ARCHITECTURE. — TEMPLES
sidQ (oatrOsauT nos sens, quel jugement devons-nous porter sur eux ? Laissons la parole à Téminent critique des arts que nous avons déjà cité :
> les temples de Tlnde sont profonds, dit M. Charles Blanc [Grammaire
âaâfU du dessin^ livre I, chap. vm), les temples de TÉgypte sont larges,
les élises chrétiennes sont hautes, et ces contraintes répondent à des reli-
.zioss différentes ; ils expriment des pensées.... les idées religieuses des
E^fptiens contribuèrent puissamment à cette prédilection pour une stabi-
u*i à Iz fois réelle et apparente. Ils croyaient fermement à Timmortalité
de nme et ils désiraient Timmortalité de la matière, pensant que cette
Ise immortelle rentrerait dans son corps au bout de mille ans.... leurs
U'^&èetoz étaient bâtis pour des siècles; leurs temples même avaient une
soWsnité sépulcrale, et leurs statues, rigides comme des momies, sem«
bà.2i faites pour perpétuer cette image de la mort, qui, sans les épou-
n>:er , étadt toujours présente à leur esprit. Un peuple ainsi préoccupé
é à vie future, et qui l'espérait immuable, un peuple qui a conservé des
cadavres plus de quatre mille ans, devait développer dans son architecture
L2 dimension qui assure la solidité de Tédifice et en présage la durée sans
ia. Vimmense largeur des hases devait être le trait caractéristique de ses
mimumenl^. Murs, piliers, colonnes, tout, en effet, dans la construction
é^ptienne est robuste, épais et court. Et comme pour ajouter à Tévidence
de cette inébranlable solidité, la largeur des bases est augmentée encore
par une inclinaison en talus qui donne à toute l'architecture une tendance
pyramidale. Les pyramides elles-mêmes, celles de .Vemphis, dont la plus
irrande est le monument le plus élevé de la terre, sont assises sur une base
énorme : elles sont beaucoup moins hautes que larges. La pyramide de
Cbéops, par exemple, a 233 mètres à la base primitive, quand la hauteur
▼ivticale n*est que de 146 mètres, c'est-à-dire que la base est à la hauteur
exactement comme 8 est à 5. Ainsi tous les monuments égyptiens, même
ceux dont l'élévation est célèbre, sont cependant plus étonnants encore par
rétendue de leurs dimensions en largeur, dimension qui les rend et les
£àit paraître impérissables, éternels. »
Dans les temples encore, la force, la solidité, la durée ont certainement été recherchées plus que Vélégance. L'ensemble de la construction est massif et relativement peu élevé. Les parois extérieures sont toujours inclinées en talus, ce qui ajoute à l'aspect de solidité de l'édifice. Les ouver* tares étroites et peu nombreuses n'admettent à l'intérieur qu'un demi-jour discrètement ménagé.
Dans cette disposition générale, tout est calculé pour agir sur l'imagina* lion, et frapper l'esprit d'une profonde impression religieuse. Aujourd'hui encore, dans leur état de dégradation, privées de ces avenues imposantes, de ces pylônes aux dimensions monumentales qui conduisaient au sanctaure, ces immenses constructions éveillent dans l'ftme du voyageur un sentiment involontaire d'étonnement et d'admiration. Tout est simple et sérère, mais d'une simplicité qui n'exclut ni la grandeur ni l'harmonie. Jamais la ligne architecturale n'est tourmentée ni brisée ; jamais les ornements ne distraient de l'effet d'ensemble. Ce n'est qu'après avoir Èxibi cette impression première qu'on revient, par l'examen et la réflexion, à la froide appréciation de l'art égyptien. Il faut reconnaître que le sentiment du beau, tel que l'ont conçu et consacré les Grecs, est étranger à l'Egypte. L'art du
dessin ne s'y est jamais élevé jusqu'à la conception des li^es et des plans qui constituent la perspective, défaut qui du reste est commun (ceci est un fait très-remarquable) à toutes les nations de TAsie sans aucune exception. L'esthétique égyptienne se concentre tout entière dans le grand, dans le gigantesque. La statuaire, comme la peinture, est enchaînée dans des formes de convention, qui en excluent en quelque sorte le mouvement et la vie . Sous tous ces rapports, l'art égyptien n'est jamais sorti de son étemelle enfance. Tel il se montre dans les tombeaux de la plaine de Memphis plus de 4000 ans avant l'ère chrétienne, tel on le retrouve au temps des Ptolé* mées et des Césars. Les détails secondaires, les procédés, la pratique, la faire, ont pu se perfectionner à certaines époques ; la conception première n'a jamais varié. Et avec tout cela il n'en est pas moins vrai que l'effet général des monuments égyptiens est imposant au plus haut degré, et que les tableaux religieux ou historiques qui en décorent les parois, malgré le défaut de dessin et de perspective, contribuent de la manière la plus heu» reuse à l'ornementation de l'ensemble. Il faut dire aussi que la signification historique de ces vastes compositions, aussi bien que les caractères mystérieux qui les accompagnent et les expliquent, entrent pour beaucoup dans l'impression qu'on en reçoit.
On voit, d'après ce que nous venons de dire, qu'un tableau général de l'ancienne civilisation égyptienne serait nécessaire au voyageur pour la parfaite intelligence des scènes variées dont les monuments lui offrent de s fréquentes représentations; nous ne pouvons qu'esquisser ici ce vaste sujet, en renvoyant, pour plus amples détails, à des ouvrages spéciaux; mais nous donnerons dans les paragraphes suivants des notions sommaires sur les trois points les plus utiles à connaître, c'est-à-dire sur les caractères hiéroglyphiques, dont le déchiffrement nous a rendu la langue de l'ancienne Egypte, sur les divinités égyptiennes et les figures décoratives qu'on trouve à tout moment dans les monuments, enfin sur les mœurs générales des anciens Égyptiens, telles que nous les voyons représentées à chaque pas, dans les chambres funéraires par exemple.
S 4. fioritures hiéroglyphiques. — Â la vue des monuments égyptiens on est tout d'abord frappé des figures innombrables, qui sont tracées sur leurs parois, et qui constituent non-seulement une décoration riche et variée pour les surfaces un peu nues que laisseraient leurs grandes lignes architecturales, mais des documents historiques aussi précieux qu'incontestables, depuis que la science moderne est venue montrer que ces figures sont en réalité une écriture courante, retraçant en longues inscriptions le nom des souverains qui ont élevé ces monuments et les grands événements qui ont signalé le règne de ces rois. Le voyageur sera sans doute satisfait de trouver ici quelques notions élémentaires sur les écritures de l'ancienne Egypte; et nous sommes heureux de lui présenter le résumé suivant que nous devons à l'obligeance de M. F. Lenormant et de M. Maspero.
Les Grecs ont donné le nom à*hiéroglyphesy c'est-à-dire « sculptures sacrées >, à l'écriture nationale des Égyptiens, composée tout entière d'images d'objets matériels. Bien que très-impropre, ce nom a été adopte par les modernes et est si complètement passe dans l'usage, que l'on ne saurait plus aujourd'hui le remplacer par une appellation plus exacte. Ni les Grecs ni les Romains, quand ils ont été les maîtres de l'Egypte, n'ont cherché à
£GRITUK£S HIÉROaLYPHIQUËS. 105
«ffisinilre de la fiiçon de lire cette écriture, qui leur paraissait un arcane et dâot cependant les indigènes continuaient à se serrir sous leur autorité. Pendant des siècles et des siècles, le déchiffrement des hiéroglyphes, pour .tqati les écrlTrains classiques ne fournissaient ainsi aucun secours, est de- 3£Q7è enveloppé de nuages mystérieux, et Ton désespérait de jamais parv»if à les dissiper. Le génie pénétrant d'un Français est enfin parvenu, il q'I ^ gu^e plus de cinquante ans, à soulever le voile. Réalisant, par un pruàgieiiz effort d'induction et de divination, la plus grande découverte du Z2X*&ècle dans le domaine des sciences historiques, Jean-François Chàmpo£j(ii, né à Figeac (Lot) le 33 décembre 1790, mort à Paris le 4 mars li3!, parvint à fixer sur des bases solides les principes de la lecture des béi^yphes. Nombre de savants l'ont suivi dans la voie qu'il avait ouverte ; eesQBt principalement MM. Ch. Lenormant, Nestor L'Hôte, Ampère, E. de ^isé, qu'on a justement appelé le second fondateur de ces études, Hanstitf Chabas, Devéria, J. de Rougé, Maspero et Pierret en France; MM. Lepin:5,Bnjgscti,Duemlchen,Lauth,Eisenlohr,en Allemagne; MM.Bircb, GoodwïQ et Lepage-Renouf en Angleterre. Par leurs études approfondies et persë?érajites,la découverte de Cbampollion a été perfectionnée et complétée, les résultats en ont été étendus. Elle ne saurait plus être mise en doute par penrane, et les hiéroglyphes de l'antique Egypte se traduisent avec autant de certitude que les livres de la littérature classique. Il n'est plus possible, dans réut actuel de la science, de soutenir, comme on l'a lUt pendant si longtemps, que les hiéroglyphes étaient une écriture mystérieuse, réservée seulement aux prêtres et les maintenant seuls en possession du dépôt des connaissances. L'écriture hiéroglyphique se retrouve partout, sur les monuments publics, et sur des objets de la vie domestique, dans les récits historiques^ et dans les éloges des rois destinés à la plus grande publicité, s'adressant à la postérité la plus reculée, comme dans l'exposé des plus subtiles doctrines de la religion égyptienne.
Peutrétre n'est-il pas inutile d'expliquer par quelle série d'opérations In* telleetuelies Cbampollion a dû passer pour arriver à résoudre ce problème qui semblait insoluble.
Le point de départ de ses études fut la célèbre pierre de Bosette * qui portait en trois étages superposés une triple inscription, l'une en caractères hiéroglyphiques, l'autre en caractères dits démotiques (voy. ci-après), la troisième en grec. Le déchiffrement de l'inscription grecque était facile pour les savants : c'était le texte d'un décret voté par l'assemblée des prêtres égyptiens sur les honneurs à rendre à Ptolémée Épiphane à l'occasion de son couronnement. Il était infiniment probable que les deux inscriptions hiéroglyphique et démotique n'étaient que la reproduction de l'inscription trrecque en langue égyptienne, et avec les deux alphabets en usage dans le Delta à l'époque des Ptolémées. Si l'on connaissait la langue parlée par les anciens Égyptiens, le problème pouvait avoir une solution : c'était le déchîifrement d'un cryptogramme, et l'on sait que bien des personnes sont, par goût ou par profession, devenues habiles à retrouver un alphabet ohif*
1. Déceaverte à Rosette en tTM» par les Français, et dont les Anglais s'emparèrent Ion de révacnation de TËgypte en 1801. Elle est actuellement à Londres au BrUiMh JfiâMwm.
fré. Quelques-uns de nos romanciers contemporains se sont plu à introduire la solution d'un de ces problèmes dans des nouvelles intéressantes (voy. Edgard Poë, le Scarabée d'or; J. Vernes, Voyage au centre de la terre). If aïs ce qui est relativement facile, étant connue la langue dans laquelle le cryptogramme est écrit, semble impossible s'il s*agit d*une langue perdue. Y avait-il parmi les langues de l'Orient et de TÉgypte en particulier une langue qu'on pût supposer analogue à l'ancien égyptien, ou une popula> tion qui représentât l'ancienne race, tant de fois conquise par des envahisseurs étrangers? Les Coptes formaient au milieu de la population moderne une caste à part, relativement lettrée, et parlant une langue à elle. Jablonski avait déjà, dans la seconde moitié du xviii* s., signalé l'analogie de certains mots égyptiens conservés par les auteurs grecs avec les mots de la langue copte. Dès lors, transcrivant en copte le texte de l'inscription grecque de Rosette on pouvait espérer de retrouver les signes hiéroglyphiques dont l'assemblage pouvait reproduire les mots coptes. Les noms propres et surtout les noms des souverains qui figurent dans le texte grec étaient ceux que l'on devait reconnaître les premiers, et ils devaient être signalés par quelques signes particuliers, comme le sont, par exemple, les lettres majuscules dans nos alphabets modernes. Or, parmi les signes hiéroglyphiques, il y en avait qui étaient entourés d'un cadre particulier (ce qu'on appelle un cartouche}, et c'était dans ces signes que l'on pouvait espérer retrouver le nom des rois. Supposons, par exemple, que les cartouches contiennent, ainsi que l'indiquait l'inscription grecque, les noms de Ptolémée et de Cleopâtre (IITOAMir et KAOIIATP A, avec la suppression facultative de tout ou partie des voyelles : voy. p. 117), il est clair que ces deux noms ont plusieurs lettres communes, que le II, première lettre du nom de Ptolmis, est la quatrième lettre du nom de Cléopatre; que d'autre part, le A, quatrième lettre du nom de Ptolmis, est la deuxième du nom de Clopatra; que l'O est la troisième lettre du nom de Ptolmis et la troisième du nom de Clopatra, de sorte que la comparaison des deux cartouches peut déjà faire reconnalti-c par la répétition des mômes signes, et par le rang qui leur est assigné, les lettres H, .A, T, O, et qu'on en déduit les autres lettres non communes, K, P, I, £, A, ainsi que le sens de l'écriture. C'est par cette méthode que Toung vers 1820 avait analysé les noms propres grecs de la pierre de Rosette et déterminé quelques lettres : mais il crut que le phonétùme (c'est-à-^lire la représentation des sons par des caractères alphabétiques) n'avait été employé que pour écrire les noms grecs, étrangers à VÉgypte, et ne pouvant déchiffrer le reste de l'inscription, il pensa que les autres signes n'étaient que de purs symboles, faisant allusion à des emblèmes ou à des idées entièrement perdues.
Le grand mérite de ChampoUion fut de comprendre qu'il y avait dans cette inscription une écriture phonétique, un alphabet complet qui devait reproduire les mots coptes du texte de l'inscription comme les noms des souverains eux-mêmes. En 1821, ChampoUion analyse plus correctement que Young les noms grecs de l'inscription de Rosette, il reconnaît sur d'autres monuments égyptiens ceux d'autres Ptolémées et de plusieurs empereurs romains. Il discerne, en outre, deux mots de la langue égyptienne dans le texte de Rosette et lit sur un obélisque de Rome le nom d'un pharaon indigène, Psamétik, ce qui fait tomber l'hypothèse de Young. (Voy. la
ÉGRiraRES HEÉROaLTPHlOnES. 107
l^oen» Mffv é Jr« Dacier, Paris, 1821.) Dès lors la découverte est Tirtuel-
jeiaent complète^ et Champollion la développe si rapidement, qu'en
fsclqoes années il rétablit non-seulement les trois alphabets btérogly-
:hiqae, hiératique et démotique, mais la langue égyptienne elle-même^
n mo?«n da copte, qui ressemble autant à la langue ancienne que Fitalien
lualîn, on mieux, le grec moderne au grec ancien. Quand il meurt, en
IS^ aae ans seulement après sa première découverte, il laisse une gramr
«âèf é^ypUenine et un édifice complet^ où il y a beaucoiq> de rectifica^
tic» à &ire, mais où toutes les parties soni fondées d*une manière iné-
'^{ffiâble, lin^istique, histoire, religion.
?'JST en revenir aux hiéroglyphes, ce problème, déjà si difficile, n'était pis fiëme aussi simple que nous venons de Texposer. En effet, si Champolii^ iTait deviné dans les hiéroglyphes les différents signes d'un alphabet tàcoétique, c'est-à-dire de lettres qui, par un groupement analogue à celui é nos écritareSf reproduisent les sons du langage, il avait dû reconnaître ?a même temps que d'autres signes y étaient mêlés en grande proportion, ^'^aiwrd des signes représentant des sytlahes entières, et ils sont assez ^.\T\és pour offrir quelquefois des difficultés sérieuses, puis des idéogram' nés, c'est-à-dire des signes /l(^ttraU'fr, représentant l'objet lui-même, comme iaos nos rébug, ou la partie d'un mot dont l'objet figuré désigne la preoiere syllabe ou la première lettre ; on y trouve enfin de véritables «ym- ^^< dont rintelligence est fournie par les notions acquises sur les mœurs ?t la religion des Égyptiens. A l'origine, il est certain que l'homme a dû ommencer par l'idéographisme pour arriver en dernier lieu au phoné- Usme. Figfurer l'objet lui-même était la manière la plus simple de le rappeler. La figure en devenant symbole a permis d'exprimer ensuite un plus mnd nombre d'idées. Le premier essai de phonétisme se fit par rébw. On en vint à peindre de la même manière des mots, ou des fragments de mots, semblables de sons, mais divers de sens. Le signe de convention tel que la lettre alphabétique suppose une éducation plus avancée.
Nous allons reprendre un peu plus en détail chacun de ces éléments de 'écriture hiéroglyphique. Disons d'abord que le sens dans lequel on doit lire cette écriture présente trois dispositions différentes :
I* En colonnes verticales devant se lire de haut en bas; 2* en lignes horizontales se lisant de gauche à droite (comme notre écriture); 3* en lignes horizontales se lisant de droite à gauche (comme l'écriture hébraïque ou arabe). L$ sens de Vécriture est indiqtiépar le sens dans lequel est tourné le
l»c des oiseaux représentés dans Us caractères. Ainsi fa^ l'oiseau regardant à t^auche indique que l'écriture se lit de gauche à droite (comme le français). L'oiseau regardant en sens inverse , à droite, ^ indique que l'écriture se lit do droite à gauche (comme l'arabe). Certains textes mystiques de la XI* dynastie (tombeau de Ramsès V à Thèbes) sont écrits en rétrograde, c'est-à-dire que le sens de l'écriture y est indiqué contrairement à la règle ordinaire par le sens dans lequel est tournée Va queue des oiseaux représentés dans les caractères. On ignore le motif de cette disposition singulière. Des tableaux que nous donnons ci-derrière, le premier contient Valphahet phonétique, c'est-à-dire l'alphabet égyptien proprement dit, tel qu'on peut Veitraire des textes tracés en hiéroglyphes, et qui forme des mots qu'on
peut épeler comme ceux de nos écritures, sauf la suppression de la plupart des voyelles médiales et finales.