ROUTE 25] THËBES. — TOMBEAUX DES ROIS
Tbmbe de Mtmndn. La tomba n* 9, connue des Romains bous le nom de tombe de Memnon, estencore an nombre des plus vastet et des plus remarquables par la régularité du plan. Son développement en longueur est de 106 met. Elle a peu d'inclinaison en profondeur ; son point extrême n'est qu'à 7 met. 60 audessous du sol extérieur. Elle fut creusée pour le 6* Ramsès(xz«dyn.), qui porta, de même que plusieurs autres Pharaons, le s\^mom de Meîamoun. Elle (ht ouverte au temps des Ptolémées. Son plafond voûté est orné de peintures qui ont un certain intérêt astronomique.
Tombe de Méneplitali (n* 8). Le style de cette tombe rappelle celui de la tombe n* 17. L'escalier par lequel on y descend est trës-rapide et remarquable par son élégance; les sculptures ont beaucoup souffert des ravages des torrents qui descendent avec une grande violence des hauteurs voisines.
Tombe de Ramsès I** (n* 16).
Elle appartient au l** Ramsès, fondateur de la XIX* dyn/ C'est la plus ancienne de tontes les tombes de la vallée des Rois. Un éboulement en a récemment bouché l'entrée.
Tombe de Siphtah (n"* 14). Siphtah parait avoir régné conjointement avec sa femme, la reine Taouser. Celle-ci se présente quelquefois seule, faisant des offrandes aux dieux, d'autres fois, en compagnie de son mari. Dans la première grande chambre voûtée, au-dessous de la corniche, sont représentés différents objets du mobi> lier égyptien, miroirs de métal, coffres et chaises d'une forme vraiment élégante, vases, éventails^ armes, colliers, etc. Un couloir conduit de cette première chambre à une seconde chambre voûtée; les sujets qui y sont représentés rappellent ceux de la salle inachevée du n* 17. Les sculptures sont gravées sur la pierre; le nom du roi ne parait seulement que peint sur le stue. Cette tombe a
une longueur de 112 met., elle a été ouverte au temps des Ptolémées.
Tombe de Ramsés VII (n« 6). Les sculptures de cette tombe diffèrent de celles des tombes précédentes : le troisième couloir contient des peintures phalliques assez8ingulières.Sur une des parois de la dernière chambre ou chambre du sarcophage, est une figure d'Horus enfaqt (Harpocrate (F. p. 126), assis sur un globe ailé. La longueur de la tombe est de 79 mètres.
Tombe de Ramsés IV (n* t). Elle est moins longue que les autres (66 met. de longueur), mais fort élégante. Le sarcophage de granit est de dimensions colossales (3*30 de longueur sur 2*13 de largeur et 2"74 de hauteur). Elle est couverte de graf/Ui grecs. Elle a été ouverte sous les Ptolémées.
Le n* 15, au fond de la vallée, à ro., est à Séti II. Les sculptures y sont en relief et d'un bon style, la longueur totale est de 73 met Le n* 4 est à Ramsés VIII.
Le n* 18, à Ramsés X.
Toutes ces tombes, et celles que nous croyons inutile de mentionner en particulier, sont, comme on le voit, de la xix" et de la xx* dyn., c'est-à-dire des deux grandes dynasties des Ramessides. On en reconnaît 15 comme ayant dû être ouvertes au temps des Ptolémées : ce sont les n- 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, IQ, 11,12,14,15 et 18.
Vallée de rOnest. Cette vallée, qu'on laisse à dr. lorsqu'on pénètre dans celle que nous venons de parcourir, renferme quatre tombes à son extrémité supérieure. Le voyageur pressé par le temps peutse dispenser de les visiter. Deux seulement ont été ouvertes et explorées, ailes appartiennent à deux princes de la xviu* dyn., Amenhotep (ou Aménophis) 3* du nom, et à un de ses successeurs, Harmhavi, Armais.
Elles sont plus anciennes, oonséquemment, que les tombes de la
bkO
HAUTE EGYPTE. — THÉBES. [ROUTE 2b
vallée orientale. On a remarqué une grande ressemblance de physionomie entre les personnages représentés dans ces tombes de la vallée deTO. et ceux qui figurent dans les tombeaux de Tell el-Amarna {V. p. 475-477), et on en a conclu qu'ils devaient appartenir à une même famille d'origine étrangère. Ceci est un point qui est loin encore d'être bien éclairai.
Au premier coup d'œil, le fond de la vallée des Rois forme un bassin complètement fermé, dont les parois présentent une enceinte de rochers qui semblent inaccessibles. Il y existe cependant, du côté de TE., un sentier rendu aujourd'hui praticable pour les hommes et les montures, qui permet de franchir directement sur ce point la crête de la chaîne libyque (F. le plan), et de redescendre dans la plaine, vis-à-vis du Delr el-Bâhari, sans reprendre le long détour de la gorge de Qournah. Ce sentier a un autre intérêt :
du point culminant où il conduit, on voit mieux que de tout autre endroit se dérouler toute la carte de Thèbes, «nu S. jusqu'à Médinet-Abou, au S. £.
jusqu'à Louqsor, à l'E. jusqu'à Kar- )iak et à Médamout. Sur le sommet (le la montagne, on trouve de grandes quantités de coquillages pétrifiés.
MM. Hamy et Fr. Lenormand y ont signalé en 1869 la présence d'un .tçrand nombre de silex taillés que l'on a crus être de l'époque préhistorique {V. p. 80). Mais M. Mariette, dans une lecture faite à l'Académie (les Inscriptions, le 4 novembre 1870, a établi que les anciens Égyptiens se servaient beaucoup de silex taillés dans les usages ordinaires de la vie.
Delr el-Bâhari. Lorsqu'on a redescendu, par le sentier dont il vient (l'être question, la pente orientale (le la montagne libyque, on se trouve au fond d'une petite vallée dont Taxe s'étend de l'O. à l'E., et qui va déboucher dans la plaine, entre les collines de Cbeîkh Abd el-Qournah et d'el-Assasif, directement ai
l'O. et à 1200 mèl. environ (1/4 dTi,) du temple (déjà visité) de Ooupnah. Un ancien temple ruiné, vers la partie supérieure de cette petite vallée, est désigné par les fellahs sous le nom de Deireî-Bdhari (le couvent du N.), sans doute parce qu'il a autrefois servi, comme la plupart des temples de Thèbes, d'église ou de monastère aux chrétiens des premiers siècles. Le temple fut élevé par la reine Hatasou.
On y arrivait par une avenue de sphinx longue d'un demi-kilom., à l'entrée de laquelle était un pylône, et qui se terminait par deux obélisques. Wilkinson a signalé Tezisteoce du pylône et de deux blocs qu'il regarde comme les bases de deux obélisques. Tout cela a disparu aujourd'hui.
Le temple est construit en terrasses qui se suivent et se superposent comme les marches d*un gigantesque escalier. Le plan en a été approximativement restitué par M. Brune, d'après les fouilles faites par M. Mariette en 1858.
Terrasse de VEst. — En suivant U direction du dromos on reacontre une terrasse sur laquelle s'élève un pylône de granit. Cette terrasse était une sorte de cour, bordée sans doute par des murs aujourd'hui disparus. Elle était terminée à l'O. par une salle souterraine, soutenue par des colonnes et des piliers dont on a pu voir quelques restes de chapitaux à tête d'Hathor. — Les parois portent encore du côté du S. 0. quelques sculptures intéressantes, malheureusement fort mutilées. Des régiments de soldats égyptiens sont en marche, tenant des branches dans leurs mains, portant les enseignes des différents corps et formant une procession triomphale au son des trompettes et des tambours. Un boeuf est égorgé, des tables d'offrandes aux divinités de llièbes sont placées en présence des troupes. Le reste des sculptures est détruit, mais
[ROUTE Sô] THËBES. — DEIR EL-BÂHARI.
les traces encore visibles de deux bateaux montrent que les parties supérieures de la' paroi étaient sculptées avec le même soin que les autres. Les autres murs portent des scènes analogues, toutes fort délabrées; on y remarque une série d'éperviers en relief, de la grandeur d'un bomme environ, surmontés d'un globe et de Tursus.
Terrassé du Cenire. — Elle était bordée au N. par une longue galerie dans laquelle s'ouvraient des cbambres creusées dans le rocher. Une composition historique d'un intérêt exceptionnel en occupait le côté Sud.
M. Mariette, qui a découvert ces tableaux, avait donné un premier aperçu de sa découverte dans sa Description du parc égyptien de l'Exposition universelle de 1867 (Paris, in-12, 1867, p. 23-26) et il a aujourd'hui publié dans tous leurs détails les bas-reliefs dont il avait exécuté des estampages, dans un livre intitulé : Deir ei-Bdhari, Documents topogrekphiques , historiiptes et ethnographiques, recueillis pendant les foutlles exécutées dans u temple, I«ipzig, Hinrichs, 1877.
Des Anglais avaient démoli une paroi pour en enlever une pierre.
M. Mariette afait rétablir le mur, mais plusieurs pierres n'ont pu y trouver place ; elles sont maintenant au musée de fioulaq.
Le titre général de ces tableaux sculptés a éié donné par M. Chabas {Études sur l'antiquUé historique, p . lâl). • Le voyage sur le Ouat'Our (grand bassin), heureux départ pour To -Noter, et abordage en paix dans le pays de Pount,.... selon la parole du seigneur des dieux. Ammon, seigneur des trônes de la terre, dans Thèbes, pour lui rapporter les meilleurs produits de tout ce pays. •
Le premier registre (paroi 0) représente quatre navires égyptiens naviguant sur une mer aux eaux vertes et limpides, dans laquelle le sculpteur et le peintre ont représenté des pois-
sons de diverses espèces aved une vérité à laquelle un éminent critique d'art, M. Charles Blanc, dans son ouvrage {Voyage de la hauU Egypte, p. 187), rend un éclatant hommage.
La forme de ces navires se retrouve dans les gondoles de Venise, et mieux encore, dans les svelles caïqs du Bosphore. Leur poupe verticale est coloriée en bleu, ce qui parait indiquer qu'elles étaient en fer . La proue se recourbe en fleur de lotus épanouie. Le vent enfle les voiles, retenues par des cordages à deux vergues fixées au màt. Trente rameurs penchés sur l'aviron obéissent aux officiers de la reine. Ceux-ci, sur l'avant du navire, marquent de la main étendue, la direction à suivre. Le pilote, qui manœuvre le gouvernail, les observe attentivement. Une inscription placée à gauche du tableau, entre les deux arbres, désigne Halhor comme la déesse du pays de Pount.
Le registre inférieur (paroi de ro.) représente la flotte parvenue au rivage d'un pays boisé, et amarrée au tronc des arbres les plus proches.
Des chaloupes portent des provisions à terre. A peine débarquée, l'armée égyptienne triomphe; les ennemis s'avancent en suppliants, à la suite de leur chef et de sa femme.
Celle-ci est représentée au naturel, et n'était le sérieux de l'artiste, on pourrait voir dans cette figure une intention de caricature, tant elle est embarrassée de son obésité excessive, afffigée de maladies et laide à voir, sous la chemise jaune qui cache à peine ses difformités. (Ch. Blanc, ouvrage cité, p. 188). Viennent ensuite de nouveaux prisonniers , qui se prosternent devant l'envoyé de la reine Hatasou, puis des indigènes qui conduisent des ânes chargés de provisions et qui mènent en laisse des animaux sauvages, des singes et des cynocéphales.
Sur une autre paroi de la même terrasse, on assiste au chargement do la flotte, qui se dispose à partir. Les
HÂUTB ÉaTFTB. — THJÈBB& [ROUTE 25}
otages amyent. Ici, on met en tas les tributs imposés aux vaincus. Là, on apporte des arbres entiers, avec les mottes de terre qui contiennent le chereln et qui sont elles-mêmes enfermées et retenues dans des couffes.
D'autres embarquent des outres, des jarres, des dents d'éléphant et des ballots renfermant sans doute les contributions levées sur le pays vaineu. On 7 remarque des singes bien dessinés, qui marchent sur les cordages.
Là légende énumère en ces termes les produits recueillis (traduction de M. Ghabas, ibidem, p. 152) : « Chai^ gement de navires en très-grand nombre avec les merveilles du pays de Pount et toute espèce d'excellent bois de To-neter, des monoeaux de kami d*ana, des sycomores qui produisent Tana vert, de Tébène, de l'ivoire, de l'or, de l'agate du pays d'Amou, des blocs de bois de tashepSj du parfum ahem, de l'encens, du mettem (kohol), des singes ani, des singes hafou, des chiens lévriers {tastm), des peaux de panthère du midi, des ouvriers et leurs enfants.
Jamais aucun des rois qui ont existé depuis le commencement du monde n'avait apporté choses semblables. > Un autre tableau nous montre les vaisseaux bien chargés revenant vers la Thébaîde; l'inscription de ce tableau nous annonce « l'heureux retour dans la Thébaîde, pour la joie des soldats égyptiens. »
Terrasse de l'Ouest, — La paroi est détruite presque tout entière, à l'exception d'une ou deux assises du soubassement. Une procession de personnages défile devant un roi dont on ne voit plus que les jambes.
Spéos du Sud. — En avant da spéos s'étend im vestibule soutenu par des colonnes. Sur la paroi N. de ce vestibule sont sculptées des scènes qui peuvent être considérées comme formant la suite des sujets précé* dents. Ici, noos ne sommes plus sur les eaux vertes de la Mer Rouge, mais sur les eaux bleues du Nil, où
naviguant des barqueg royales. Au registre supérieur, las quratre officiers qui semblent montrer au pilote la direction à suivre, ont le titre de « les Grands Royaux « analogue à celui de pareius royaus, que nous avons vu donné à quelques-uns des personnages enseveÛs dans les tombes du plateau des Pyramides, audessous, du haut d'une sorte de dunette, le capitaine donne des ordres.
La seconde barque, manœuvrée par quarante rameurs, porte au milieu une grande cabine. Les deux registres intérieurs nous montrent la pioue et U poupe des vaisseaux ornées de figures de divinités représentant Hathot (ièie de vache), Horus (épervier), Hnévis (bœuf), Isis, etc. On y renoarque des prêtres qui officient derrière le fauteuil royal.
Les sculptures, par la finesse des lignes et par la fraicheor de»
couleurs, rivalisent avec les plus beiles de l'ancienne £gypte. Les chambres étaient consacrées au colu d'Uathor qui, sous la forme d'une »
che, occupe le premier plan paiai ces représentations. Quand M. ibr riette découvrit ces chambres, û ^ trouva entassées jusqu'au toit ^ momies de basse époque et dont quelques-unes portaient encore des traces de lèpre.
Tombes privées. GoUiae ëi Gheikh Abd el-Qoitmab. L'avenue de sphinx qui conduit au Deîr el-B^hari commence an voisinage des dem premières collines, l'une au N., ceii.
d'ei-Asêosif (à dr. de l'entrée de Favenue en faisant face au temple) , Tastre au S., à gauche, et à trèa^peu de distance de la précédente^ ceiU de Cheikh Abd el-Uournah.
La colline de Gheîkh Abd el-Qournah, isolée par de profonds ravins de»
escarpements de la montagne, s'éièvii par étages successifs coupés en pan^ abrupts, de manière à offrir va^ue^ meni Faspeet d'une immense pyra^ mide à degrés. Les parois en sonl criblées d'hypogées, dont Touvertvirt
[AODTB S5] TflÉBJBS. — TOMBES PRIVÉES.
se détache vigonretisemeït en noir sur le rocher et sur les s&bles qui se sont accumulés dans les fentes, comme la neige dans le creux des ravins. Plusieurs constructions massives, carrées^ s'élèvent sur les flancs de la colline et fournissent d'utiles points d'orientation, au milieu des tombes. La plus élevée, à g., construite en forme de château flanqué de tours, a servi de demeure à plusieurs explorateurs célèbres, à sir Gardner Wilkinson. à M. Hay, et, plus récemment, à la Commission prussienne dirigée par Lepsius. Plus bas et vers le milieu de la colline, s'élève une construction analogue qui a servi de quartier général à M. Sait pendant ses fouilles et aussi
M. Henri Rhind.
Les excavatioas de la colline de Cheïkh Abd el-Qournàh appartien nent à des dignitaires des rois de la xvin% XIX* et xx* dynasties. Les plus importantes sont celles que M. Wilkinson a marquées des n** 16 et 35 (K Wilkinson, Topography of Thebes, p. 151-153).
Le n* 16 renferme les noms de quatre rois, de Thoutmès 111 à Amenhotep III Inclusivement.
Elle est placée dans la partie supérieure de la colline, au-dessus et au S. de la maison Wilkinson. Elle appartenait à « un scribe royal ■ d'Amenhotep TII. Des deux chambres dont elle se compose, la première offre des scènes de la vie du défunt, parmi lesquelles on remarque un repas, donné dans la maison du scribe royal. Celui-ci est assis à côté de sa mère et tient sur ses genoux l'enfant de son souverain, dont il était peutêtre le père nourricier. Des femmes dansent au son de la guitare pendant que les esclaves placent devant les convives des vases de fleurs et des parfums. D'autres serviteurs offrent du vin à la ronde dans des « gobelets d*or ». Dans la seconde » chambre, une longue procession en ' quatre tolonnea représente les obsè-
ques mêmes éa défont, émt le eercueil estjtransporté sur un radeau tratné par quatre bœufs. Au second registre, des hommes s'avancent portant les insignes du roi Amenhotep. Dans le troisième, sont représentées différentes offrandes, un chariot, des chaises et autres objets. Dans le der* nier, un pr6tre, accompagné du chef des funérailles, officie devant la barque, où sont assis le basilioogrammate et sa sœur.
Le n* 34, situé au-dessous du précédent porte les cartouches de Thoutmès I et d^Amenhotep II (i g. sur le mur de fond de la première cham* bre). La seconde chambre offre quatre figures bien conservées, mais en partie recouvertes par les décombres du puits situé dans le couloir, entre les deux chambres. Près du n* 16, est la tombe.
N* 17. Elle se' compose de deux tombes réunies entre elles par un passage. L'une, dont l'entrée est à l'E., renferme une riche collection de vases, de bijoux, et autres objefts d'ornement, dont la peinture est bien conservée. L'autre, dont l'entrée est au N., nous offre sur une paroi de la première chambre des ouvriers au travail, menuisiers, sculpteurs, etc.
Du côté opposé, un des invités arrive sur son char à la maison de son ami ; des domestiques viennent au devant de lui et emportent ses sandales, sa chaise, etc., à la maison oii sont déjà assis les autres invités, écoutant des musiciens qui jouent de la harpe, de la guitare, etc....
N' 35. La plus curieuse de toutes ces tombes est celle de Bekhmaray qui porte le n* 35. Elle est située au S. de la maison Wilkinson. Elle est du temps de Thoutmès III (xviu* dynastie], prince auquel appartient un grand nombre de constructions des deux côtés de Thèbes. On voit ici (dans la première chambre, à g., en er^trant), une longue file de nations étrangères apportant au roi leurs tributs.
Ces nations se distinguent en 5 groupes. Le premier se compose des envoyés du pays de Pount. Trois mulâtres dont le type, nez épaté, lèvres épaisses et retroussées, front fuyant, chevelure touffue, se rapproche du type nègre, sont suivis par trois nègres purs et huit sémites. Les premiers ont une couleur d'un brun chocolat. l.es Nègres, semblables à tous ceux que les Égyptiens ont dessinés et peints, sont d*un noir de charbon. Les Sémites, alignés en haut et à g. de ce premier rang, sont en rouge et leurs traits unissent, dit M. Hamy [Bullelvn de la Société d^anihropologie de Parù^ tome X, 11* série, p. 217) : ■ le profil accentué des races syroarabes aune coloration qui dépasse en intensité celle que les Égyptiens s'attribuent ordinairement à eux-mêmes dans leurs peintures ». Ces envoyés apportent de l'ébène, de l*ivoire, des plumes d'autruches, des léopards, des singes, des peaux, des fruits séchés.
Us sont vêtus d'un habillement court.
On avait placé jusqu'ici le pays de Pount sur la rive orientale de la mer Rouge. Cette identification proposée par M. Brugsch est encore soutenue par quelques savants et en particulier par M. Chabas {\, Études sur Vantiq, hist., p. 145). Mais les types des mulâtres et des nègres, représentés dans la tombe de Rekhmara, à côté d'individus de race sémitique, la nature des tributs apportés par les envoyés, or, ivoire, léopards, singes, peaux d'éléphants, etc., nous transportent sur la terre d'Afrique plutôt qu'en Arabie.
Les tableaux de Deïr el-BÂhari (T.
p. 541-542), nous offrent les mêmes types nègres, les mêmes produitsafricalnsque la tombe de Rekhmara. Enfin, dans les listes trouvées sur un des pylônes de Karnak, M. Mariette a lu les noms de divers districts du pays de Pount, presque exactement conservés dans les noms actuels de régions situées sur la côte orientale d'Afrique entre le détroit de Bab el-Mandeb et le cap Guardafui {V. Mariette, Listes
géographiques des pylônes de Kamak, et M. E. T. Hamy, Bullet. de la Soc.
d'anthropologie de Paris, tome IX*, 1 1 * série, p. &34-Ô42, et tome X, 1 1* série, p. 214-224).
Le second groupe représente un peuple dont la peau est rouge comme celle des Égyptiens, mais dont la coiffure est disposée en partie en touffes relevées sur la tête et en partie en une tresse qui retombe sur le côté droit. Pas de barbe. L'habillement est une courte timique serrée aux reins. ; la chaussure, des brodequins qui rappellent ceux des Étrusques. Ils apportent des coupes et des vases de forme élégante, couverts de dessins, de fleurs et d'autres ornements. Le nom du peuple est Kéfa (Phéniciens).
Les noirs du Midi, appelés le peuple deKouschf forment le troisième groupe. Les chefs portent le costume égyptien : les autres sont en partie Têiu> d'une peau de bête sauvage. Leurs ofi'randes sont des anneaux d^or, dç^ sacs de poudre d'or, des peaux, de l'ivoire, de l'ébène, des œufs d'autruche, des plumes, des singes, de^ léopards, des chiens ornés de beaux colliers, et un troupeau de boeufs a longues cornes.
Le 4*groupe se compose d'hommes à la peau blanche, portant de longf vêtements serrés au cou, les cheveux rouges, la barbe courte. Parmi leurs offrandes, sont des vases p^ reils à ceux de Kéfa, un chariot e:
des chevaux, un ours, un éléphant et de l'ivoire. Leur nom est RotermoUj Syriens du Nord et Assyriens.
Les Egyptiens marchent en tête du 5* groupe, et ils sont suivis des femmes noires de Kousch portant leurs enfants dans une corbeille suv pendue à leur tête. Derrière elles, marchent les veuves de Rotennou portant de longues robes.
Les offrandes sont placées devant le monarque assis sur son trône à la partie supérieure du tableau. Elles consistent en fruits, anneaux d*or et d'argent, vases d'or et d'argent ,de
[ROUTE 25] GHEiKH ABD £L-QO^RNAH.
forme élégante , œufs d*autrucbe, ivoire, pierres précieuses, ébène^ peaux de léopard, lingots, etc. D'autres chambres intérieures présentent des tableaux extrêmement variés, où l'on voit, entre autres, des ouvriers de diverses professions livrés à leurs travaux, dont on connsdt par là les procédés. A g., en entrant, se trouvent des menuisiers, des charpentiers, des cordiers, des sculpteurs; quelquesuns de ceux-ci sont occupés à tailler une pierre, d'autres achèvent un sphinx et exécutent deux statues colossales du roi.
Sur le mur opposé, on remarquera l'attitude d'une servante qui vient de verser à boire à une dame, l'une des convives, et se retourne pour tendre la coupe vide à une esclave noire qui se tient derrière; le mouvement est admirablement rendu. Comms dans la plupart de ces tombes, les convives se divertissent avec la musique.
Tombe de Àmen-wi-heh. Elle est située à peu près à la hauteur de la maison Wilkinson, mais plus au S.
Elle a été découverte dans l'année 1872-1873,par M.Georges-Ebers. Quoique placée près d*un des sentiers de la montagne, elle avait jusqu'alors échappé aux investigations. L'entrée en était soigneusement dissimulée sous des amas de décombres, par les Fellahs qui s'y cachaient pour échapper à la conscription.
Elle Se compose de trois chambres, d'un couloir et du puits de la momie.
L'entrée, tournée vers le soleil levant, conduit dans la chapelle du tombeau, dont le toit est soutenu par quatre piliers taillés dans le rocher.
Sur la paroi 0. de cette salle et du côté N., se trouve une inscription des plus importantes. Elle se compose de 46 lignes verticales peintes en bleu sur un stuc blanc et se recommande à l'attention par la beauté du Irait. Les altérations qu'elle a subies sont dues en partie à la main des Chrétiens iconoclastes, qui se reti-
ORiENT n.
raient pour vivre en anachorètes dans les déserts de la Thébaîde, en partie aux chauves-souris, qui peuplent ces grottes.
Au-dessous de la biographie d'Amen-em-heb se trouvent, sur trois rangées, les portraits de Sémites qui apportent les tributs ; quelquesuns d'en tr'eux embrassent la terre, d'autres élèvent les mains en pleurant. La physionomie de la race est rendue avec une étonnante vérité. Le nez proéminent et la barbe pointue sont dessinés d'un trait dur qui approche de la caricature. Les bourrelets de graisse tombant sur la poitrine nous annoncent que nous avons à faire à de hauts personnages asiatiques, et, peut-être, à des eunuques. Ils sont vêtus de longues robes blanches. Une inscription placée au-dessus de la seconde rangée les désigne sous le nom de Rotennou (F. ci-dessus).
Nous croyons être agréable à nos lecteurs en donnant ici un extrait de la biographie de Amen-em-heb. « J'étais, dit-il, le fidèle du roi, Vie, Force, Santé, la moitié du cœur du roi de la Haute Egypte,, l'orgueil du cœur du roi de la Basse Egypte. J'ai suivi mon seigneur dans ses expéditions au pays du Nord et du Sud, selon son plaisir, étant le compagnon de ses pieds, le témoin de ses victoires et de sa puissance. J'ai fait du butin au pays de Negeh, et j'ai emmené trois Sémites, en prisonniers vivants. Lorsque Sa Majesté parvint en Naharain, j'emmenai trois hommes en mon pouvoir, je les plaçai devant Sa Majesté comme prisonniers vivants. Une autre fois, je fis du butin lors de l'expédition contre le pays du plateau de Ouanf à l'O. de Khalebou (Haleb). J'emmenai treize Sémites en prisonniers vivants, soixantedix ânes, treize vases de fer, des vases en or travaillé. Une autre fois, je fis encore du butin au pays de Karkémisch (Syrie du Nord, Hiéropolis et les environs), j'emmenai des
HAUTE EGYPTE. — THÉBES. [ROUTE îî
Sémites en prisonniers vivants, je traversai le fleuve de Naharain (rEuphrate) : les ayant dans ma main, je les [plaçai] devant mon maître et voici quMl me donna une grande récompense, c'est-à-dire (un collier).
De nouveau, je contemplai la victoire du roi, du roi de la Haute et de la Basse Egypte, Khoper-men-R& (Thoutmès III) au pays de SenVcd, il fit [un grand carnage parmi] les ennemis, je saisis [un prisonnier] en présence du roi, et j'en apportai la main, et il me donna Tor de la faveur, à savoir.... (or) et deux anneaux d'argent. > Une autre fois, le guerrier assiste à la prise de Kadeseh. Le roi lui donne le collier de l'ordre du lion, deux aigrettes, quatre anneaux. Vient ensuite une campagne au pays de Thechsi et une autre au pays de Ninive. Le roi « y chassa cent douze éléphants à cause de leurs défenses et pour prendre la richesse [en ivoire] qui était en eux. »
Le roi de plus en plus satisfait des actions d'éciat de Amen-em-heb, le nomme général et le placeà latôtede ses compagnons d'armes.... Quand Thoutmès III mourut, après 44 ans de règne, son fils Amenhotep II continua de favoriser Amenemheb. Des rebelles avaient pris les armes dans le désert.
Le roi fit tomber les têtes de leurs chefs. Se levant « comme Horus, le fils d'Isis, lorsqu'il prit possession (de la puissance) de son père Osiris, il réduisit les habitants du pays de Kênem, et tous les pays vinrent à lui inclinés, des tributs sur leurs dos [et il] leur [accorda] le souffle de la vie. Voici, le roi me vit, tandis que je dirigeais la manœuvre de la barque royale (le nom en est détruit) et je conduisis le roi de mes propres mains dans la fête triomphale qu'il célébra [pour cela] dans la ville du Sud (Thebes). De même, l'ordre arriva que l*on me conduisit dans les chambres intérieures du palais. Il me fut alors accordé de me tenir en
présence du roi de la Haute et de Basse Egypte, Rà-aarKhoper....
il me dit : « Je sais qui tu es. > Le cit, se termine par l'octroi de n velles faveurs royales.
Un couloir assez large mène de première à la seconde chambre. Ce ci est proprement la chapelle fi raire, celle ou les parents du mort réunissaient et apportaient au défui les dons consacrés. Comme d'o naire, elle est ornée de nombre tableaux. La paroi de l'E., i g., entrant, est consacrée au transport de la momie, pleureuses, etc. Celle dt S. porte la liste à moitié effacée des offrandes funéraires. La paru de l'O.
nous reporte au milieu des sc^nei ordinaires de la vie du défunt. Ci qu'elle offre de plus remarquable, c'est un tableau des réunions qy avaient lieu dans la chapelle.
Le tableau des réunions funéniff mérite qu'on s'y arrête. Amen-es^ heb est assis, avec son épouse et 9 sœur Beki, à la place d'honnes:
Tous deux tiennent des fleurs dis la main. Des serviteurs oflTrent l maître de la maison et aux conT.« du vin et des mets, qu'ils déposa:
sur une table. Les invités sont asss qui sur des fauteuils, qui sur de^ tabourets, selon l'étiquette. Une seconde rangée représente le repas du femmes. Chaque Égyptienne a à^ fleurs sur la tête, un collier df fleurs autour du cou, et tiejit à à main une fleur de lotus. Les femmes sont servies par des servantes. U rangée inférieure est occupée par des musiciens : deux harpistes ei deux femmes qui jouent de la flûte et de la lyre.
Le tableau qui décore la paroi S. 0. et dont il ne reste que la partie supérieure, représente Amen^emheb, portant & son cou le collier Ousekh. Il est debout sur un char.
Dans sa main ganche, il tient un long bâton pointu pour exciter les chevaux, dans sa main droite, les rênes.
Des scènes de chasse et de pêche^
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