Î17. Cet état de choses dure jusqu'en
époque où le sultan Sélim I" s'empara de l'Egypte par la force des armes.
('267 ans.)
Toute celte période du règne des Mamelouks ne fut qu'une longue suite de Uoub'.ca, de guerres intestines, de crimes, de révolutions de palais. En 267 ans,
Troisième époqae. — L*AnpU provrtnee torque.
(281 ans, jusqu'à l'expédition française.)
Napoléon, dan» ses Mémoires sur la campagne d'É>?ypte, résume ainsi cette poriode de la domination turque :
• Sélim laissa 40000 hommes pour garder sa conquête, et les divisa en 7 corps ' de milices : six composes d'Ottomans, le septième de Mamelouks. U réunit, à cet effet, tout ce qui avait survécu à leur lU- laite. Il conféra à un pacha, à vingt- (juatre beys, à un corps d'efTendis, à deux divans, le gouvernement du pays. De ce» \ mgl-qualre beys l'un était le kiaya ou li.uilenantdu pacha... Le corps des Mamelouks, composé des plus beaux hommes et des plus braves, devint le plus nombreux. Les six premiers corps s'afTait)lirent : bientôt ils ne furent plus en tout (lue 7 000 hommes, landis que les Mamelouks seuls étaient plus de 6 000. En i64fi, .a révolution fut entière; les Turcs furent i> lignes des places, et les Mamelouks sVmparêrent de tout. Leur chef prit le nom de Cheïkh tl-BéUd (ou seigneur du pays). Le pacha tomba dans le mépris.
En 1767, Ali-Bey, Cheikh-el-Héled, se de- Clara indépendant, battit monnaie k son coin, s'empara de La Mecque, fît la guerre en Syrie, s'allia aux Russes. Alors tous les heys furent, comme ils ont été depuis, des Mamelouks. En 1798, chacun des vinct-quatre beys avait sa maison, plus ou
moins nombreuse ; les plus faibles avaient •ioo Mamelouks; celle de Mourad-Bey était de 1200. Ces vingt-quatre beys formaient une république soumise aux plus influents : ils se partageaient tous les Liens et toutes les places.
. Les Mamelouks naissent chrétiens :
ils sont achète» ii Tàge de sept ou huit ai.s dans la Géorgie, la Mingrebe, le ( :iucase : des marchands de Constantinoi.le les amènent au Caire et les vendent aux beys. Us sont ^ancs et beaux , homme». Des dernières places de la mais,on ils s'élevaient progressivement et
devenaient monltézims de villages, kiaehefs on goavemears de provinces, enfin bcys. Leur race ne se perpétuait pas en Egypte; ils se mariaient ordinairement avec des Circassiennesoa des étrangères.
Ils n'en avaient pas d'enfants, ou ces enfants mouraient avant d'être arrivés à r&ge viril. De leurs mariages avec les indigènes ils avaient des enfunts qui vieillissaient; mais rarement la race s'en perpétuait jusqu'à la troisième génération, ce qui les obligeait de se recruter par l'achat d'enfants du Caucase. On évalue à 50000 les Mamelouks (hommes, femmes, enfants) qui existaient en 1798.
Ils pouvaient mettre 12000 hommes à cheval. >
Qoatrléaia époqne. — Bzpédlilon française .
(4 ans.)
1798. Expédition française sous le commandement de Bonaparte.
~ I«' juillet. Débarquement à Alexandrie.
— 21 juillet. Bataille des Pyramides.
7000 Mamelouks périssent, 3000 se replient sur la haute Egypte, 1200 se retirent en Syrie.
— 23 juillet. Entrée au Caire.
— I*r août. Bataille navale d'Aboukir; la flotte française détruite par Nelson.
— 22 août. Insurrection du Caire, proniptement réprimée.
1799. De janvier à mai, nombreux engagements dans la haute Egypte ; les débris de Mamelouks refoulés en Nubie : la moyenne et la haute Egypte conquises.
— 25 juillet. Les Turcs, soutenus par les Anglais, ont jeté une armée sur U côte, près d'Alexandrie. La bataille d'Aboukir les détruit ou les oblige à reprendre la mer.
— L'Egypte entière est explorée par la commission scientifique attachée à l'expédition.
— 'i4 août. Embarquement du géncr.i!
Bonaparte à Alexandrie, pour revenir en Europe ; il laibse le comm.indemcuL de l'armée au général Kléber.
1800. 24 janvier. Le général Klcbersignt» la convention d'El-Arich pourlevaciiution de l'Egypte. Le mmistère anKl^tis, confiant dans l'état de dépérissement du l'armée d*Égypte, donne ordre ^ l'escadre de la Méditerranée, nonobstant la convention d'El-Arich, d'envelopper les^rançais pendantleur retour
et de les amener prisonniers en Angleterre. L'armistice est rompu. Les Turcs s'avancent vers le Caire, au nombre de 60 000; le 20 mars, ils sont complètement défaits à Héliopoliê par une poignée de Français.
— 14 juin. Le général Kléber assassiné au Caire. Le général Menou prend le commandement de l'armée.
1801. l»r mars. Une armée anglaise, sous les ordres du général Abercrombie, débarque dans la rade d'Aboukir.
— 29 août. Capitulation du Caire pour l'évacuation de l'Egypte.
— 14 septembre. L'armée française se rembarque à Aboukir, au nombre de 24 000 hommes : l'armée, à son départ de Toulon, était de 32 000 combattants.
CUaqnléme époque. — Mohaouned-AU •i ta dfiiastie.
1801. La retraite des Français remet l'Egypte sous la domination ottomane.
Les Mamelouks échappés aux armes françaises reviennent au Caire et y ressaisissent la suprématie, l'Egypte est de nouveau en proie à l'anarchie.
1806. Méhcmet-Ali, ou Mohammed-Ali, Rouméliote de naissance, est promu par la Porte au poste de pacha d'É-
gypte.
1807. Mars. Les Anglais font une tentative sur Alexandrie pour s'établir en Egypte, sous prétexte de couvrir le pays contre une nouvelle invasion française ; ils sont repoussés par Mohammed-Ali.
isil. I*' mars. Les Mamelouks sont exterminés dans le palais même de INiohammed-Ali; ceux qui se trouvaient dans la haute Egypte s'enfuient en Nubie.
Un corps d'armée est envoyé par le pacha contre les Arabes Wahubis,sous le commandement de son fils Toussoun-Pacha. La guerre se prolonge, avec diverses alternatives, jusqu'en 1815, sans résultat décisif.
1 816. Reprise de la guerre contre les Wa habis. Ibrahim-Pacha, autre fils de Mohammed-Ali, a le commandement de l'expédition; elle ne se termine qu'en 1818, par la prise du chef des Wahabis et l'occupation du pays de Nejd.
1830-21. Expédition militaire dans les hauts pays du Nil, jusqu'au Senna'ar.
Ces contrées sont annexées à la viceroyauté d'Egypte, sous le titre de Soudan égyptien. Fondation de Kharteum,
HISTOIRE
dont OD fait la capitale de ces nouyelïe"ï provinces.
Dans le même temps, oo plutôt dès le jour où Mohammed-Ali a tu son autorité bien établie <*n Egypte, il poursuit sans in terra ption la pensée qu'il a coQçne de régénérer le peuple et le pays. Creuser des canaux, agrandir les caltares, en introduire de noOTelles, créer des manufactures, étendre le commerce, organiser une flotte et une armée régulière, et en même temps acclimater en Egypte la civilisation de !*Earope, tels éUient les vues et les projets auxquels le vice-roi n'a cessé de travailler jusqu'à son dernier jour.
Les premiers germes de cette grande nrforme ont été portés en Egypte par i'expédition de 17M; mais ce sera la gloire de Mohammed-Ali, et ce doit rtre celle de ses successeurs, d'en avoir repris la pensée et de travailler à na réalisation.
lS!2%-n, Intervention des Égyptiens en fjfèee.
ift3i*33. Campagne de Syrie et d'Asie Mineore. L'intervention des puissances européennes amène (l4 mai) la paix de Kotayèh entre la Porte et le vice-roi.
ÏU9. La guerre éclate de nouveau entre Mohammed-Ali ei la Porte. Ibrahim- Pacha, fils do vice-roi, s'avance en Asatolie. Bataille de Nézib. Les Turcs 5ont défaits et Constantinople menacée.
Les puissances européennes interviennent encore une fois et obligent Far* mée égyptienne à rétrograder. Le traité qui intervient assure la possession héréditaire de TÉgypte à Mohammed- Ali, et & ses descendants mâles, par droit de primogéniture, le titre de vicerois, en méraa temps qu'il conserve la suxerainete de la Porte sur râ»
gypte.
1848. Mohammed-AIi, A Tàge de 78 ans, est atteint d'une maladie mentale. Son fils aîné (par adoption), Ibrahim-Pacha, est reconnu vice-roi par la Porte.
— 10 novembre. Ibrahim meurt quatre mois après son avènement. Abbas-Pacha, son neveu, lui succède.
1849. Mort de Mohammed-AU.
1854. Juillet. Mort d'Abbas-Pacha. Il a pour successeur Mohammed Saïd- Pacha. Chemin de fer du Caire. Commencement du canal de Suez.
1863. Mort de Mohammed Safd-Pacba.
— Avènement de Ismall-Paoha, fils d'Ibrahim-Pacha.
1866-67. Il reçoit de la Porte le titre de khédive, et le droit de succession en ligne directe pour ses enfants; développements donnés à riodastrie, aux chemins de fer et A la navigation A vapeur.
1869. Inauguration du canal de Suei.
1873-74. Expéditions dans le Soudan, la Darfour et aux lacs Nyansa.
SECTION m. — ÉGYPTOLOGIE.
§ 1. — Époque préhistorique. ~ Honnments de Tftge de pierre.
— Le nombre des instruments en pierre taillée ou polie, recueillis en K^7pte, était, jusqu'à ces dernières années, très-peu considérable; on les comptait. Il en existait quelques beaux spécimens dans les musées de Berlin, de Lcyde et de Turin. Les collections du Louvre, pas plus que celles Je Boulaq, si riches cependant en objets de toute nature, n'en possédaient aucun exemplaire.
Pendant l'hiver de 1868-69, M. Arcelin, de concert avec M. le vicomte Je Murard, entreprit un voyage d'exploration dans la vallée du Nil, dans •ti but de rechercher si l'on n'y découvrirait pas des instruments de pierre n notamment de silex, dans des conditions analogues à celles qui caractérisent les stations dites de l'Age de pierre en Europe. Leurs efforts furent amronnés de succès, et ils rapportèrent une intéressante série d'outils en l silex : hachettes, couteaux, racloirs, percuteurs, etc., recueillis tout le long ! d«j la vallée, à Gizèh, Saqqarah, El-Kab, Abou-Manga, Thèbes, Bib m-el- Moloak, etc. M. Arcelin s'empressa à son retour en France de publier le résultat de cette première exploration, et d'appeler l'attention du monde savant sur Timportance des faits observés.
80 ÉGYPTB ANCIENNE.
L'éveil était donné. De nouvelles trouvailles vinrent bientôt confirmer ces premiers résultats. Au mois d'octobre 1869, MM. Hamy et Fr. Lenormant découvrirent sur les plateaux qui dominent la vallée des Rois un vaste atelier de fabrication d'outils en silex. Peu après, le docteur Reil, puis MM. Âslan, de la Noue, Tabbé Richard, signalaient des trouvailles analogues. Enfin, M. Mariette lui-même inscrivait à Tordre du jour de ses travaux la question de Tftge de pierre égyptien, qui s'imposait à son attention. Longtemps méconnus, négligés ou confondus avec les produits de l'époque historique, les instruments de pierre s'offraient par milliers à l'étude des archéologues en un grand nombre de lieux.
Les premiers explorateurs, MM. Arcelin, Hamy et Lenormant, pensèrent qu'on devait voir, dans les faits signalés par eux, les traces d'une industrie fort ancienne, probablement préhistorique, identique à celle qui, à une mystérieuse époque, a couvert l'Europe occidentale de ses produits. Une parfaite analogie de types conduisait à cette importante conclusion.
De vives contradictions se produisirent alors de la part d'éminents égyptologues, MM. Lepsius, Chabas, et de M. Mariette, qui, s'appuyant sur ce que Ton trouvait assez fréquemment des silex taillés dans les sépultures historiques, et notamment dans celles de l'époque ptolémaîque, pensèrent que tous les silex taillés recueillis en Egypte doivent être considérés comme des produits des temps historiques.
M. Arcelin combattit ces conclusions, et, tout en admettant qu'un certain nombre des pièces en litige pouvait être rapporté aux époques historiques, il invoqua, en faveur de sa thèse, des considérations géologiques qu'on dut prendre en considération. Quelques faits, malheureusement peu nombreux, observés par lui, suffirent du moins à démontrer que la géologie seule pouvait résoudre le problème, et qu'il était imprudent de rien préjuger sur une question aussi neuve.
En résumé, on peut voir maintenant au musée de Boulaq une belle collection d'outils de silex, due aux recherches de M. Mariette, et il résulte des débats dont on a parlé plus haut que l'usage des instruments en pierre s'est prolongé fort tard et même jusqu'à nos jours en Egypte. Mais il reste à savoir si les populations préhistoriques n'ont pas eu, comme en Europe, une part importante dans cette fabrication. Quelques faits géologiques signalés par M. Arcelin tendraient à le faire croire. Dès lors, on peut se demander si la race égyptienne est partie de l'âge de pierre pour accomplir par ses propres forces l'évolution qui l'amena à la brillante civilisation dont elle jouissait dès les premières dynasties pharaoniques, ou si une immigration étrangère vint tout à coup l'initier à un progrès réalisé sur quelque autre point du globe. M. Mariette se range à celte dernière opinion, ou plutôt, d'après lui, les anciens Égyptiens, d'origine couschite', seraient venus s'établir dans la vallée du Nil, encore déserte, avec une civilisatiun
1. On nomme communément Cou8chite\& population primitive du S. 0. de l'Asie, quoique cette dénomination ne soit guère plus justifiée au point de vue anthropologique que celle de Touraniens. Le nom de Kousch se retrouve sur les plus anciens monuments de l'Egypte, mais on est en droit de contester qu'il soit identique au Kouflch de la Bible, frère de Canaan, la chronologie des Égyptiens remontant à une époque bien plus éloignée que celle des Juifs.
ftmte iaite. Dhin autre côté^ de savants naturalistes, e\ notamment H. le docteur Gaillardot, d'Alexandrie, pensent qu*à la fin de l'époque tertiaire, mténeurement aux temps pharaoniques, la vallée du Nil était couverte d*ane riche végétation, dont la forêt pétrifiée du Caire offre la trace ; que par conséquent elle était habitable, et que rien n'empêche de croire à i'eiisteace d'une population primitive autochthone, antérieure à la migra- U(« couscbite. Les caracières profondément locaux et africains de la race, de U civilisation et de la langue égyptiennes, donnent du poids à cette miQjère de voir. Quoi qu'il en soit, il y a là tout un horizon nouveau.
Le sol de VÉgypte, convenablement exploré par des sondages poussés jusqu*aux alluvions anciennes, viendra certainement un jour donner la solu* ticnde ce grand problème ethnographique. On ne saurait trop recommander à rmentton des voyageurs, et particulièrement des géologues, tout ce qui se rapporte à cet ordre d'idées.
i 2. — Époques historiques. — Aperçu général des arts : arcÛtectnre, peinture, sculpture. — Arrivons maintenant à des monu- 2.ea:s plus positifs, aux édifices encore existants que nous a laissés 1 ancienne Egypte. L'architecture tient une place des plus importantes dans l'histoire de la civilisation égyptienne, et elle entre pour une «rrande part dans l'intérêt qui s'attache à l'Egypte. Les monuments de ce pays ne ressemblent à ceux d'aucune autre contrée du monde, «juand on contemple ces restes prodigieux de constructions antiques qui couvrent la vallée du Nil, et qu'on se reporte par la pensée aux autres pays de l'Asie et de l'ancienne Europe, on sent tout d'abord qu'on est là dans un monde à part, où l'art s'est développé par lui-même, selon le génie propre de la nation à laquelle il appartient, sans rien emprunter ni rien recevoir du dehors. On voudrait remonter à son origine, le suivre dans tt marche graduelle, embrasser d'un coup d'œll la série tout entière de ses développements, depuis les premiers siècles de la monarchie jusqu'au temps des Ptolémées et des Romains. Il y a trente ans, on n'aurait pu hasarder cette vue générale des phases historiques de l'architecture égyptienne et des arts qui s'y rattachent; l'état de la science la rend possible aujourd'hui. >ous allons essayer d'en résumer le tableau d'après les derniers travaux de feu de Rougé, le ci-devant conservateur du musée égyptien du Luuvre, et d'après les plus récentes publications de M. Mariette-Bey, l'infatigable explorateur des antiquités égyptiennes ^
Nous avons vu dans le paragraphe précédent combien sont encore incertames et hypothétiques les opinions qui ont été émises sur l'origine de la avilisation égyptienne avant les époques historiques, c'est-à-dire avant les premières dynasties, à ces époques mythologiques mentionnées par Manéthon, et que les inscriptions hiéroglyphiques appellent le temps des Hor- Scbesou, c'est-i-dire des « serviteurs d'Horus. » Ces premiers habitants, Btentionnés par les documents historiques, étaient-ils uniquement des immigrants d'origine asiatique? Arrivèrent-ils avec une civilisation déjà complète, ou bien se développèrent-ils dans le nouveau milieu où ils étaient
l. V. Mariette-Bey : Aiptrçu de Phistoire d'Egypte, etc., 3« édition. Paris, t870, lânirie Frank. F. aussi Fr. Lenormant, V Antiquité égyptienne à FEjpoiition MucorstUe de is<7, dans la Gautte dês becmœ-artat juin, joillet et août 1867. Masp«ro, Biêtoin oncimiM despeupUt de l'OritiU Paris, 1875, Hachette.
OftISNT U. ^
venus s'établir? On ne sait, mais l*opinion des anciens Égyptiens éUit que leur civilisation s'était complètement formée pendant cette période, et elle attribuait à ces ancêtres légendaires la fondation des principales villes et de plusieurs sanctuaires religieux, par exemple, du temple primitif de Dendérah, dont le plan, tracé sur une peau de gazelle au temps des Hor-Schesou, aurait été retrouvé bien des siècles plus tard. Une inscription conservée au musée de Boulaq, et commentée par M. de Rougé dans son Mémoire sur les monuments des six premières dynasties, prouverait même que le temple trouvé il y a une vingtaine d'années près du grand sphinx de Gizèh (prononcez Guizèh) , et probablement le sphinx lui-même, seraient antérieurs de plusieurs siècles aux grandes pyramides. « Le temple est construit en blocs énormes de granit de Syène et d'albâtre oriental, soutenu par des piliers carrés monolithes; et il n'oflfre ni une moulure, ni un ornement, ni un hiéroglyphe; c'e*st la transition entre les monuments mégalithiques et Tarchitecture proprement dite. Dans l'inscription dont nous avons parlé, le roi Chéops parle du temple comme d'un édifice dont l'origine se perdait dans la nuit des temps, et qui avait été trouvé fortuitement sous son règne, enfoui par le sable du désert, sous lequel il était oublié depuis de longues générations. Mais le sphinx lui-même n'est peut-être pas beaucoup moins ancien; d'après la même inscription, il aurait, du temps de Chéops, eu déjà besoin de réparations. L'imagination recule devant de semblables indications d'antiquité. » (Lenormant, loco citato,)
Arrivons aux dynasties historiques, aux trois premières dynasties qui, commençant à Menés, auraient régné 769 ans, si l'on en cro^t Manéthon. « Malgré leur antiquité, dit Mariette-Bey (Aperçu de Vhistoire d'Egypte, p. 134) , les monuments de ces dynasties qui ont traversé les siècles pour venir jusqu'à nous sont encore assez nombreux. Le plus ancien serait la pyramide à degrés deSaqqarah, qui remonterait jusqu'au quatrième roi de la première dynastie. Après elle, il faudrait placer le tombeau de Thop-hotep, trouvé pendant nos fouilles à Saqqarah et encore en place, les trois statues de la famille des fonctionnaires Sépa (découvertes il y a quarante ans aux pyramides et aujourd'hui au Louvre, au sommet de Tescalier qui conduit aux salles égyptiennes du premier étage), enfin le tombeau et la statue d'Amten transportés des Pyramides au musée de Berlin par M. Lepsius, et contemporains de l'avant-dcrnier roi de la troisième dynastie. Les fouilles, qui se poursuivent à Abydos, nous livreront tôt ou tard d'autres monuments de ces vieilles familles, si effectivement les buttes au milieu desquelles nos ateliers fonctionnent sont, comme on le croit, celles de Thinis, capitale des rois dé la première et de la deuxième dynastie. En étudiant les monuments de cette époque, ajoute M. Mariette (ouvr. cité, p. 19), on y remarque une certaine rudesse et une indécision de style qui laissent deviner qu'au moment où ils ont été exécutés l'art égyptien cherchait encore sa voie. Les trois premières dynasties représenteraient donc cette période d'incubation que toutes les nations nous montrent à l'horizon de leur histoire. »
A la rv* dynastie, 4235 avant J. C, l'histoire commence à sortir de l'obscurité et des monuments assez nombreux nous permettent déjà de préciser des faits. C'est l'époque de la construction des trois plus grandes pyramides celles de Gizèh, élevées par les rois Khoufou (Chéops), Kbafra
HISTOIHB DES ARTS. 83
(Oiéphwn) et Meakén (Mycérinuj). Chéops était un roi guerrier • les bu. rel,eh deOu«ly-llagbara (presqulle du SinaO nous le monTrentihltSt « On, bédouins du temps, qui inquiétaient les frontières orienWes^, ILgîple.. II fut surtout un roi constructeur. La plu» grande et la pluî remarquable des pyramides que possède l'Egypte ert le tombeau de aé^^ C^ntmtUe hommes qu, se relayaient tous les trois mois, furent, ^IT" employés pendant trente ans au gigantesque travail que ce roi irdin^' ^ment, U n'«t pas au-dessus des forces de notre industrie modVS refam, un monument semblable. Mais le problème difficile à résoudre même de nos jours, serait de construire des chambres et des couloira intél neur, qui. malgré les millions de kilogrammes qui pèsent sur ew wn servent, au bout de soiiante siècles, la plus parfaite et U plus étont^l regulantt. Quant à la place qu'occupe la quatrième dynastie dans rSn Empire on peut dire sans hésiter qu'elle en marque le point culminât Au début de U quatrième dynastie se produit, en effet, un mouvement Zit«^ eitr«.rdinaire. L'Egypte est désormais libre d'entraves, ëlnoulvt^o^ eclore tous les prodiges d'une civilisation sans pareille à ce moment d^ te monde. Alors la société égyptienne est définitivement constituée L'arta «teint son plein développement et monte i une hauteur que les plus brillâtes époques dépassent à peine. Des villes sont fondées, de g«nde, tanes enrichissent les «mpagnes. On y élève des milliers de tltw de betai Des moissons abondantes couvrent le sol. Une arehitecture éléwnte embellit les habitations U, le maître de la maison vit aiméTt resK d^ siens. U cultive les fleurs; des jeui, des danses, sont exécutés W la.. U chasse, il pèche dans les nombreux canaux dont U contrtHst siUonnee. De grandes barques aux voiles carrées flottent pour lui sur le Nil mslnunents d un commerce sans doute très-acUf. Partout l'Egypte nous apparaît alors dans l'epanouiwement d'une jeunesse vigoureux et pleine de sève . (ouvr. cité, p. 20 et 21). Telle est la vie qui nous est rêvé ée par les peintures des hypogées funéraires découverte autour de Memphis a Gueh et à Saqqarah. Le chef-d'œuvre de la sculpture de cette énnnnr<.!j laSteftje <te Chéphren, fondateur de la seconde pyramide qu^^nvoît au musée de Boulaq. . CeUe statue, qui n'a pas aujourd'hui moins de soixante si«!les,n'e« pas seulement remarquable par son antiquité : le fini des détails^ 1 ampleur et la majesté de l'ensemble, la rendent aussi un des mor ceaux les plus rares qu'on puisse rencontrer. Elle jette d'ailleurs sur 1^?. toire de l'art en Egypte un jour inattendu, et nous montre qu'il v a ,fj nulle ans les artutes égyptiens n'avaient déjà plus de progrès à llir^.flLT p.139). Une peinture curieuse que nous avons vue dans un des tomCux près des Pyramides, montre des sculpteurs commençant i dégrosïir^ îocs et d autres occupés a mettre au point des statues. M GuHUnrl» if c«l.:bre sutuaire, directeur de l'Ecole des beaux-arts de Paris avec ni.î Mas visitions cet hypogée, nous assurait que les procédés emplovés nar Ici prauciens modernes étaient encore les mômes que ceux de cette ItLvJ ■mai aux bas-i«Uefs, . un tombeau inachevé du temps de la diVl ijaatie, que M. Lepsius a fait transporter au musée de Berlin nn!l* uuae aussi i la manière de procéder des artistes de cette éoooue w i= P«i que l'on voulait décorer, afin d'obtenir des proportions aussi j^tes que possible, on commençait par tracer légèrement au crayon des ligne'
régulières se coupant à angle droit et formant des carrés d'égale dimension. Dans ces carrés, l'artiste qui dirigeait le travail marquait les points où devaient passer les traits principaux des figures. Un de ses aides ou de ses élèves dessinait alors la composition au crayon rouge, et après ce premier travail une main plus sûre et plus habile rectifiait le trait et l'arrêtait définitivement au pinceau. C'est seulement alors que commençait l'œuvre des sculpteurs, qui entaillaient la pierre en suivant les contours du dessin tracé sur la muraille, et modelaient en relief, dans le creux, les figures indiquées d'abord au simple trait > (F. Lenormant, loc. citJ). Une statue de boit, conservée au musée de Boulaq, nous montre un personnage qui vit en quelque sorte dans son image. La tête surtout est étudiée avec une vérité frappante. C'est, dans toute sa pureté, ce type fin et rond qu'on rencontre aujourd'hui dans la plupart des villages de la basse Egypte. Le monument devait d'ailleurs être encore bien plus remarquable quand il possédait ce petit enduit composé d'une gaze fine recouverte de stuc qui servait au sculpteur à compléter son œuvre. Plusieurs beaux sarcophages de granit rose et noir, appartenant à des princes de la quatrième dynastie, et conservés au même musée, sont également précieux par les ornements dont les quatre faces extérieures sont couvertes. On trouve là d'excellents modèles de cette architecture à grandes lignes usitée sur les façades des édifices du temps. Ce style était simple et noble au plus haut degré. La ligne droite et le jeu des divers plans faisaient tous les frais de la décoration. Un seul motif d'ornement varie les dispositions; il se composait de deux feuilles de lotus affrontées. « C'est parfois l'imitation de bâtiments construits en bois légers, comme ceux du sycomore et du palmier, les deux arbres principaux de l'Egypte, dont on n'aurait pas même équarri les troncs pour les employer. De même, le plus souvent, dans les tombeaux, la chambre sépulcrale est couverte par des poutres de pierre arrondie de manière à reproduire l'aspect des troncs de palmiers. Ainsi les Égyptiens n'avaient pas couimencé, comme on l'a cru si longtemps, par meuer la vie de troglodytes. Leurs plus anciens édifices ont été des constructions de bois élevées duoj la vallée du Nil, et dans les premiers hypogées qu'ils ont creusés aux flancs de la chaîne Arabique ou de la chaîne Libyque ils ont copié le style et la disposition de ces constructions légères, dont le type est toujours demeuré celui de leurs habitations » (F. Lenormant, ibid.). Nous ne pouvons juger des édifices proprement dits que par ces bas-reliefs des tombeaux, ou par les sarcophages, puisqu'il ne reste plus de constructions de cette époque. Le temple découvert près du sphinx de Gizèh, s'il ne remonte, comme nous l'avons dit plus haut, à une époque très-antérieure, est le seul spécimen que nous possédions de l'architecture monumentale de l'Ancien
Empire.
A la V* dynastie remontent les pyramides d'Abouzir, et un grand nombre des tombeaux de Gizèh et de Saqqarah. La quatrième et la cinquième dyuastie sont si riches en monuments de tout genre, que la seule collection du musée de Boulaq compte une cinquantaine de stèles monolithes de dt ux à trois mètres de hauteur et autant de belles statues de toutes matières. La VI* dynastie a des monuments à Éléphantine, à El-Kab, à Abydos,à Memphis, à Sâin, au Ouady-Maghara (péninsule sinaîtique).Le musée de Poulaq en possède uu certain nombre.
Pour résumer ce qui concerne les restes des premières dynasties, M Mariette ajoute : ■ Ces monuments ont presque tous un caractère commun, ils sont funéraires. Les tombes elles-mêmes sont, dans l*ensemble, conçues sur un plan uniforme. Un édicule de forme massive et carrée , où, à certains anoiversaires, les parents du mort se réunissaient, un puits creusé verticakicent dans le sol et au fond de ce puits des chambres à jamais closes quand elles aTaient reçu leur dépôt funèbre, tel en est Tarrangement géoéiiL La manière d'orner cet ensemble était aussi à peu près uniforme. Plus de figures que de texte, absence absolue d'images de divinités, scènes Qoisbreuses tirées de la vie privée et particulièrement des travaux des cbamps, titres des défunts, plutôt religieux que civils, emploi des carton* cbes royaux dans ces titres très-fréquents, en général travail de sculpture eo même temps vigoureux et fin. «
• En analysant ces monuments, on distingue cependant certaines diflTéreaces qui les font ranger en trois classes. Les premiers appartiennent au upe le plus ancien, tel est le tombeau d'Amten. On y sent un art et une écriture qui se forment. Les hiéroglyphes sont clair-semés et en relief. Les formes rudes y abondent. Les statues sont trapues ; les détails anatomiques exagérés.
• Les seconds ont plus d'assiette. Les hiéroglyphes ont des formes moins heurtées. Les textes se lisent mieux. L'élément alphabétique se substitue peu à peu à l'élément syllabique (F. le paragraphe Hiéroglyphet). Du reste, peu de généalogies ascendantes. Au seul Anubis s'adressent les fbrmules d'mvocation. Le tombeau de Ti à iSaqqarah est le plus beau spécimen que Ton connaisse des monuments de cette seconde époque.
• La troisième est contemporaine de la sixième dynastie. Le nom d'Osiris, jusqu'alors si rare, commence à être plus usité. Les textes s'allongent; de belles formules de prières se montrent et quelques récits biographiques rarient la monotonie des représentations. C'est dans les tombes de ce temps et dans celles qui sont contemporaines de Ti que se trouvaient ces belles siatues élancées au visage rond, à la bouche souriante, au nez fin, aux épaules larges, aux jambes musculeuses, dont on trouve de si jolis spécimens au musée de Boulaq. C'est enfin dans ces mômes sépultures que Tantiquaire recueille ces énormes stèles monolithes taillées en forme de façade d'édifice dont ce musée est également si riche» {[hidem, p. 140-143).
Ajoutons enfin que l'art de mouler le bronze en statues parait remonter à r.Ancien Empire. Deux statuettes envoyées à Paris par M. Gustave Posno, et bien étudiées par M. de Longpérier {Académie des inscriptions et belleslettres, octobre 1875), présentaient d'une manière évidente les caractères de Tart égyptien des six premières dynasties. Ainsi pour la fonte des figures de bronze, comme pour la sculpture de la pierre et du bois, l'Egypte conserve la priorité.
De la vi* à la xi* dynastie, la lacune qui existe dans l'histoire se retrouve aussi dans les monuments et dans les arts. Il n'existe aucun reste authentique de cette période de 436 ans ; cependant M. Mariette-Bey ne désespère pas d'en retrouver quelques-uns dans des régions qui n'ont pas été suffisamment explorées, c'esl-à-dire dans toute la zone de terrain qui barre l'entrée, du Fayoum (ouv. cité, p. 144), région qui fut le siège de ces quatre dynasties.
Lorsque se produit la période de renaissance qu'on appelle le Moyen Kmpire; « quand avec la xr dynastie on voit TEgypte se réveiller de ce long sommeil, les anciennes traditions sont oubliées. Les noms propres, les titres donnés aux fonctionnaires, l'écriture elle-même et jusqu'à la religion, tout en elle semble nouveau. Les monuments de cette époque sont rudes, primitifs et quelquefois grossiers, et, à les voir, on croirait que rÉgyptSj sous la onzième dynastie^ recommence cette période d'enfance qu'elle avait déjà traversée sous la troisième. > C'est la partie de Tbèbes appelée Drak'Àbou'l-Neggah qui a fourni au musée de Boulaq les restes de cette époque, stèles, vases, fruits, vêtements, meubles, armes, ustenailes, etc. « Les stèles, de carrées qu'elles étaient, sont devenues arrondies par le haut. Les hiéroglyphes y ont une gaucherie particulière. Les sarcophages de ce temps ont aussi un caractère particulier qui les fait reconnaître à première vue. Par allusion à la déesse Isis, qui protège son frère Osiris, auquel le mort est assimilé, en étendant sur lui ses bras armés d'ailes , les cercueils sont couverts d'un système d'ailes peintes en couleurs variées et éclatantes. »
La xn* dynastie, celle des Ousortésen et des Aménemhftt, a rétabli complètement la puissance et la civilisation de l'Egypte. Elle s'est signalée aussi par de grandes constructions, mais celles-ci ont été détruites lors de l'invasion des pasteurs. On possède encore, de cette époque, l'obélisque d'Héliopolis, celui de Begyg (Fuyoum), les hypogées de Beni-Hassan, quelques-unes des grottes de Syout, et plusieurs beaux colosses trouvés à San et à Abydos. Tous ces monuments se font remarquer par leur grand style, et prouvent que la douzième dynastie fut une des plus brillantes époques de Tart. C'est à cette époque que remontent les plus anciennes colonnes qui se soient conservées en Egypte; épaisses, cannelées et recouvertes d'un simple dé, elles ressemblent aux premières colonnes doriques. Les peintures conservées sur les' murailles des tombeaux des Béni-Hassan nous révèlent aussi mille détails de la vie agricole, de la navigation et de la civilisation de la xn*" dynastie, qui montrent une véritable prospérité. Enfin, rappelons-nous que c'est un prince de cette dynastie qui créa dans le Fayoum le fameux lac Maaris, dont nous avons parlé plus haut (page 41). Les figures sculptées prennent des formes plus allongées que celles du premier tmpire : leur qualité prédominante est la finesse et l'élégance, mais la réalité et la vie de l'école primitive ne se retrouvent déjà plus; l'art n'a plus la môme liberté : il est déjà soumis aux entraves des règles sacerdotales, et le canon hiératique ' des proportions est déjà fixé. On sait d'ail-
1. On nommait Canon (Ksvwv, règle, mesure), dans l'antiquité, une figure sculptée indiquant les proportions normales du corps humain. Tel était le célèbre Cantm de Polyclète, sculpteur contemporain de Phidias, représentant un soldat armé d'une lance, et qui devint le modèle admiré de toute la statuaire grecque. Ce canon de Polyciète était déjà perdu quand Vitruve essaya, dans ses écrits, de donner de nouvelles règles de proportion du corps humain, lesquelles, malgré de nombreuses erreurs de détails, ont été reproduites par la plupart des artistes de la Renaissance et des temps modernes qui se sont occupés de ce sujet. Mais le canon de Poiyclete lui-même avait été précédé par le canon des Égyptiens, dont Diodore de Sicile vit une représentation, et chec oe peuple ce canon sculptural, provenant sans doute ^'observations aussi anciennes que l'art lui-même, avait fini par devenir une sorte
leon tuUer las matières les plus dures avec un fini d'exécution remarquable. Ubc jambe colossale en granit noir, provenant d'une statue du roi Oosortésen I***, et qui apparlient au musée de Berlin, montre bien la diiTéi^oce entre cette époque et Tart primitif. La gravure des inscriptions, exécutée en rtUef sous TAncien Empire, est en creux sous la douzième dynastie cl d'une grande perfection. Les obélisques d'Héliopolis et du Fayoum autorisest â supposer aussi des temples d'une grande magnificence.
Lazm* et la xiv* dynastie (celles des Sebekhotep et des Nofrébotep) n'ont
Isi^ que des traces un peu conjecturales, quelques tètes, quelques car-
*.68dies à S4n, à Abydos, à Syout,à Âssouan età Hamamât. Puis l'art égyp-
tie disparait de nouveau dans le vide qui répond à l'invasion des Hyksos
'/Sjissteiirs (ZT« et XVI* dynasties). Ces envahisseurs détruisent la plupart
àm grands monuments des dynasties antérieures et n'édifient rien par eux-
ZH&es. Un commencement de renaissance paraît déjà pourtant se faire k
iaiTii* dynastie, dynastie double, car une dynastie de rois égyptiens règne
ilbèbes, tandis qu'une dynastie de rois pasteurs règne à San. < La re-
ûii^sance qui se manifeste à Thèbes offre des analogies singulières avee
celle que nous avons constatée au commencement de la xi' dynastie. A
i* divgme religieux, dont il n'était pas permis ft Tartiste de s'écarter. M. Charles Ëluic dans nn chapitre intéressant {Grafnmairt dea art» du dêêtifty principes, coap. TU ; 3* édit., i toI. grand in-8«. Paris, 1876, yeuve Renoaard, et Voyagé d» ^1 HamUEgypi9f Paris, 1S7S), a tracé l^istoire du canon, et reproduit, d'après l'on- Tra^e de M. Lepsius {Choix de monuments funéraires, Leipzig, i8S2), une figure Semaine divisée par des lignes horizontales qui représente le canon des Égyp- Urijo. Lai-mëroe, plus tard, en 1869, a eu roccasion de voir et de dessiner ■* Kâmak et à Ombos des figures analogues (V. Charles Blanc, Voyage de la Haute t'rsrtty Paris, 1878). De l'examen de ces figures, et de plusieurs autres qu'on 4Tait prises pour des figures mxM» au carreau (procédé vulgaire pour reproduire, grandir ou diminuer une figure), Téminent critique fait ressortir que l'unité ée mesare du corps humain, pour les Égyptiens, était la longueur du doigt médius, l^rse de son articulation métacarpo-phalangienne à son extrémité ; que celte unité t^^irUte une fois sur Tavant-bras atteint l'articulation du poignet (articulation ra'iio^arpienne] ; reportée trois fois plus haut, elle atteint le pli du coude; que, vie p'as, elle mesure exactement sur la face la longueur comprise depuis la base da nez jusqu'aux bosses frontales , et qu'elle représente en somme le dixseoTiéme de la hauteur du corps humain. Les yariations présentées par différentes figures tiennent aux variétés de la coiffure. Il est probable que le canon ej^pUen est le même qui passa ensuite chez les Grecs, et fut reproduit par Polyr^cu. Toutefois, les sculpteurs grecs donnaient à leurs figures plus de liberté, surtout dans les dimensions du nombril aux pectoraux, parce que leur statue norniik n'avait pas la position raide et droite du modèle égyptien. Les Égyptiens ciix-mémes ont fait varier les dimensions du front et du vertex dans leurs ligures. Vais le fait que le doigt était le point de départ de tontes les mesures du corps ^•isiain résolte non-seulement d'un passage explicite de Galien (De Bippocratie optuioniê decretie^ liv. V, p. 25S de l'édition in-folio de Venise) sur le canon de P<>l7clète, mais aussi de ce fait que dans l'écriture hiéroglyphique un doigt est ^joars pris soit comme le signe numéral, soit comme le symbole de l'unité. Une >^*tre remarque trés-intéressante de M. Charles Blanc, c'est que le même canon Sippliqne à la figure du lion : une figure égyptienne de lion couché, reproduite pif M. Lepsius, nous montre aussi le roi des animaux divisé en dix«neuf lonpiCTirs, dont l'unité est formée par son ongle le plus long, celui qui répond an médias de Vhomme, d'où sans doute le proverbe latin : ab ungue Uonem, qui avait truspoité dans l'ordre moral une vérité démontrée dans l'ordre physique.
ce moment, Drah-Abou*l-Néggah devient de nouveau le cimetière de Thèbes. Les cercueils riehi (c'est-à-dire à plumes) et les mauvaises momies qui les remplissent reparaissent. Les mêmes vases, les mômes armes, les mêmes meubles, se retrouvent dans les tombes. Quelques cercueils de princes et de personnages élevés sont dorés des pieds à la tête (voir le musée de Boxi^ laq). En outre, les morts s'appelleqt comme autrefois Entep, Aménif Ahmès,Aah-hotep, si bien qu'aujourd'hui Toeil le plus exercé a peine à distinguer entre eux des monuments que plusieurs dynasties et une longue invasion séparent » (Mariette-Bey, ouvr. cité, page 154).
Mais, en même temps, les rois pasteurs de San, à l'époque de la xvn* dynastie, ont fini par subir l'influence civilisatrice du peuple conquis, et sont devenus eux-mêmes de véritables pharaons , ornant le temple de San de sphinx taillés à leur image, adoptant l'écriture hiéroglyphique, et mêlant leur dieu Soutekh aux anciens dieux égyptiens. M. Manette a retrouve et déposé au musée de Boulaq des monuments se rapportant au premier roi de cette dynastie, Saîtès, et au dernier, Apophès ou Apapi. Ce sont quatre grands sphinx de granit, un groupe de deux personnages sculptés, une tête de roi pasteur, dont les traits rappellent ceux des pêcheurs actuels du lac Menzalèh, etc. Quant aux rois de laxvii* dynastie thébaine contemporaine, on n'a guère que leurs noms gravés sur certains hypogées de Qournah et sur quelques objets conservés dans les collections de l'Europe et de Boulaq.
Quand la dynastie thébaine a rejeté les pasteurs à TE. du Delta, l'Egypte se relève avec la xviii* dynastie, plus puissante que jamais, et les arts reprennent en quelques années toute leur importance. Les temples abattus se relèvent dans toute la vallée du Nil, et les arts industriels reprennent leur perfection. On en a un spécimen curieux au musée de Boulaq dans les admirables bijoux qu*Amosts fit exécuter pour orner la momie de sa mère. Les grands conquérants de cette dynastie gravent leurs exploits sur des monuments architecturaux qui subsistent encore : à Gebel-Barkal, près de la quatrième cataracte, Aménophis III fonde un temple dont les avenues sont précédées de sphinx en forme de béliers. On a de la reine Hatasou les deux grands obélisques, dont Tun est encore debout au milieu des ruines de Karnak (voyez cette localité), le temple de Deir-el-Bahari, à Thèbes, remarquable par ses grands bas-reliels, sculptés avec une hardiesse et une largeur de ciseau étonnantes, et enfin une porte de granit encastrée dans la cour d'enceinte du temple d'Ombos. .Thoutmès III élève des édifices nombreux à Ouady-Maghara, à Héliopolis, à Mcmphis, à Thèbes, à Ombos, à Eléphantine, en Nubie (à Soleb, entre la deuxième et la troisième cataracte, à Semnèh, un peu au-dessus de Ouady-Halfa,àAmada). « Un des plus jolis temples de TÉf^^'pte, détruit il y a plus de trente ans par le vandalisme des habitants d'Assouan, avait été fondé dans l'ile d*Élépnantine par Aménophis III. A Gebel-Silsilch apparaissent des bas-reliefs qui relatent les campagnes d'Horemheb. Thèbes est en quelque sorte toute resplendissante encore des belles constructions qu'y a laissées la dix-huitième dynastie. Sur la rive gauche, c'est le temple de Deir-el-Bahari, c'est la partie septentrionale de Médinet-Abou, œuvre des Thoutmès, ce sont les colosses d' Aménophis III, ce sont les magnifiques hypogées d'Abd-el-Qoumab, ce sont les trois ou quatre tombeaux de rois
HISTOIRE DES AUTS. 8^
gu*on mite dans la vallée de Touest ; sur la rive droite, les grosses constructions de Karnak sont dues à la dix-huitième dynastie, et AménoptaislII fat le fondateur du temple de Louqsor, à Vembellissement duquel travaillireot ses successeurs jusqu'à la vingt-sixième dynastie. Dans les autres parties de TÉgypte, la dix-huitième dynastie n*ii pas laissé moins de traces; on en trouve à El-Kab, à Tel 1-el-A marna, à Gebel-Tounèh, à Hemphis, à >a;qara]i, aux Pyramides, à HéliopoHs, enfin à SerboutreUKhadim, àOuady- Visiiara (province du Sinaî). Enfin, rappelons que la dix-huitième dynastie «st de celles qui ont le plus enrichi les musées d'Europe et du Caire » fMariette, ibid., p. 162). En effet, les belles slatues du musée de Turin appartiennent à cette dynastie. Le musée de Boulaq montre aussi le buste colossal de Ttaoutm^s III, qui égale ces statues comme œuvre d'art; la 'fameuse salle de granit, où se trouve gravé un poème héroïque en l'honneur ïe ce souverain, poème antérieur de plusieurs siècles à Homère et à la B.ble; enfin, la magnifique collection de bijoux de la reine Aah-Hotep, >^ci montre à quel degré de perfection était arrivé l'art du bijoutier et de l'orfèvre sous cette dynastie à peine échappée à la domination étrangère. On a également de cette époque bon nombre d'objets de bronze, de -utuettes, de poteries relevées d'émaux, etc. (Voyez leur description au musée de Boulaq, salle 8.)
La XTX* dynastie est encore une dynastie puissante et où les arts sont florissants, bien qu'elle se borne le plus souvent à continuer les œuvres des époques antérieures, et souvent à se les approprier par ce système, adopté surtout par Bamsès II, de démarquer les monuments de ses prédécesseurs pour y graver son cartouche. Cette coupable usurpation fat pratiquée à Louqsor sur les deux obélisques du temple (dont l'un est à Paris), et sur les quatre colosses élevés en avant du pylône principal de ce même temple ; à Karnak sur le second pylône, et sur les colonnes de la salle bypostyle, etc. «Faite avec un soin minutieux, cette opération trompe Tarchéologue le plus exercé, et il est ainsi bien des monuments qu'on attribue au conquérant de la dix-neuvième dynastie, et qui lui sont antérieurs de mille ans. Quant aux constructions dues à l'initiative directe des rois de celte famille, on notera en premier lieu les tombes de Bob el-Molouk, et pa^iculièrement celle de Séti I*', le plus magnifique des souterrains que pri^sède l'Egypte. On notera au^si le monument d*Ihiamboul, creusé tout entier dans le flanc d'une montagne, et destiné à perpétuer le souvenir des campagnes victorieuses de Ranisès contre les Soudaniens et les Khétas. !.95 temples de Derr et de Beit-Oually en Nubie sont d'autres édifices dus à ractivité de ce roi. Thèbes profita également de la magnificence des rois de la dix-neuvième dynastie. Karnak comprend dans son immense enceinte deux ou trois temples de Ramsès II , malheureusement très-mutilés. Sur la rive gauche, le Rameiseum est l'œuvre colossale du même roi, et Séti fit élever à la mémoire de son père Ramsès I*' le temple de Oournah. A Ahydos, le petit temple célèbre par la nouvelle table qu'on y a découverte est de Bamsès II. C'est Séti I*' et son fils Ramsès II qui firent élever le grand temple récemment déblayé. Nul doute que Meinphis n'ait été aussi 1 objet de l'attention de la dix-neuvième dynastie. A la vérité, il ne reste de cette ville illustre que des monceaux de décombres, mais les beaux colosses qu'on voit à Myt-Rahynèh, et dont la tète offre un portrait si ressemblant
de Ramsès II, témoignent assez du soin que ce roi avait pris d'embellir la capitale septentrionale de TÉgypte. Enfin, comme dernier monument de la dix-neuvième dynastie, on comptera le temple de San, qui fut rebâti sous Ramsès II et ses successeurs, et où les fouilles ont déjà fait découvrir, avec les monuments des pasteurs, onze obélisques, de nombreuses colonnes monolithes de granit et des stèles colossales » (Mariette, ibidem, p. 170-173). Dans un autre ordre de travaux, Séti est le premier roi qui joignit par un canal la mer Rouge au Nil, et qui au moyen d*un puits artésien rendit praticable pour les caravanes le chemin qui, de Radasièb (près d'Esnèh), conduit aux mines d'or de Gebel- Atoky.
La zz* dynastie, qui s'ouvre par le règne brillant de Ramsès III, nous a laissé comme monument le palais de Médinet-Abou. Chaque pylône, cha> que partie, chaque chambre porte ses exploits reproduits en curieux basreliefs, les combats de terre et de mer livrés par ce glorieux Pharaon, et nous fournit les détails les plus curieux sur les peuples qu'il a combattus. Mais après ce prince guerrier la décadence commence, l'Egypte perd ses conquêtes asiatiques et voit son sol envahi, et bientôt morcelé en deux royaumes sous la xxi* dynastie. Aussi les arts sont improductifs : après Médinet-Abou et les tombeaux de Bab-el-Molouk, on peut encore citer Tédifice appelé le temple de KhonSy situé au sud de Kamak, près de la grande allée des Béliers, et une belle stèle qui en provient et est aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de Paris. La xxi* dynastie a achevé le temple situé entre Karnak et Louqsor, et laissé quelques monuments épigraphiques à San. Les xxn*, xxiu*, xxiv* et xxv" dynasties, n'ont laissé aucun grand édifice : elles sont connues par des inscriptions provenant principalement du Serapeum de Memphls ou du Gebel-Barkal, et par des bas-reliefs de Karnak. Ces dynasties d'origine étrangère ne produisent rien pour l'art égyptien. Entre cette époque (xjii* siècle) et celle de Psamétik (milieu du vu*), on trouve çà et là quelques ouvrages estimables ; néanmoins on peut dire que l'art ne se releva réellement que sous la xivi* dynastie (la dynastie Saite), à laquelle Psamuiétik appartient. Si Ton examine, par exemple, la statue du roi éthiopien Shabaka, que renferme la villa Albani à Rome, OD y voit un magnifique morceau de prime d'émeraude, mais dont la sculpture est mauvaise. Les bous artistes manquaient sans doute, dans un temps où l'on confiait une aussi admirable matière à des mains aussi malhabiles. A Karnak, les grands tableaux de batailles du roi Shashank (vingt-deuxième dynastie) sont d'ailleurs, comme exécution, déjà bien inférieurs à ceux de Ramsès II. Le musée de Boulaq possède aussi la statue de la reine Aménérithis, qui paraît appartenir à ces dynasties.
La domination des Saïtes, en ramenant l'indépendance nationale, marque une nouvelle renaissance de l'art égyptien. La gravure des hiéroglyphes prend, à cette époque, une finesse admirable. Les belles statues se multiplient ; on emploie de préférence le basalte noir ou vert, cette roche d'un gi'aio si fin, et dont le sculpteur tire un merveilleux parti lorsque le ciseau triomphe complètement de sa dureté. Sans sortir du type égyptien, les membres dos statues acquièrent plus de souplesse et de vérité. Maintenant que nous connaissons mieux les modèles que les Égyptiens purent étudier à Babylone et à Ninive dans les relations multipliées qui s'établirent à cette époque entre eux et les Assyriens, il nous est peut-être permis de supposer
que ees relations eurent quelque part aux nouveaux progrès de Tart des Saitas; mais, par compensation, nous reconnaissons bien plus visiblement ilnfluence égyptienne dans les productions des Phéniciens.
• En debors de la tombe d'Apis à Saqqarah, les monuments de la zxri* dynastie sont assez rares. Plusieurs belles tombes de TAssassif à Thèbes, remarquables par leur étendue et le fini des bas-4'eliefs qui les décoreot, sont de cette époque. Sur les rochers d'Assou&n et d'Hamamit, à TbèlicSy à Abydos, à Saqqarah, on voit encore çà et là quelques souvenirs des ]uin6es de cette dynastie. * Ce n'est pas qu'ils aient été moins que d'aatres portés à laisser après eux des monuments durables, mais tout nous proare qu'à ce moment la civilisation s'était portée entièrement vers le Tiord, autour de Saîs, leur nouvelle capitale. Hérodote nous rend un témoignage des œuvres éclatantes qu'ils y avaient accomplies : le temple biti par Apriès, auquel Amosis fit ajouter un portique, qui surpassait de leauconp tous les autres ouvrages de ce genre par son étendue, sa haut^r, autant que par le choix et la grosseur des pierres, et par les statues et les sphinx gigantesques qu'on- y avait placés; un colosse énorme de viixante-quinze pieds de hauteur, enfin une chapelle monolithe qu'Amosis a7ait fait venir des carrières d'Éléphantine, et qui avait nécessité le travail .;e deux mille bateliers. Son poids était de près de 420000 kilogrammes, <es dimensions extérieures de 12 mètres de long, 7 mètres de large et \ mètres de hauteur. Malheureusement cette capitale des Saîtes a disparu sias retour, il n'en reste que des ruines confuses.
La xxvD* dynastie, celle des souverains de la Perse, n'a pas d'influence sur l'art égyptien : l'Egypte, occupée de révoltes successives, ne songea guère i bâtir. Cambyse, entraîné dans de folles expéditions, se venge de ses désastres en ruinant les monuments de l'Egypte. Darius, plus modéré, laisse des traces de son passage à Hamamât, et bâtit un temple à Ammon dans Toasis de Khargëb. Artaxerxès n'a laissé que quelques inscriptions. Les zxMiTyXXiz* et XXX* dynasties, rendent l'Egypte à elle-même, mais l'ennemi e«t toujours à ses portes. « Ces dynasties, travaillées par tant de germes de dis^ution, ont pourtant laissé des monuments dignes d'une époque plus Ûorissante. A Philae, le grand temple est commencé par Neclancbo II; Nectaaébo I ajoute quelques parties aux temples de Médinet^Abou et de Karsak. A Mempbis, la tombe d'Apis est complétée par ce dernier prince, et on beau pylône est bâti en avant du souterrain. Acoris, Népbéritès, emteliissent de leurs statues et de leurs bas-reliefs les édifices sacrés. Les grands et beaux sarcophages de granit que possèdent les musées de Berlin, <ie Paris et de Boulaq, sont encore de ce temps, et parmi eux on remarquera le sarcophage de Nectanébo I, enlevé à Alexandrie pour être transporté à Londres. Chose remarquable, sous ces dynasties déchues de leur rang politique, rien ne laisse apercevoir encore les traces de cette rapide décadence, qoi, quelques années après l'occupation des Grecs, va frapper toutes les fiturres de l'art égyptien » (Mariette, ihid., p. 185).
 la xxxT* dynastie, l'Egypte est retombée sous le joug des Perses. La xisr est la dynastie Macédonienne d'Alexandre le Grand. On a d'elle quelques cartouches gravés sur une porte à Ëléphantine, et, à Karnak, une belle chambre de granit, construite sous Philippe Arridée, frère du conquérant. Alexandre U figure sur quelques bas-reliefs à Karnak et à Louqsor.
La zzxin* dynastie, celle des Ptolémées, marque ane ère nouvelle, sinon un progrès dans Tart égyptien. A cette époque le type grec, par sa beauté même, devint funeste à Tart égyptien. Loin de Taméliorer, il ne fit qu'introduire dans les formes une rondeur mal assortie qui ne fut ordinairement que de la mollesse. On reprit Fusage général de la gravure en relief; mais les formes des caractères devinrent de plus en plus négligées, et ces défauts allèrent en empirant sous la domination romaine. Une seule partie de l'art égyptien conserve son caractère au milieu de cette décadence. Les architectes d'Esnèh, d'Ombos et de Dendérah, ne se laissèrent pas séduire par les lignes merveilleuses des édifices de Corinthe ou d'Athènes, et ils continuèrent à élever des temples dans un ordre purement pharaonique, aussi longtemps qu'ils travaillèrent en l'honneur de leurs dieux nationaux.
« Aucune famille royale n'a du reste plus bAti que les Ptolémées sur les rives du Nil. Non-seulement ils ont restauré et complété les anciens sanctuaires, mais ils ont élevé à nouveau des temples nombreux. En Nubie, c'est Dakkèh, Kalabchèh, Debout, Dandour; c'est surtout Philae, île charmante dont ils ont fait un site peut-être unique au monde. En Egypte, on citera Ombos, modèle d'architecture puissante, g&té malheureusement par le mauvais style du temps ; Esnèh, qui serait moins détestable , si nous en connaissions les parties enfouies sous la ville moderne; Erment, presque tout entier détruit. Tout en ornant Alexandrie d'édifices somptueux, dont nous ne pouvons plus juger aujourd'hui, les Ptolémées n'oublièrent pas non plus Thèbes. Sur la rive gauche, Déir-el-Médinet et le petit temple situé sur le Birket-Abou sont de leur temps; sur la rive droite, ils firent élever la grande porte isolée qui est tout à fait au nord de Kamak; l'autre porte de môme modèle, sous laquelle on passe en arrivant de Louqsor au temple de Khons, et enfin le petit édifice situé à côté de ce temple. Que dire de Dendérah, monument hors ligne dédié aux dieux du pays en l'honneur de Césarion? que dire surtout d'Edfou? les textes inédits s*y comptent par centaines de mètres. Enfin, rappelons qu'à EUKab, à Môtanah (pi*avince d'Esnèh), à Akhmin, à Behbit (près de Mahallèh-el-Kébir) et en bien d'autres localités, les noms des Ptolémées se montrent, et qu'il faut aussi leur attribuer la partie la. plus belle de la tombe d'Apis à Saqqarah, ainsi que les gigantesques sarcophages qui s*y trouvent » (Mariette, ibid,, p. 187). C'est enfin sous un de ces princes que fut gravée cette pierre de Rosette^ qui permit enfin de retrouver les alphabets et la langue de i'ancienn^ Egypte (Y. ci-après, Hiéroglyphes).
La domination romaine ne fait plus qu'accélérer la décadence de Tari égyptien. Le despotisme des Césars ne s'occupe que par intervalles de cetti province éloignée. « I/es préfets élèveront bien encore à Alexandrie quel ques monuments, parmi lesquels on comptera la colonne de Pompée; à Anj tînoë (Cheikh-Abâdeh), Adrien bâtira toute une ville; il construira à AnHj nous, son favori, un tombeau digne des anciens rois, qu'il fera précéder 4^ sphinx et d*obélisques (l'un d'eux est maintenant à Rome sous le noÉ d'obélisque Barberini) ; à Kalabchèh, à Dandour, à Dakkèh, à Philae mémi à Edfou, à Esnèh, à Erment, à Dendérah^ les empereurs firent bien contj nuer Tœuvre des Ptolémées. A travers cette apparente prospérité, mille d gnes de décadence s'aperçoivent déjà. Le bel art des Khoufou , des OusoÉ