‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 285 sur 408 · SOUDAN ÉGYPTIEN. — CATARACTES DE KÉRAMÉ · texte numérisé non relu

SOUDAN ÉGYPTIEN. — CATARACTES DE KÉRAMÉ

Se dirigeant au N., en longeant le pied d'une chaîne de collines, le fleuve passe à Katembou, puis à FaonAr par 2* 12' lat. N., le dernier poste militaire égyptien. Au-dessous de Faouër,il mesure l&Omèt. seulement de largeur. Le courant est presque nul, la rive méridionale est marécageuse. Bientôt se montrent les

Cataractes de Kdramé ou KarOQina, découvertes et décrites par Samuel Baker. Elles ne dépassent pas 1 met. 50 de hauteur; mais elles sont d'une régularité remarquable, étant formées par un banc de rocher qui s'étend comme un mur à travers la rivière. La cataracte correspond à un coude du fleuve qui, arrivé là, se détourne brusquement vers l'O.

Au-dessous des cataractes, le fleuve, loin d'être encaissé dans de hautes berges, coule au niveau du sol, dans un pays rempli de bois de bananiers, parsemé de villages.

A partir des chutes de Kérouma, le Nil est navigable jusqu'à la

Cataracte Murcluson (84 kil. des chutes de Kérouma). Du milieu de rochers à pic dont les blocs énormes obstruent son lit, la rivière se précipite d'un seul jet do 30 à 35 met.

de hauteur perpendiculaire. D'une blancheur éblouissante, la nappe d'eau forme un magnifique contraste avec les noirs rochers qui encaissent le fleuve, tandis que des bananiers sauvages et de gracieux palmiers ajoutent de nouveaux charmes au paysage. Cette cataracte, la plus grande du Nil Blanc, la seule peutêtre qui mérite bien le nom de cataracte, a été nommée par sir Samuel Baker Cataracte Murehison, du nom du président de la Société royale de géographie de Londres.

Le Nil décrit ensuite un coude et coule entre de hautes falaises. Le lit, qui s'était rétréci jusqu'à près de 180 met., s'élargit peu à peu.

Le courant, très- fort après la chute, diminue bientôt de vitesse et de- ' vient insensible à 30 kil. de Ma-

goungo. L'eau dormante du fleuve, claire et profonde, s'étend entre des collines couveries de forêts et s'élevant à une soixantaine de mètres.

Bientôt se présentent d'immenses bancs de roseaux de plus en plus nombreux et qui finissent par obstruer te lit, large d'environ 500 met. Un pea au N. de la petite ville de Magoungo, le fleuve, à travers un dédale inextricable de bancs de roseaux, taèlt ses eaux à celles du

Lac Albert-Nyania ou H woutan.

Ce lac, découvert et reconnu en partie par sir Samuel Baker, le 14 mars 18S4, a été pour la première fois exploré par M. Romolo Gessi, en avril 1876.

Situation et Umitei. Selon M. Gessi, le lac comprend environ un degré et demi en latitude. Sa iK>inte septentrionale est vers le milieu du 3* degré latitude N. et son extrémité méridionale s*étend un peu au-dessous du 1*' degré latitude N. Il est beaucoup moins long que ne le supposait Baker, qui plaçait l'extréoiité méridionale au-dessous du l*'defr« latitude S. Il présente une forme allongée du S. 0. au N. E. Large de plus de 90 kil. à sa partie niéridit>nale, il se rétrécit graduellement da S. au N. de manière à n'avoir plus que de 24 à 32 kil. de largeur es face de Magoungo, et il se termine en une pointe d'où sort le Nil. Sa plus petite longueur (rive E.) est de 225 à 240 kil. Son périmètre est de 600 kil. au moins. Il est donc envî* ron 3 fois plus petit que le Victorii- Nyanza; ce qui confirme .le témoignage des indigènes qui avaient affirmé à Speke que le Louta-Ndgbé (Albef t-Nyanza) pouvait être traversé en une semaine, tandis qu'il fiillait un mois pour francbir en canot toute la longueur du Yictoria-Nyansa {l\ Speke, les Sources du NU^ journal de voyage, Paris, Hachette, 1864).

Le lac est encaissé de toutes parts, sauf la pointe ouverte au N., entrn des montagnes plus ou moins élevées. Au N. E. et à l'E. c'est une

LAC ÂLBERT-NYANZA.

bordure de bbaux rochers de grani^i et de gneis» mêlés en plusieurs endroits de porphyre rouge. Dans leurs interstices croissent des arbustes magnifiques, en particulier des euphorbes gigantesques. Ces rochers tantôt se rapprochant, tantôt s'éloignant du lac , circonscrivent de grandes baies dont le sol, saturé de sel, est formé d'une vase noire et sar blonneuse. Au S. E., cette chaîne se relève et forme le mont Dianva (1200 met.) et le montii0t^(4ô7 met.).

Sur la rive 0., on remarque un mont de 1067 met., et la hauteur de la chaîne occidentale varie entre ôOO et 600 met. Enfin, dans la partie N., au N. de Magoungo, par 2* 16' lat. N., d'énormes bancs de roseaux croissant sur une masse de végétation flottante, empêchent les canots d'avancer. L'espèce de tourbe dont ces bancs sont formés n'a pas moins de 1 met. d'épaisseur. Cette masse végétale, qui s'étend jusqu'à 800 mèk du rivage, recouvre une eau profonde.

En se dirigeant de Magoungo, au S. Ë., le long de la rive £., on rencontre plusieurs îles situées non loin de la ôâte, sur lesquelles les indigènes ont élevé quelques huttes. Le troisième jour de navigation, on arrive à la hauteur des chutes Huimay Wakamba et Nanza, formées par une grande rivière nommée Tùa et qui doit être le Kaligiri de sir Samuel Baker, Cette rivière est décrite par les indigènes comme venant de l'Ouganda. La source en est inconnue, et l'on peut supposer qu'elle se trouve au mont MfoumbirOf énorme pic de 3600 met. de hauteur situé entre le lac Victoria*Nyanza, à TE., et rAlbert Nyanza, à l'O., et qui forme la ligne de partage des eaux entre les deox lacs. Le cinquième jour, on arrive à Vacovia, par \»\b' lat. N., village où sir Samuel Baker a pris pour la première fois connaissance du lac et où se trouve une baie que M. Gessi a appelée port Ch^mbrah*

En continuant à longer la rive orientale. Ton rencontre

Le Jfifmt, rivière qui n'a pas moins de 1500 met à son embouchure, avec un courant de 2 à 3 kil.

à l'heure. Elle se rétrécit jusqu'à n'avoir bientôt que 180 met. de largeur, et à une distance de 11 kil.

elle forme la belle cataracte de momba, qui a de 150 à 180 met. de largeur. Dans la saison sèche, cette rivière tarit.

La partie méridionale du lac est formée par une vasie plaine que limitent des montagnes élevées. L'eau ne s*y élève pas à plus de deux pieds à deux pieds et demi. Elle a une couleur noirâtre et n'est pas potable.

Elle est recouverte d'une couche d'ambatch si épaisse que même les canots les plus petits des indigènes ne peuvent y pénétrer. On longe ce banc de végétation sur une longueur de 60 kil. environ. Les indigènes interrogés par M. Gessi se sont accordés à dire qu'aucune rivière ne se jette dans cette partie du lac et le manque absolu de courant semble confirmer leur témoignage. Sur la rive 0., on observe quelques chutes d'eau considérables aperçues de Vacovia par sir Samuel Baker. Elles se forment pendant le temps du harif (saison des pluies). Le lac s'infléchit alors à l'O., formant une courbe dont la plus grande distance au bord oriental n'est pas de moins de 90 à 96 kil. La montagne descend à pic sur le lac, jusqu'au mont MtKcarly , à partir duquel elle s'éloigne un peu à l'O., vers le point ou le fleuve sort du lac.

La circumnavigation du lac peut prendre de 18 à 20 jours, selon le vent. Elle demande de grandes précautions. Des vents de direction très-variable s'élèvent soudainement sur le lac et y déterminent de violents orages; aussi les naturels, auxquels l'usage de la voile est inconnu, ne s'éloignent-ils jamais des côtes.

La saison des pluies dans la région

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du lac comprend de huit à dix mois, de mars à novembre (F. p* 670).

Les riverains vivent surtout du produit de leur pèche. Leurs engins de pêche consistent en harpons et en excellentes lignes en fibres de bananier, aussi épaisses que le doigt, armées d'hameçons de fer, garnis de crochets et variant en grosseur de 5 à 15 c.

Le lac nourrit d'énormes poissons.

Les hippopotames et les crocodiles y abondent. Les naturels harponnent le premier de ces animaux avec un harpon formé d'une étroite lame de 2 c. de largeur, munie d'un crochet.

Les crocodiles n*y sont tués que par esprit de vengeance, car les habitants en regardent la chair avec dégoût. Aussi y sont-ils si nombreux et si voraces qu'on recommande de ne pas s'avancer dans Teau, même jusqu'au genou.

Bahr el-Gébe]. C'est entre le 2* et le 3* degré latitude N. que le fleuve, appelé ici Bahr el-Géhei, sort de la pointe N. 0. du lac. C'est, à sa sortie même, un beau fleuve, large et profond. Sa direction générale est au N. £.; mais il décrit de larges circuits à travers un riche et beau pays bien cultivé, et dont les vertes campagnes nourrissent de nombreux troupeaux de bêtes k cornes. Les habitants se couvrent le corps de peaux d'antilope ou de chèvre.

A 175 kil. du lac, vers le 3* degré de latitude N. sur la rive g., un embranchement reconnu par M. Gessi (V. BuUetin de la Société de gioffrorphie, 1876) se dirige au N. 0. Le courant, très-fort, a une largeur de près de 200 met. Cette branche, dit le colonel Gordon, dans ime lettre datée de Kerri (Afrique centrale), le 21 avril 1876, « désignée sous le nom de Jaie et sous celui de Bi^^Djernit, est très-profonde pendant les pluies. Elle va se jeter dans le lac Djack et est navigable jusqu'à Eliab. Elle se confond avec le Nil, précisément à proximité

du point OVL le Bahr Zatraf cm Baks

Giraf s'en détache, et ces deux cour:

d'eau semblent n'en former qu'or seul, qui traverse le Nil pour veni* s'y perdre de nouveau au-dessus d j lac Nô. • Il est bon de remarquer qu:> dès 1868, les frères Amboise et ial^ Poncet, dans une lettre adressée i M. Chasseloup-Laubat, président i.

la Société de géographie de Par.^ avaient annoncé l'existence du Ban:

Jaîe qui, disaient-ils, ■ se dirige ver; le N. pour venir, sous le nom de Bahr Djemit, se jeter incontestabkinent dans le lac Djack, qui s'écoule daQ> le Nil à travers les roseaux et fomit sur la rive dr. le Zaraf qui n'en e-t que la continuation. > La priorité d:

la connaissance du Bohr-Jate, brd> che du Nil, appartient donc aux frères Poncet, et, à ce sujet, il nous s»^ permis de regretter que la Fr&i n'ait accordé qu'une attention ctraite aux travaux de ses expkrr leurs dont quelques-uns comptecu.

nombre des plus remarquables et :p^ plus glorieux. Les découvertes d^-^ Anglais excitaient au contraire dii^ leur pays le plus grand enthousiasr.' et y rencontraient partout, auprf^ du gouvernement comme chez de généreux particuliers , encouragement et appui. C'est ainsi que l*-^ explorations de Cailliaud, sur le M moyen et sur le Nil Bleu, celles de^ d'Abbadie, des Théodore Lefèvre, <ie> Petit, des Dillon, des Lejean, ti Abyssinie, demeurent infructueuses pour nous, malgré des prodiges d ac tivité, de science et de dévouement, tandis que l'Angleterre s'apprête à tirer parti des sacrifices qu'elle a su inspirer et encourager et auxquels elle a donné le plus grand j^tentissement.

Le Nil, se dirigeant toujours au X E., reçoit sur la rive dr. le Oûn-é- Emiy rivière reconnue par Baker, qui prend sa source dans les oontagnes situées plus au S.^ entre le Choua et le Gnoro. Sur le bord septentrional de cette rivière, à 4 ou

CATARACTE DE MAKËDO.

5 kil. de son embouehure, on montre le tamarin, nommé arbre de Jftam, qui marque la limite de voyage de l'italien Hiani, depuis Gondokoro, et que toutes les caravanes connaissent sous le nom d^wrbre du voyageur. C'est sur TOûn-è-Émi que se trouve Fatiko S^TWlat. N. et 32«27'47" long. E., un des meilleurs postes égyptiens, dans l'Afrique centrale, au sein d'une contrée fertile et d'un climat salubre.

Immédiatement au - dessous de i*embouchure de TOûn-^Émi, est

Du/It, rive g. par 3* 3V latitude N.

environ, à 262 kil. de la sortie du lac. C'est une des meilleures stations militaires égyptiennes et un Chan> tier de construction de bateaux à vapeur et de canots.

Au-dessous de Dufli, le Nil reçoit, rive dr. (3*42'), VÀchoua grossie de VÂtahi, torrent formidable pendant la saison pluvieuse et tout à fait à ces pendant la saison sèche. L'Achoua forme la limite S. du territoire des Baris. Immédiatement au-dessous de Dufli, commencent les

Cataractes de Makédoou Fola. Le Nil, tourne brusquement à l'E., contourne le Gébel Koukou, montagne abrupte qui s'élève sur la rive 0., à ^ une hauteur de 760 met. Elle forme I le point saillant d'une chaîne qui ' borde la rive gauche, avec quelques * interruptions vers le N., jusqu'à [ 30 milles de Gondokoro. Le fleuve ; serpente à travers une vallée assez '. étroite formée par le mont Koukou à ' g. et, à dr. , par une longue chaîne de ; sy énite aux roches abruptes, aux gorges escarpées, d'un grand caractère.

' De nombreuses Iles rocheuses ob- "[ struent le lit du fleuve et forment des ' rapides considérables sur une étendue de plusieurs kil. « Le fleuve, dit sir ^ Samuel Baker, gronde à travers le défilé comme un lion dans sa tanière. • Les rapides de Hakédo ne sont franchissables que pendant la { saison des hautes eaux et avec des steamers d'une construction spéciale.

A partir des chutes de Hakédô, le Nil «'incline un peu à l'O. Le paysage est splendide. A l'O., se dresse le Gébel Koukou. Sur la rive Ë., s'étend une suite de hautes collines rocheuses, longue falaise coupée çà et là de larges vallées par ou descendent de nombreux affluents, alimentés par les pluies.

Au-dessous de Lodortf; rive dr., par 4* latitude N., poste militaire égyptien, le Nil traverse un autre rapide, pour entrer dans la large plaine de Ifotr. Deux autres cataractes se montrent dans cette partie de son cours.

Le pays est ouvert, cultivé et bien peuplé ; les arbres deviennent moins rares. Au-dessous de JTerrt, on dé-* passe le torrent Kya et la rivière Lima,

Cataracte de Régal. Elle forme la limite septentrionale de cette série de rapides qui s'étendent entre Dufli et Gondokoro, sur une étendue de 160 kil. environ. De toutes ces cataractes, celles de Makédo et de Regaf sont les seules qui soient infranchissables, de sorte que, sur ces 160 kil.

de parcours, 140 kil. sont navigables.

Un peu au-dessous de la cataracte se dresse, sur la nve g. du fleuve et à une petite distance, la montagne de Gébel-Regaf (montagne det tremblemenu de terre), amsi appelée par les Arabes des zéribabn, à cause des tremblements de terre qui, selon eux, se font sentir plusieurs fois par an dans le voisinage. Les indigènes Baris l'appellent Logouek,

Cette montagne, de 360 met. environ de hauteur, s'élève des massifs de rochers épars qui l'entourent dans la plaine et qui font avec elle un angle de 46*. Elle est formée de gneiss grenu, traversé par do nombreuses veines de quartz. Quelques voyageurs l'avaient regardée oomme un volcan éteint ; mais nulle part on ne rencontre des traces d'action volcanique. Tous les alentours montrent cette coloration roilgeâtre qui distingue les terrains fer-

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