ABYSSINIE. — GÉNÉRALITÉS
(V. sur cette inscription, Vivien de Saint-Martin, le Nord de VÂfriq^Êe dam VarUiquité,.,, p. 227.)
Une autre inscription grecque, celle d'Axoum, gravée au nr* siècle de notre ère, donne à l'empereur Àixanag le titre de roi ,des Axoanûtes, des Raeîdan (habitants du canton de Réda, près de Sana, d'après M. Arnaud), dés Éthiopiens, des Sabéites et de Zeyla, etc., (F. p. 707).
Outre l'influence heureuse des Grecs d'Egypte, la prospérité dont jouit l'Ethiopie pendant cette période est peut-être due en partie à la. sagesse d'une constitution politique dont M. Arnaud d'Abbadie (DouMe ans dantk haute Ethiopie, tome I***, p. 119 et sq.) trace un portrait trop conrect pour ne pas être un peu flatté. D'après cet auteur, l'empereur {atsé) partageait en réalité le pouvoir avec les Dedjaxvnatcht (grands officiers) , les Ztkaontes (mesureurs) et les Azxages (ordonnateurs), dignitaires de Tûrdre judiciaire. Ces magistrats formaient le grand conseil de l'Empire auquel oo adjoignait quelques grands officiers de la maison de TAtsé, quelques grands feudataires et quelques hauts dignitaires ecclésiastiques, hss Likaontes faisaient la répartition des impôts et redevances dus à l'empereur par les grands vassaux. Les Azzages veillaient à leur perception et à la gestion du domaine impérial.
CAïaque individu était justiciable, en première instance au moins, de sa famille, qui relevait à son tour de la commune. Il pouvait passer en appei au tribunal supérieur de la province ou du district et arriver en dernier ressort au tribimal de l'Atsé et de ses Likaontes. De^plus, l'accusé ou le défendeur avait le droit de choisir son juge, tout Éthiopien étant considéré comme apte à juger en première instance une cause civile, quelquefois même criminelle, à condition toutefois qu'il trouvât des assesseurs pour former son tribunal, et nul ne pouvait se soustraire à l'obligation qu'imposait une désignation pareille. Aujourd'hui eacore, cette aptitude et cette responsabilité judiciaires s'exercent tous les jours en Abyssinie.
Si cet exposé est fidèle, les Éthiopiens auraient su, par une rare sagesse, établir un pouvoir public bien équilibré. L'autorité suprême, reconnue en principe comme une et inviolable, était, dans l'application , limitée par Tiotervention nécessaire de grands dignitaires dont quelques-uns étaient désignés par le peuple. L'impôt était consenti, distribué et levé par des personnages inamovibles qui faisaient partie du Grand-Conseil. Cette aristocratie, placée comme un frein devant l'autorité royale, pouvait peu de chose contre un peuple exerçant lui-même la justice dans le plus grand nombre des cas.
L'introduction du christianisme, apporté au iv* siècle par Frumentius, ne paraît pas avoir tout d'abord altéré cette antique constitution. S'il faut en croire la tradition, c'est le Bas-Empire qui aurait inoculé à l'Ethiopie le principe de la décadence. Les Atsés voulurent devenir tout puissants comme les empereurs de Byzance, et s'entourer du même luxe fastueux. Ils séduisirent les Likaontes, les Azzages, se concilièrent le clergé, gagnèrent les Dedjazmatchs et se firent ainsi des alliés contre le peuple dans toute rétendue de l'empire. Mais leurs principaux auxiliaires furent les nouveaux docteurs de la loi, pris surtout parmi le clergé, qui interprétaient les Pandeetesj les Institutes de Justinien, et la Pragmatique Sanction. Grâce à tous ces efforts réunis, le droit de justice fut restreint, les privi-
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léges du peuple furent méconnus et des révoltes éclatèrent, dont le résultat fut, comme à rordinaire» la perte absolue des anciennes libertés. La famille, cette base antique de la constitution éthiopieniie, fut atteinte dans sa moralité. La division se mit dans les esprits, les délateurs parurent de tous côtés^ les communes se désagrégèrent, les soldats de profession désolèrent le pays. La nation éthiopienne avait perdu sa puissante vitalité et le pouvoir de l'empereur, devenu absolu, s'éiait élevé sur un édifice sans bases et sans force. Déjà, au vi* siècle, un empereur éthiopien, Atié Kaleb, avait dû entreprendre, avec le secours des Grecs, une guerre nommée la Guerre de VÉUpharU, pour rétablir en Arabie son pouvoir chancelant et y ]>rotéger les chrétiens. Il fut vainqueur et, pendant cinquante ans, les Éthiopiens essayèrent vainement dUntroduire le christianisme dans ITémen. Un siècle plus tard, les Arabes devenus musulmans s'emparent de l'Egypte, s'établissent sur les côtes de la mer Rouge et fondent sur la côte africaine de l'Abyssinie le royaume musulman de Zeîla.
L*Abyssinie, protégée par ses montagnes, ne fut, il est vrai, que partiellement atteinte par l'islamisme. Le Tigré opposa à toutes les invasions une résistance invincible; mais la désorganisation qui minait déjà l'empire prit une marche accélérée. Aux discordes politiques se joignirent les discordes religieuses. Les chrétiens d'Abyssinie, retranchés dans leurs montagnes, avaient conservé leur foi chrétienne, mais non romaine. Relevant au point de vue religieux du patriarche d'Alexandrie, ils avaient suivi le schisme d'Eutychès. Plus tard, au xv* siècle, les Portugais conduits par Christophe de Gama, frère de l'illustre Vasco, étant venus à leur secours contre les bandes victorieuses du musulman Ahmed, surnommé Gagne (gaucher), laissèrent après eux des missionnaires catholiques qui essayèrent de ramener l'Église éthiopienne à la foi romaine. Cette tentative eut pour résultat de créer en Abyssinie deux partis. Les souverains adoptèrent tantôt les doctrines de Rome, tantôt celles d'Eutychès. Dès lors, les discussions théologiques achevèrent de souffler, d'un bout du territoire à l'autre, la fureur des guerres intestines. Les répressions, envenimées par l'esprit de secte, atteignirent tous les excès de la barbarie. Le Bas-Empire était égalé et dépassé.
Pendant toutes ces discordes, plusieurs vastes provinces de l'Empire, telles que l'Innarya et le KÂfa, le pays des Djindjerous, le Sepnàar, une partie du grand Damot, le pays des Gallas Azabo, se constituèrent en États indépendants. Les attaques continuelles des invasions païennes uu musulmanes n'arrêtèrent pas l'ardeur des guerres civiles. Les Atsés devinrent le jouet des grands seigneurs et n'eurent plus qu'une ombre de puissance. Une période s'ouvrit qui rappelle celle de nos rois fainéants. Les raz, Dedjazmatchs de tous grades, s'entre-heurtèrent autour du palais impérial, in- ironisant et détrônant leurs créatures (Antoine d'Abbadie, Douxe ans en Ethiopie).
A côté du négouss qui résidait à Gondar dans l'Amhara, il se forma deux royaumes indépendants, celui du Tigré et celui du Choa. Dans l'Amhara même, le lieutenant de l'empereur, d'origine galla, usurpa graduellement tout le pouvoir effectif, et ne laissa au négouss qu'un vain titre. Cet état de choses a duré un demi-siècle. En 1855, un chef indigène, actif et habile et ne reculant pas devant le crime, profita de ces divisions pour se mettre
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à son tour en révolte et réussit à se faire proclamer roi des rois et empereur d^Éthiopié, sous \t h'otû dé Hiêôdorbs.
Oh sait jusqu'à qiiels éxc^s diaudàfte "âé J^tta cet ^âinbitlettx plûrvètitt. n osa attaquer l'Europe, dans la persoiihe des consuls 'et dès missionnaires. L'Angleterre répondit en envoyant en AbySsinie une 'armée s'ùiVie d'un appareil de guerre iformidablé. ÎTiéodoroà, serré de près, chercha un refuge dans la citadelle naturelle de Magdala et se donna Volontairement la mon quand il se vit sûr le point de tomber entre les maihs des vaîÀquéurs.
Après la mort de théodoroà, le pays retomba dans l'anah;bié. Le raz d*Amarah, Gobasier, et le raz du Ti^ré, Kleissa, ise disputèrent le trône ; Gobasier, vaincu dans lé Tigré, près d'Axoum, eut les yeûx tï-evès, et Kassa se &t sacrer empereur à Alcoum, sous le nom de Jbhànnès.
§ 8. — Ëtat dociftL Garàbtëre de la civilisatiôii abyssine*— Onoique bien supérieure aîi de]^ de culture des nations environnantes, TAbyssinie est encore bien éloignée des hautes iâivilisations de l'Europe, et même do développement auquel ont atteint l\$s Arabes. * Par plusieurs câtés, dit M. Vivien de Saint-Martin, la société abyssine est entrée dans les habitudes et dans la vie moderne des nations policées; par beaucoup d'autres, elle touche encobe à la barbarie des peupladies africaines. »
Ueligion. — L'SgUàe abyssine ap^artieiit à la t^eligion copte. Les Abyssins sont nionophysites, c'est-à-dire qu'ils ne k'eôonnaissent eh J. G. qii*une seule nâtui^e. Ils ont pour la Vierge une vénération particulière. Dans les classes inférieures de la population, le christianisme est mél'é d'un grand nombre de doctrines païennes. Le clergé est hombréut et in/luent. Les prêtres péuvetit se marier, mais seulement ufae fols. Le chef de l'Église, àbouna, est hOmmé et consaci*é par le patriarche d'Alexandrie. Les Abyssins ont adopté l'ère d'Antioche, qui compte depuis la création 5493 ans ar. J. C. -- Depuis le xvi* siècle, de nombreux musulmans se sont établis dans le pays.
tnstnlctîon. Littéràtûte. — Les écoles, dit M. Galinier, sont assez nombreuses, îl y en a dans toutes les villes ; mais l'instruction se borne à peu près à la lecture, aux éléments de la grammaire, et à quelques principes de morale et de piété.
Classes sociales. Mœurs, — On peut distinguer cinq classes dans la société abyssine : les nobles, le clergé, les marchands, les gens de la campagne, les esclaves. Ceut-cl appartiennent principalement à la race nègre; leur condition est assez doUce.
Quoique chrétiens, les Abyssins sont polygameis; utl faobime peut avoir Autant de femmes que sa fortune le lui perthet; Les mœurs sont loin d'être austères.
Industrît. Cômmense. Iftmnaieti » Les industries sont très-bornées; elles sont principalement concentrées à Gondar. 'Chacun est son propre artisan, pour les besoins peu compliqués de la vie; La fabrication des toiles de coton est la principale industrie du pays. Après le tissage des étoffes, c'est au travail des métaux que les Abyssins s'appliquent le plus volontiers.
La configuration du pays et le manque de cours d'eau navigables rendent les communieattons difficiles dans Pintérieur du pays. H n'y a pas sur tout le plateau un seul chemin qui mérité le nom de route. Aussi le oom* merce se réduit-il à quelques échangea obtenus par voie de caravane. Celles-