‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 256 sur 408 · ROUTE 26] ASSODAN. — ÉTAT ACTUEL · texte numérisé non relu

ROUTE 26] ASSODAN. — ÉTAT ACTUEL

dont les descendants gardent encore avec orgueil la tradition de leur origine au milieu de la popujation actuelle. Cette population, qu'on évalue à 3 ou 4000 âmes, offre un singulier mélange de Barabrâ, de Fellah, d'Ababdëh, d*Alhanais, de Turcs, de toutes les races, en un mot, que la guerre y a jetées. S'il y a des Coptes, ils sont en petit nombre. Aujourd'hui, comme au temps des Arabes, la principale ressource de la population est la culture des dattes, dont on fait des envois considérables au Caire, ainsi que du séné, du bennèb, et autres produits, qui arrivent du haut pays par le Nil. La cause véritable de la prospérité d'Assouân est le transit de la cataracte, qui force les barques à rompre charge en cet endroit.

État actuel. — Le port d'AssouAn, grâce à la population bigarrée dont nous venons de parler, grâce au nombre de barques de toute nature, et même aux bateaux à vapeur qui peuvent s'y amarrer, présente un aspect animé et pittoresque. Une sorte de jetée, formée d'un banc de rochers avancé dans le fleuve, le protège du côté du N. D'autre part, la rive sinueuse, un peu inégale de niveau, est bordée de beaux arbres, massifs de sycomores, d'acacias, de nopals , bouquets de dattiers et de palmiers doums aux troncs rameux et bizarres, au milieu desquels apparaissent les humbles maisons de la ville et notamment un blanc minaret.

Ce n'est plus la tour finement sculptée des minarets du Caire, de Syout ou de Gizèb. Quelques pièces de bois fichées obliquement dans la maçonnerie soutiennent seules la petite terrasse où monte le muezzin. Tel qu'il est, ce minaret égayé singulièrement le paysage lorsqu'il se montre au milieu des bouquets de dattiers qui l'encadrent. Le point le plus favorable pour reproduire ce gracieux motif est au S. du port, sur une saillie que le rivage fait dans le

fleuve. En ce même point, les bou« quets de dattiers et de doums entrecroisés laissent des aperçus charmants sur le Nil, sur l'île d'Élépbantinc, et jusque sur les hauteurs de la rive occidentale, oii se détache sur l'azur du ciel une blanche coupole appelée Koubbet el-Uaioa. Plus au S., une sorte de porte, formée par les rochers des deux rives et par des restes de fortifications arabes, ne laisse au fleuve qu'un étroit passage au-dessus duquel commence la cataracte.

La ville aetuelleavec le quartierdes bazarSf qui commence immédiatement à côté du port, présente le même aspect d'activité. Les rues, couvertes pour la plupart, ont une obscurité mystérieuse, et les boutiques nombreuses que l'on y rencontre sont riches en produits du Soudan : gomme arabique, pelleterie, étoffes et tapis aux couleurs largement tranchées, magnifiques plumes d'autruche,bloc8 d'ébène, dents d'éléphant et objets d'ivoire, anneaux d'argent et filigranes, armes, lances et floches empoisonnées, costumes de Nubiens et de Nubiennes, colliers, éventails en paille de palmier, taky&h (petits bonnets brodés de couleurs voyantes), paniers et corbeilles délicates. L'amateur peut y faire un choix de charmants souvenirs dont l'authenticité orientale ne sera pas douteuse.

11 ne faut pas compter trouver à Assouân des restes d'antiquités, après tant de changements et de catastrophes qui n'ont rien laissé subsister des anciens édifices. On peut cependant encore suivre dans les débris de la ville les phases de son existence.

La Syène des Romains était au S. 0. de la bourgade actuelle, entre le Nil et les rochers. Quelques colonnes de granit, et les restes très-peu importants d'un petit temple dont la façade regardait le Nil, à la distance d'une centaine de mètres : voilà tout '|ce qui reste de la ville romaine. Les

seuls noms qu'on ait lus sur les murs du temple sont ceux de Néron et de Domitien. Il ne s'est rien conservé du Nilomètre, si ce n*est le nom arabe de Hékyas que l'on donne encore à l'endroit où sans doute il se trouvait et un fragment d'échelle nilométrique encastré dans une muraille au S. de la ville. On y voit 11 lignes, séparées chacune par un intervalle de deux doigts, formant par conséquent 20 des 28 doigts dont se composait la coudée, qui serait ici de t pied 9 pouces, tandis que celle du nilomètre d'Éléphaniine n'est que de 1 pied 8625.

De la ville arabe, il ne reste que des décombres ; mais on peut suivre dans une partie de son périmètre la forte muraille en granit, avec de larges fossés intérieurs et extérieurs, dont elle fut entourée, à une époque qu'on croit remonter à Amou. Cette enceinte passe sur les hauteurs, dont elle suit les ondulations, et vient aboutir au fleuve que domine une de ses faces. Le cimetière musulman, ainsi que plusieurs mosquées, dont une est du temps même d'Omar, est en dehors des remparts, du côté du S. On remarque que cette mosquée ne présente pas d'arceaux ogivaux comme celle du Vieux-Caire. Mais on retrouve quelques arcs ogivaux mêlés aux arcs en plein cintre, dans une autre mosquée, le Gama Belad, quine remonte pasà plus de 1030 à 1070 de J. C. Il y a d'autres tombeaux en grand nombre un peu plus à l'E., parmi les rochers; c'est sûrement l'ancienne nécropole.

Les inscriptions Cumulai res remontent jusqu'au m* siècle de l'hégire.

La partie de la ville moderne, que l'on croit avoir été bâtie du temps de Sélim, est à l'E. de la ville arabe, et dans un fond. Elle est couverte au N. E. par un bois de dattiers et par des jardins; au S., elle arrive jusqu'aux rochers où commencent les carrières. Sa longueur est d'un peu moins de 1 kil. Les maisons sont tou-

tes construites en terre. Au total, ces remparts qui couronnent les hauteurs, ces ruines étagées sur les pen< tes, ces habitations ombragées de palmiers, forment un ensemble qui ne manque, vu à distance, ni d*lntérét, ni de pittoresque.

Les earrièret, — Les carrières de granit qui ont fait la renommée de Syène dans l'antiquité, et ont fourni tant de beaux blocs de tyénite et autres granits, non-seulement aux grands monuments de l'Egypte, mais aussi à ceux de Rome, sont au S. de la ville. Elles occupent, i partir du fleuve, un développement de plus de 6 kil. On y remarque avec intérêt, à 1 kil. de la ville actuelle et à la même distance du Nil, un obélisque ébauché resté sur place. Il n'a pas moins de 32 met. de longueur. Il y a une légère fissure dans sa partie supérieure.

Sur le sommet de la colline an S.E. et sur son revers opposé, on a trouvé de$ inscriptions latines intéressantes, du temps des Antonins, mais elles on:

disparu depuis longtemps, emportées sans doute en Europe. Entre cette colline et le fleuve on voit encore uc grand sarcophage de granit brisé, qui n'a jamais été emporté. Les carrières voisines, exploitées à toutes les époques (les inscriptions remontent jusqu'avant la xvin* dynastie), nous donnentdes notions sur les divers modes d'excavation employés par les anciens, et dont nous avons eu occasion de parler (F. p. 462-463). Oc y reconnatt en quelques endroits un usage encore usité dans les Indes :

l'introduction de coins de bois dans de longues tranchées, qui étaient ensuite remplies d'eau. Le gonflement du bois par l'humidité faisait fendre la roche.

L'ile d'Éléphantine fait face i Assou&n. Le bras du Nil qui les sépare peut avoir 150 mètres. L'autre canal, à l'O., est beaucoup plus lar^e. Dirigée du S. au N., 111e a 1 kil 1/2 environ dans sa plus grande dimen-

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