‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 257 sur 408 · ILE D'ÉLÉPHANTINE · texte numérisé non relu

ILE D'ÉLÉPHANTINE

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sion et 1/2 kil. dans Tautre sens. La belle végétation dont elle est couverte, au moins dans sa partie du N.| où les dattiers sont d*une vigueur et d'une beauté remarquables, lui a valu la qualification arabe de Géxiret eX'Zaherg Ttle fleurie; mais son nom le plus habituel est Gésir et AuouAn.

Les anciens auteurs de la période romaine l'ont toujours nommée Élé^ phaniinê ou ÉléphaïUit. Dans les inscriptions, son nom hiéroglyphique est ÀhoUf qui a également en égyptien la signification d*Éléphant. Strabon dit de l'ile d'Elépbantine : « Elle renferme une ville où se trouvent un temple de Khnouphis et un nilomètre comme à Memphis. •

La ville, qui était au midi de Tile, n'e^Liste plus; ses décombres y forment un grand monticule de 7 à 800 met. de tour. Un village s*est formé au pied. L'ile a un second village au N.; tous deux ont pour habitants des Barabrft. L»s restes de deux petits temples, dont l'un était bien conservé, s'y voyaient encore à la fin du dernier siècle; ils ont été anéantis en 1822 par le gouverneur turc d*Assouàn, qui voulait en employer les matériaux. L'un de ces temples, d'admirable proportion, décrit par les auteurs du grand ouvrage de la Commission d'Egypte et qu'on appelait le Temple du Sud, était d'Amenhotep III. Sa façade se trouvait près des maisons modernes, à la place marquée par une mauvaise statue d'Osiris sur laquelle on déchiffre à grand'peine les noms de Méneph- Uh.

En avant de l'ancienne ville, du côté qui regarde Assou&n, on avait construit un quai en grès qui existe encore. Les assises inférieures sont d'origine pharaonique. La partie supérieure, construite plus tard] sous les Ptolômées ou les Romains, se compose de blocs empruntés à un édifice plus ancien, sur lesquels on lit les noms de Thoutmès III et IV,

d'Amenhotep II, de Ramsès II et de Ramsès III. Cette belle construction a de 150 à 200 met. de longueur, et s'élève de 15 met. audessus des basses eaux. Un escalier d'environ 90 marches y descend au Nil, coupé par un large palier où l'escalier fait un coude. Il se terminait à sa partie inférieure par une porte qu'on ne voit plus que dans les basses eaux. A sa partie supérieure il aboutissait à une petite salle décorée de sculptures, et qui a été démolie en môme temps que les restes des deux temples. Sur la paroi de cet escalier qui est baignée par le Nil, on voit des échelles graduées qui servaient à mesurer la croissance du fleuve. C'est sans aucun doute le nilomètre'mentionné par Strabon. On y lit des inscriptions où sont notées plusieurs inondations remarquables, depuis le règne d'Auguste jusqu'à celui de Septime-Sévère. Dans les nombreuses inscriptions hiéroglyphiques tracées sur les rochers qui bor< dent l'île du côté d'AssouAn, on lit les noms des divinités locales auxquelles les deux temples étaient consacrés : Noum ou Kbnoum (Khnouphis, Couphis ,Khno ubis , etc. , selon les diverses transcriptions), et les déesses Anouké et Sati. Khnoum est appelé seigneur de Kenous ou de Nubie, seigneur des Cataractes, seigneur d'Éléphantine ; cette dernière qualification est aussi donnée à Sati. Les cartouches royaux de Thoutmès I*', d'Amenhotep m et de Ramsès II sont mêlés à ces inscriptions. Il reste très -peu de chose des monuments de l'Ile: mais, dit M. Maxime du Camp (le Nil, p. 136), « si jamais on a le droit d'oublier les inscriptions, les temples, les traditions, les hommes et leurs œuvres, c'est en présence de cette nature éternelle, souriante et magnifique, c'est sous ce ciel profondément bleu, c'est devant ce Nil immense, recourbé, replié, avec ses Ilots de sable gris, les verdures de ses rivages et les mon-

tagnes jaunes dont il baigne le pied. »

Gharbi'Asfoudnj ou l*Âssouân de ro., est un ancien village de la rive g., vis-à-vis d'Assouftn, au delà de rtled'Éléphantine; la position répond évidemment à celle de Contra- Syône. Il n'y a plus là aujourd'hui qu'un couvent copte abandonné,situé dans le rocher à mi-côte, et qui domine le pays. La montagne a été creusée très-anciennement ; l'intérieur même du couvent renferme une grotte égyptienne. A une demiheure dans la montagne est un autre couvent où l'on voit encore des peintures d'une exécution plus que médiocre. Ces couvents du désert étaient de petites forteresses ; les murs de celui-ci ont été crénelés. Il est maintenant désert comme le premier.

Première Cataracte. — Ce qu'on nomme la cataracte de Sycne {Chellal, en arabe), « la première en remontant le Nil, la dernière en le descendant,» n'est à vrai dire qu'une suite de rapides, de tourbillons et de remous occasionnés par les rochers qui barrent le fleuve, et par la multitude d'îles etd'ilots qui en obstruent le cours entre Syène et Philae. De cet amas d'îles, la plus avancée, au N.,à 5 kil. environ au-dessus d'Éléphantine , est celle de Séhaïl. La largeur du lleuve sur ce point est de 1000 met. environ ; plus haut, cette largeur augmente considérablement. Séha'ii est particulièrement intéressante par le grand nombre de légendes hiéroglyphiques gravées sur les rochers, et dont beaucoup sont antérieures à la xvui* dynastie. Ces inscriptions consacrent le souvenir du passage en ces lieux de personnes dont les unes sont de simples particuliers, et d'autres, des généraux, des princes, même des rois revenant d'une expédition au Soudan. Des données historiques, aujourd'hui acceptées par tout le monde, ne reposent que sur les renseignements fournis par les rochers

de cette île. Du reste, de semblables inscriptions, qui prennent parfois les proportions d'un tableau, où le passant est représenté adorant les dieux de la cataracte, se rencontrent en grand nombre, gravées sur les rochers granitiques qui se dressent sur la route entre Assouàn et Philx.

L'ile avait aussi un petit temple de l'époque des Ptolémées; il n'en reste plus guère que les fondations.

La première barre est peu éloignée de Séhali. Le rocher, qui coupe transversalement une partie du cours de la rinère, peut se comparer à une muraille dentelée dont la crête se montre au-dessus de Teau à de^ intervalles rapprochés, et y forme une suite d'îles et d'écueîls. Môme dans les grandes eaux, on peut compter sur ce point une vingtaine de sommités rocheuses. En arrière de cette première barre, il y en a beaucoup d'autres dirigées dans tous les sens.

Le Nil, arrêté contre ces obstacles, se refoule, se relève et les franchit, et il forme ainsi une suite de petites cascades. Tout cet espace est rempli de tournants et de gouffres, surtout vers la rive dr.; chaque canal est un torrent dont les eaux se heurtent, se brisent et se précipitent en toutes sortes de directions contraires. Près de la rive g. le cours est plus égal, bien que d'une très-grande rapidité.

Ici tous les écueils sont recouverts par les hautes eaux, et il s^y trouve un canal qui est navigable. Les barques peuvent alors y passer, même à la voile. Pendant les basses eaux, elles remontent le courant à la cordellc et en serrant la côte :

* Une amarre est passée autour du grand mât; cinquante Nubiens réunis parmi les rochers et surveillés par un chef qui les excite et les bat à coups de courbach, tirent à grands efforts sur ce câble pendant que cinquante autres hommes, montés à bord, baient sur une corde fixée à terre. Les matelots, armés de fortes perches^ veillent h parer les chocs

[Route 26]

ILE DE PHILiE.

qui menacent le bateau; à Tavant et à raiTière,deff hommes nus, entourés d'un grelin, sont debout et prêts à se jeter à la nage pour se porter là où i) sera utile. A un signal donné tous commencent ensemble leur travail.

Entre les deux tractions combinées, la cange glisse lentement, en éraillant avec bruit ses parois contre la tète des récifs; elle se balance comme indécise, recule quelquefois en talonnant contre un bloc, reprend sa marche pénible et triomple enfin de l'obstacle, pendant que les hommes poussent de grands cris et que les reîs les frappent en les chargeant d'imprécations. Nous eûmes ainsi cinq rapides à traverser.... • (Maxime du Camp, le Nil, p. 139.)

A cette époque des basses eaux, la hauteur de la chute finale de la cataracte proprement dite est de 2 met. ou un peu plus. Le bruit, quand on en est proche, est réellement imposant, quoique les anciens l'aient fort exagéré. Au-dessous de la chute d'eau, vers Éléphantine, et audessus jusqu'à Philae, il y a encore des remous et des refoulements ; mais ces remous sont accidentels et n'ont pas à beaucoup près la môme violence. Le* îles, dont la rivière est remplie sur une longueur de 4 ou 5 kil., n'y sont plus, comme celles qui forment la cataracte, liées entre elles par des barres sous-marines.

L'tle de Philœ (T. le plan, p. 601) est à l'extrémité méridionale de cet amas d'îlots et d'écueils qui forment la cataracte. Sa belle végétation, et les monuments dont elle est couverte, en font, malgré son peu d'étendue, un des points les plus intéressants de la haute Egypte à laquelle elle appartient encore, quoique en dehors de la cataracte, et dont elle forme l'extrême limite. Sa distance de Syène est de 11 kil. La route par eau, où Ton a à lutter contre la violence du courant, dont la pente est de h met. 85 c. entre Phi la; et Asaouàn, est longue et difficile ; aussi est-ce

par terre qu'on %*y rend en partant d'Assouftn. Le voyage se fait à âne, ou, si l'on veut, à chameau.

Quand on a quitté la ville moderne et dépassé la ville ancienne, on descend dans une petite plaine, qui, sur la droite, va se terminer au Nil.

A g. est l'ancien cimetière arabe.

Après cette plaine, dont l'étendue est d'un quart d'heure environ, la route s'élève assez rapidement, ayant d'un côté un rideau de rochers qui dérobe la vue du Nil, et de l'autre de vastes fondrières au delà desquelles sont des carrières de granit. Bientôt on voit de nouveau le chemin descendre, et l'on se trouve au milieu d'un amas confus de rochers, entre lesquels, dans une sorte de vallée, on s'avance l'espace de 1 h. 30 min. jusqu'au voisinage de la rive vis-à-vis de Phil». Deux choses sont à remarquer en traversant cette vallée : les restes d'une ancienne muraille qui suit la direction générale de la route, et qui a dû avoir pour objet de protéger les approches de Philae contre les incursions des nomades du désert (c'est le Mégatichos de Juba, cité par Pline), et les nombreuses inscriptions hiéroglyphiques gravées sur les rochers.

Ces inscriptions se rapportent à toutes les époques de l'antiquité pharaonique à partir de la xti* dynastie, plus de 26CK) ans avant l'ère chrétienne.

Les divinités qui y sont invoquées sont, comme à Éléphantine, Rhnoum, Sati et Anouké.

L'aspect de Philae, en débouchant de ces rochers arides, est vraiment ravissant. On arrive dans une petite plaine, entourée au N., à l'E. et au S. de montagnes rocheuses d'un grand caractère. Le Nil la borne à l'O.; un rivage couvert de beaux palmiers la prolonge vers le S. Près du fleuve, quelques bouquets d'arbres entourent un marabout, un café rustique, quelques chounièh ou magasins. C'est de là surtout que se montre dans tout son charme l'tle de Philas, où l'on distingue tout d'abord la gracieuse

HAUTE EGYPTE. — PHILiE. [ROUTE 26]

ootonnade du temple égyptien, et plus loiD, les pylônes élevés du Grand Temple, Yivement éclairés au milieu des bouquets de palmiers qui les encadrent.

Le petit port de Mahattah qui s'ouvre sur la rive dr., en face de Philae et juste au-dessus de la cataracte, est toujours occupé par un assez grand nombre de barques de toutes dimensions qui s'y arrêtent pour rompre charge, et envoyer leurs marchandises par terre À Assou&n. On y trouve à toute heure des barques légères pour passer dans Tile de Philae.

Des Barabrà vous y transportent en quelques minutes, mais il est utile de faire son prix d'avance, pour l'aller et le retour. L'île a moins de 400 met. dans sa longueur, sur une largeur de 135 met. Elle s'élève au-dessus de la rivière assez pour n'être jamais atteinte par les plus hautes crues. Un rocher de granit, qui en forme la pointe méridionale, la domine de 4 à 5 met. C'est un excellent point d'observation pour embrasser du regard l'île entière et ses monuments.

Ils sont tous construits en grès et remarquables par leur blancheur. En face, dans la direction de Syène, est le temple principal, ainsi que d'autres monuments; à g., un obélisque et une longue colonnade; à dr. , un édifice isolé percé à jour et soutenu par des colonnes. Ce dernier édifice est le reste du

Temple de Nectanébo (M). Il fut construit par Nectanébo,une trentaine d'années seulement avant la conquête d'Alexandre. C'est le monument le plus ancien de l'fle; teus les autres sont du temps des Ptolémées ou des Césars. Il est précédé d'un obélisque (originellement, il y en avait deux) brisé à mihauteur environ. Les colonnes, au nombre de 14, sont ornées de chapiteaux à fleurs de lolus et de papyrus, surmontés d'une tête d'Hathor, sur laquelle repose un dé cubique, qui porto la corniche. On trouve çà et là.

sur la porte à TE., des traces de peinture. A droite de ce petit édifice, un escalier en partie conservé conduis sait du rivage au temple. Ce teznple avait été consacré à Isis, « souveraine d'Ilak et des provinces du S. •, et à Sati, « souveraine d'Éléphantine > .

Le Grand Temple.*. Il fut commencé sous Ptolémée Philadelphe et terminé par les successeurs de ce prince, Ptolémée Évergète; Ptolémée Philométor, Ptolémée Evergète II et sa femme Gléopàtre.

Deux longues colonnades au S., et un peu au-dessus du temple de Nectanébo forment les approches du temple ; elles ne sont pas parallèles, s'éloignant l'une de l'autre à mesure qu'elles s'approchent du temple. La plus longue, celle du S.O.(aa), ouvrage des Romains, s'élève sur le bord de la terrasse, qui domine le fleuve, tout près du mur qui entoure l'île. Elle compte 32 colonnes dont les chapiteaux offrent une grande diversité de formes. Le toit de ce péristyle porte des étoiles noires sur fond bleu. Quelques images de Tibère, de CaliguU et de Claude, sculptées et peintes, ont conservé une fraîcheur de couleurs remarquable ; entre la douzième et la treizième colonne, un es<*alier descend à une poterne qui débouche sur le rivage au milieu des rochers de granit rose. Le mur du fond de ce portique, élevé à pic sur le fleuve, est démoli par endroits. Le portique de l'E. (bb) est plus récent encore; ses 16 colonnes sont sans ornements. Il était précédé d'une construction dont on ne voit plus que les fondations, et qui paraît avoir contenu plusieurs chambres qui s'ouvraient sur le dehors.

Il se terminait par un petit temple, dont les portes sont ornées de figures et d'inscriptions. Une inscriptiou grecque nous a appris que ce temple avait été consacré par Ptolémée V Épiphane et Gléopàtre à Asklepios, c'est-à-dire Imhotep, fils de Phtah et de Bast.

En s'avançant à travers les décom-

[ROUTE Î6] PHILiB. — OHAND TEMPLE.

lia de Fbiln.

HAUTE EGYPTE. — PHIL^. [ROUTE t^\

jointées et appareillées^ offrent une surface lisse, sur laquelle se détachent nettement les lignes de la sculpture. La paroi S. de celte façade porte des figures colossales de dieux devant lesquels se tient Hathor. D'autres figures représentent Ptolémée Philométor frappant de sa hache d'armes des ennemis liés ensemble.

L'intérieur de la porte nous offre à g. de petites images et une Isis de grandes dimensions, et à dr.,sur une stèle, Tinscription commémorative tracée par des mains françaises en 1799, et que le voyageur ne verra pas sans émotion; elle était ainsi conçue : l'an VI de la République, le 12 messidor j une armée française, commandée par Bonaparte, est descendue à Alexandrie. Uarmée ayant mis, vingt jours après, les Mamelouks en fuite aux Pyramides, Desaix, commandant la I^ division, les a poursuivis au delà des Cataractes, oit il est arrivé le 13 ventôse de Van VIL

Quelques-uns de ces esprits malveillants et étroits, qui ont le facile courage d'attaquer des pierres, »'étant amusés à mutiler en partie l'inscription, et à y ajouter quelques i quolibets, une autre main française a fait graver au-dessous ces mots sévères mais justes :

On ne salit pas une page d'histoire.

Vient ensuite une g^ande cour (Â), que limiteà dr. un portique (c), et àg. un temple isolé (N), et qui aboutit à un second pylâne (P'j.

Le portique de dr. (c), qui ferme la cour à l'E., a été commencé par Ptolémée VJI Philométor et achevé par ses successeurs et par Tibère.

Il est formé de 10 colonnes et précède plusieurs chambres séparées, ayant chacune sa porte qui s'ouvre sur le péristyle. Elles avaient sans doute une destination religieuse. La première, près du pylône, renferme un escalier qui conduit à plusieurs chambres VtilpK^ieures et à la terrasse.

La denàtoa- chambre, vers le N., coDtenait ta lâbliothèque. On y lit

au-dessas de la porte, en caractères hiéroglyphiques : « Ceci est la bibliothèque de la dresse Saf, la grande gardienne des livres d'Isis, ^i dispense la vie. »

Letfmpitf(N),quiestàro.dela cour, entouré de portiques, est composé de trois chambres placées à la suite l'une de l'autre. C'était le Mammisu « lieu d'accouchement », dont nous avons vu le semblable à Dendérah.

On y adorait Isis dans son rôle de « mère d'Hathor», et les tableaux dont il est orné ont trait à la naissance et à l'enfance d'Horus. Des inscriptions gravées sur les colonnes du portique, du côté de la cour, nous apprennent que ce sanctuaire a été fondé et orné par Évergète II et sa femme Cléopâtre. Dans la première, chambre la naissanee d'Horus est représentée. Ammon-Râ. tend au jeune dieu l'emblème de la vie, Tboth, l'emblème de Tintelligence.

Plus loin, Isis, à genoux, appuyée sur ses talons, porte dans ses mains le jeune Horus pendant à sa mamelle.

Les deux autres chambres présentent des sujets analogues. Le portique qu:

regarde l'O. a été orné par Tibère.

On y trouve un très-grand nombre de divinités. Sur la paroi du portique du Mammisi qui regarde la cour sont deux inscriptions bilingues, dont l'une est la reproduction de l'inscription dite de Rosette.

On sait que ce document, célèbre dans la science (F. p. 105), est une inscription^ votive en l'honneur de Ptolémée Épiphane, et qu'elle devait être placée dans tous les temples de l'Egypte en caractères hiéroglyphiques, en caractères démotiques et en grec. On a ici le texte hiéroglyphique et la transcription démotique, mais le grec manque.

Parmi les inscriptions remarquables, nous signalerons encore des concessions de terres faites au temple par Ptolémée (Philométor) et par le neuvième (évergète II), inscrites sur une stèle de granit dans la giuide

[route 26]

cour, et au côté antérieur de la porte du second pylône.

Le «eeond pyMne (P') qui ferme au N.

la grande cour, est plus pedt que le premier^ mais il est orné d'un grand nombre de figures et de hiéroglyphes.

La grande porte du pylône conduit à un premier portique (d), qu'une porte percée dans l'axe de la grande porte fait communiquer a^ec un second portique. Les dix colonnes gigantes* ques qui soutiennent ce double pro* naos (e) sont remarquables ; leurs fûts étaient peints; les chapiteaux le sont encore. De belles couleurs bleues et blanches, fraîches comme si on venait de les appliquer, font vigoureusement ressortir les contours des feuilles de palmier et de fleurs de lotus. Parmi les tableaux de ce pronaos qui se sont conservés, on remarque les aigles du toit et quelques inscriptions et représentations astronomiques, ainsi que des figures de divinités peintes.

Le Tiaos se ;compose de plusieurs chambres, dont trois placées à la suite l'une de l'autre, dans l'axe du temple, et les autres, latérales. C'est dans la première de ces chambres latérales, à dr., que les membres de la commission scientifique, qui explorèrent l'fle de Philae, ont inscrit, d'après leurs observations, la position astronomique du monument, latit. N. W 3' 45', longît. E. du méridien de Paris, 30» 15' 28». Ces chiffres ont été un peu modifiés par la révision des calculs. Les véritables ordonnées sont 24* 1' 34^ pour lalat., 30* 34' 16* pour la longitude. Audessous de cette chambre^s'ouvraient des cryptes, comme à Dendérah. En face de cette chambre, à g. de la porte d'entrée, s'étend une sorte de corridor qui communique par une porte avec le dehors, tandis qu'une autre porte mène à un escalier qui conduit sur la terrasse à la chapelle d'Osiris. Les parois de cette petite chambre sont couvertes d'inscriptions relatives à la mort et à la résurrw-

ORAND TEMPLE.

tion d'Osiris. Ce culte particulier d'Osiris mort et ressuscité, que nous avons retrouvé & Dendérah et dans d'autres temples, avait sa place marquée dans cette tle de Phil» regardée comme tainte, parce qu'elle renfermait le tombeau d'Osiris. Quand on Jurait par • l'Osirls qui est i Phil» •, ce serment était regardé comme inviolable.

La dernière chambre centrale du fond est le sanctuaire (adylttm);on y trouve une niche à épervier en granit rose. Les sculptures qui décorent l'adytum reproduisent les scènes ordinaires d'adoration. On y remarque Ptolémée II Philadelphe allaité par Isis.

Les murs extérieurs sont, comme ceux de Tintérieur, ornés d'inscriptions et de figures.

Ce beau temple d'Isis a beaucoup souffert des outrages du temps et des hommes. On a pris à tâche de briser les rois et les dieux à tète humaine oui tète d'animaux; les sculptures les plus élevées, hors de la portée des hommes, ont le moins souffert.

A la hauteur du premier pylône, à g., mais plus près de la rive 0., est une construction ruinée sans importance. Hais, du côté E., s'élève un gracieux monument (0) connu sous le nom de temple hypéthre,ou mieux de kiosque, car telle parait avoir été sa destination. Il porte le cartouche de Tibère. L'édifice forme un rectangle allongé dont le grand axe est perpendiculaire au rivage. Sur ses larges murs, à mi-hauteur de l'édifice, se dressent 14 colonnes, savoir, 5 dans le sens de la longueur, 4 dans le i^ens de la largeur. Leurs chapiteaux représentent des fleurs de papyrus, à divers états de croissance ; ils sont surmontés d'un dé élevé, formé de pierres lisses admirablement jointes.

La corniche qui couronne le monument a la môme forme que celle des pylônes. Une porte s'ouvre dans le mur 0. Une autre porte donne sur le

HAUTE EGYPTE. — PHIL^. fRODTE 86]

fleuve, à TE., et conduit sur une f«rraste soutenue par de belles assises de maçonnerie, d'où un escalier permet de descendre sur le rivage. Cette terrasse paraît s'être continuée autrefois des deux côtés avec le mur

quai, qui entourait Tiie dans presque toute sa circonférence, et dont Tembarcadère principal était à TE.

Ce gracieux monument produit un effet charmant de quelque côté qu'on Tenvisage, mais surtout vu du Nil à une certaine distance. Ses colonnes plus effilées que celles de Tancien art égyptien, les dés allongés qui en prolongent l'effet en hauteur, donnent à l'édifice un aspect svelte et transparent bien rare dans les monuments de ce pays. Lorsqu'elles se mirent dans les eaux tranquilles de la petite crique sur laquelle il est bâti, et que quelque gracieuse dababièh est amarrée près de l'escalier, cet ensemble produit un tableau gracieux que maint artiste s'est plu i reproduire.

Malgré la beauté de ses ruines qui, aux feux du soleil couchant, ressemblentaux débris immenses d'une ville féerique, Philae impressionne surtout le voyageur par ses paysages. « Quand la journée, près de finir, dit M. Maxime du Camp, p. 201, voyait le soleil descendre lentement dans le Nil, j'allais m'asseoir sur la terrasse des premiers pylônes, et là, muet et absorbé, je regardais autour de moi....

Au S., j'apercevais le Nil qui monte entre ses bords et se perd brusquement derrière un coude formé par de hautes roches noires. Sa rive orientale, où quelques huttes de paille égayaient par leurs teintes jaunes le ton grisâtre des sables, verdoyait de palmiers et de sycomores; audessus d'eux se dressait le minaret blanc de la mosquée de Bellai appuyée à la montagne.... Sa rive occidentale était un amoncellement de rochers de toutes formes où. de maigres végétations ont germé parmi les cailloux. Dans TE., je voyais un grand khan abrité sous les cassis, et

au loin, le désert poussiéreux qui conduit à Assouân entre deux collines. Au N. 0., c'était l'entrée de h cataracte; l'eau calme et limpide, coupée par de petits promontoires et des golfes étroits, baigne les monticules de grès rosés, parmi lesquels poussent de rares euphorbes. Plus loin, le Nil s'étend ainsi qu'un lu autour d'un ilôt vert comme le printemps. Derrière des palmiers symétriquement alignés s'accumulent des masses noires qui sont des quartiers de granit. Tout au fond, l'horizon est fermé par la ligne insensiblement inégale des montagnes de sable jaune. Dans le N., au pied de montagnes décharnées et brûlées, s'arrondissent les deux Immenses roches que les Arabes nomment Kourti- Firoun, le trône de Pharaon. A côté, se groupe le village d'Abou-Kbali, avec ses petites maisons carrées con* struites en limon du NiL... Des trou peaux de buffles vont lentement da côté du fleuve, où ils se coucbect tout entiers. >

La grande déesse de Tlle était Isii, que les inscriptions hiéroglyphiques appellent * maîtresse et souveraine dllak et des provinces du Sud. > U^ ou Lak est le nom égyptien de 111e, et, avec l'article, P/itia/c. C'est de liqa« les Grecs ont par altération formï fiXai. Les Arabes la désignent codmunément sous le nom de GéMir^if^' Birbèh, l'île du Temple, et, quelquefois, d'après une de leurs légendes, Ànù el^Vogoud, les Délices de ^ vie.

Les inscriptions de toutes Ias éf^ ques que l'île renferme, égyptiennes, éthiopiennes, grecques, latines f^ coptes, mettent à même de suivre et de restituer rhistoire de ce coin consacré de l'Egypte. On ne voit pa| l'île mentionnée avant le secoQ<l Nectanébo, sous lequel fut élevé son premier temple, tandis que bien des siècles auparavant l'Ile beaucoup plus grande qui Tavoisine à !'£• (Bighèh) était renommée pour si

ILE DE BIGHÉH.

sainteté. A partir de Nectanébo, Tan tique sanctuaire de ritedeBighëh cesse d'être le centre exclusif du culte d'Isis .sur ce point de la frontière égyptienne, et c'est Philak ou Philae qui prend le premier rang. Um siècle plus tard, le grand temple est bâti par Ptoléméo Philadelphe, et ses successeurs y ajoutent de nou> velles constructions ou de nouveaux embellissements. Les Césars, et principalement Tibère, continuèrent l'œuvre des Ptolémées. Le culte d'Isis se maintint longtemps à Philœ Les Blemmyes établis dans la Nubie et devenus Égyptiens de religion et de mœurs l'avaient adopté et avaient fait du temple de Philae leur principal sanctuaire. Vers le milieu du y siècle, leurs ravages devinrent si terribles que, pour acheter la paix, le gouvemeurdelaThébaîde,Maximin, conclut avec eux une iréve do cent ans aux termes de laquelle ils pouvaient se rendre sans obstacle au temple d'Isis, en tirer pour un temps déterminé les statues de la déesse, les transporter chez eux pour en obtenir des oracles, puis les ramener intactes. Cette trêve dura jusque vers 552 : les Blemmyes qui venaient d'éprouver des échecs du côté du S. , attaqués au N. par les généraux de Justinien, perdirent leur pouvoir. Justinien en profita pour faire fermer le temple et installer un évoque, Théodore, à Phil». Théodore plaça le temple d'Isis converti %n église sous l'invocation de saint Etienne. Les sculptures païennes furent couvertes d'une couche de limon du Nil. Une autre église copte fut construite plus tard vers la pointe N. £. de rîle, là où dut surtout s'étendre ce que le rhéteur Aristide, qui visita rÉgypte dans le n' siècle de notre ère, appelle la viile de Philae. Le cuite chrétien a disparu à son tour devant la propagation de l'islamisme. Un très-petit nombre de familles barabrâ forment maintenant la seule population de l'Ile.

L*!le rocheuse de Bighéh, qui fait fkce à Philae du côté de l'O., est riche en inscriptions qui remontent jusqu'à des^ temps très^anciens de l'histoire d'Egypte (la xn* dynastie).

Son nom hiéroglyphique est Sénem, Plus tard elel parait avoir aussi porté le nom d'ilboion, qui, en grec, veut dire inaccessible. Sa divinité protectrice est Noum-Rà, le dieu à tête d'épervier, et, avec lui, la déesse Hathor. Les auteurs des inscriptions sont pour la plupart de hauts fonctionnaires du gouvernement pharaonique, préposés au gouvernement de la terre de Kousch, c'est-à-dire de l'Ethiopie des Grecs, qui est la Nubie actuelle. Une statue en granit rouge est du temps d'Amenhotep II, de la xviu* dynastie. Les mentions de son second successeur Amenhotep III sont fréquentes. On voit par là que, dès cette époque reculée, l'tie de Sénem était regardée comme un lieu saint et un but de pèlerinage. Néanmoins le temple d'tfalAor, dont 111e renferme les restes, ne date que d'Eve rgëte I", le troisième Ptolémée. Il a été converti plus tard en église. Du côté de Tîle à !'£., en face de l'île de Philœ, on trouve aussi une stèle et un monolithe de granit, portant le nom de Psamétik IL Il ne faut pas manquer à Bighèh de faire l'excursion des rochers volumineux de nie. De leurs sommets, on jouit d'un panorama splendide sur tous les environs de Philae et de la cataracte. Au S. de l'ile, les géologues font remarquer l'importante alluvion qui a couvert Bighèh à une hauteur qui dépasse de 8 à 9 mètres les plus hautes crues actuelles du Nil. Le fleuve n'a pu atteindre cette hauteur qu'à l'époque antérieure à la chute de la barre de Silsilèh. A cette époque, un bras du fleuve a pu passer par le désert d'Assouàn, où l'on retrouve des alluvions analogues, pour ne^rejoindre l'autre bras qu'un peu au N . d'Assouàn. Cette ville aurait . pu alors être une lie, comme il sem-

HAUTS ËGTPTË.

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' ble résulter d'aiUears d'un passage de Pline. L'extrémilé N. de Bighèh en est séparée quelquefois par les hautes inondations et forme une lie à part, nommé Gonoaso (le nom est Konotis dans les hiéroglyphes). On a trouvé le nom de Néfèrhotep, de la zin* dynastie. Ainsi la consécration religieuse de cet archipel voisin de la première cataracte remonte même à des temps hien antérieurs à la zvui* dynastie.

Avec des bateliers habitués à cette navigation, on peut revenir par eau de Philae à Éléphantine en longeant la rive gauche. La rapidité du courant, les tourbillons que Ton franchit, donnent par instants quelques émotions ; mais les accidents sont

infiniment rares. La barque qui i mis S h. pour remonter -d* Assoupi à Philœ (Il kil.) est emportée ei 40 min. de Philae au port d'Assouân Le voyageur qui n*aura pas Toc casion de faire ce trajet intérêt sant, devra se faire débarquer su; la rive orientale, près du café qut nous avons mentionné. Avant de reprendre à Ane le chemin du déscr:

d*As80uàn, il pourra faire une siesu en ce lieu, ou mieux encore sous 1^^ palmiers qui croissent tout le long de la rive vers le S., et entre lesquels on a de charmants points de vue du Philœ et de tout le groupe intéressan:

qui précède la cataracte, tandis que le regard suit au loin les rives d u. fl e ut« dans les profondeurs de la Nubie.

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