont reliés entre eux par des queues d'aronde, taillées dans du bois de sycomore ; celles de ces queues d'aronde que l'on a pu extraire-, bien que murées pour l'éternité dans Tépaisseur des murs, sont soigneusement gravées au nom de Séti !•'. Le temple s'appelait, d'après le nom de son fondateur, le temple fftt-Rd-fnâmen, qui se prononçait sans doute

I. Extérieur du temple (F. le plan ci-contre). — L'extérieur du temple se compose du pylône, de la cour H, de la cour N, du mur de séparation des deux cours, et, enfin, de la façade qui précède le temple proprement dit.

Dans toute cette partie de l'édifice, c'est Ramsès II qui intervient comme fondateur. Séti^ I" n'y est nommé que comme rot mort. Les figurer ont de la grandeur, les hiéroglyphe»

sont gravés avec une netteté et une précision qui étonnent.

Pylône, Il est bâti en grès, sauf les 2 ou 3 assises inférieures, en calcaire. Tout d'ailleurs est brisé et détruit, à l'exception de l'angle septentrional du massif à g. C'est à peine si le-s noms d'Osiris, d'Isis et de Ramsès II s'y distinguent encore. Le pylône donnait accès dans la eour{}i). U n'en restf que deux ou trois assises recouverte^ par les sables. — On l'a déblayée, sauf l'aile droite, envahie par les constructions modernes. Elle avait 45 met. de long sur &*i met. 10 d^ large. Près de la porte de service (aile gauche) sont les restes d^une composition historique. Ramsès ooidbat les étrangers.

" Mur de séparation det detss cours.

Il n'en reste également que les deux ou trois assises inférieures.

ha porte de séparation des deux cours, p', comme toutes les portes de l'intérieur du temple, est gravée au nom de Ramsès II. Postérieurement, le soubassement a été utilisé et Toc y trouve les cartouches de Hénephtah et de Ramsès III, aimé d'Isis. Sur

[Route 20] temple de séti.

I parte.oD distiti- 1 proceuions

au bassement, des | ses de Ik ramilla de R

sont les princes, au nombre de 1 noms des dix derniers; i dr. sont les trente-troit ; on ne lit plus que les | princesses, au nombre de tente-deux.

— La £ftC6 occidentale offre les mômes représentations.

Cour(N). Elle avait 41 met. de long <«ur 52 met. 10 de large. Les deux ailes sont occupées par des figures colossales de Ramsès, s'adressant aux divinités locales. On n'en voit plus que les jambes des personnages.

Façade, Originairement elle se composait d'un mur de 52 met. de développement, surmonté d'une cor- . niche et percé symélriquement de ^ept portes. La porte principale, de plus grandes dimensions que les autres, était au centre ; mais, à la mort de Sétiy Bamsès fit boucher les portes avec des blocs de grès, ne réservant qae celle du milieu et une petite entrée dans la porte du N. Douze piliers monolithes de calcaire, reliés à leur sommet par un entablement, furent dressés en avant de la façade ainsi modifiée, pour en corriger la monotonie. La grande paroi, qui s'étend au N. de la porte centrale, nous montre des scènes diverses au nom de Ramsès« Séti y intervient comme mort. Ramsès s'avance, soutenu par Horus vengeur et Kbnouphis d'Âbydos. A côté, le roi, debout au milieu de l'arbre As'et, reçoit le fouet et le crochet de la main de Harmachis.

Phtah écrit le nom du roi sur une feuille de l'arbre. Thoth, Osiris, et plus loin, Horus, Isis et Set lui-môme, justifié, assistent à la cérémonie.

La grande paroi, qui s'étend au S.

do la porte centrale, est occupée par une grande inscription dédicatoire dans laquelle Ramsès rend compte de ce qu'il a fait pour honorer la mémoire de son père qui vient de mourir.

Nous la résumerons, d'après le remarquable ouvrage de M. Maspero :

Essai sur VinscripHon dédicatoire du temple (VÀbydos et la jeunesse de Sesostris.

Suivant l'usage, le corps même de l'inscription est précédé par une scène d'adoration. Ramsès debout, vOtu d'une longue robe transparente

qui lui tombe jusqu'à la cheville et coiffé du casque royal, fait l'offrande de la déesse Mft-t à une triade courposée d'Osiris, d'Isis et de Séti I**.

Le roi défunt occupe dans cette trinité la place du dieu fila. Deux courtes légendes tracées. Tune devant Ramsès, l'autre derrière Osiris, complètent la signification du tableau : la première rappelle les paroles prononcées par le roi au moment où il fait son offrande ; la seconde donne la réponse supposée du dieu. Au-dessus de la scène d'adoration sont disposés en courtes*colonnes d' hiéroglyphes les discours des trois divinités et la réponse de Ramsès II aux paroles que lui adresse son père défunt.

Dit par Osiris, seigneur de l'éternité, à son fils, le roi de la Haute et de la Basse Egypte : « Mon cœur se joint à ce que tu as fait pour moi; ton être est l'être de Toum et tu domines en paix sur le trône de ce dieu. • Dit par Isis, la grande mère des dieux : « 0 mon fils que j'aime (Ra-ouser-mâa-step-en-Râ), ta durée de ma vie est égale à mon fils Horus; ta personne est la personne sortie de mon sein vénérable, 6 notre Seigneur.... «. Dit par TOsiris» le roi (Râ-m&a-men), le justificateur :

• Réjouis ton cœur, roi de la Haute et de la Basse Egypte; Râ te donne la suite des âges; Toum est rempli d'allégresse en ton nom d*Horus:

[moi-môme], je veille sur tes deux narines, chaque jour.... ■ Le roi répond : « Je te rends hommage, comme ton fils Horus; je renouvelle te> constructions dans la nécropole

L'inscription elle-même se compose de quatre-vingt-quinze lignes verticales et peut se diviser en deux parties bien distinctes qui répondent à deux moments différents du règne de Ramsès II. Dans la première, le roi raconte les circonstances du voyage qu'il a fait vers Thèbes et Abydos, l'année même où il est monté sur le trône. Il navigue vers

[Route 20]

TEMPLE DB SËTI.

le lieu fort de la demeure de (AmenmaT»RA-messèft) très-puissant.... Il trouva les tombes qui étaient dans la nôc ropole des rois ses prédécesseurs, leurs tombeaux dans Abydos marchant à la ruine.... une brique ne i«»nait pas sa seconde; ce qui était pour le sanctuaire tombait en poussière. > Il a renouvelé la restauration des monuments de son père qui est dans la nécropole, vivifiant son nom, faisant sculpter ses effigies, donnant des offrandes durables à son essence vénérable, emplissant sa maison, comblant d'offrandes ses autels établis solidement dans la demeure qu'il aime, dressant des colonnes dans son temple, édifiant ses enceintes, consolidant ses portes , relevant les ruines dans la demeure de son père dans Tbini, etc. Le temple de Séti était resté inachevé. « Les colonnes n'étaient pas dressées sur leur socle, la statue restait couchée à terre, n'étant pas encore modelée, lorsque le roi connut la salle d'or (alla reposer dans la grande salle de son tombeau, qu'on nommait la salle d'or, en d'autres termes, mourut). Les biens sacrés disparaissaient et les Horoscopes du temple pillaient les revenus de ses champs.... Irrité, le roi convoque les familiers du palais, les nobles royaux, les commandants des guerriers, les chefs des travaux, les conservateurs de la bibliothèque. «Amenés devant Sa Majesté, le nez contre ie sol, le genou en terre» en signe de joie, ils flairent la terre, faisant les gestes de l'adoration devant Sa Majesté. • Après avoir épuisé toutes les formules de la louange la plus hyperbolique, ils lui demandent la vie :

• Ordonne-nous de vivre, que soient en don de toi. Pharaon, vie, santé, force, les souffles au nez, pour vivifier tous les humains, tandis que tu brilles sur eux. •

Ramsès leur répond qu'il a formé le dessein d'achever les monuments de celui qui l'a engendré. « Je veuX) dit-il, qu'il soit acclamé pour le

temps et l'éterpité par son fils qui vivifie son nom. Je loue mon père Osiris pendant la durée infinie, comme son fils Horus. » Il fait alors le curieux récit de sa propre enfance : « J'étais dans l'œuf, dit-il, et les grands se prosternaient devant moi ; moi , j'ai marché en qualité de fils aîné et â'héritier jusque sur le trône de Seb. > Son père l'associa tout jeune à la couronne, il lui choisit des femmes • de la demeure des femmes du royal harem > ; maintenant qu'il est seul maître des deux régions, il achèvera les œuvres de son père. Les grands officiers toujours prosternés devant lui entonnent un nouvel hymne à sa louange : ils exaltent ses desseins et vantent sa puissance, tous les peuples l'adorent comme un Dieu. Le roi rassemble des ouvriers et des artistes en tout genre pour achever les grandes constructions commencées par son père. Il choisit des « soldats, maçons, graveurs de lettres, sculpteurs, toute sorte d'artisans. •

Dans la deuxième partie, tous les travaux ou sont déjà exécutés, ou sont en voie d'exécution. Ramsès repasse en lui-même tout ce qu'il a fait pour son père : il énumère les offrandes qu'il lui a présentées, les dons qu'il lui a consacrés, les sanctuaires qu'il lui a construits. Son esprit s'échaufl'e au spectacle de ses œuvres, et son discours, comme la plupart des morceaux de ce genre, finit par une sorte d'apothéose. Chaque dieu prend tour à tour la parole et promet au nouveau roi la force, la valeur, la victoire et l'immortalité.

La plupart des lignes du texte sont plus ou moins mutilées à leur extrémité, et coupées en maint endroit par des lacunes assez considérables.

II. Intérienr du temple. — Le caractère dominant du temple de Séti I*% à l'intérieur, est sa division en sept travées ou nefs longitudinales, commençant aux sept portes d'entrée de la façade, et aboutissant aux sept

salle$ bftties en voûte qui forment sept sanctuaires! Cette division est démontrée par ce fait que chacune des travées est consacrée séparément à une divinité. La première travée (celle de droite en entrant) est consacrée à Horus, la deuxième à Isis, la troisième à Osiris, la quatrième (nef centrale) àAmmon, lacifiquième à Harmachis, la sixième à Pbtah, la septième au roi, c'est-à-dire à la personne royale envisagée comme divinité.

ScMe (A). Une première salle hypostyle se présente dès qu'on a franchi la porte d'entrée. Elle a la même largeur que les cours M et N, et 1 1 met. Ib de long. On y compte vingtquatre colonnes rangées sur deux lignes; toutes sont debout. Les trois quarts des architraves qui forment les plafonds sont encore en place.

Les grands hiéroglyphes du temps de Ramsès qui s'y trouvent, cachent les fines sculptures de Séti, habilement dissimulées par le martelage quand elles étaient en relief, par un stuc très-dur, quand elles étaient en creux. Le style de cette salle est particulièrement mauvais. Cette salle A n'appartient pas à la même période du règne de Ramsès que la façade. L'ornementation se compose de grands tableaux dont le sujet est mis en rapport, dans chaque travée, avec la forme de divinité à laquelle cette travée est consacrée.

Ces dieux sont : Horus, Isis, Osiris, Ammon, Harmachis, Phtah . On remarquera, sur le soubassement de la salle, six listes topographiques, formées de figures surmontées d'inscriptions indiquant des nomes.

Salle (B). La deuxième salle hypostyle n'est, pour ainsi dire, qu'une répétition de la première. On n'y lit pas d'autres cartouches que ceux de Séti. Les figures et les hiéroglyphes y sont en relief et d'un beau style.

Sept portes conduisent de la salle (A) dans la salle (B).

Ut ttpt sailes voûtées C, D, £, F,

G, H, L A l'extrémité de chacune des sept travées dont la réunion forme le temple proprement dît, se trouvent des chambres remarquables à la fois par leur mode de construction et par la nature de leur décoration. Elles ont 10 met. 85 de long sur 5 met. 20 de large. Les six premières de ces chambres sont, comme les travées correspondantes, dédiées à Horus, à Isis, à OsiriSy à Ammbrt, à Harmachis, à Phtah. Dans la septième, la personne royale est représentée comme la divinité du lieu.

La dédicace des chambres est gravée deux fois sur les montants de chaque porte; la décoration des plafonds varie avec chaque chambre. Les cartouches de Séti sur un semis d'étoiles et d'emblèmes plus ou moins compliqués en forment le fond principal. Les plafonds sont formés d'architraves monolithes posées à plat d'une paroi latérale à l'autre, assez épaisses pour qu'on ait pu les évider par dessous en forme de voûte. Ces chambres ainsi terminées comme des couvercles de cercueil, ont la forme extérieure d*immenses sarcophages. Elles sont ornées d'un même ensemble de trente-six tableaux qui se répètent d'une chambre à l'autre, avec les seuls changements que nécessite la différence des noms et des figures de divinités. Ces tableaux sont relatif»

aux cérémonies que le roi devait célébrer successivement dans les six chambres. Le roi se présentait au côté droit de la porte, parcourait la salle dans tout son pourtour, et sortait par le côté gauche. Chemin faisant, il adorait la forme locale du dieu en récitant, soit devant chacun des trente-six tableaux, soit devant les images et les statues qui devaient exister en nature dans la chambre, le texte de l'un des trentesix chapitres qui se rapportaient aux diverses cérémonies à accomplir; par exemple, il y a des chapitres pour encenser l'ursus, pour poser

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