ANTHROPOLOGIE. — LITTÉRATURE
sentent une excessive variété. On y distingue cinq ou six races bien tranchées : ce sont celles des Gallat, des Falachas^ des VavkaUs, des Chan^ gaîUu et dos Adalt, peuples qui ont envahi successivement plusieurs parties de TAbyssinie, soit par voie de conquête comme les Gai las, soit par immigration comme les Falachas, qui sont juifs de religion, et les Changallas qui paraissent être de vrais Nègres du Soudan. Du mélange de ces divers peuples est résultée une prodigieuse variété de couleur, de che veux et de proportions. Cependant on reconnaît Texistence d*un type abyssin distinct de Tarabe, de l'égyptien et peut-être du berber. Ses caractères distinctifs sont : Tangle facial très-ouvert, la face régulière, les lèvres un peu épaisses, le nez généralement droit, souvent un peu relevé, les cheveux lisses, et la peau d'un brun spécial, où les proportions du rouge et du noir sont très- variables.
L'Abyssin proprement dit nous offre sans doute, plus ou moins altérés, les traits principaux de l'ancien type couschite, sur lequel s'est superposé d'abord le type sémitique, venu de l'Arabie méridionale.
S 6. — Langue, Littérature. — On distingue la langue sacrée et littéraire et la langue vulgaire. La première est le gheex, qui appartient aux langues sémitiques. On peut, du moins, le considérer comme un dialecte apparenté à l'ancienne langue himyarite (langue du Témen), qui a été retrouvée en 1838 par M. Fulgence Fresnel, dans les idiomes parlés encore de nos jours dans le pays de Mahrah, à Mirbat et à Zhéfar.
Les travaux de M. Fresnel et ceux de M. Krapf ont mis hors de doute le caractère sémitique de ces idiomes, encore reconnaissables malgré de profondes altérations. L'alphabet himyarite (F. Renan, Histoire des langues sémitiques j p. 19 et 285) est le prototype de l'alphabet gheez. Celui-ci offre cette particularité que chaque consonne renferme virtuellement un a bref, comme en sanscrit. Les autres voyelles ne s'expriment ni par des quiescentes, ni par des points, mais par des appendices qui s'attachent à chaque consonne et en modifient quelquefois la forme, d'où 11 résulte que c'est moins un alphabet qu'un syllabaire de deux cent deux signes, représentant chacun une syllabe ouverte, comme ba, 6o, etc.
A partir du xiv« siècle, le gheez cesse entièrement d'être parlé. En 1300, la dynastie azoumite fut remplacée par une autre qui résidait à Séwa, où Ton parlait l'amharique. Dès lors, cette dernière langue devint celle de la cour et étouffa l'ancien idiome. Le gheez resta la langue savante et sacrée; les actes officiels de la cour sont rédigés en gheez avec un grand mélange de mots amhariques.
Vamharique est une langue indigène, qui ne se rapporte, paraît- il, dans i»es racines ou dans sa structure qu'aux autres dialectes de souche africaine de la contrée.
L'arabe est devenu dans ces dernières années la langue du commerce, et * quand une pièce officielle est écrite en gheez, on en donne généralement la traduction en arabe.
Bien que l'écriture fût connue en Abyssinie bien longtemps avant l'introduction du christianisme, cependant la littérature éthiopienne, telle qu'elle est parvenue jusqu'à nous, est tout entière postérieure à l'établissement du christianisme dans l'Abysslnie. Le plus ancien monument de cette littérature est ime version de la Bible, devenue en quelque sorte le dépôt clas-
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sique de la langue. Elle fut faite sur le texte alexandrin, probahlement vers )e temps même de la prédication chrétienne, c*est-à-dire dans le cours du IV* sî^icle. Aux siècles suivants appartient la traduction des nombreux livres apocryphes de l'Ancien et du Nouveau Testament, du livre d*ïîénoch, par exemple. La littérature éthiopienne manque surtout d'originalité. Au XVI» et au xvir siècle, la culture éthiopienne déchoit rapidement, par stiît« des invasions des Gallas et des Mu1sulman5t, et aussi par l'effet de Tinfluence des Jésuites, qui réussirent à cette époque à s'introduire en Àbyssînie. «Attirant à eux, dit M. Renan, p. 314, toute l'instruction et hostile» à renseignement indigène, ils laissèrent le pays, quand ils le quittèrent, dans une profonde barbarie, dont il n'est pas sorti jusqu'à nos jours. »
En dehors des dialectes qui viennent d'être énumérés, il se parle en Àbyisinie un très-grand nombre de langues difficiles à classer. Tels sont les idiomes des nombreuses tribus des Gallas, les langues de la famille hamtônga, celle des Fatâchca ou Juifs d'Abyssinie; etc.
§ 7. — Histoire. — Le véritable nom du pays est Ethiopie. l.*ori^ne du mot Abyssinie est bien plus récente. Les musulmans appellent le pays qui nous occupe El-Habechy dénomination injurieuse, signifiant peuple sans généalogie. Les Portugais ont fait à'Habech, Habechi, puis Abexim, d'où serait venu le mot Abyssinie. Cette dernière dénomination a si bien prévalu que le nom d'Ethiopie, par lequel les^indigcnes désignent encore leur pays, n'est plus guère usité en Europe.
Les Égyptiens et, à leur exemple, les nations sémitiques désignaient sous la dénomination générale de Kouseh les contrées que le Pïîl traverse audessus de l'Egypte. Les Grecs et les Romains donnèrent à ces contrées le nom général et vague d'Ethiopie ou pays des Noir$. L'histoire de cette Ethiopie qui s'étendait le long du cours supérieur du Nil nous est connue par quelques traits généraux fort intéressants (F. p. 609). Mais le nom d'Ethiopie, comme celui de Kousch, doit s'étendre non-seulement au cours moyen du Nil, à partir de la seconde cataracte jusqu'au-dessus des grands coudes du Nil et à la presqu'île de Méroé, (V. p. ôl5), mais il s'applique aii massif de montagnes connu aujourd'hui sous le nom d'Abyssinie. Le pylône VI du temple de Kamak découvert par M. Mariette nous a donné 47 noms appai^ tenant au pays de Kousch, et dont plusieurs ont été identifiés. Nous citerons ceux de Berberat (Berbers), Tekarou Tcfer au (Tigré), touaa (Aouaoua). Ces noms nous reportent au pavs compris entre la mer Rouge à TE., le Nil Bleu au Sud, le Nil à l'O., et l'Egypte au N.
^ Nous ne savons pas exactement quels furent les rapports entre la haute Ethiopie et le royaume éthiopien devenu indépendant et même un instant maître de l'Egypte sous Sabacon, Sabataca et Tahraka, et dont la capitale fut Napata et, plus tard, Méroé (F. p. 615). Il est probable que les plateaux d'Abyssinie étaient occupés par des tribus remuantes, contre lesquelles les rois de Méroé dirigeaient des expéditions analogues à celles des anciens Pharaons et à celles que les Égyptiens d'aujourd'hui ont reprises depuis le règne de Mohammed>Ali.
Ver» le milieu du vni» siècle avant notre ère, il semble que les Rimyarités établis dans l'Arabie méridionale aient commencé d'envoyer des émigrants sur les côtes africaines de la mer Rouge. D'abord peu nombreux, les colons se multiplièrent, s'étendirent et finirent par former un véritable
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peuple. Les traditions indigènes ont conservé le souvenir d'une domination éthiopienne sûr le^ bords de la mer Houge; taiai^, éA^tts l'influence de l'histoire juive, elles les font remonter seulement à Té^itode bibliqaè de la visite de lareme de Saba (Makéda). Celle-ci serait allée à Jérusalem, attirée par la renommée de Salomon, apportant au prince juif « î"or et l'encens » de l'Arabie. Hais ces traditions ce sont, à vrai dire, qUB des réjgfetides ecclésiastiques, d'une origine relativement récente, puisque la r'édactioïi actueDtt des chroniques né date au plus tôt que du milieu du xtti* siècle.
Les premiers documents im peu certains qfùe nous ayons sur ITilstoiré de l'AbysSîAib rtriïôritent aut premières années dû !!• siècle. Artémidoré et Agatharchide ne citent çk et là dans llntérieUr, entte la côte et le Wil, '(i[ué des tribus errantes et barbares, sans qu'on voie nulle partie moindre indice d'un Ëtat régulier tel que celui que Von trouve un peu plus tard àous lé nom de royaume d*Axoum. La première mention de cet État se trouve dans Pline (an 75 de notre ère), et, quelques années plus tard (vers 80), dans le Périple de là mer Erythrée. Cet État paraît avoir eu déjà une extension considérable, car l'autorité du roi Zoscalès cité par le Périple s'étendait depuis le pays des Barbari Moschophagij au-dessus de Ptoleihaîs Théréh (à 3000 stades au N. d'AduIis, conséquemment non loin dû port actuel de Souàkin], jusqu'à l'autre Barbarie, vers le golfe d'Avaris, au delà du détroit. A partir de cette époque, ce royaume grandit rapidement eh force et en importance et ce développement fut, au moins pour une part considérable, le résultat des rapports qui s'établirent ehtre les stations grecques de la côte et les chefs de Tîntérieur.
Ptolémée Évergète et plusieurs de ses successeurs envoyèrent dans la mer Kouge et dans les contréeà du midi dès ex))éditions qui avalent pour objet la reconnaissance des côtes de l'Afrique et de l'Arabie et l'établissement de stations destinées à faciliter le commerce avec leS contrées orientales. Ces stations sont : celle d*Adùutis, mentionnée pout* la première fois par Pline et citée par le Périple ('AêouXi;), avec des détails particuliers. Le portd'Adoulis était formé par un golfe dont l'entrée était en partie couverte par une ile appelée Ortfie('OpetvTi, l'Ile montue use). Celle de Saba, mentionnée par Artémidoré, était située sur la baie de Maiisàouah, un peu au N. du golfe d'Adoulis. Venaient plus loin celles de AmphUah, BirHiicB HT, p. 522).
Cette période a été la plus brillante de tdUte l'histoire d'Ethiopie. L'inscription grecque d'Adulis, reproduite par un marchand grec d*Egypte, Cosmas, qui voyageait vers Tan 520 de notre ère, noUs montré un Etat prospère, étendant au loin ses cotiquêtes. A IMihitation des anciens Pharaons d'Egypte et d'Ethiopie, le roi axoumite, qui vivait très-probablement au II* siècle de nôtre ère, porte ses aTTnes:àl*'0., eritre le Ta'cazzé supérieur et le lac Tzana; au N., dans les plaines basses qu'arrosent léTacazzé et le Mareb, après leur sortie du plateau abyssin, et de là, plus loin encore, dans les déserts de la Nubie ; au S. et au S. È., dans lés cantons montagneux qu'on nomme aujourd'hui le Choa, puis, au-dessous de ces montagnes, dans les plaines de l'Aouasch, dans la contrée d'Harrar et des Somàl, qui produit les aromates, et jiisqu'à la région littorale du golfe d'Aden, entre rentrée de la mer Rouge et le cap Guardafui. Enfin, franchissant le golfe atabique, le conquérant axoumite éîivoie une expédition sur la côte opposée, et fait reconnaître ses lois sur une grande partie de la côte du rïedjaz.