‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 280 sur 408 · SOUDAN ÉGYPTIEN. — MANIÈRE DE VOYAGER · texte numérisé non relu

SOUDAN ÉGYPTIEN. — MANIÈRE DE VOYAGER

ont été établis : 1* à i'embouchare du Sobat; 2* Ghaba Khambi, sur le territoire des Kitch ; 3* dans le pays des Bors ; 4* Lado, dans le pays des Baris; 5* Régaf; 6* Laboré ; 7* DuAé et Ibrahimia; 8* Fatiko, 3*1' latitude N. 9* Fabo ; 10* Faouêr, un peu au N. du lac Victoria Nyanza, et- 1 1*, Hagonga, sur le lac Albert Nyanza.

S 6. — Commerce. — Le commerce du Soudan a pris dans ces dernières années une importance qui ne peut manquer de croître avec le progrès des voies de communication, et l'affermissement de Tautorité égyptienoe dans ces régions. Il consiste surtoUt en plumes d'autruche, gomme, ivoire, séné, peaux, etc. La valeur des marchandises venues au Caire par caravanes, dans le courant de Tannée 1874, a été de 38864000 francs. Celte somme de 38 millions et 1/2, à laquelle il conviendrait d'ajouter la valeur des marchandises venues par voie de Souakin et de Mass&ouah parait considérable, si Ton se rappelle que ces marchandises arrivent au Caire aprè^ un voyage de quatre mois et que les moyens de transport sont difficiles^ insuffisants et coûteux. On peut donc à bon droit attendre les plus beaui résultats d'un commerce régulier avec le Soudan, à mesure qu'on parviendra à établir des communications meilleures, plus sûres et moins coûteuses. {VExplorttteur, janvier 1875).

S 7. — Manière de ▼oyager. — Peu de personnes se hasarderont à faire le voyage du Soudan. Pour entreprendre une aussi lointaine exploration, il faut être possédé du noble zèle des recherches scientifiques et du désir d'enrichir la géographe du globe de quelques nouvelles données, ou bien chercher la fortune dans le trafic de l'ivoire, qui se fait sur une grande échelle au-dessus de Khartoum et particulièrement dans la région des Grands-Lacs.

Un voyage de ce genre exige des conditions particulières. On ne peut guère l'entreprendre sans l'appui moral et sans le secours matériel du gouvernement égyptien. Celui-ci est, dit-on, disposé à favoriser de tout son pouvoir les entreprises de ce genre. Le Français qui serait disposé à marcher sur les traces des Cailliaud, des Guillaume Lejean, des Schwelnfurth. trouverait du reste conseil, direction et secours aupi^s de la Société de géographie de Paris, et auprès de la Société de géographie du Caire ; et il ne s'engagerait pas dans une entreprise aussi grande, sans avoir prépare lui-même son itinéraire.

La voie la plus directe pour se rendre dans les régions du haut Nil est d'aller d'abord par Suez et Souakin, à Khartoum (F. p. 627). Le trajet de Khartoum à Gondokoro a été fait récemment par le colonel Gordon, en bateau à vapeur, en 30 jours.

Pour un voyage d'exploration sur le Nil Bleu ou sur le Nil Blanc, c'est au commencement d'octobre qu'il faut quitter le Caire. On pourra arriver à Khartoum, fin octobre ou commeocement de novembre, employer les mois suivants au voyage projeté et rentrer dans cette ville dans le courant du mois de mars pour regagner le Caire et l'Europe. Ce voyage prendra de 7 à 8 mois.

[ROUTE 30] DB KHARTOUM A QO^DOKORO.

DE KHARTOUH A GONDOKORO^

Distance, I6OO kil. Dorée do Toyage, 30 à M joon en bateto à Tapeor.

liO Nily d'ooe très-grande largeur, est bordé de terrains bas, coupés de lignes boisées. Les bords du désert forment de loin en loin des ondulations sur lesquelles s'élèvent, parfois dispersés, parfois en groupes compactes, des acacias. Le paysage garde le même caractère pendant une longue série de kilomètres. Rarement quelque montagne lointaine , quelque bauteur isolée vous repose de cette vaste monotonie. Malgré tout, la scène ne manque pas d'intérêt. La quantité de béteil sur les deux rives est prodigiense. De grands troupeaux, éléphants, buffles, antilopes, paissent dans le lointain ou viennent s'abreuver aux mares qui bordent Teau courante. Deux fois aussi large qu'en Egypte, le fleuve est animé par les bi^teaux des pasteurs qui conduisent çàet là leurs bestiaux accompagnés de leurs chiens qui les suivent à la nage.

Le 3* jour, on atteint Ghéténa, v.

considérable, peuplé à^Hatsanyéhtt lieu de rendez-vous favori pour les barques du Nil. Des cypéraoées d*un vert splendide et d'une végétation luxuriante donnent aux rives l'aspect de noe fleuves, bordés de riches prairies. Des milliers d'oies (cfcenalopex œgyptiaeut) vont et vieiH nent en se dandinant. La rive dr.

est formée par des bancs de sable de 10 met. de hauteur. La rive g., aussi loin que porte la vue, est entièrement plate, et le sorgho 7 est cultivé. Le sol est d'une fertilité remarquable et d'une teinte plus bril-

1. F. poor cette ronte roovrage de Sehweinforth, AueCÊur de l'Afrique. Nous avons empronté à ee savant la majeore partie de notre description.

OBIKNT II.

lante, plus chaude que celui de l'Egypte et de la Nubie inférieure.

A la fin du 3* jour, si le vent est favorable, on atteint Wod-Chélai, point de relâche très en faveur dans cette partie du Nil. On a coutumeTy immoler un bœuf. Terres cultivées et fertiles. Une variété de sorgho, & grain jaune, porte des épis qui n'ont pas moins de neuf pouces de longueur sur cinq de diamètre.

On passe en face du v. de Toura, à 2 lieues du fleuve, rive 0., en vue de la montagne d'Arrache-Kol. La route qui conduit au village présente un intéressant spectacle, elle est bordée d'une série d'abreuvoirs où se réunissent des troupeaux de mille à trois mille têtes. Les bêtes bovines sont d'une race caractérisée par une bosse et qui, sans doute, est proche parente du zébu de l'Inde. Les hippopotames deviennent de plus en plus nombreux, leurs ronflements continus produisent un bruit fort désagréable, auquel le voyageur devra s'habituer. La rive 0. est marquée par des rangées d'acacias, qui lui donnent un aspect européen. Sur la rive dr. on voit de nombreux massifs d'un arbuste à larges feuilles, l'tpomiê à feuilles d'asaret dont les grandes fleurs relèvent l'aspect terne du paysage.

JOouêmé (rive 0.) est un des plus grands villages du district. On dépasse un groupe d'ilôts bien cultivés habités par des fellahs de Nubie dont le labeur patient rachète en partie la dépopulation amenée par i'oppres^ sion et llmpôt.

Bleii ou Kah&va, (rive E.) , est une station militaire où le gouvernement fait de grandes provisions de dourah.

Il y passe une route très-fréquentée qui traverse les deux Nils et qui joint le Kordofan à l'Abyssinie. C'est par cette route que les Baggaras amènent leurs chevaux.

Immédiatement au-dessus d*EléU commence la région des tles des CftU^ kmJw. Un peu plus haut, le long du

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rivage, se déroule des deux côtés une série d'établissements agricoles formés par des Nubiens. Omm-Mandeh est une des lies des Chillouks; le mi- ■ mota atperaia Tentoure de toutes pl^ et lui fait une ceinture impénétrable. Le melon d'eau se voit ici à l'état sauvage. « La vie animale, dit SchweiDfurîâi {Au cœur de l'Afriquêy traduction de Mme H. Loreau), est largement développée dans ce désert. Non-seulement les bords en soDt pressés par une foule d'hippopotameS; mais des rangées de crocodiles se chauffaient au soleil à trente pas devant nous. Des varans (grands iguanes) et d'autres reptiles glissaient dans l'herbe sèche qu'ils faisaientbruire. Partout, sous les arbres, étaient des coquilles d'œufs et des peaux de serpents. Au milieu des branches s'entendaient les querelles, les combats d'un méchant cercopithèque, le griset-vert, tandis que des oiseaux de mainte espèce, des aigles, quittant leurs plates-formes, des légions de rémipèdes^ animaient constamment la rive. Mais ce qui pour moi avait le dlus d'intérêt, c'était l'infinie variété des plantes qui abondaient sur le fleuve. Parmi elles était Vherminiera, connu sous le nom d'ambatch. L'ambatch croit avec une grande rapidité dans les plis tranquilles du rivage; comme il émet ses racines tout simplement dans l'eau, des buissons entiers sont facilement entraînés par le vent ou par le courant, et vont s'établir ailleurs. Telle est l'origine des barrières végétales que l'on rencontre sur le haut Nil, où très-souvent elles arrêtent la navigation. D'autres plantes contribuent à former ces lies, qui, nouvelles Délos, sortent journellement des eaux. Ce sont en particulier la vossie et le célèbre papyrus des anciens. » Sur les bancs de saibie , rayés de diverses couleurs, on voit souvent des bandes de grues couronnées, alignées sur cinq ou six rangs.

Ici passent des troupes nombreuses fl'aniilopes. Ailleurs, des singes se

balancent aux arbres. Des marabous paraissent pour la première fois. Le pays boisé que l'on traverse, malgré sa solitude, est la terre promise des naturalistes.

Le Nyémati{TiYe g. ) est un pic granitique d'une masse imposante, de 300 met. au moins de hauteur. Les versants en sont formés en partie de masses rocailleuses, en partie de grandes surfaces planesdéchirées de profondes creyasses. Du Nyémati, la vue s'étend à l'E. jusqu'aux monts du Oarel- Foungi, situés dans le haut Sennâar, à une distance de plus de 50 kil. En face du Nyémati s'étend une fie habitée par des Baggaras.

Les Baggarat possèdent tout le territoire qni, da Kordofan et du Darfoar, s'étend vers le S. jasqn'aa point de It riTe qo'habitent les Dinkas et les Chillouks. Une portion d'entre eox payeot tribut à TÉgypte. Leor nom de Baggens signifie vachers. Ce sont des caralien belU({ueux.

On rencontre ici pour la première fois le tamarinier, arbre commun dans tout le centre.de 4' Afrique et dont le feuillage d'un beau vert ré-' pand une ombre épaisse, chère aux indigènes et aux voyageurs. Un autre arbre, également abondant dans ces régions, est VhégUk {baUmiUs segyp- Itaca), dont les fruits, qui ressemblent à des prunes, renferment une pulpe douceâtre qui a la saveur du pain d'épices.

A mesure que l'on remonte le fleuve, les iles deviennent plus fré« quentea, les canaux plus obetrués.

L'ami>atch est presque entièrement exclu par la vossia. L'accumulatioa des îles flottantes de verdune appelées sud rend, à certains endroits^ particur lièrement dans les courbes du fleuve, la nayigation difficile. De grands efforts ont été accomplis par le gouvernement égyptien pour rompre ces obstacles et l'on a obtenu des résultats satisfaisants. Tandis que sir Sa;nuel Baker mit dix-huit mois pour se rendre de Khartoum â Gondokoro, 1<*

[ROUTE 30] FAGHODA. «^ LES GHILLOUEIS.

même trajet a été accompli par le colonel Gordon en ▼ingt-six jours.

On rencontre continuellement des Baggaras avec lesqueb on peut établir des relations et /aire des échanges. La route devient monotone; c'est sur les deux rives une plaine sans fin. Enfin apparaît au midi le Défagang, ancien volcan d'une altitude de 300 met., visité autrefois par Werne, qui en rapporta des échantillons d'une lave basaltique, semblable aux formations de YEifeL On atteint (rive dr.) les restes d'une forteresse, entourée de profondes tranchées, oîi Mohammed Kher, fameux chef de bandits, avait son quartier général.

Kaka (rive 0.) est le point le plus septentrional qu'habitent les Chillouks. Le gouvernement du Khédive y entretient un dépôt de dourah.

Autrefois, les Dinkas avaient sur cette rive de nombreux villages; mais, par suite des razzias de Mohammed Kher, ils se sont retirés dans l'intérieur, à quelques journées du fleuve, et ^oute la rive orientale n'est plus ^ ru'une forêt déserte. A Dyoureb ei' xh (sacde grain), le fleuve décrit une courbe au N. E., sur une largeur de 14 kil., à travers des plaines dont l'aridité n'est relevée çà et là que par quelques gracieux bouquets de bois.

Bientôt le paysage est animé par les cultures qui entourent les villages de la rive g. du Nil, sur une longueur de 15 à 18 kil.

Fachoda (rive E.), par 9*54' lat. N.

et 30*0'33'' longit. E. de Paris, siège du gouvernement provincial, est un grand village, formé de huttes coniques et entouré d'une palissade.

A côté du village proprement dit, le gouvernement égyptien à fait élever des constructions basses, carrées, dont les murailles sontblanchiesà la chaux.

On y remarque un fort armé de quelques canons, une caserne, des maisons pour le moudir et les divers fonctionnaires, et de grands magasins. Pendant longtemps les Chiilouks ont résisté les armes à la main aux

tentatives deoonquÂte des Égyptiens.

Leur soumission est aujouid'hui un fait accompli.

Tous les bateaux qui arrivent à Fachoda sont obligés d'y passer plusieurs jours, soit pour compléter leur provision de grain, soit pour soumettre aux agents du fisc les papiers du bord, nécessaires à la perception des droits.

Le territoire qui s'étend sur la rive g. du Nil, de Fachoda à l'embouchure de la rivière des Gazelles, sur an espace d'environ 860 kil. de longoeor sur 18 klL de large, eit occupé par la tribu des ChiU louk9. Cette tribu, dont la soumission 4 l'Egypte a été obtenue en 1871, compte environ trois cents villages, babités par plus d'un million d'individus. Elle s'adonne presque exclusivement à l'agri- ' culture, à l'élève du bétail, à la chasse et à la pèche. Le sol y est d'une grande fertilité. Les herbages commencent à la lisière des champs. Le nombre des troupeaux est prodigieux.

Les bourgades, très-rapprochées les unes des autres, n'ont pas cte clôture extérieure. Elles sont divisées par des clol* sons faites en paille, qui courent parmi les huttes et renferment le bétail de chaque propriétaire.

Au milieu de chaque village est un espace circulaire où,tous les soirs, les habitants se réunissent. LA, couchés sur des peaux de bœuf ou accroupis sur des nattes d*ambatch, ils fUment le tabac du pays dans d'énormes pipes a fourneau d'argile et respirent les exhalaisons des tas de bouse auxquels on met le feu pour éloigner les moustiques.

Ces Nègres, dit M. Chaillé Long-Bey (V. Bulletin d€ la Sociélé de géogra- }jAi>, Ck>mmunication adressée par le colonel a la Société, dans sa séaace du 21 juillet 187&), vivent ainsi dans l'oisiveté. Barbouillés de fumier et de cendres, ils apparaissent encore plus laids avec leur face saillante, leurs incisives inférieures arrachées et leurs dents qui sortent de la mâchoire supérieure semblables aux défenses du sanglier. >

Les bois d'acacias se montrent sur la rive dr., oii ils arrivent jusqu'au bord de l'eau. De toutes les variétés qu'ils présentent, l'une des plus remarquables est celle que M . Schweir» -

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