FAUNE. — MÉTÉOROLOGIE
dans tout le cours du haut Nil; il est partout fort dangereux et sa présence dans les eaux demande les plus grandes précautions. La girafe, la gazelle, le bagare ou bœuf sauvage, le loup, le chat musqué, la chèvre mambrine, l'onagre, trois ou quatre espèces de singes, des autruches vivent, dans le Sennâar.
On trouve dans la Nubie beaucoup de fourmis. On rencontre déjà dans le Dongolah la fourmi appelée arda ou gourdàh {ardj terre). Cet insecte, qui est de la grosseur de nos fourmis ordinaires, se nourrit principalement de bois; il dévore du reste tout ce qui est à sa portée, le cuir, la viande, le carton, le papier surtout. Les habitants sont obligés d'élever sur des pieux des planchers sur lesquels ils placent leurs récoltes de dourah et leurs autres provisions, pour les mettre à l'abri des ravages de ces insectes. (F. d'Escayrac de Lauture, le Désert et le Soudan, et Cailliaud, Yoyage à Meroé, au Fleuve Blanc, etc.)
Parmi les animaux employés au service de l'homme, nous citerons : le cheval, dont le Dongolah fournit une variété renommée; l'àne, le bœuf à bosse ou zébu. Le chameau est l'animal domestique le plus précieux dans le Sennâar; ce sont les diverses tribus d'Arabes qui en possèdent le plus.
Minéraux. On trouve du sel à l'embouchure de rAtbarah,dans la province d'Halfay et dans quelques autres endroits. Des sables aurifères se rencontrent au S. du Fazôgl dans le Dâr-Qamamyl, à l'K. de la rivière Toumâh; ils sont exploités par les indigènes ; le rendement en est du reste, très-faible. On en trouve aussi dans la partie méridionale du Kordofan. Dans le N. du Kordofan, sont quelques mines d'or situées au pied de collines granitiques et dans d'autres parties du pays, des mines de fer.
S 6. Météorologie. Climat. — Ainsi que nous l'avons déjà dit, les pluies sont très-rares dans la haute Nubie ; elles ne commencent à être régulières qu'entre le 17* et le 16* degré de latitude N. Plus on se rapproche de l'équateur, plus la saison des pluies présente de durée. C'est de Ijuin en octobre que tombent les pluies estivales. Dans le Berber, les vents du N. régnent en mars et en avril. De fortes pluies d'orage tombent régulièrement pendant trois mois de l'année, de mai en juillet ; elles contribuent à la fertilité du pays plus que les inondations du Nil. L'air en général y est pur, les habitants sont cependant sujets à des fièvres, mais peu dangereuses. Dans le Sennâar, l'hiver commence en janvier et finit en mars. Pendant ces trois mois, les vents du N. soufflent constamment, les nuits sont froides et le ciel est couvert. Les trois mois suivants, avril, mai, juin forment l'été. Avril et mai sont les deux mois les plus chauds. Le temoun s'y fait sentir violemment pendant trente ou quarante jours; sa direction est du N. E. au S. 0. Le kharif(yQnX du S.) est la saison qui répond à notre été; c'est l'époque des pluies (juin, juillet, août), qu'y apportent les vents du midi. Pendant ces trois mois, le ciel est constamment nuageux, la pluie tombe par torrents, les orages sont fréquents, les ouragans impétueux. La sécheresse règne de novembre à mai.
La durée du kharif augmente à mesure qu'on descend vers le S. ; au lieu de finir en août, les pluies se prolongent j usqu'en septembre et en octobre pour reprendre en mars.
Maladies, Les premières pluies de l'année donnent naissance à beaucoup de miasmes en facilitant la décomposition de tous les débris répandus dans le
684 NUBIS^. — MALM)IBS.
sol. Aussi les fièvres intermittentes sont-elles la maladie la plus commune du Soudan. Elles sout redoutables surtout dans les régions marécageuses qui s'étendent le long du Nil Blanc. Elles dégénèrent assez facilement en fièvres pernicieuses dontles accès tendent à se rapprocher et à se confondre. Que de voyageurs ont été déjà frappés dans ces régions malsaines par cette terrible maladie 1 Le pays fournit des toniques amers dont remploi est d^une grande utilité contre les fièvres; mais aucun d'eux ïA peut remplacer complètement le quinquina et surtout la quinine dont l'usage est expressément recommandé par tous les voyageurs. Le docteur Schweinfurth a pris régulièrement d'assez fortes doses de quinquina et c'est à l'emploi de ce remède préventif qu'il attribue l'heureuse impunité dont il a joui durant tout son voyage.
La dysenterie se combat avec succès par le gorad et la pulpe astringente du fruit de Tadansonia (F. Introduction générale).
L'ophtbalmie, si commune en Egypte, est rare dans le Soudan ; on ia traite avec la pulpe broyée et délayée du fruit de l'adansonia.
L'emploi du henné à Textérieur peut arrêter les conséquences d'une insolation, même très-forte.
Nous avons indiqué (p. 246) les désordres produits dans Torganisme par l'action des fortes chaleurs, nous n'avons rien de particuler à ajouter à ce «ujet. XiCs précautions A prendre ne sont pas tout à failles mêmes contre les effets d'une chaleur humide, telle que celle qui se fait sentir sur le haut Nil. « Les excitants, les toniques, dit H. d'Escayrac de Lauture, p. 89, y sont nécessaires; la digestion ne s'opère qu'artificiellement par le secours du piment rouge ou de l'assa fstida, l'usage des liqueurs fortes n'a que peu d'inconvénients et semble môme quelquefois être un antidote puissant des miasmes, à l'action desquels on ne doit du reste jamais s'exposer à jeun. * Nous pensons toutefois que cet usage doit être modéré, et que les liqueurs ne doivent être prises que dans la soirée.
S 7. Commerce Industrie.— Le Soudan est d'une fertilité extraordinaire. Son principal objet d'exportation était l'ivoire; mais depuis que le gouvernement égyptien en a fait un monopole, le commerce de ce produit a beaucoup diminué, surtout à Khartoum dont il était jadis la ressource principale. 11 en est de même des plumes d*autruche, qui viennent de Kordofan, du Darfour et du Sennâar, et dont le marché s'appauvrit de jour en jour.
Les principaux articles d'exportation sont : outre Tivoire et les plumes d'autruche, la gomme arabique; celle du Kordofanest la plus renommée ; elle vaut au Caire plus d'un tiers en sus de celle du Sennâar, du Taka et du Hedjaz; le séné, la coloquinte, la cire, le tamarin, les peaux et le coton. Les substances tinctoriales, les bois de construction, le musc, sont encore des produits bruts dont le commerce pourrait profiter. Les produits manufacturés sont : des cordes, des tissus, des pailles tressées, des bois sculptés, des peaux. Pour les objets de métal, l'art en est encore dans Tenfance; cependant, les travaux d'or et d'argent et particulièrement les filigranes témoignent d'une assez grande habileté manuelle.
L'importation est relativement considérable; le Soudan reçoit de l'Egypte des fruits, du sucre et de l'esprit -de-vin; de l'Angleterre, des cotonnades, et de la France, des vins, des liqueurs et des cierges.
COMMERCE. — INDUSTRIE. 6i5
« Les produits du Soudan oriental, dit M. Gortambert (ouvr. cité, p. 402) peuvent être plus abondants, plus yariés, plus riches que ceux de TEgypte elle-même. Le coton seul suffirait pour alimenter un immense commerce. Nous avons vu, p. 170> que le Soudan donne au trésor égyptien un revenu net de 150000 livres sterling (2 625 000 fr.). Malheureusement de grands obstacles s'opposent encore à des relations commerciales faciles. Les plus graves, ce sont les terribles barrières que le désert et les cataractes ont jetées entre TËgypte et la Nubie méridionale. »
Actuellement le commerce du pays est entre les mains des Syriens, des Grecs, des Coptes et des Juifs qui s'occupent surtout du petit comn^erce. Beaucoup de maisons d'Alexandrie et du Caire ont leurs succursales à El- Obeîd, dans le Kordofan, à Khartoum et à Cassala. Ce qui manque le plus au Soudan égyptien pour tirer parti de ses précieuses ressources, c'est surtout le travail, que Ton pourrait peut-être demander aux peuplades nègres avoisinantes (F. Hamo Ernest, MonaUchrifi fur OrierU et VEaplorûteur, V vol. p. 47).
Monnaies. Une des difficultés du commerce de ce pays, c'est la différence des monnaies. Celle qui a le plus cours, est le thaler de Marie-Thérèse, que les Arabes appellent a6ou-iiocf«,pèrede la goutte; mais cette monnaie n'est pas reçue dans le Kordofan. On cite aussi ,comme étant en faveur dans le Soudan , les doublons d'Espagne, surtout les piastres d'argent à l'effigie de Charles IV, que les Arabes appellent reai France Abau-Arba, pièces de France du père nu. Du reete les monnaies égyptiennes ont cours dans tous ces pays.
$ 8. Voies de oomnnuiioatioii. — Ghemins do fer. — Postas. — Télégraphia. — Nous avons vu, p. 170, qu'un chemin de fer est projeté de Ouady-Halfah à Hanneq, répondant à des cataractes presque toujours infranchissables. U existe aujourd'hui pour le transport des marchandises une ligne qui conduit, autour de la première cataracte d'Assouân, au village de CheUal, et un tronçon partant de Ouady-Halfah est déjà construit Pour le moment, les marchandises arrivées par le Nil à Assou&n, sont transbor* dées de l'autre cêté de la première cataracte, sur les barques qui les conduisent à Korosko ou à Ouady-Halfah; de là, elles vont à Khartoum à dos de chameau.
Mais le moyen de transport le plus Important du pays, c'est encore la navigation. Les ports de la mer Rouge : Yambo, Djeddah, Souakin et Massàouah sont visités par les paquebots del'Azizièh; c'est surtout à Souakin que les marchandises sont embarquées ou débarquées; le transport de Souakin à Berber se fait par caravanes, en 12 jours; de Berber à Khartoum, par bateau, en 5 jours.
Postes. Du Caire à Syout, les lettres sont transportées par voie ferrée; de là, elles sont portées par des messagers jusqu'à Korosko, et de Korosko, par Abou-Hammed, à Berber et à Khartoum ; elles mettent de 26 à 28 jours seulement pour venir du Caire à Khartoum.
Télégrafkes, (F. p. 170) Une ligne télégraphique part de Berber et va, par Khartoum, jusqu'à Sennâar; et une autre va à £l-Obeid dans le Kordofan. Une nouvelle ligne est en construction, d'El-01>eId au 0arfour, et une autre, de Sennàar à Quédaref. Enfin, deux lignes projetées iront, l'une à Bahr el-Gébel et une autre, de Dongolah au Darfour.
CmAitwns générales du voyage de la Nubie. Grâce à l'établissement de U
oamiT tu 40
6S6 NUBIE
domination égyptienne dans la baute Nubie, le voyage jusqu'à Sbartoiim ne présente aucun danger. Il s'accomplitau milieu de populations complètement soumises, laborieuses, adonnées à Tagriculture et au commerce. Les Arabes Bicharls servent ordinairement d'escorte dans les parties du désert nubien qu'on peut avoir à traverser. La précaution la plus indispensable à prendre, est de s'entourer de toutes les informations possibles pour k cboiz d'un drogman. Le mieux serait de garder celui avec lequel on a, déjà fait le voyage jusqu'à Ouady-Halfah, si Ton avait été content de lui; mais, comme cette combinaison n*est pas en général possible, on s'informera avec soin auprès des Européens et des consuls établis à Korosko oi) à Ouady- Halfab. On pourra toujours trouver dans ces localités des guides expérimentés, ayant déjà fait le voyage jusqu'à Kbartoum.
Le voyage dans la baute Nubie s'accomplit partie à dos de chameau, partie en barque. Sur les dispositions du voyage à travers le désert (F. p. 244). Quant aux barques, appelées nougga, elles sont montées par 3 ou 4 hommes et le prix de location en est assez modéré.
Les provisions pour ce voyage doivent ôtre emportées du Caire. Elles sont à peu près de môme nature que celles du voyage du Nil (Fi p. 242). On ne trouvera guère en Nubie jusqu'à Berber, que du lait aigre, des oignons, des œufs et du pain d'orge et de dourah, d'un gotlt détestable; encore at-on de la peine à s'en procurer. On fera donc bien d'emporter une bonne provision de viandes conservées, d'extrait de Liebig, de biscuits qu'on achètera 1 fr. 25 l'oke, de café, de sucre, de riz, etc., etc. Entre Berber et Khartoum, on se procur.eradulait de chèvre et de la viande de chèvre et de mouton. Un mouton coûte de & à 6 fr. Le charbon de bois se trouve dans les villes les plus importantes.
Les tentes ne sont pas d'une absolue nécessité, mais il vaut mieux les avoir avec soi. Des vétementscbauds, manteauz, couvertures, sont indispensables, les nuits de décembre et de janvier étant excessivement froides et le venf du N., très- vif. Les soins hygiéniques à observer ne diffèrent pas de ceux que nous avons indiqués (T. p. 246).
Le climat est généralement sain; cependant; des accès de fièvre d'un caractère bénin régnent dans certaines parties du cours du Nil. L'usage de la quinine est particulièrement recommandé par tous les voyageurs.
La saison la meilleure pour visiter la haute Nubie correspond à notre automne et à notre hiver, d'octobre à mars; les pluies qui durent dans ces régions plusieurs mois de suite , commençant en général en mars^avril, il faudra quitter Kbartoum avant le mois de mars. L'époque à lactuelk on devra partir du Caire avec l'intention de se rendre à Khartoum, dépendra de la voie que l'on aura prise. Le voyage de la haute Nubie peut trèsbien se combiner avec la voyage ordioaire de l'Egypte, si celui-ci a été commencé en novembre ou au commencement de décembre, au plus tard. En arrivant à Ouady-Halfah, fin janvier, on pourra se trouver à Khartoum vers le milieu de mars et de là, gagner Souakin, avant les pluies estivales. La durée d'un tel voyage dépend beaucoup du but particulier du voyageur. Un touriste ordinaire, s'il n'est possédé par l'amour des recherches scientifiques ou le goût des aventures hardies ou s'il ne poii^rsuit un dessein patriotique (chose malheureusement rare), ne s'aventure guère dans ces n- «ions reculées, et s^U y a ici un itinéraire régulier à suivre, du moins il^ est
Manière de voyageh. 62?
impossible d'assigner d'aranee à la durée des explorations d'autres limites que celles qu'impose le climat. D'une manière générale, on peut dire que le voyage en Nubie^ jusqu'à Khartoum^ aller et retour, prendra de 5 à 6 mois. /
Quant aux distances, il est difficile d'en être exactement renseigné par les conducteurs de chameaux ; leur seule unité de distance est le mahattah on journée de voyage^ dont la durée varie de 4 à 13 heures, suivant l'éloignement des pâturages que Ton rencontre sur la route. — On distingue un petit mahattah et un long mahattah. — Nous avons cependant indiqué en kilomètres les principales distances^ d'après les excellentes cartes de Cailliaud. La distance de Ouady-Halfah à Khartoum est d'environ UOO kll.
Deux voies se présentent pour gagner Khartoum. Les personnes qui veulent se rendre directement dans cette ville, doivent aller à Suez par le chemin de fer (F. R. 14), et là, s'embarquer sur un des bateaux qui font le service des côtes de la mer Rouge (F. Renseignements généraux). Voici, pour cette voie, un itinéraire donné par le colonel Gordon. {Extrait de lettres du colonel Gordon, adretséee à M, d'ivrtl. Bulletin de la Société de Géographie, 1874, p. 319-321.)
De Suez à Soaakin, par bateaa 4 jours 80 fr.
De Soaakin à Berber, à dos de cbameaa.... 12 — So fr. par chameaa De Berber à Khartoum, par bateau 5 à 8 — 140 fr.
Darée du trajet 21 à 34 jours.
Le voyageur qui, déjà parvenu à Ouady-Halfah, désire explorer le cours du Nil nubien, n'éprouvera aucune difficulté sérieuse. Le voyage se fait en grande partie à dos de chameau, en suivant le plus ordinairement le cours du fleuve, sauf entre Méraouy et Berber. -^ On trouve à Ouady-Halfah, à Dongolah, à Korti, des chameaux à prix modéré. -* Le voyage se décompose ainsi :
De Oaady-Halfah à Nonveau-Dongolah, i dos de chameaa 14 jours.
1 I. A Debbah, par barque..... 5
in.
De Dongolah à Méraouy (Oébel Barkal)Jll. De Debbahà Méraouy, à dos
( de chameau 3
De Méraouy à Berber, à dos de cbameaa 7
De Berber à Khartoam, par barque « 5 à 8
Total 34 a 35 jours.
Les marchands arabes qui se rendent à Khartoum par caravane, quittent le Nil à Korosko, dans la basse Nubie, et se dirigent à travers le désert, à Abou-Hammed, au sommet du grand coude que forme le Meuve au-dessous de son confluent avec l'Atbara. Ce trajet s'accomplit en 8 jours, mais le voyage est rude à cause du manque d'eau. D'Abou-Hammed, on peut se rendre en 6 jours à Berber, d'où l'on gagne Khartoum en barque. La durée de ce voyage varie entre 21 et 25 jours.
NUBIE. — DÉBÔD..
D'ASSOU&N A OUADY-HALFAH ET A LA SECONDE 6ATARACTL
(349 kil. enyiron.)
Mous avons vn dans nos généralités snr l'Egypte (p. 339) que le voyage en bateau a vapeur s'exécute d'Assouftn à Ouady-Halfah , à prix fixe et dans des conditions analogues à celles du voyage de la haute Egypte. Pour le voyageur qui accomplit en barque le voyage du Nil, BOUS avons indiqué aussi, p. 340, les contrats qui doivent contenir la prévision du voyage d'Assouân A Ouady-Halfah. Si l'on .n'a pas inscrit dans son contrat une clause pour le passage de la cataracte d'AssooAn, on prendra un des rels ou pilotes de la Cataracte qui, non-seulement, avec l'aide de ses hommes, vous fera dépasser les rapides, mais qui pourra aussi prendre la conduite de la cange jusqu'à Ouady-Halfah et retour. Le service de la cataracte se paye au moins de 4 4 500 piastres, et s'élève souvent à 300 fr., à quoi il faut ajouter le baghehich pour le patron et pour l'équipage, et les dépenses de la nourriture.
Le voyage du Nil au delà de la première cataracte ne commence à vrai dire qu'à la hauteur de Philae.
Nous avons, en décrivant les perspectives que l'on découvre de cette lie charmante, indiqué le bel aspect que présente le fleuve dans la courbe qu^il décrit au-dessus de Phii^e, et, dans nos généralités sur la Nubie (p. 608), le caractère général qu*il présente dans la basse Nubie. Il nous faut maintenant donoer le détail des localités intéressantes que nous allons rencontrer. Nous n'avons à noter à 3 kil. avant Débôd, qu'un gouiïre près de la rive E., appelé Ctiaîm't el-ouahf que les Barâbra croient avoir une communication souterraine avec la grande Oasis.
DébOd ou Debout (25 kil. rive 0.), est la première localité notable que Ton rencontre après avoir dépassé Philae. On y voit un temple, dont les cartouches royaux portent le nom
d*Acfcamoun,rold*Éthiopie (F.p. 614).
Le temple était conaaciî^ à Isis, aussi bien qu'à Osiris et à leur fils Horus. Trois pylônes qui le précèdent, rappellent en petit la disposition du temple de Kamak. Le premier pylône, auquel se rattache le mur d'enceinte, est à 15 met. 60 c. du second, et celui-ci est à 7 met. 55 c. du troisième. Sur le pylône du milieu, une inscription grecque àdemi eflfacée porte le nom de Philométor (le septième Ptolémée, 181-146). Deux salies accompagnées de chambres latérales précèdent le naos ou sanctuaire. Les murs de ces salles sont en partie écroulés. Le tout est entouré d'us mur d'enceinte, dont le premier des trois pylônes forme l'entrée. Ce mur tombe en ruine. La plupart des sculptures sont du temps d'Auguste et de Tibère; mais cette décoration sculpturale est restée inachevée.
Dans les inscriptions hiéroglyphiques, le nom de la localité est Tabàt.
La façade du temple regarde le Nil) à la distance de 6 à 600 pas. La rivière est bordée d'un quai en pierre, où se voient les restes d'un escalier.
On place ordinairement au vilUg« de Débôd la ParembfM de l'Itinéraire Antonin, que nous croyons devoir être cherchée à 2 ou 3 kil. plus au N. Le mot Parembolô, dans le grec alexandrin, désigne un camp..
une station militaire.
On dépasse (9 kil.) l'île Morgôf, où il y a quelques ruines insigoi' fiantes, avant d'atteindre
Kerdasdh (16 kil., rive 0.) oîi un petit temple d'une architecture gracieuse s'élevait sur une émioence »
peu de distance du fleuve. Il ^*^° reste que le pylône et une enceiote carrée.
Plus au N. est un autre petit ieaple dont il ne reste que 6 colonne^ encore debout reliées par des murs d*entre-colonnement. Deux de ces colonnes portent le chapiteau orné de tètes d'Isis bien conservées, et surmonté d'un dé cubique. Les quatre
[ROUTE Î7] KARDlASÈH. — OUADY-TAPÂH.
IiKM^ snf* p.^4ipimi
NUBIE. — DËBÔD.
[ROUTB S7]
[ROUTE a?] KARiXASfiH. — OUADY-TAFÂH.
autres, cannelées à la partie supérieure, ont un chapiteau à feuilles de lotus. Il n'est resté de Tentablement qu'une longue pierre monolithe (le gracieuK édifice rappelle le kiosque de Tibère à Phil».
Quelques substructions se voient encore du côté du S. Non loin de là est une earriért de grès, avec de nombreux ex-valo grecs, tracée sur le rocher. On voit par quelques-unes de ces inscriptions, la plupart du temps d'Antonin, de Marc-Aurèle et de Sévère, que les lierres qui servirent à élever les mouments de Pile de philae furent tirées de cette carrière. Dans un endroit écarté est une porte décorée de deux colonnes et surmontée d'une console taillée sur la face du rocher, le tout formant l'accompagnement d'une sorte de niche. Dans le village, on volt les restes d'une grande eneeifUe en pierre, au côté N. de laquelle est un pylAnê avee quelques hiéroglyphes et la figure d'Isis. On reconnaît les vestiges de cette enceinte à une distance assez considérable, en remontant perpendicufidrement au fleuve.
A mesure qu'on s'éloigne de Phils, le granit devient de moins en moins commun, et finit par céder la place au grès.
La vallée du fleuve, depuis Débôd jusqu'à Tàfah, est appelée Ouody- Méharakatf du nom de la tribu berbéri qui l'occupe.
Ouady-Tftiah (lO kil., rive 0.) figure dans l'Itinéraire Antonin sous le nom de Taphû. Le village s'élève sur la rive g., parmi des bouquets de doums et de dattiers. On y trouve deux petits temples de l'époque romaine.
Le premier temple, presque miné, est situé tout près du fleuve, avec lequel il était relié par un escalier descendant entre deux murs jusqu'au guat, comme à Débôd.
Le second tamplo, mieuxconservé, est dans l'intérieur du village. Il n'en
reste plus guère que le portiquo.dont les ruines ofl'rent encore un gracieux aspect. Des murs épais et deux colonnes lisses, à chapiteau palmé, supportent quelques pierres, seuls restes du plafond. Derrière les colonnes s'ouvre une porte, qui communiquait avec une seconde chambre, sans doute, l'adytûm. Un chapiteau git renversé en avant du temple, sur le sol semé d'éclats de pierre. Lb temple a servi autrefois d'église aux premiers chrétiens. On a trouvé sur un des murs un calendrier que Ton suppose être du iv* ou du v« s. Deux des colonnes du portique sont encore en'> place. Sur un mur attenant, sont gravées des inscriptions grecques et des images de saints. Derrière le portique est une chambre, peuUétre le sanctuaire.
Des restes de constructions dont 11 est difficile de deviner la destination sont répandus dans la plaine. Vis-à-vis de Tàfah sur la rive E., quelques débris sans intérêt marquent l'emplacement de la Gonirà-Taphis de l'Itinéraire.
Bientôt après avoir dépassé Tàfah, on voit reparaître le granit, et les hauteurs qui bordent les deux côtés du Nil se resserrent au point de ne laisser aucun passage le long de ses rives. Der rochers hérissent le lit du fleuve et forment ici de nouveau des rapides, dont l'effet, au milieu de cette gorge, a quelque chose de plus saisissant peut-être que ceux même d'Assouàn.
Le village de Kalabchéh (II kil.
rive 0.), situé par 23«3r3t' latit.
N. et 30* 27' 54* longit. £. de Paris (de Bizemont), est voisin de ces rapides auxquels il donne son nom. Il compte une soixantaine de huttes en terre. Il est situé directement sous le tropique. À en juger par les restes de son temple, le plus vaste et le plus remarquable de toute la Nubie à l'exception de celui d'Abou-Simbel, ce fut autrefois une localité importante Le nom hiéroglyphique de la localité est Tarmii, assez ^exacte-
NUBIE. — KALABCHÈH. [HOirrB 27]
ment rendu par le Talmli des documents romains.
Temple de Kalabchèh.— Hûlortque. Ce temple, dans l'état où nous le montrent ses ruines, date seulement des premiers Césars, comme on le voit par les cartouches de ses légendes hiéroglyphiques. Il fut commencé sous le règne d'Auguste et continué & Tépoque de Caligula, de Trajan et de Sévère ; plusieurs de ses parties sont même restées inachevées. Les sculptures sont d'une époque de pleine décadence; mais les pierres qui furent employées dans sa construction appartenaient à un édifice plus ancien, probablement du temps de Thoutmès III, dont le nom se lit sur une statue de granit renversée près de l'entrée, au voisinage du quai. C'est sur une des colonnes de la grande cour que se Ut la célèbre inscription grecque du roi Silco (F. p. 616) qui rappelle les victoires de ce roi sur les Blemmyes.
On y lit aussi des inscriptions en caractères démotiques. La plupart sont en l'honneur du dieu local, MandouU ou Maloulù
Extérieurement, le temple se présente sous la forme d'une massive construction quadrangulaire, aux surfaces unies et sans ornements. Les huttes du village s'adossent sur une partie des murs du pylône et des enceintes. Pour embrasser d'un seul coup d'oeil ces ruines imposantes, il faudra monter sur les terrasses supérieures.
Un large escalier, établi dans le grand axe du temple et partant du quai dont la rivière était bordée, conduit à la terrasse sur laquelle se dresse le propylàne, massif puissant dont la partie supérieure est écroulée, tandis que la partie inférieure est dans un bon état de conservation. La porte est surmontée du globe ailé à double ureus. La partie extérieure du mur est sans ornements. La eour produit un indicible effet par le chaos des pierres brisées et amon-
celées jusqu'à la moitié de la hauteur des portes. Ce sont les débris de portiques qu'un tremblement de terre a sans doute renversés. Une seule colonne à g. est demeurée debout.
Le portique qui fait suite à la conr avait trois rangées de quatre colonnes chacune. Leurs chapiteaux élégants, quoique fort endommagés, sont ornés de feuilles de lotus, de papyrus et de vigne. De chacune des deux rangées intérieures, il ne reste qu'une colonne debout. La rangée extérieure qui conserve ses quatre colonnes assez bien conservées est fermée d'un mur d'entre-colonnement à mi-hanteur. La porte qui, du portique, donne accès dans la cour, a son aochîtrave brisée. Ses montants ainsi que les murs d'entre -colonoement présentent des figures de divinités.
Le naos se compose de trois Cambres successives. Dans la première, un escalier qui s'ouvre dans U paroi S., mène sur le toit. La deuxième est une salle à deux colonnes. La troisième occupe toute h largeur du temple et se distingue des autres par la fraîcheur de couleur de ses sculptures murales, préservées pendant des siècles par k badigeonnage sur lequel les chrétiens avaient représenté leurs sainis.
Ces figures de dieux, bien que portant le cachet de l'époque romaiof, offrent cependant des contours et des traits tracés avec un art fort rare à cette époque de décadence. On remarquera surtout la richesse des vêtements et leur forme élégante. (Prokesch-Osten, Nilfahrt, p. S16.)
Malheureusement, le monument est très<lélabré. « Les plafonds écroulés obstruent les salles on s'amoncelleot les chapiteaux tooibés, les colonnes renversées, les piliers jetés bas. Partout, sur les murailles, sur les portes, sur les corniches, sur les pylônes, sur les architraves, sur les entablements, dans le sanctuaire, on reconnaît la trace du fer, de« marteaux et