‹ Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'OrientChapitre 294 sur 408 · I. 9a Oalr* à Sims · texte numérisé non relu

I. 9a Oalr* à Sims

n. De Bom à ■■■■■JQnah

Par la mer Rooge*.

La côte occideDtaie de la mer Rouge appartient à l'Egypte, depuis Suez jusqu'à Maasftouah. La grande ligne de na- ▼igation de Tlnde et de l'extrême Orient n'y toucbe pas : elle va directement de Suez à Aden. Toutefois un certain nombre de points de cette côte égyptienne ont une réelle importance, notamment, deux d'entre eux, Souakin et Masaàonah.

Massâouah est la véritable ou plutôt l'uniqae entrée d'Abyssinie, car pénétrer en Abyssinie par Khartoum et le Nil Bleu est une entreprise difficile, longue, périlleuse, et surtout coûteuse. Souakin est la meilleure voie pour se rendre à Khartoum et au Soudan, la plus courte et la plus économique.

L'un et Tautre de ces ports sont de»servis par les bateaux & vapeur de la Compagnie Egyptienne « Àzizié : Ces bateaux partent tous les quinze jours de Suez, le t*' et le 15 de chaque mois, et font le service de Djeddah, sur la côte orientale, d'où ils vont A Souakin et à Massàouah. En outre, an moment du pèlerinage de la Mecque, c'est-à-dire pendant les mois arabes de Chawal, Zoul- Kadeh et Zoul-Hidjeh, la Compagnie autrichienne du Lloyd fait un service direct de Suez à Djeddah et retour à l'usage des pèlerins. Enfin, il est facile de se procurer à Suez en toute saison des barques arabes pontées ou non pontées qui entreprennent, en traitant à forfait, le voyage le long de la côte. Ces barques ne vont que de jour, ne perdent jamais la côte de vue, et, au moindre danger s'abritent dans les nombreux ckenm ou criques ouvertes dans les récifs de coraux qui bordent le rivage. Aussi la navigation est«Ue peu périlleuse.

Un voyageur qui désirerait explorer les côtes de la mer Rouge pourrait

1. Nous devons la plus grande partie de la description de cette route à l'obligeance de M. Cahen, qui l'a explorée récemment.

aussi, après avoir fait le voyage do Hil jusqu'aux cataractes, s'arrêter ea redesp eendant à Kénèh, et là, prendre la route de caravanes qui le conduirait en 4 ou s jours à Kocéir (K. R. 23). A Kocéir, û est facile de trouver une barque arabe qui mènera à Souakin en longeant la côte tout à loisir.

La côte est bien plus intéressante entre Kocéir et Souakin cju'entre Suez et Kocéir. Elle offre plus de re^ sources pour la chasse et la pèche.

Les montagnes sont plus élevées et plus pittoresquement découpées. La population primitive des BùhdrU qui rhabite est plus originale que celle des ÂbàbdèhSf qui ne descendent guère au S. de Kocéir. Dans tous les cas^ le voyage sur une barque arabe est bien long» bien pénible, le long d'une côte oûl l'on ne trouve rien, si ce n^est un peu de lait quand par hasard on rencontre un berger Bichàri à proximité de la mer. Il faudrait y consacrer au moins quatre mois, en tenant compte des nombreuses excursions qu'on serait forcé de faire dans des montagnes arides, à près d'une journée de marche de la côte, pour voir des Bichâris.

$ l. — La mer Ronge. — Généralité!. — La mer Rouge, en arabe Bahr el'Âhmar ou Bahr ei-Hidiax, > mer du Hidjaz »» c'est-à-dire du pays du Hadj ou du pèlerinage, le À'inusiirabtcia des anciens, peut aussi être identifiée avec le lomSauph (mer des roseaux) traversé par les Israélites à leur sortie d'Egypte, bien que celte identification soit contestée par quelques savants, et en particulier par M. Brugsch (F. p. 720).

Le nom copte de la mer Rouge est « la mer de Sari », qui correspond au lom Souph des Hébreux et an Bahr-Souf des Arabes. D'après Fres^ nel {Journal atiatique, 1848, mars, p. 274 et tq.)f le mot souf désignerait la touffe cotonneuse d'un roseau, le roseau égyptien. U y aurait encore aujourd'hui dans la mer Rouge une anse nommée Ghoubbet el-fioucb, l'anse du roseau.

M£a ROUGE.

[route 3H

Mais le nom grec de la mer Rouge, ^ ipuOpàttdXaffoa, était origineUement donné à toute la partie de l'océan Indien qui entoure l'Arabie et même au golfe Persique. On peut en conjecturer que l'appellation grecque tpvOpà était la traduction littérale du mot Edom, « rouge », nom des peuplades qui habitaient la péninsule arabique.

La mer Rouge ae présente sous la forme d'un golfe allongé, de 2250 kil.

environ de longueur, étranglé à rentrée, au détroit de Bab el-Mandeb, où il n'a que 30 kil. de largeur, s'éiargissant jusque vers le tiers de sa longueur, près ,du 16' degré lat. N., où il a 360 kil. environ, et se rétrécissant graduellement jusqu'à sa bifurcation en deux golfes qui enserrent la péninsule sinaltique : le golfe de Suez, le Bahr-KolMOum ou Bo/ir- Souiceis des Arabes, le Sinus Heroopo* lites des anciens et le golfe d'Akaba {Sinut AelaniUs).

Le voyageur qui longera la côte égyptienne de la mer Rouge sera frappé de l'aspect désolé que présentent ses arides montagnes, brûlées par un soleil impitoyable. £n revanche, rien de plus féerique que la mer d'un bleu intense, rayée du c6ié de .la terre par une bande verdàlre qui marque la place des récifs.

Au delà de cette barrière de coraux, on aperçoit, s'étendant à perte de vue le long de la côte, de vastes prairies d'algues à demi immergées, et des bouquets d'arbres à feuillage vert sombre. Plus loin encore, c'est la pente des montagnes, dont aucune végétation n'interrompt la monotone aridité. De nombreux Ilots animés par la présence de bandes d'oiseaux de mer sont parsemés le long de cette ceinture de récifs. Aux petites profondeurs, on distingue trèis-bien le fond et ses prairies d'algues, où pâturent de grosses tortues, des dugongs et des lamantins.

Quand la nuit s'est faite, l'évapo-

Rouge remplit l'atmosphère d'un brouillard lumineux. Cette évaporatlon si remarquable est produite par la chaleur qui s'élève jusqu'à 38* et 40* et parle peu de largeur du canal de Bai) el-Mandeb qui retient les eaux chassées dans cette direction sous l'action des vents du nord. Elle explique la différence de 4* ou 5* qui existe entre la température de l'air et celle de l'eau pendant les plus fortes chaleurs.

« L'air et l'eau, dit le docteur G.

Schweinfurth, combinés enune masse infinie de vapeur, ne laissent pénétrer qu'une lueur blafarde et livide.

Une raie brillante fend seule le voile au-dessus des flots. Elle sort d'une déchirure de l'horizon qui semble être la source de toute la clarté répandue. Mais cette apparence est illusoire, car la lune est au-dessus de nos têtes. La barque flotte sur l'eau dormaivte comme ferait l'ombre d'un navire au sein d'un globe vaporeux.

Éclairée par les rayons verticaux de la lune, la mer figure un ciel renversé, où des légions d'êtres mystérieux, de couleurs diverses, de for* mes confuses, s'agitent sans bruit; et le calme de l'air, le silence ininterrompu de cette nature spectrale, augmentent la magie de ces clairs de lune fantastiques. »

$ 2. — Description. — Nous nous contenterons de décrire les points les plus remarquables de la côte, et, en particulier, les ports où les bateaux ont coutume de faire relâche.

En face de l'extrémité de la pénin* suie sinaltique, sur la côte £., est le eap Zéii (Gébel ez-Zeît), « la montagne de l'huile », situép près de la mer. Klle tire son nom du pétrole, qui y est abondant. Un peu au S., sont les soufrières de Ghimsah, qu'une compagnie française exploite depuis 1867 pour le compte du gouvernement khédival. Deux fois par mois, un vapeur français, qui appartient à la Compagnie, part de Suez pour aller

ration intense des eaux de la mer | porter aux travailleurs de l'eau douce

ABYSSINIE. — MER ROUGÊ. (ROUTE 31 j

et dm provisions. Su faoe des son** frières^ 4 l'entrée du goKe de Suez, est skXvab un groupe d*îles. On arrive î. la Solfatare en 20 h. de ^arigi^ Uon. Le GhimMah, élevé d'environ 70^ Ht. au-dessus du niveau de la mer, est uae masse de gypse pur, d'une blanickeur de craie, entièrement dénuée, de végétation. L'établis* sèment iuismôme, situé au fond d'une crique protégée par des banos de eocaux, se compose d'un quai de débarquement, de maisonnettes de pierre pour les agents de la Oofpopag&ie, et de quelques bara- ^Viea en planebes pour les 350 ouvriers. On y voit une grotte qui sert de oiterne pour l'eau apportée de Sue2,^ et des cavernes oreiàsées de tout oété pour l'exploîtatioa du gypse.

On laisse k dr. lee ruines de Myos Borm9$^ par 21* 24' de latit.,.et plus loin, la peUte ville de Eocéir. (F.

Entre Kocéir et JBLoi Benas, habitent Les Âbabdèh. C'est prè&de Ras Benas que se trouvent les ruines de Bérénioe (F. R. 24).;

Bijeddah. Bien que DJ«ddah ne soit pas sur la côte égyptienne, comme les bateaux qui vont à Souakin y passent ordinairement, noue en dirons ici deux mots. Djeddah, tristement cé^bre par les massacres de 1868, oà périrent les consuls d<e France et d'Angleterre, a été cédé par l'Egypte à la Turquie en 1840. La ville, enceinte de murs, est vaste et bien bâtie. Le port est mal entretenu et les grands navires ne peuvent pae s'approcher du rivage : il faut \m transbordement pour débarquer. Néanmoins, Djeddah est trèseiche. Elle sert de port de débarquement pour la Mecque, qui n^en est éloignée que de 18 kil. C'est là que passent la plupart des pèlerins ; un très*peti4 nombre passe par Fonèo •l-Bahfi (¥anbo sur mer), qu'il ne ftuit pas confondre avec Yanb&en" Nakhl (Yanbo les Dattiers). Yanbo

est le port de IMiné comme Djeddah est oehii de la Mecque. Le commerce de Djeddah est cooeidérabto.

Dans ses bazars couverts et dans ses marchés, q[ui peuvent être comptés parmi les plus beaux de l'Orieiit, <m trouve beaucoup plus d'objets vraiment orientaux qu'au Caire, à Gobstantinople ou même à Damas. Djeddah eatporte )^a produits de la me:

Rouge, perles, nacre et coraux noîrs.

ainsi que ceux de KArabie, chevaui du Nedjd, ânes blancs, café, btuioe, séné, etc. En dehors de la znuniUe, OB peut ^çore y visiter le prétenie tombeau d'Eve, en grande vénératioD parmi les musuhnans.

Djeddah fait partie du vilayet oltoman appelé imatet i Èfekka (Prîih cipauté de la Mecque), et est le chef- Heu d'un des trois iifxu ou départements qui composent ce vila jet La France y est représentée par un viceconsul. Cette ville est en outre le siège d'une commission sanitaire chargée de combattre les maladies épidémiqpies apportées ou enge&drées par le pèlerinage, notammeat le choléra. La quarantaine ne se trouve pas à Djeddah même, mais plus au nord, en fiice de Kocéir, à ElnOuedj. La station à la quarantaine dure habituellement cinq jours, et n'est exigée qu'au retour des pèle* rins, pendent une période d'environ deux mois. Néanmoins il arrive fré> querament qu'à une autre époque de l'année on exige une quarantaine pour tous les navires provenant des ports de l'Arabie, aussi bien que pour les caravanes. £l-Ouedj est d'ailleurs une petite ville insignifiante.

Softakin. Celte ville a été cédée à l'Egypte par 1» Turquie en 1865.

Elle compte de 8 à K) 000 hab. et est le siège d'un gouverneur.

La ville proprement dite est bâtie sur un îlot d'un demi-kilomètre en diamètre, situé à l'entrée d'un port profondément creusé, qui communique avec la mer par les deux canaux latéraux. Elle se compose de

IROUTE 31} SOUAKIN, — MASSAOUAH.

maisons à. j^lg^^urs, À^ges» ass^ bien coi^^mtea, et de loagwas en bois. On y teowq^^ le^ rési4ej>ce»

des foQCtioiuiaijres du gouYeraemeot, la ixxaisoD à un éU^ du télégrapJa^ aQ£;lais, U seule qui ait des fenétrea à carreau^ d^ verre au lieu de moucbajabisj le bâ,timeAt àfi. la Douane, deux miQsquéea avec un minaret, deux grands eaXés et \^> bastion ça XD^çonnerie, armé d'un unique canon.

Quelques marchands arabes ont leur maison dans L'île ; Tuna d'elles^ entourée d'aiçcadea at oruée de mouclxarabjs paxiaitement ciselés, est des plus pittoresques. Le bazar se trouve sur U terre ferme, dans la ville indigène des fiicbÂris, car dans TUe ne dem,eurentj(ttèxeque des Turcs et des Arabes. Cette ville indigne se compose de ruelles étroites et tortueu;ies, bordées de b^ies d.*épines qui entourent les buttesdes Bicbàris. Le ma,rcbLé se tient dans la rue u^ème. U est entouré d'appentis où. se fabriquent les ouvrages eu cuir, \es lances, les poignards et lés épées droites ies nomades. Plus loin encoi;e est 1^ viUe des tentes, au-dessus de laquelle s»

dressent le^ hautes murailles d'une ca3eme, qui est, a,veâ un poste d»

police, une prison et trois mosquées, la seule bâtisse en pierre daus la ville de terre ferme. A une demilieue de là, un bouquet de Idéaux sycouiores et quelques jardii^s tçèsmisérablès entourent 1^2^ puits (jui alimentent d'eau l'Ue et la viUé mdigène. Souakin e3t en communicaiions fréquentes avec Djed,dah d'une part, Kbartoum et le Soudan 4^ l'autre ( V. p. 627).

Uê Bichariê. — Les nomadeB BlchAris qui habitent la c6t0 oocideolaie du la mer Houge soat, coimn« iM Aàaàdèh, de race libyenne. Leur coloration yarie du cuivre rguge au I^ru^ fowè. Grands, avec des traits régaliers, une figure longue, de beaux yeux bien ouverts et une épaisse ehevelnre frisée, les Bicbàm MBt une belle race. li» élèvent prineipslemeaft des moalofis. e^ des olMuneaiiz dont le lait forme la base de leur aU-

mentatioD. Komiualei(9ent so^if an gouverne;n^ni égj^tiçA» ils ^ont ej^ réalité indépendants : oe qui les protège le plus, c'est leur pauvreté et la stérilité du sol sur lequel ils mènent la vie nomade. Leur arofieinent se compose d*nnè lance, d'un sabre à lame droite, et d'un couteau en forme de faucille, tranchant par la côncavUé, qu'Uâncanmeat « <%a»»- 6ia/i», mauvaise prononciation de IV rabe c DfanMàk ■ (du hmI D$tmi^ côté, arme qu*on porte au côté). Il est assez rare de trouver en Egypte leurs petites pipes caractéristiques, laites d'un seul morceau de pierre arrondi en cylindre et coudé à angle droit.

Ces pipes sont en talc gris, ou en marbre noir. Les dernières sont les plus estimées. Les personnes qui réussiraient & engager un Btchârl à leur ser» vice comme guide ou comme ohaaseor n'auront <Wk'k s'en lonen Us sont hon^ nètes, harms, très -dévoués, et partlcu- LiÂrement aptes, à^ sjçrvir pour faire des collections d'animaux ou d^ (plantes.

Le plus grand affront qu'on puisse leur faire' est de les inviter ft raser leur épaisse chevelure,'qn'iis soigM^t beau»

ooup et doni ïi» S9nt tressera»

MaBSftouah^ VOs Sebastrieum des anciens, est bâtie sur un petit Ilot ou plutôt sur un récif de corail, qui n'a pas mille mètres dans son plus grand diamètre et trois cents dffAs l'autre. lA yille, qui occupe la moitié de ce rocher, se compose en grande, partie de maisons en pierre.

Au bord de la mer et autour d'une rue. où se tient Iç bazar, se groupent des cabajoes en branchages, situées au milieu d'une cour qu'entourent des palissades de nattes. Pu côté du port, qu'une presquMle du continent abrite contre la mer, on remarque plusieurs constructions plus vastes :

la résidencç du gouverneur égyptien, une caserne et une prison. A l'autre extrémité de l'île est la Mission française. Une digue relie cette lie à une autre plus, petite qui est eUerméme en communication avec le continent par une jetée d'environ UQÛ met.

Les environs de la ville sont d'une aridité, d'une nudité absolues. La

ABYSSINIE

chaleur y est excessive. Le thermomètre monte à l'ombre jusqu'à 54 degrés centigr. Cependant le pays est sain.

DE ■ASSÂOUÂH A 601IDAR.

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