NUBIE. — HISTOIRE
razzias, les Shemik, les Khesa, les Se$f les Kaài, les Arqin, les Anou (stèle triomphale d'Ousortésèn au musée de Florence). On trouve aussi dans les inscriptions pharaoniques le nom de Kmous, appliqué à la partie de li terre de Kousch qui était voisine de la frontière égyptienne, et le nos de Béràbérata, donné à un peuple de la même région. Après plus de 3000 ans, rien n'est changé dans celte double appellation. Les Baràbn (forme plurielle de Berbéri) habitent toujours diverses parties de la vallée du Nil nubien, notamment celle qui confine immédiatement à li frontière égyptienne; et ces Barâbra du voisinage d*Assouân se donnent 1« nom de Kénous comme dénomination distinctive. Les Pharaons parvinreat à dompter la plupart de ces tribus; celles qui s'obstinèrent à la lutte furent refoulées vers le S. et remplacées par des colonies de fellahs (Maspero^ Histoire ancienne des peuples de V Orient, p. 111 et ssq). Les princes de la XI' et de la zn' dynastie travaillèrent activement à cette œuvre de conquête.
Aménemhât I battit les Ouaouaï. Son fils Ousortésèn I vainquit sept peuplades nègres confédérées et porta ses armes jusqu'à Ouady-Haifah. Sott$ Aménemhât II, le pays des Ouaouaï n'était déjà plus qu'une province égyptienne. Ousortésèn II continua Tosuvre commencée, et son fils Ousortésèn m la mena abonne fin. Ce prince acheva la soumission définitive de h basse Nubie : il annexa à TÉgypte le pays de Heh et fixa la frontière de l'empire à Semnèh ( V. p. 648). D'autres monuments du même prince montrent qu'il s'était avancé bien plus loin encore, jusqu'à la grande ile d*Argo. Le nom de son successeur Aménemhât III (celui-là même qui fit creuser le Ue Mœris, F. p. 449-450), se lit également dans les inscriptions de la même région. Mais les expéditions dirigées au delà de Semnèh n'ont plus pour objet la conquête; les nouveaux maîtres du pays se bornent à exiger un tribut Us administrent avec sollicitude un pays désormais soumis pour de long^ siècles à l'Egypte. Ousortésèn III fonda, un peu au S. d'Éléphant ine, us* ville qu'il appela de son nom Herou-Khakerâ, « les voies de Khakerd^ » e: laissa un grand nombre de fondations utiles sur les bords du fleuve. Amenemhàtlll fit relever avec soin les hauteurs du Nil à Semnèh. La sollicituà des princes de la xxi^ dynastie pour les mesures nilométriques s'explique par ce fait, que la hauteur du Nil était alors à Semnèh de 10 mètres audessus du niveau actuel; cette partie de la vallée formait un excellent pois: de repère pour étudier la marche de l'inondation. Profitant de la désorganisation produite en Egypte par l'invasion et la conquête des Hycsos (xr. XVI* et XVII* dynastie), les Éthiopiens paraissent avoir momentanément secoué le joug de TÉgypte. Afin de se faire des alliés parmi eux, Ahmès avait épousé une femme de leur race, la reine noire Ahmès-Nofertari. Il songea à rétablir sur les régions du Haut-Nil la domination qu'avaient exercée sej prédécesseurs de la xii* et de la xm* dynastie, et il paraît y avoir réussi. 14 successeur d' Ah mes, Amenhotep I*', fils de la reine noire, Nofertari, coa^ tinua la politique de son père, à l'égard des populations de l'Ethiopie. Il étendit de a côté les frontières de l'Empire. C'est à cette époque qu'il faut faire remonter la conquête de Napata, qui devait devenir plus tard U capitale éphémère de l'Egypte entière, soumise à l'Ethiopie. « Des colons^ dit M. Maspero (ouvrage cité, p. 178), furent placés à demeure sur les deuid rives du ileuve, des villes et des temples construits partout où la naturd
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du terrain le permettdt; la langue, les mœurs, le culte des Thébains, s'établirent solidement entre la première et la quatrième cataracte; TÉgypte couvrit réellement la vallée du Nil depuis les plaines de Semi&ar jusqu'à la côte du Delta. •
Les expéditions entreprises alors contre les peuplades nègres établies sur le baut.Nil ressemblent à celles qu*lbrahim-Pacha dirigea en 1821 et 1822 contre les tribus des mêmes régions. Les tribus nègres tiennent à peine et cherchent un refuge dans les déserts, les montagnes ou les marais ; le vainqueur entre dans les villes abandonnées, pille et brûle les cabanes, fait quelques prisonniers, ramasse les troupeaux et les objets précieux, bois d'ornement, poudre et lingots d'or, vases de métal émaillés ou ciselés, plumes d*autruche, etc. Thoutmès III semble être ainsi parvenu jusqu'au fond même de l'Ethiopie. Sous les rois de la xvui* dynastie, toute la vallée du Nil, entre la 1** et la 4* cataracte, se couvrit de monuments. Amenhotep III fonda & Napata un grand et beau temple; il embellit le temple de Thoutmès III à Soleb, entre la 2* et la 3* cataracte. Thoutmès III restaura le temple élevé à Semnèh en l'honneur d'Ousortésèn III.
Ramsès II, continuant la politique de ses prédécesseurs, combattit et réduisit les tribus qui peuplent les rives du haut Nil. D'apri« Hérodote (II, 102), il dirigea d'abord ses armées contre les Éthiopiens, les défit et leur imposa des tributs consistant en bois d'ébène, en or et en dents d'éléphant. Le grand spéos d'Ibsamboul était destiné à perpétuer le souvenir de ses campagnes contre les Nègres et les Syriens.
Plus tard, après la dynastie des Ramessides, les descendants des roisprétres d*Âmmon-Râ« refoulés en Nubie par les Pharaons de la zjq* dynastie, y fondèrent un royaume indépendant dont la capitale était Napata.
Ce royaume eut ses jours de prospérité et de gloire, pendant que l'Egypte proprement dite, subissant des influences étrangères, s*acheminait vers la ruine à travers des transformations diverses. Il semble que l'ancien génie égyptien, avant de s'éteindre au contact des peuples nouveaux qui viennent occuper la scène de l'histoire, se réfugie à Napata, derrière le désert nubien, pour se retremper dans le culte d'Ammon^Rà et dans les vieilles traditions, pures de tout mélange. Napata (Noph), bâtie au pied d'une colline à laquelle la piété de ses habitants avait donné le nom de Montagne Sainte, devint, aux mains de ses nouveaux maîtres, une sorte de Thèbes éthiopienne, modelée, autant que possible, à l'image de Thèbes d'Egypte. La même tiiadf , Ammon, Hout et Khons y était adorée; le temple était construit i l'imitation des sanctuaires de Karnak. Les rois-prétres étaient là, comme autrefois à Thèbes, les chefs d'un État sacerdotal dont les limites varièrent selon les époques, mais qui s'étendait d'ordinaire des montagnes d'Abyssinie à la seconde cataracte. • La royauté, dit M. Haspero, ouv. cité» p. 534, était élective, au moins de nom. L'élection se faisait à Napata, dans e grand temple d'Ammon, sous la surveillance des prêtres et en présence d'un certain nombre de délégués choisis à cet effet par les magistrats, les lettrés, les soldats et les officiers du palais. Tous les frères royaux, membres de la famille régnante, étaient introduits dans le sanctuaire et mîs m présence de la statue du dieu, qui indiquait par quelque signe convenu ^d'avance l'élu de son choix. Nommé par les prêtres, le souverain restait toute sa vie durant, sous leur domination. Il ne pouvait entreprendre au-
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cune gaem, accomplir aucun acte important, sans «n demander la permission au dieu et à ses ministres. S'il venait à désobéir ou simplemeD;. marquer quelques velléités d'indépendance, le clergé lui enroyait roride se donner la mort, et il n'avait d'autre ressource que de se soumettre cet arrêt. La loi si dure pour lui n'était pas plus tendre pour ses sujets, li moindre divergence d'opinion, le moindre changement introduit dans ]^ pratiques du culte était considéré comme une hérésie et traité en toa5^ quence. »
L'autorité universellement reconnue des prêtres suffisait à donner . l'État éthiopien la cohésion et l'unité. Mais les rois-prêtres ne se coniefr taient pas du royaume qu'Ammon-Râ leur avait réservé dans leur exi.. « Sans cesse ramenés vers Thèbes, dit M. Maspero {Hist. anc. des peypîa de VOrient}, paz tous les souvenirs de leur origine et par leurs tradition} religieuses, ils essayèrent de recouvrer d'abord le sud de TÉ^ypte, ensuiv l'Egypte entière. Les circonstances étaient favorables à leurs projets. Li capitale de l'Egypte n'était plus Thèbes, située A proximité de la Nubie Le centre de gravité de l'Egypte descendait dans le Delta et le lien tir vassalité qui unissait l'Ethiopie à l'Egypte se rel&cbait. > De plus, la puissance égyptienne, partagée entre des villes rivales, Tanis, Bubastis, Salv se trouvait fort affaiblie et ébranlée par ces divisions.
Le premier prince éthiopien qui ait envahi l'Egypte est connu par u^r des précieuses stèles de Gébel-Barkal, trouvées par M. Mariette et maiounant déposées au musée de Boulaq, n** 917-921 : son nom est Ptani^à- Jfeiamoun Appelé par quelques chefs du Delta et de la haute Egypte, qi ne voulaient pas reconnaître le roi saïte Tawnekhtf il s'empare pnsq^ sans coup férir de la haute et de la moyenne Egypte, et n'est un momei: arrêté que devant Memphis. Il se présente, non en conquérant, mais t restaurateur du culte et des traditions du pays; « Je ne veux, dit-il aJ habitants de Memphis, je ne veux qu'offrir des offrandes à Phtah et ^ dieux du nome memphite; je veux honorer Sokar dans sa chapelle, roir ^ dieu Res-anb-ew, et puis je retournerai en paix.... Si vous me lîm. Memphis, elle sera épargnée, et on n'y fera pas même pleurer un petit e^ faut. Voyez les nomes du Midi, on n'y a égorgé personne, excepté b impies qui avaient blasphémé Dieu. »
Piankhi mourut quelque temps après son retour d'Egypte, et l'on troL«* à sa place un certain Kasehta dont le nom, dit M. Maspero (ibidem, p. 38(> trahit une origine étrangère à la lignée des grands prêtres d'Ammon. l> est porté à croire que l'avènement de ce prince et le changement de dycir tie amenèrent des troubles.
Shabak (Sabakon), fils de Kasehta, 721-715, renouvela avec succès a campagne de son père. Il descend les cataractes, défait le prince s^'i Bokenraw (Bocchoris), qui est pris et brûlé vif. Il devient le chefdafit dynastie nouvelle, laxxv* (F. p. 73), composée tout entière de rois éthiopien^ Maître de l'Egypte, il rêva la conquête du pays compris entre le Nil f l'Euphrate; il rencontra à Ropeh (Raphia), les troupes du roi assyrie: Sargon et fut battu. Les princes du Delu relevèrent la tête et refoulèi^ les Éthiopiens vers Thèbes.
Shabak laissa le trône à son fils Shabatok (707-692). A Shabatok succèik Takraka (692-666). Ce roi porte au loin ses armes dans le N. O. de ÏJdn-
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que ; mais ses années essuient de sanglantes défaites, à Karhanit, contre les troupes du roi assyrien Assour-akhè-ldin, et, plus tard, contre celles de Assour-ban-babal , et le Taillant monarque, prévenu par un songe, se retire définitivement à Napata (Maspero^ ouvrage cité, p....) Nous verrons (p....) qu'il embellit sa capitale de temples et dTédiflces nombreux à l'imitation des villes égyptiennes.
Ourd^Amen ou Ourdamani (666-665), fils de Shabak et de la sœur de Tahraka^ bat les Assyriens, s'empare de Nékao, qu'il met à mort; mais, battu à son tour dans le Delta, il s'enfuit à Thèbes et se sauve jusqu'à Kipklp en Ethiopie.
Le successeur immédiat d'Ourd-Amen, Nouat-to-amoun, est connu par la Stèle du Songe (musjée de Boulaq, n* 918). Il s'empare de nouveau de la Thébaîde et d'une grande partie de la basse Egypte . Il achève à Thèbes les constructions de Tahraka à Kamak (Mariette, Monuments divers^ p. 80-86). Après avoir exercé le pouvoir en Egypte, au moins pendant trois ans, il disparaît ensuite, on ne sait comment.
A partir de ce moment, les destinées de l'Ethiopie deviennent complètement distinctes de celles de l'Egypte. Gne rivalité perpétuelle existe entre les deux États. D'un côté, les rois éthiopiens renoncent difficilement à leurs prétentions sur la terre des Pharaons. D'autre part, en épousant Shapentep, fille d'AnWntrtlû et nièce de ^abak, le prince saîte Psamétik I donne à son autorité le caractère de légitimité qui lui manquait. Il entreprend une guerre contre l'Ethiopie et réunit définitivement à l'Egypte la partie du Nil éthiopien connue sous le nom de DodecaschcBnot, laquelle commençait à Syène^ et, comme le nom l'indique, embrassait en remontant une étendue de 12 schœnès égyptiens, équivalant à 720 stades grecs (133 kil.).
C'est vers la fin du règne de Psamétik I, qu'il convient de placer la retraite en Ethiopie des guerriers égyptiens, mentionnée par Hérodote. La domination des Saîtes, établie, comme on sait, avec le secours des pirates ioniens et cariens fut toujours considérée par une partie de la population égyptienne, comme un simple changement de personne dans la domination étrangère. De là, la retraite des deux cent quarante mille guerri^s égyptiens qui s'enfoncèrent, malgré les supplications de Psamétik, aux eitrémités de l'Ethiopie, se réfugiant vers les temples on l'on célébrait la vraie religion d'Ammon. « Ils y retrouvèrent, dit M. de Rougé {Mélanges d'archéologie égyptienne et assyrienne, p. 91), un peuple largement mélangé à leur sang, accoutumé à leurs antiques observances et conservant toutes les traditions de la religion thébaine. » Ces tranfuges, nommés par les Grecs, A iilomo^ et 5«m&r lia;, s'établirent, selon Hérodote, en un lieu aussi éloigné de Méroé que Méroé était éloigné de Syène, et, selon Ératosthène, dans une île au-dessus de Méroé. Cette double indication désigne d'une manière suffisamment claire la presqu'île formée par le Bahr el- Azraq et le Bahr el-Abiad.
La série des rois est interrompue ensuite, faute de monuments. Nous connaissons encore, il est vrai, les noms de quelques princes, mais nous no pouvons pas déterminer Tordre chronologique de leurs règnes. Nous citerons parmi les rois éthiopiens successeurs de Nouat-Meîamoun, Bd-mer-ka Àspahutf élevé au trône par les prêtres du temple d'Ammon, à Nap