POPULATION. — RACES
A TE. de la vallée da Nil, le pays montueux et tout à fait inculte qui s'étend Jusqu'à la mer Rouge est occupé par une race nomade, celle des Ababdèh, qui diffère complètement des populations riyeraines du fleuve ; mais l'excursion des voyageurs ne se portant pas dans cette direction, nous n'avons pas à nous y arrêter.
Les populations de la haute Nubie diffèrent peu de celles de . la basse Nubie. Le dialecte est à peu près le même. A mesure qu'on remonte vers le S., la population devient plus foncée de couleur; dans le Soudan proprement dit, la plus grande partie de la population est noire.
Dans le Sennâar, on remarque une grande diversité de nuances dans le teint et la couleur des habitants du royaume et des contrées limitrophes vers le S. Le mélange du sang des nègres, des étrangers venus du Soudan, des Arabes nomades, des Éthiopiens avec celui des indigènes proprement dits, a produit par la suite des temps six classes très-reconnaissables : voici, selon Gailliaud, la désignation de ces six classes : 1* El-A»far, les moins colorés. Ce sont des descendants d'Arabes nomades, originaires du Hedjaz; il est facile de les reconnaître, non-seulement aux traits du visage, mais à la pureté avec laquelle ils parlent la langue arabe. 2* El^Ahmar (les rouges). Ils ont le teint roux, les cheveux rcugeàtres et crépus, les yeux rougeâtres. Cette race est peut-être originaire du Soudan. 3* El- Soudan-Axraq (les bleus), couleur cuivrée ; ce sont les Foungis, Africains de la rive 0. du Nil et que l'on croit être la même tribu que les Chillouks actuels ; ils s'étaient rendus maîtres du SennÂar. 4* El^Âhedar (les verts). Leurs traits se rapprochent de ceux des Nègres. 5* El-Kat-FcUelolem. Ils tiennent de la première et de la quatrième, c'est-à-dire qu'ils sont à demi jaunes et à demi verts; ils ont les cheveux plats, parfois un peu crépus. Ils paraissent appartenir à la race éthiopienne, plus ou moins altérée par les croisements. 6* ÀhbitSf Ahbd ou Nouba, ce sont des peuplades nègres venues de l'O. et qui habitent les montagnes du Bertàt, où ils vivent isolés. Us ont le nez moins plat, les lèvres moins épaisses et lés joues moins proéminentes que les Nègres de TAfrique méridionale.
Les habitants de la haute Nubie, comme ceux de la basse Nubie, sont en général d'une taille élevée et assez bien faits, si ce n'est que leurs jambes sont un peu grêles. Les Sennàriens, en particulier, sont grands et robustes. I.es enfants des deux sexes, jusqu'à l'âge de douze à quinze ans, sont généralement jolis; les femmes ont de beaux yeux et se font remarquer par la grâce et la noblesse de leur démarche.
Dans toute la vallée du Nil, jusqu'à Sennàar et au Fazôgl, les Nubiens; soumis par les Arabes, ont adopté la religion musulmane : ils parlent la langue arabe. Nous nous contenterons de quelques détails caractéristiques sur leurs usages et leurs mœurs.
Dans la haute Nubie, les femmes vont presque nues, elles ne portent qu'un morceau de toile , dont un bout est porté en trousse à la ceinture, tandis que le reste se drape sur les épaules et autour du corps. « Quelquefois, dit Cailliaud, elles suppriment cette dernière partie de leur ajustement. Celles qui sont aisées ont des bracelets d'argent ou d'ivoire, souvent même en cuir garni de quelques boutons d'argent ou d'étain; elles portent quelquefois des ornements de la même forme au bas des jambes. Leur cou et leur chevelure sont aussi parés d'ouvrages en verroterie et de petites pla-
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qaes d'argent. Les femmes pauvres se contentent de bracelets de boia ou de verre. Il est de bon ton, pour les premières, d*avoir les ongles longs et teints en rouge. Elles portent leurs cheveux tressés, comme les Barâbra*;. Des sandales en cuir, comme celles des anciens, sont la chaussure habituelle des habitants des deux sexes.... Les hommes se font remarquer par leur chevelure épaisse et touffue; relevée et disposée en huppe sur le devant de la tête par les hommes du Berber. Leur costume consiste en une longue chemise ou robe à manches, et en un long collier qui pend sur leur poitrine. Quelques-uns portent seulement, comme les femmes, une pièce de toile drapée autour du corps.
Leur nourriture ne diffère pas de celle des autres Arabes. KUe consiste surtout en gâteaux de dourah et de farine d'orge, quelques haricots, quelques dattes, des oignons, des fèves. Les habitants du Dongolah sont trèspauvres et vivent misérablement. Ils ont été ruinés par les ravages confinuels de leurs voisins, les Chaykhièhs. Us font grand usage de lait aigri. Ils emploient exclusivement la graisse pour leurs apprêts.
La boisson de prédilection des Nubiens est une sorte de bière, nommée mérytse. Ils estiment aussi beaucoup un vin de dattes, appelé nibiU, Cette boisson, quoique doucereuse, acquiert de la force par la fermentation et n'est pas désagréable. Ils retirent aussi du dourah une eau-de-vie dont ils s'enivrent.
Les Nubiens n'ont ordinairement pour arme qu'une lance. Les Chaykièhs, les plus belliqueux d'entre eux, s'en servent avec beaucoup d'adresse ; ils ont aussi un sabre à deux tranchants en lames d'Allemagne qu'ils garnissent eux-mêmes, et un long bouclier. Ils montent des étalons de Dongolah qu'ils manient avec beaucoup d'agilité.
Les femmes sont surtout occupées à faire la farine pour le pain et la mér7sse,au moyen d'un appareil grossier formé d'une pierre, de forme rectangulaire, fixée sur un socle en maçonnerie. Le grain est écrasé sur cette pierre au moyen d'une forte molette qu'on promène en la tenant à decx mains et la farine est recueillie dans un vase adapté au socle.
Le beurre est obtenu d'une singulière façon : les femmes suspendent le vase, c'est-à-dire, la courge ou l'outre qui contient le lait, et le secouent jusqu'à confection, la substance butireuse reste à Tétat liquide. On la vend à la mesure, qui est l'œuf d'autruche.
Le savon étant rare et cher, on fait quelquefois usage des excréments secs des bestiaux pour décrasser le linge.
Maurt. Si l'on excepte les Chaykhièhs, qui se font remarquer par des dispositions belliqueuses, les Nubiens sont pacifiques et laborieux. Les habitants du Dongolah se livrent exclusivement à l'agriculture. Parmi ceux du Berber un grand nombre s'adonnent au commerce. Ils font de fréquents voyages en Egypte, où ils portent les marchandi!>es qu'ils reçoivent des caravanes, en échange de leurs toiles et des diverses productions de leur territoire. La route, de plus en plus suivie, de Berber à Souakin, sur la mer Rouge, attirera dans le Berber un nombre plus grand de caravanes et contribuera à accroître la prospérité commerciale de ce district.
Rûppell et Cailliaud dépeignent sous de tristes couleurs les mœurs de ces populations. La plupart des femmes s'y prostituent pour de l'argent. Les esclaves partagent avec leur maître le prix de leur prostitution. Les
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femmes chaykièhs, qui sont généralement jolies, passent pour dtreles plus dépra?ées. Du reste, le divorce est en vigueur chez les Berbers, et il s'y complique d'une pratique singulière rapportée par Cailliaud. « Si un homme, dit ce savant voyageur, après avoir répudié sa femme et s'être marié à une autre, s*en repent et témoigne le désir de reprendre sa première femme, il le peut, pourvu que celle-ci y consente. Un délai de quelques jours est réservé pour procéder aux formalités du second divorce; mais, durant cet intervalle, la coutume autorise réponse rentrée en faveur à se choisir, par forme de représailles, un mari provisoire, avec lequel elle habite jusqu'au Jour indiqué pour sa réunion avec celui qui l'avait délaissée. Il n'est point rare de voir les femmes dans celte position, user, dans l'intérêt de leur sexe, de la prérogative que la loi leur accorde. Bien plus, si le mari par intérim paraît à une femme mériter la préférence sur l'homme dont elle a déjà éprouvé l'humeur inconstante, libre à elle d'opter; et de deux compagnes, l'époux volage se trouve n'en avoir aucune. »
Selon Cailliaud, les Chaykièhs sont hospitaliers. Les indigènes de Chendy passent pour être méchants, faux et perfides à un plus haut degré que les Berbers, avec lesquels ils ont du reste beaucoup de ressemblance sous le rapport de la constitution physique et des habitudes. Les Sennàariens sont fourbes, plus intéressés que jaloux. Ils ne témoignent ni égards ni affection envers leurs femmes; ils vendaient les esclaves dont ils avaient eu des enfants.
Population. Nous trouvons dans la Géographie de Halte-Brun et Cortambert (Y. CompUmerU de la Géographie universelle de Malie-Brun, par E. Cortambert, p. 224) le tableau suivant de la population du Soudan.
^ïrf»»* Population.
Haute Nubie
Soudan Égyptien
Darfour
Région du haut Mil Blanc
% 5. Produits du sol. — Le Soudan égyptien produit les plantes alimentaires suivantes : plusieurs espèces de dourah, du froment, quelques espèces de haricots, des fèves, des pois, du maïs, des lupins, des oignons, de l'orge, de l'ivoire,; le riz est cultivé dans quelques foulas. Citons encore : le dokhn (penniseium spicatum) ; le bamieh ou ketmie (hibiscus esculentus) (SennAar), iemeloukhieh {eorchorus olitorius); la pastèque, le piment rouge, le sycomore, le heglyg (balanite d'Egypte), qui se fait rare en avançant vers le S. Parmi les légumineuses , on cite : le tamarin (tamr hindi) appelé ardeb en Nubie, rare dans le Sennâar; le séné {sanamaka, cassia obovata) ; un indigotier (parkia africana), très-riche en matière colorante; c'est un grand arbre répandu dans la plus grande partie du Soudan; en en torréfiant les graines on obtient une substance analogue au café.
Parmi les végétaux utiles à l'homme, M. d'Escayrac de Lauture cite : le rict», qui croft dans les lieux humides et dont les habitants extraient l'huile; le fenUa osa feiida, Vocher {aselepias giganiea), abondant dans le Dongolah et le Berber, rare dans le SennÀar et dont le fruit sert à bourrer des coussins; le henné {lamonia tnermû), astringent emménago-
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gue; quelques crucifères, que la crainte du scorbut fait rechercher i soin; le tabae, qui se retrouve jusque sous Téquateur et qui^ dans cet nés régions, paraît avoir été connu depuis les temps les plus recolé» hachich (cannabis indica) dont les propriétés ont été déjà décrites d noix vomique, fort rare.
Citons encore le sésame^ dans le Senn&ar.
« Les haohahtf dit M. d'Escayrac de Lauture (I0 Désert et le Sou&i p. 72) s'élèvent de distance en distance du milieu des taillis, écrasacr leur masse gigantesque tout ce qui les environne et le voyageur étazj lorsqu'il aperçoit ces arbres dans le lointain, est tenté de prendre . mimosas et les gommiers pour des touffes d'herbes, b Cet arbre comsir à se faire rare dans le Sennâar.
'Le palmier-doum descend jusqu'au-dessus du Sennâar; on en trouT?i:r* cette province une variété d'une grande espèce qui n'existe pas en Sgr?ûf, Les mimosées nous offrent le gommier {acacia nilotica, acacia verek i' ■ commun surtout dans le Sennâar et le Kordofan. La sève de cet t."s'écoulant par les crevasses que la sécheresse détermine dans son en. est recueillie avant l'hivernage ; elle forme à la surface des masses ir: dies de gomme à demi liquide qui bientôt se solidifie, se resserre r. crevasse à son tour. Vacacia Àdansonii fournit une gomme rougeâtra :*■ soluble, astringente comme l'écorce et les fruits du même arbre e: . gommier proprement dit. Les graines appelées gorad par les Arabes s^ : vent à la préparation des cuirs.
On trouve encore parmi les mimosées, le sount, le seyal, le talahk, Varbre à pain est cultivé dans le Soudan.
faune, « La faune africaine, dit M. d'Escayrac de Lauture, p. 80, nift cet éclat et cette variété qui caractérisent celle du Nouveau-tfonde; c( n'offre pas à l'admiration du voyageur ces nuées d'oiseaux au plucL" étincelant, ces myriades d'insectes parés des plus riches couleurs, qui £ l'ornement et la vie des forêts brésiliennes. »
Parmi les grands animaux d'Afrique, les uns sont communs i la ré^.£ des pluies hivernales et à celle des pluies estivales; d'autres se reooGîtrentdaos la région des pluies estivales et dans les déserts situés auHies§&' du 16* et du 17* degré, où quelques oasis leur offrent une pâture suffisante L'autruche, la gazelle, le lion, le chacal, l'hyène même, se montrent i l fois dans la haute Nubie et dans le Soudan. (Le chacal toutefois est p\m rare dans le Soudan et l'hyène dans la haute Nubie.)
Le lion est surtout commun dans la région des pluies estivales; Uj trouve les grands bois, où il se repose le jour, et les oasis, où il lui est ^jlé de saisir sa proie. Comme le lion, l'hyène ne se montre que de nuit, elle est presque toujours précédée par les chacals; l'un et l'autre fréquentent les lieux habités par l'homme. L'hyène est très-commune au Kordofan; tous le5 villages en sont infestés une heure après le coucher du soleil.
L'Afrique intérieure a peu de serpents; on en signale cependant au Sennâar un qui est assez dangereux ; il porte le nom d'asalé. Il y a plusiears variétés de scorpions, dont quelques*-unes, très-grandes et très-dangereuses, habitent surtout l'écorce des vieux arbres et se retrouvent partout dans le voisinage des fleuves et des marais. Le crocodiie, que nous avons rencontré dans la basse Nubie, est commun