ERMENT. — ESNÈH
Erment (15 kil. rive 0.)* l^ village d'Brmenty situé à un demiquart d'heure du fleuve, sur la rive occidentale, marque l'emplacement de Tancienne Hermonthif, comme il en a gardé le nom. Hermonthis, dont le nom sacré était On du midi, On-qemâ, On-ref , fut autrefois un lieu d'une grande importance, chef-lieu d'un nome sous les Ptolémées et les Romains, siège d'une légion au temps des Césars, et ayant une monnaie à son type.
Les bords du Nil sont occupés par une grande sucrerie et par un quai bordé d'une allée d'arbres régulière.
Ce premier aspect rappelle absolument un des bourgs industriels de nos fleuves, plutôt qu'une localité si voisine du tropique.
Entre le Nil et le village, le sol est jonché de débris de colonnes et de blocs de pierre, dont beaucoup gardent des fragments d'inscriptions où l'on a lu les noms de Thout- ^ mes III, le grand conquérant, et de son successeur Amenhotep II.
L'ancien temple datait sûrement de leur époque. Mais un second temple fut bàfi plus tard, environ 100 ans avant l'ère chrétienne, par Ptolémée Alexandre et sa mère Cléopàtre. Celui-ci est à gauche des ruines. Quelques parties en étaient encore assez bien conservées, il y a quelques années. La cour renfermait une double rangée de colonnes. Malheureusement, les colonnes et les pierres ont été employées à la construction de la fabrique de sucre d'Herment et on ne voit plus debout qu'une seule colonne. On y lisait les cartouches de Césarion, fils de César et de Cléopfttre, qui occupa le trône, conjointement avec sa mère, depuis l'an 42 jusqu'à l'an 32 avant le commencement de notre ère. Le temple était dédié à Harpékhroti, Horus enfant, le symbole du soleil à son lever, ce qui explique les emblèmes astronomiques que l'on voit partout mêlés aux ornements. Non lolu de là sont |
les restes d'une égliie ehrétienne, du temps du Bas-Empire.
Vis-à-vis d'Ermeot, sur l'autre rive du Nil, à 3/4 d'heure dans l'intérieur, le village de Taoud occupe l'emplacement de TupJiiuoi. Les restes d'uo petit temple, presque ensevelis sous les décombres, ne valent guère le temps que l'on emploierait à les visiter.
Après avoir dépassé (16 kil.) GéhéUin (les deux montagnes), groupe isolé que domine la tombe d'un cheikh arabe, et où il y a des grottes dont les sculptures sont détruites, puis, un peu plus haut, le village de Tafnis, et enfin celui d'ABfoan (12 kil. rive 0.) avec de nombreux monticules de décombres, l'Asphyms des Notices, peut-être une des AphrodUopolis de Strabon, on arrive à
Esnéh (11 kil. riveO.), une des places relativement importantes de la haute Egypte, dans la partie g.
ou 0. de la vallée, sur le bord même du fleuve. C'est le chef-lieu de la province du même nom et la résidence du gouverneur. Les montagnes qui bordent les deux côtés de la vallée sont ici distantes de 8 kil. l'une de l'autre. Esnèh a près de 1 kil. de longueur du N. au S. ; sa largeur est moitié moindre. C'est du côté du S.
que la ville se présente sous son meilleur aspect ; c'est le seul endroit où le fleuve porte son Inondation et favorise la végétation. Mohammed- Ali y a fait construire une grande habitation, entourée de jardins. Plus bas, la hauteur des rives retient les eaux dans leur lit, et prive la plaine de leur bienfaiL II faut avoir recours aux sakkyèhs. Une partie de la population, qui est de 6000 à 7000 habitants, se livre à des travaux de manufacture. La ville a une certaine réputation pour ses toiles de coton bleues, ses châles appelés mélayèhf dont on fait . un très-grand usage dans toute l'Egypte, et ses poteries. La caravane annuelle du Sennàar y apporte aussi un peu d'activité commerciale. Le
commerce et l'industrie y sont surtout exercés par les Coptes. Esnèh est, comme Kénèh, le pays classique des aimées {V, p. 209-212).
La grande place est ornée d'édifices assez réguliers construits en briques de différentes* couleurs d*un effet agréable. On y remarque aussi un beau minaret. Une ruelle située à Tangle S. 0. de la place conduit au temple.
Le Temple est le grand monument de l'ancienne ville. Commencé au temps des Ptolémées, il fut terminé sous les premiers empereurs romains. Il était presque entièment caché sous des amas d'immondices lorsque Mohammed-Ali le fit dégager à son passage dans la ville, en 1842. Le portique seul est visible. Le reste de l'édifice est resté engagé sous les maisons de la ville moderne, de sorte que, pour le visiter, on pénètre dans une espèce de souterrain. Ce portique, soutenu par vingt-quatre colonnes sur quatre rangées, rappelle celui de Dendérah; il est construit en grès. Les noms de Tibère, de Claude et de Vespasien sont gravés dans T inscription dédicatoire, et ceux de Domitien, de Trajan et d'Antonin, dans les ornements du portique ; mais, sur la muraille de la partie postérieure du temple, on trouve les noms de Ptolémée Philométor et d'Évergète. Ce temple ptolémalque avait été, comme le prouve l'inscription d'un des piliers, construit sur les débris d*un temple de Thoutmès III. Il était consacré aux trois dieux protecteurs de la ville, Noumra, la déesse Néboual son épouse, et leur divin enfant Harpéiihroti. Les inscriptions, ainsi que les sculptures, sont d'un caractère exclusivement religieux. La plus importante de ces inscriptions, qui se trouve sur les murailles latérales, est un calendrier religieux donnant la liste de toutes les fêtes qui se. célébraient dans les trois villes du district, avec les noms des douze mois.
Il y a aussi une sorte de zodiaque au plafond du portique.
Esnèh répond à la Latopolis d- Strabon, ainsi nommée, dit le géographe, du poisson Latus qui y eu en vénération. Le vrai nom de h ville dans les inscriptions hiéroglyphiques est Sni, d'où s'est évidemment formé le nom moderne.
De nombreux monticules semblée indiquer que l'ancienne ville atâj plus d'étendue que la ville actuelle mais les seuls vestiges anciens, outre le temple, sont les régies ifw qwU, sur ce qu'on nomme encore 1:
port,
A 3/4 d'heure an N. de la Tille et ï 35 ou 40 min. du fleuve, on peot voir, sur une petite éminence, le^ ruines d'un autre temple, beauccu; moins considérable que le preouf:
et qui n'a probablement jamais i'.compris dans l'enceinte de la viU.
Il a aussi, comme le grand temple.
son zodiaque sculpté au plafond d:
portique.
De l'autre côté de la ville, c'csà-dire au S., à la distance de «vd'heure, est un couvent copte ar:son église, célèbre par le oisacre des chrétiens au* temps c' Dioclétien. C'est un lieu de pèle:nage très-fréquenté.
A l'E. d'Esnèh, sur la rive à du Nil, à 15 min. du fleuve, sont .t^ restes d'un troisième temple de ]^ tites dimensions, dont les sculptur:»
De semblent pas avoir été jaiui^ achevées. On y lit les noms àt Cléop&tre Coccô et de Ptoléo^ Lathyre, et ceux de Marc-Aorèle <t de Commode. Il domine un monticoî^' de décombres couvert de briques ft de débris de poteries, et il s'aperçi : de très-loin. Le village voisin 5^ nomme el-Hellèh. Ce doit être )^ GontrA-Lato de ritinéraire. U$ Ababdèh apportent à el-Hellèh ua' pierre appelée hamr , très - àt mandée dans la haute Egypte, i cause de son emploi dans la fabrics* tion du biram, faïence qui a la prr
ESNËH. — EL-KAB.
priété de supporter un degré trèsélevé de chaleur. (Test le lapis olloris des Romains. Le hamr est d^abord pilé et tamisé, on Thumecte ensuite et on le mélange avec de la poussière de briques, on le façonne à la main et on le cuit dans un four chauffé à une certaine température.
Entre Esnèh et el-Kab, la rive g. ou occidentale du fleuve est bordée d'une suite presque continue de vestiges anciens. Les premiers que Ton remarque, à 11 kil. au-dessus d*Esnèb, sont des monticules annonçant un ancien site, dans un lieu appelé aujourd'hui Koum'Àïr. Plus haut (7 kil.) est el-Kénariy qui ré* pond, selon toute apparence, au ChnubU de Ptolémée, et non loin duquel sont les restes d*un ancien quai en pierre de taille. C'estàel-Kénan que commence la région du grès, que son grain uni et serré rend si propre à la sculpture et à l'architecture, et dont les Égyptiens firent un si grand usage dans leurs monuments de la haute Egypte.
A b kil. plus haut, on voit les restes d'une petite pyramide en pierre calcaire, appelée ei-Xouki, dont les c^tés mesurent environ 18 met., et qui n'a plus^ue ving-cinq gradins. El- Kôm el-Àhmar (la butte rouRe), à 6 kil. d'el-Koula, vis-à-vis d'el-Kab, occupe le site de Hieraconpolis, dont il reste peu de vestiges. Le nom d'Ousortésèn (xii* dynastie), qu'on a lu sur une pierre de ces vieilles ruines, les fait remonter à une antiquité très-reculée.
£1-Kab (29 kil. d'Esnèh, rive orient.) marque l'emplacement d'Ëléthyia, la ciU de LucinSy en face de Hieraconpolis, Cette localité est une de celles que le voyageur ne peut se dispenser de visiter. Le nom égyptien de la ville était Nekheh, et la déesse Nekheb, qui est au propre la déesse du S., parait avoir été identifiée par les Grecs avec Séléné. Eusùbe raconte en effet que Séléné était adorée à Éléthyia sous la forme d'un vautour,
et Nekheb s'y trouve en effet représentée avec une t^te de vautour. La ville paraît avoir une origine trèsancienne. On y a trouvé, gravés sur un rocher, dans la vallée, les noms des rois Téta et Papi (vi* dynastie).
Lorsque le voyageur met pied à terre un peu au-dessous du village, il voit devant lui les traces d'une enceinte immense. Ce sont les restes des an^ eiens remparts de la ville, qui étaient très-épais et construits en briques crues. De nombreux monticules formés par des amas de décombres pulvérisés couvrent l'emplacement considérable où s'élevaient les habitations privées. On ne voit, parmi ces buttes artificielles, aucun vestige de monuments publics.
C'est dansunç seconde' enceinte y au S. de la première et l'enveloppant en partie, qu'étaient situés les édifices d'un caractère monumental; mais ils sont pour la plupart détruits jusqu'au ras du sol. Quelques restes de temples ont seuls échappé à cette ruine com-< plète.
A peu de distance du Nil, une chapelle isolée (naos) avait été dédiée à Ammon-Rft par Ramsès II. Plus loin, un petit temple commencé par Ptolémée Evergète II (vers 140), et terminé, 50 ans plus tard, par Ptolémée Alexandre, est adossé à un rocher calcaire dans lequel il est en partie excavé. Enfin à 15 ou 20 min. de là vers l'E., et à 50 met. de la rivière, une autre ruine isolée porte le nom et les sculptures d'Amenhotep III.
Plus au N., à mi-chemin environ entre l'enceinte de l'ancienne ville et le village d'el-Mahamid, il y a un autre temple^ très-petit comme les précédents et dans une situation isolée. Ses légendes portent le nom de Thoutmès III et de son fils et successeur Amenhotep II. Près d'el-Mahamid, un rocher d'une forme singulière attire Tattention. Il a été exploité et taillé de telle sorte par l'extraction des pierres, que de loi»
il présente tout à fait la forme d'une porte gigantesque.
Ce qu*Ëléthyia présente de plus curieux et de plus important, ce sont ses grottes percées dans les hauteurs qui terminent la plaine et dominent, à la distance d'une heure, le site de l'ancienne cité. Les plus nombreuses sont directement i l'E.; elles indiquent probablement l'emplacement de la nécropole commune. Plus près du grand rocher et d'el-Mahamid, plusieurs de ces hypogées, ornés de sculptures, se rapportent par leurs légendes aux premiers rois de la XVIII' dynastie. M. Stoddart y a trouvé sur une stèle le nom d'Aménembàt III (Mœris) de la xn" dynastie. Ce sont des tombes de hauts dignitaires et de personnages considérables. L'une d'elles, celle d'Ahmës, le chef des nautoniers (comme il s'intitule), est devenue célèbre dans la science par le beau travail que lui a consacré M. de Rougé.
Tombe d'Ahmès. Elle est contemporaine du règne d'Amenhotep I*^ La grande inscription, sur le mur de droite, raconte la guerre faite « aux Pasteurs ». Après plusieurs batailles et plusieurs sièges, sur lesquels Ahmès s'étend longuement , mettant en relief sa propre bravoure récompensée par descolliersd'or, la forteresse d'Avaris est prise d'assaut et les Pasteurs sont repoussés jusqu'à la ville de Sberuhen, sur les limites du pays de Kanaan. Le roi Ahmès (Amosis) se tourne alors au S. contre le pays de Khont'hen^efer (Soudan) . Le roi revient ensuit^ de ces expéditions et son cœur est ■ réjoui par ses victoires » ; il a conquis le Nord et le Sud ; il a rétabli l'empire égyptien auquel il a rendu ses anciennes frontières.
Sous le second roi de la xviii* dynastie, Amenhotep I*', Ahmès, à la tête de la flotte, prend part à une expédition triomphante contre Kousch (l'Ethiopie), et sous Thoutmès !•', à une nouvelle expédition contre Khonthen-nefer. Il accompagne ensuite son
roi dans une campagne contre U nation asiatique des Routen (Syrie septentrionale), qui amène les vainqueurs jusqu'aux frontières da pays de Naharina (Mésopotamie). Il meurt, comblé d'honneurs, ayant regu sept colliers d'or.
Au-dessus de cette grotte, il y en a une autre extrêmement curieuse par les tableaux dont ses parois sont décorées. C'est celle du nomarque Psar. Tous les détails de radicalture, de la pèche et de la chasse, ceux de l'embaumement et dé la préparation des momies, s'y trouvent représentés ainsi qu'une infinité d'autres sujets. Le mur de l'O., à g., est consacré à la culture du blé, représentée dans toutes ses phases, depuis le labourage jusqu'au dépiquage et à la rentrée du grain dans la maison, à la vendange, à la réoolte des dattes, aux détails variés de la chasse et de la pèche, le tout accompagné de textes explicatifs. Les tableaux du mur de l'E., à dr., se rapportent à l'ensevelissement de Psar; des hommes et des bœufs tirent le traîneau sur lequel est posé le sarcophage, le mort paraît devant Osiris, etc. Bien que ces peintures soient d'une exécution inférieure à celles des grands hypogées de Qoamah, elles n'en fournissent pas moins des renseignements d'un extrême intérêt pour la connaissance de la vie privée des Égyptiens dans les temples antiques, aussi bien que pour certains points d'histoire et de chronologie.
Edfou,(20 kil. d'el-Kab, rivç O.), chez les Égyptiens Deb, chez les Coptes Atbd, est un assez gros village arabe, à 30 min. de la rive du Nil. Les pauvres maisons des habitants actueb se sont groupées sur l'emplacement d'ApoUinopolis Magna, dont les débris, enfouis sous des monticules de décombres et de sable, s'étendent jusqu'à la rive du fleuve, oii se voient encore les restes d'un ^iiat en pierre de taille. Deux édifices^ un grand et im petit, ont seuls survécu.
[Route 26]
TEMPLE D'EDPOU.
et leur parfaite ooiuenration n'en parait que plus remarquable au milieu du complet anéantissement de Tancienne cité.
Le Grand Temple n'est pas seulement un des mieux conservés, il est aussi un des plus beaux et des plus imposants de la haute Egypte. Le pylône qui le précède domine toute la plaine et se voit de très-loin.
Ce beau monument était autrefois cacbé en partie par les décombres accumulés à l'extérieur et par les masures des fell&hs qui en avaient envahi Jusqu'aux terrasses. Mais, grâce au déblayement complet exécuté sous la direction de M. Marietle-Bey, il a été rendu tout entier aux admirateurs des beaux restes de l'antiquité, et aujourd'hui, il n'est pas dans ce temple une ligne de texte qui ne soit accessible à la légitime curiosité du voyageur.
Le grand temple d'Edfou n'appartient cependant pas à la période des anciennes dvnasties; II est du temps des Ptolémées. Mais il nous est un témoignage que les traditions de l'art égyptien survécurent longtemps encore à la ruine de la monarchie nationale.
D'après une inscription traduite par M. Dùmichen (ZeiUchrift fur jEQyptisehe Sffraehe, années 1870, 1871 et 1873), la pose de la première pierre du temple aurait été solennellement faite le > 7 Épiphi de la 10* année du règne de Ptolémée III, Évergète I, » c'est-à-dire le 23 août 237 av. J. C. Le naos et le pronaos, et, en général, toute la partie N. du temple, date de Ptolémée IV Philopator (222-205). Les constructions paraissent n'avoir été que faiblement poussées sous les rois suivants, Épipbane, Eupator. La salle hypostyle qui forme une sorte de façade monumentale en avant de l'édifice est de Philométor et de Ptolémée Évergète II ; le règne de ce dernier prince (146- 117) vit s'élever le portique. Les sculptures des mura du naos et du pronoas
sont du même temps. Le couloir extérieur porte, d'un côté, les noms de Ptolémée Vll Évergète II, de l'autre; ceux de Ptolémée IX Alexandre. Enfin le pylône et la cour péristyle ont été terminés sous Ptolémée XII, Néos- Dionysôs.
Il convient d'ajouter que ce temple ptolémalque a succédé à un ancien sanctuaire, qui existait déjà sous Thoutmès III, et dont l'origine remonterait jusqu'aux temps mythologiques des dieux. Le temple aurait été fait « d'après le plan du livre tombé du ciel, au N. de Memphis. • Ce plan était dû à la main d'un dieu, Imhotep, fils atné de Phtah.
Ce nom a donné lieu à une singulière méprise de quelques savants allemands : ils ont confondu l'artisan divin avec un artiste humain et ont fait d'Imhotep l'architecte égyptien qui avait commencé la construction de l'édifice sous les Ptolémées. Quoi qu'il en soit de ces traditions conservées dans quelques inscriptions du temple ptolémalque, ce qui est malheureusement certain, c'est qu'il n'est rien resté de la construction primitive.
Le temple d'Edfou est orienté du N. au S. Il a, sans y comprendre le mur d'enceinte, 40 met. de façade et 71 met. 85 c. de profondeur totale.
Avec le pylône, sa façade est de 76 m. et sa profondeur de 137 met. 60. La hauteur du pylône est de 35 mètres.
Nous avons déjà donné (p. 100 et 101) le plan du temple d'Edfou comme le type le plus régulier d'un temple égyptien. Nous le reproduisons ici (F. p. 587) pour la commodité de la description.
Le pylône (PP) est orné,.aux deux ailes, de bas-reliefs qui ont pour sujet, à l'imitation des anciennes sculptures pharaoniques, des expéditions militaires. On voit le Ptolémée qui saisît par les cheveux ses ennemis prosternés et qui se dispose à les frapper. Les noms des peuples vaincus inscrits dans les cartouches sont
HAUTE JÈGYPTE. — EDPOU. [ROUTE 261
les inott, les Chat, les JlenlUm, les Fenekh, les Grecs, les Tamhou, les RotennoUy les Bétennou (Bithyaiens), les Talrou (Taoques), le pays des Neuf- Arcs, etc. Cette nomenclature de la géographie extérieure au temps des Ptolémées est surtout intéressante par les moyens de comparaison qu'elle fournit pour les nomenclatures parallèles des temps pharaoniques.
La cour (C),dans laquelle on pénètre après avoir franchi la porte du pylône, est entourée sur trois côtés d'une galerie continue et spacieuse, formée par 32 colonnes. Sur la façade du pylône, au côté S. de la cour, on remarque, de chaque côté de la porte centrale, deux petites portes. Elles mènent à un escalier rectangulaire de 145 marches, qui s'élève dans le massif même du pylône^ éclairé au moyen d'ouvertures étroites au dehors, mais dont Tébrasement est trèslarge. Il se divise en 14 étages, dans chacun desquels sont ménagées des chambres obscures, lieu de dépôt et de conservation pour certaines parties du matériel du temple. Du sommet du pylône, on jouit d'une belle vue dont le mérite consiste surtout dans le contraste qu'offrent les verts rivages du Nil avec la surface rougeâtre des montagnes libyques et du désert.
Les colonnes de la cour (C) offrent cette particularité que les chapiteaux y sont variés avec symétrie : chaque colonne, dans une même rangée, a son chapiteau particulier; mais ces variétés se répètent, avec le même ordre, dansla colonne correspondante.
Le motif dominant qu'on y retrouve à travers les modifications que l'artiste y a introduites, c'est la fleur épanouie du lotus et du papyrus, à laquelle sont liées d'autres plantes aquatiques, à tiges triangulaires. Le plus gracieux de ces chapiteaux, dit M. Ch. Blanc, est celui qui se compose de neuf branches de palmier, serrées autour de la campano renversée, et formant une suite de panaches. Dans le nombre immense des
figures et des hiéroglyphes qui ooovrent les murs de la cour, nous signalerons seulement, dans le coch partiment inférieur du xnur S., m calendrier et une liste des nom» & de leurs subdivisions. L.e côté (h pylône qui regarde la cour est oni de plusieurs rangées de fî goures colossales de dieux.
La façade duportiquè (P), qui fem^ la cour (C) au N., n'occupe pas tootla largeur de la cour (c5, mais el!' laisse de chaque côté^ entre le mw extérieur et le temple propremeii:
dit, un couloir étroit qui est la cor tinuation du péristyle.
La salle hypostyle (A), large portique couvert, est soutenue par dîihuit colonnes sur trois rangs. Ln entre-colonnements en sont fennéi à droite et à gauche de la porte, pr un mur à mi-hauteur, comme in pronaos de Dendérah. Les chapiteai::
des colonnes présentent la variété d; motifs déjà signalée dans la cour (Ç Parmi les représentations sans noc* bre qui décorent le pronaos, on remarquera, à l'entrée, les tableaux astronomiques qui représentent dm' une longue rangée de figures, d& images d'étoiles et les divisions à:
l'année égyptienne. Har-hout y panîi sous la forme du soleil, à cbac:^^^ des douze heures du jour. Les heure sous la forme de femmes dont la tèu est surmontée d'une étoile, figurer, dans ces tableaux, accompagnées à leur nom et de leur numéro d'ordrs.
Deux petites chambres, des deux cités de l'entrée, méritent une mentiu:
spéciale. Celle de l'O., nommée âix l'inscription la chambre des étoî]r<.
était celle dans laquelle le roi, avam d'entrer dans le temple, devait se soumettre à la cérémonie de la purification. Celle de l'E. contenait la ^fthliothèque, dont le catalogue est marqué sur les parois de la chambre.
' La salle (B) est soutenue par douze colonnes. Elle est appelée Bût Une porte s'ouvre à l'E., qui conduit au couloir extérieur, ainsi qu'à
[RODTE 86] TEMPLE D'EDFOU. 587
la chambre (i) (F. le pttu), r»- 1 muquable par ses ubnlnbles Kolp-
Tamplt d'Edton.
turea. Cotle porte, d'aprè» les in- 1 apportait ■ le» offrande» sècbes. » acriptioos, est celle par Unuello on l Sur le cûté O., une autre porte
donne accès, de la chambre (f) (F. le plan), dans le couloir extérieur. Elle servait pour le passage des « offrandes liquides >. L'une des chambres qui occupent le côté 0. de la salle (B) est désignée comme « la cuisine »
du temple.
lAtalle (C) communique^ comme à Dendérah, avec deux escaliers dont l'un^ celui de g., est droit et monte sur la terrasse du temple, tandis que l'autre, celui de dr., affectant une 'forme rectangulaire, conduit à des chambres et à des couloirs étroits, superposés en plusieurs étages.
La salle {D)j dont le nom hiéroglyphique est Her-abf communique à g.
avec la chapelle (k), consacrée au dieu Sochem, à • celui qui conserve les pierres précieuses»; et, à dr., avec une autre chambre près de laquelle s'ouvre, plus élevée de quelques marches, une chapelle ornée de deux colonnes ; Tune de ces chapelles est nommée dans les inscriptions chambre de la purilication.
Trois portes mènent de la salle Her-ab ou salle (D),à la partie la plus importante du temple. Celle du milieu s'ouvre sur le sanctuaire (£), lieu de dépôt des quatre barques sacrées.
Dans cette chambre (Ë) se trouve un naos de 4 met. de hauteur, fait d'un monolithe de beau granit gris tacheté. Les inscriptions qui le décorent nous apprennent que ce monolithe a été creusé par Nectanébo I***, pour servir de naos au temple alors détruit auquel le temple actuel a succédé. Cette indication établit l'existence d'un temple anté-ptolémaîque; et l'on peut se demander, dans le cas où l'on adopte l'opinion de MM. Brugsch et Dûmichen, si Nectanébo n'a pas lui-même érigé son naos sur l'emplacement d'un temple beaucoup plus ancien.
Les dix chambres qui entourent la salle (E) formaient (F. p. 102) autant de chapellesconsacréesà quelque divinité. Cette destination rappelle celle des chapelles analogues à Dendérah,
avec cette différence toutefois que, dans ces dernières, le mythe d*Osiris joue un rôle prépondérant, ce qui n'a pas lieu à Edfou. Chacune de cescbajnbres avait son nom,- qui a été gravé sur une partie du soubassement de l'extérieur du temple, avec les dimensions de la chambre en coudées et subdivisions de coudées. La première (s), à g., était lemeceelft, c'està-dire la chambre où Ton s'habillait; la seconde (t), la chambre de Néshoru; la troisième (u) s'appelait Seta, la chambre des mystères. La chambre (y) éuit consacrée au dieu An d'Edfou, c'est-à-dire, à Osiris mort; elle donnait accès à une chaoïbre uta (x), où se trouvait une entrée des cryptes. La chambre médiane (z), destinée à conserver des emblèmes mystérieux, en particulier le grand sistre d'or, s'appelait « le Mesen *.
Venait ensuite (a), la chamhre de Sebek, qui s'ouvrait comme la chambre (y), sur une chambre uta. Les dernières chambres (c et d) étaient celles de Ra et de Har-hout.
Les parois du couloir qui fait le tour du temple et le mur extérieur sont couvertes d'inscriptions et de ubleaux. Le sculpteur n'a pas laisse un pouce de ces murs ou son ciseau n'aittaillé la pierre. Parmi les inscriptions, nous remarquerons celle de la paroi (Ë). du mur extérieur, déjà citée, et qui contient la description de la fête célébrée à l'occasion de la pose de la première pierre. On a aussi signalé, à l'angle N. E. du mur extérieur, une inscription datée du règne de Ptolémée Alexandre I^, et qui a pour objet une donation de terres faite au temple, où sont rappelés les noms de Nectanébo 1", de Nectanébo II et de Darius.
Un mur en briques .conservé en partie, entourait le temple. Dans l'intérieur de l'enceinte et à l'E. du temple, on a découvert réceounent un ancien puits, qui communiquait avec le temple par un passage souterrain.
[route 26] TEMPLE DE RÉDÉSIÈH.
Le temple était dédié à la triade Har-Hout (Horus],à Hathor et à leur fils Harpékhroti. Harhat, dont Harpékhrot, le dieu enfant, est une forme, est qualifié dans les inscriptions du temple de « grand dieu, seigneur du ciel, Tépervier d'or, fils d*Osiris, roi des rois de la haute et de la basse Egypte, maître des dieux et des déesses. » Hathor est appelée dans les inscriptions « la maîtresse de . la couronne d'or, celle qui donne la beauté au roi et Tamabilité aux hommes et aux femmes. >
Le petit Temple, à 2 min. du précédent, se compose de deux chambres et d'un péristyle.Dans la chambre principale, Hathor accorde à son fils Horus la vie céleste, après que Noum a formé ses membres. On voit par là comment il faut concevoir la génération divine au sein des dresses.
Celles-ci ne font que communiquer la vie divine qui est en elles au jeune dieu dont les membres sont formés par Noum. Elles ne sont pas ainsi mêlées à la matière. L'Egypte était donc plus spiritualiste que ne le feraient croire au premier abord les formes symboliques de sa religion.
Hathor est ici qualifiée ainsi : « Celle qui gouverne danft le bel Atoum, dans lequel il n'est rien de mal, celle qui fait vivre tout être par ses bienfaits. » Ce monument, bien détérioré aujourd'hui, est du règne de Ptolémée Évergète II et de Ptolémée Lathyre ou Soter II son successeur.
Il y a des ^otf et creusées dans une colline, à 4 ou 5 kil. d'Edfou. C'était sûrement la nécropole de l'ancienne ville. Elles ont échappé, à ce qu'il semble, à l'attention des archéologues qui depuis trente ans ont exploré la vallée du Nil.
En face d'Edfou, sur la rive orientale, une route ancienne, avec stations, monuments, puits ruinés, mène aux mines d'émeraude, à Bérénice et à Gébel Elba.
A partir d'Edfou, la chaîne arabique serre toujours de très-près le
fleuve, tandis que la chaîne libyque, qui en est distante de 6 kil., s'en rapproche de plus en plus. On laisse sur la dr. le village û'Àhou KandUf et on longe l'Ile d'Ei-Fauxisièh, avant d'arriver au village de
Rédétièh (rive E.). A l'E. de Rédésièh, dans le désert nubien, à 25 lieues environ au S. de la route de Koçeir, se trouvent les ruines d'un temple dont les inscriptions ont [été étudiées par H. Chabas. C'est un hémi-speos. Le portique, soutenu par 4 colonnes, a ses parois ornées de ta« bleaux symboliques accompagnés de légendes qui célèbrent la gloire de Séti. Sur les murs de la première salle sont gravées trois inscriptions dont l'une raconte les circonstances dans lesquelles s'est produite la construction de l'édifice. Le roi Séti [a choisi ce lieu pour y élever un sanctuaire et pour y établir une citerne au milieu des rochers. Il y a même fait bâtir une forteresse.
Le village lui-même n'a rien de remarquable que d'être la résidence d'un des principaux chefs des Ababdèh, population nomade qui campe entre la haute vallée du Nil égyptien et la mer Rouge, et qu'on qualifie abusivement d'Arabes. SI les Ababdèh sont Arabes, c'est seulement par les mœurs et les habitudes; par le sang, c'est un peuple de même souche que les Bicharis de la Nubie orientale. Un autre de leurs quartiers généraux est à Dérftwi, près de Kôm-Ombo. Ils viennent à Rédésièh, à Dérawi, à Assouàn pour y vendre sur les marchés leurs chameaux et leurs troupeaux en échange des grains et de divers objets. Les Bicharis ne parlent pas l'arabe , leur langue se nomme chez eux Begjaweh et leur pays Begjah ou Etbaye. Ils prétendent descendre d'un Turc nommé Couca dont ils assurent que le tombeau et la statue sa trouvent dans la montagne d'Elba.
A 4 ou 5 heures au-dessus d'Edfou (19 kil.), le village de Toum,
HAUTE ÉGYPTÎE. — GÊBEL-SILSILÈH. [ROUTE 26]
et les ruines qui ravoisinent sur la rive £. représentent indubitablement le site de la Tmui de Ptolémée. A 8 kil. environ de ce dernier point, un rocher de la rive gauche forme dans le lit du fleuve un cap avancé connu sous le nom de Gébd Abou Chéghèr, la montagne des Tempêtes, parce qu*ea effet, sans doute à cause de la disposition des vallées qui débouchent au fleuve, les coups de vent y sont fréquents et dangereux. De là il y a encore 6 kil. jusqu'à
Gôbel-Silsilèh ou Hagar-Silsilèh, comme on dit aussi dans le pays (22 kil. de Toum). Ce nom s'applique à un défilé de la vallée que forment, en se rapprochant jusqu'à la distance de 500 met., les deux chaînes parallèles qui bordent le fleuve. Les Arabes ont une tradition, ou, pour parler plus exactement, une légende, d'après laquelle le fleuve aurait été autrefois fermé au moyen d'une chaîne tendue d'un rocher à l'autre, et ils tirent de là l'origine même du nom de Silsilèh, qui, en arabe, signifie une chaîne. En fait, c'est le nom copte de la ville, Sjolsjël, et son assonnance accidentelle avec le mot arabe qui ont donné naissance à la légende populaire. On montre cependant une grande colonne naturelle sur la rive E. à laquelle la chaîne aurait été attachée.
Ce qui a fait de tout temps la célébrité de cette localité remarquable, ce sont ses immenses carrières, dont Je grès calcaire, d'un grain fin et serré, forme, on peut dire, la transition entre les beaux granits de Syène et les calcaires moins durs de l'Egypte inférieure. Les plus anciens monuments de l'Egypte ont été surtout construits en calcaire; ce furent les Pharaons de la xii* dynastie qui employèrent les premiers le grès de Silsilèh pour élever les murs et les colonnades des temples.
Les carrières de Silsilèh sont répandues aux deux côtés du fleuve, mais les plus remarquables sont celles de la I
rive g., où nombre d'excavations ont été transformées en hypogées et même en «péox consacrés au culte, sàrement en vue des légions d'ouvrier^ employés à l'extraction dea pierre^
Spéos,Le plus remarquable de ces petits temples excavés,établis à quelque»
pas du Nil, se compose d'une chambrr étroite, longue, parallèle au rochâ*, dans laquelle s'ouvre, vers le milieu de La, paroi du fond, une chapelit plus petite. .Ce temple présente exté»
rieurement une façade soutenue pir 4 piliers, dont les inscriptions hiér> glyphiques contiennent les cartouches des rois de la xviu* dynasuf et des dynasties suivantes. La porte principale sculptée avec beaucoup de soin est surmontée d'une corniche simple, sans sculptures et commune à toute la longueur de la façade.
Le linteau est décoré du disque aiie et d'inscriptions du règne du kî Harmhahi, A g., au fond d'une nidt d'environ cinq pieds de haut sur dem de large, creusée dans le pilier, est sculpté, en bas-relief, un jeun; prince, vêtu d'une peau de panthèn ayant au-dessus de sa tête une légende datée de l'an 30 de Ramsès IL (F. Champollion,*lf onumentf de VÈgyple et de la Nubie, Koticee descriftives,)
Au-dessus de la porte suivante, à g., un tableau représente le roi Ramsès-Meîamoun, casqué, offrant la déesse Ma à Ajnmon-Rà, à Moût, à Rhons, et à Sébek. Des tableaux analogues se reproduisent sur les portes à droite. Partout la tête du dieu Sebek (tête du crocodile] a été martelée avec soin.
L'intérieur des portes nous montre également des offrandes aux dieux, faites par différents rois. Sur les parois de la porte du milieu, Ramsès offre, à dr., un plateau couvert de pains et de lotus au dieu Sebek^ assis, ayant derrière lui Hathor debout, et à g., deux bouquets, l'un de papyrus, l'autre de lotus, à Phtah assis et à Bast léontocéphale. Sur les
ROUTE à6] GÉBBL-SILSILÊH. — GROTTES.
)ortcs à dr. et à g., scènes semblaîles. Les rois sont : Ramsès-Meïanoun, Ménephtah. Dans Tépaisseur lu massif, à droite, est une petite ihapelle, au fond de laquelle sont rois personnages assis, très-mutilés, m ronde bosse.
A rintérieur du spéos, nous signaerons les deux tableaux sculptés à lôté l'un de l'autre, à l'angle S. 0.
:.'un (paroi du S.) représente une léesse nourrissant le roi Harmbabi le son Idt, devant Ammon-R&, assis, il le dieu Sebek, debout. C'est, selon A. Mariette, une des plus belles œurres sorties du ciseau égyptien.
Nulle part, dit-il, la ligne n'est dus pure, et il règne dans ce tableau une certaine douceur tranruille qui cbarme et étonne tout à la bis. » — • Le groupe, dit M. Ch. Blanc, ;9t charmant de douceur, de noblesse !t de naïveté. Le dessin en est pur, le ravail exquis, et s'il y a quelque part les sculptures plus belles, ce n'est >as ici, du moins, qu'on les imagine )u qu'on les regrette. >
A côté, sur, la paroi 0., des basreliefs représentent le Triomphe du Pharaon Harmbabi. Ce sont : !• Un disque ailé, urœus pendants, flanqué i'éperviers, ailes pendantes; au-dessus du disque, le symbole des panégyries. 2* Le roi debout, la hache sur l'épaule, recevant d'Ammon-Râ la vie divine ; sous ses pieds, des vaincus renversés tendent les bras. 3* Le roi Harmbabi porté sur un palanquin, suivi et précédé de deux flabellifères, des soldats conduisant des captifs.
Sur un second rang sont : des soldats à genoux, des trompettes, des soldats en marche, ayant le bouclier sur répaule; des chefs ou fonctionnaires prosternés devant le roi. Ces prisonniers appartiennent aux peuples de Kouseh* Une sorte d'hymne, propitiatoire est mis dans la bouche des prisonniers, amenés devant le Pharaon : « Abaisse ta face, ô roi d'Egypte, soleil 4e la Libye 1 Grand est ton nom dans le pays de Kousch, etc. »
Au delà de cette grotte, il y en a' d'autres moins grandes, qui ont servi de sépulcres, et où se lisent les noms des premiers rois de la xviii* dynastie, entre autres ceux de Thoutmès !•'; de Thoutmès U et de la reine Hatasou, la fameuse régente qui a érigé les grands obélisques de Karnak.
L'un de ces tombeaux remonte au temps d'Ousortésèn I", de la xii« dynastie.
Le peu de sculptures qu'on y trouve ont principalement pour sujet des offrandes faites à l'occupant ou aux occupants de la tombe. Plus au S.
encore, sont d'autres tombes, des stèles monumentales et des chapelles d'un beau travail. Celles-ci sont ornées de colonnes, dont les chapiteaux, que surmonte une corniche élégante, sont imités de la fleur du lotus. Ces grottes sont aussi du commencement de la xYiii* dynastie.
Pour les voir, on se dirige par un sentier qui court à travers les anciennes carrières. On remarque sur les rochers beaucoup d'inscriptions, dont la plupart sont de la xviii* dynastie. L'une des stèles les plus remarquables est celle du roi Shashank, de la XXI* dynastie. C'est le Sésac de la Bible (T. p. 73). Ce prince est présenté à Ammon par la déesse Moût. Celle-ci lui dit : « Viens dans le temple, pour voir ton père Ammon. » Le roi s'approche alors des trois dieux, Ammon, Harmakhou-Toum et Phtah- Num. Derrière lui se tient son fils, le grand-prétre d'Ammon, le fils royal du seigneur des deux mondes, le défunt Amenmer-Shasbank. Les inscriptions latérales nous apprennent que le roi a élevé ce monument en l'honneur de son fils mort.
Au bout de 15 min., on arrive aux deux chapelles, à l'extrémité sud des carrières. La première, fort détério^ rée, date du règne de Ménephtah> fils et successeur de Ramsès II. Ia seconde est celle de Ramsès II lui-* même. Le roi y est représenté faisant des offrandes à la triade thébaine et au
dieu du Nil, Hapi. Ce dernier est ici ■assimilé aux autres divinités de TÉgypte, ce. qu'on ne voit pas ailleurs.
L'inscription traite aussi des fêtes du Nil, qui devaient être célébrées deux fois par an. On ne s'étonnera pas que les Egyptiens aient ici, plus qu'ailleurs, déifié le Nil. Le fleuve jouait ici, en effet, un rôle éminemment utile pour l'édification des édifices sacrés. Ressserré entre les montagnes, il offrait aux barques des facilités d'accostage exceptionnelles, et permettait ainsi d'emporter dans toute l'Egypte ces milliers de blocs qui devaient entrer dans la construction des b&timents.
Sur la g., était une autre chapelle du règne de Séti I". Quoique presque méconnaissable, elle offre encore, comme les deux autres, des traces de peinture. Un grand nombre de stèles, grandes et petites, sont gravées sur les rochers dans le voisinage de ces trois chapelles.
Sébek, le dieu à tète de crocodile, était le dieu local de Silsilis. Le titre de « dieu de Silsilis » lui est souvent donné dans les stèles, concurremnymt avec celui de « dieu d'Ombos *.
Moins remarquable sous le rapport des spéos et des grottes tumulaires, le côté droit du Nil l'était davantage par l'étendue des carrières. C'est de ce côté de la vallée que sont les plus nombreuses et les plus dignes d'attention. Les matériaux employés pour' la construction de Thèbes et des autres villes de la haute Egypte en sortirent en grande partie. Ces vastes carrières rappellent celles de Torah, près de Memphis. Un spéos trèsdégradé, dans lequel le roi Amenhotcp III (xvni" dyn.) est représente en présence du dieu Âmmon, est à peu près le seul monument remar quable qu'on rencontre de ce côté.
Près de cette chapelle on voit un sphinx ébauché dans un énorme bloc.
Il est question dans les inscriptions d'un lieu nommé Khennou,
ou, avec l'article égyptien, PakhettnoUf qui existait dans cette partif de la vallée, et qui était consacré à Sébek, le dieu d'Ombos. Le5 indices très - reconnaissabies d'nnf ancienne ville qui se voient au N. et tout près de la gorge du fleuve, su:
la rive dr., en marquent peut-4tn l'emplacement. C'était là sûremeo:
aussi que se trouvait le poste romaii:
de Silnli, mentionné dans la Notice de l'empire (où le nom est écrit par corruption Stitti). Rhennou a été une ville très -importante dans les premiers temps de l'empire thébain. Au temps de la xi* et de la xu* dyn., elk était le sléffe d'une école célèbre où les jeunes Égyptiens venaient de fort loin apprendre les lettres et la rhétorique et se formaient au métier de scribes.
Depuis qu'on a dépassé Edfon, ei surtout après Gébel-Silsilèh^ U. vallée du Nil prend un nouvel aspect.
Les deux chaînes riveraines, de plQ> en plus rapprochées, ne laissent as fleuve qu'un espace toujours plus resserré. La plage, privée du bienfait de l'inondation par l'élévation des rives, n'offre aux regards qu'une lisière d»
sable, à peine relevée par ua ëtroii ruban de verdure, et, de loin en loin, deux ou trois huttes en terre audessus desquelles se balance la tigt élancée de quelques dattiers. PartoQ'l'image de la stérilité. Les habitants eux-mêmes n'ont plus la même physionomie ; tout annonce que ïo^ quitte l'Egypte et que l'on touche à la Nubie.
KOm-Ombo (la colline d'Ombo), es copte, Mbô (23 kil. de la gorge de Silsilèhet 64 kil. d'Edfou, rive E.), dt>mine, comme son nom l'indique, une colline de sable qui s'élève à pic audessus du fleuve, au débouché d'unf vallée, vis-à-vis d'une grande île appelée Mansourièh. C'est là que sont les restes de la ville d'Ombos, à laquelle a succédé un village qui, luimême, est abandonné à cause de l'envahissement des sables. Le site de
KÔH-OMBO. — TfilfPLES.
l'ancienDe ville et toute la plaine environoante en sont entièrement recourerts; on n'y voit plus ni une maison ni un arbre. Les restes de deux tempUif un grand et un petit, avec un mur d'enceinte qui les environnait et qui les séparait du reste de la ville, dominent seuls, à demi ensevelis, cette scène de désolation.
Le portique du grand temple ainsi que la salle contiguô sont assez bien conservés. Le temple, d'après les inscriptions, fut commencé sous Ptolémée Épipbane, continué sous Évergète II et terminé sous le douzième Ptolémée, Néos- Dionysos, dont le nom , avec celui de la reine Cléopàtre sa femme, est inscrit sur les colonnes du portique. Le temple des Ptolémées a succédé à un temple bien plus ancien. Une inscription, gravée sur le portique oriental de la (^ande enceinte* dit formellement que Thoutmès III et sa sœur Hatasou avaient élevé cet édifice au dieu Sebek. A Ombo donc, de même qu'à Dendérah et à Edfou, à Esnèh , les Ptolémées n'ont fait que relever et agrandir un ancien monument tombé en ruine. Le temple est dédié aux deux triades divines, Tune qui a pour chef Sébek, le dieu à la tête de crocodile, protecteur spécial d'Ombo, l'autre Harouèr, le dieu du Sud.
Le nom hiéroglyphique de la ville est Noubi,
Une singularité qui distingue cet édifice de tous les autres temples connus de l'Egypte, c'est qu'il est divisé, dans le sens de sa largeur, en deux parties symétriques, chacune ayant son portique et son sanctuaire.
C'étaient, en réalité, deux temples accolés. Cette disposition tenait au double culte rendu simultanément aux deux principes opposés, l'un, la lumière adorée sous le nom d'Horus, l'autre, les ténèbres, que le dieu Sébek à tête de crocodile symbolise. Les deux sanctuaires sont détruits; il reste seulement plusieurs petites
ORBMT n.
chambres qui les précédaient, ainsi que la plus grande partie du portique. Les colonnes peuvent être comptées parmi les plus grosses des temples de l'Egypte; leur circonférence est de plus de 6 met.
Le petit temple, dépendance du précédent, en est distant d'une quarantaine de mètres vers le N. 0. 11 parait avoir été dédié par Ptolémée fivergète II au dieu Sébek. U est au bord même de l'escarpement sablonneux dont le Nil ronge le pied, et une partie de ses débris a roulé en bas jusque sur la plage. Le fleuve était autrefois moins rapproché; ses empiétements l'ont porté de plus en plus à l'E., et il menace de saper complètement le sol sur lequel se dressent encore les ruines du petit .
temple. Celles de la ville antique reposent sous le sable qui les recouvre, et ne se laissent deviner que par les inégalités de la surface, principalement au N. et à l'E. des temples.
De Kûm-Ombo à Assouàn (8 à 10 h.) la vallée continue, dans son étroit encaissement, de présenter le même aspect d'aridité. La rive dr.
ou orientale est toujours très-élevée; sur la rive g,, ce sont plutêt des dunes de sable. Sur nombre de points, la vallée n'a de largeur que le lit même du fleuve. Les villages qui se rencontrent sur les deux rives ne sont que des campements de Bicharis; le plus important est celui de (5 kil.) DtïraiDé, Le petit village de Kotibanyèh, sur la rive occidentale, avec ses bouquets de palmiers (4 h.
d'Âssouàn), est le seul point oii la vue puisse se reposer sur un peu de verdure. Non loin de là, sur la rive orientale, on peut observer le passage du grès au terrain granitique.
On commence à apercevoir dans le S.
des montagnes qui semblent couronnées de forts. Une île toute verte qui partage le fleuve en deux parties à peu près égales est à leur pied. Ces montagnes paraissent former une ceinture, et le fleuve auquel l'œil
cherche, en yain une issae, apparaît comme un lac fermé. Ce site saisissant est celui de
Assoufln ou Syéne (42 kiL de Kôm-Ombo, rive E.)- — Situation.
Histoire. Cette ville doit son antique renommée et son existence môme à sa position extrême, près des cataractes qui marquaient la limite de l'Egypte et de TÉthiopie, non moins qu'au voisinage des belles carrières de granit d*où les Pharaons tirèrent les immenses monolithes, taillés en statues et en obélisques, dont ils ornèrent leurs monuments. Un autre genre de célébrité lui vint plus tard de l'opinion où furent les astronomes d'Alexandrie, au temps des Ptolémées, que Syène était située précisément sous le tropique, d'après la remarque que Ton avait faite que le jour du solstice d'été, un puits s'y trouvait éclairé verticalement jusqu'au fond, d'où l'on concluait que le soleil était au zénith même de la ville. Ce fut de cette observation, combinée avec la détermination astronomique d'Alexandrie et la distance d'Alexandrie à Syène, qu'Ëratosthène, 230 ans avant notre ère, déduisit ce qu'on a nommé sa mesure de la terre. La véritable position d'Assou&n, connue par les observations modernes, permet de rectifier celle que lui attribuaient les anciens astronomes. On sait aujourd'hui que sa latitude est de 24* 5' 23", conséquemmentde 37' 23" plus septentrionale que le tropique du Cancer. 11 est vrai qu'à raison du changement séculaire de l'obliquité de l'écliptique, cet écart était beaucoup moindre au temps d'Ëratosthène (il n'était alors que de 15' 58'); et comme les rayons du soleil tombent verticalement non pas seulement sur un point, mais dans toute retendue d'un rayon de 15' ôT^autour de son centre, il en résulte que le puits de Syène pouvait être en effet éclairé verticalement le jour du solstice, nonobstant la distance du tropique. Le phéno-
mène était réel, quoiqu'on en tirai une fausse conclusion.
L'existence de Syène, à l'époqae où les puissants Pharaons de Is xvm* dynastie faisaient exploiter ses carrières de granit rose par une armée d'ouvriers (de 15 à IIQO ^^ avant notre ère},| ne saurait étrt mise en doute. La fréquente répét] tion des noms des princes de la xa* dynastie sur les rochers des enviros»
permet sûrement de la faire remûnter beaucoup plus haut (entre i^^ et 2800). Le nom de la ville, dans le» inscriptions hiéroglyphiques, ^ li^ Soudn, dont les Grecs firent Zvr,n et les Romains Syène, et qui^daDS h bouche des Arabes, par l'addiùon euphonique de l'éiif initial, est de^ venu Asfoudn. Sous les Romaiiu, cf fut une des places importantfisd^^ frontières de l'empire. Dans les premiers siècles du christianisme, el-'^ devint le siège d'un évêché. Au cf^ mencement du ix* siècle (806), À ^ suite d'une peste meurtrière qui -périr, s'il faut en croire les chroîu queurs arabes, plus de 30000 bal). une partie au moins de la ville ^ maine, qui n'était au fond que l'ascienne ville égyptienne, pcut-êtrt agrandie et restaurée, fut abandosnée pour les quartiers plus é\cn^ construits par les Sarrasins sur' penchant de la colline. Cette disposition en amphithéâtre est uniqc' parmi les villes de l'Egypte, qui soï toutes bâties en plaine. Les auteu'^ arabes parlent d'Assouân conizQ' d'une place florissante j mais 1^ troubles extérieurs qui suivirent U'i tinction de la dynastie fatimite (^ conde moitié du xn* siècle) m»^' fin à cette période de prospériu Prise et reprise, tantôt par les Kenous ou Barabrâ de la basse Nj' bie, tantôt par les Haouârah df la haute Egypte, Assouân n'offrir bientôt plus que des ruines. £11^ ^^ reprit un peu de vie qu'adiitemps ou Sélim, après la conquête de l'KgyP^^ (1517), y plaça une garnison turque.