SAINT-MALO
« Sur le rivage de la Mandiez qai forme la Umîte eeptentrionale du département, s'avance en mer, dit M. Paul de la Rigne- Villeaeuve (^Bretagne contemporaine)^ un rocher de granft presque iiolë de la côte, entouré d'écueils où viennent se briser les lames. Sur ce rocher, cooimaniant Temboachure de la Rance, une ciiadelie et une ▼ille murée, e'esV>àHUre un château gothique flanqué rie tours et sommé d'un vieux donjon, le tout relié à une ceinture de remparts d'aspect monumental mais sévère, décrivant one sorte de pentagone irré^ulier; dans mttc prirnintp i" 'trécie,un fouillis, un pèle mêle de rues et de petites places entassées, où l'espace et la lamière sont mesurés avec parcimonie, que bordent de hauts bâtiments variés d'aspect et de forme; là, hôtels somptueux, régu- Hèrement alignés le long des remparts; ici, groupes bizarres et pittoresques de vieilles maisons, étagées sur un sol accidenté ; par dessus toutes ces toitures inégales, amoncelées, un svelte clocher, semblable à un mât de navire, dominant de sa blanche et élégante flèche ajourée les grands combles de i'ancieanc cuiiieiiiale ; en dehors des murailles, un port magnifique et commode, avec bassin à flot, quais et cales de construction i voilà Saint'Malo. •
Saint-Malo, place de guerre de T cl., ch.-l. d'arrond. du dépaiL d'JUeet-Vilaine, V. de 10693 hab., située à rembouchure de la Rance et au fond d'un golfe que forment les côtes de Bretagne et de Normandie, sur la presqu'île d'Aaron (c'était autrefois une île), est reliée an continent par une digue de 200 mût. appelée le sillon et considérablement élargie dans ces derniers temps.
Sa belle plage, son aspect pittoresque^ les sites variés et grandioses de ses environs, y attirent chaque année un grand nombre de touristes.
« De la butte de la Hogoette , dit encore M. de la Bigne, et des dunes de
sable dites les Miels, que côtoie la route de Paramé à baint-Malo, ou embrasse d'on coup d'oeil une des plus ssisissantes
perspectives. En face, la mer à perte de vue; çà et là des écueils émergeant leur^ crêtes noires du sein des vagues tour à
tour calmes, bleues ou unies comme un miroir réfléchissant l'azur céleste, ou bien frânisftint sons la brise et aspergeant lea pointes des rochers de >ur blanche écume; quelquefois agitées, bouillonnantes, soulevant leurs masses irritées et rugissantes sous le souffle de la tempête. Parmi les rocs dispersés à la surface de ce cadre immense, apparaissent quelques ilôts plus considérables portant des forts détachés qui protègent les abords de Saint-Malo. Ainsi on voit,à 8 kil ;tn large, la Cunc.hce^ dont les fortifications furent construites sur les plans de Vauban, en 1689 ; à ro., presqu'en face de l'emboachure de la Rance, le fort de Vile Harbourg: àTextrémité £. de la grande grève, le fort de la Varde; demt Saint-Malo même et à 200 met au N les remparts, le fort Boyaî, complétant les avant-postes de la place. £n dedans de la ligne des forts se dressent l'Ilot du Petit-Bey et celui du Grand*Bey, où repose Château»
briand.
« £n 'faisant le tour des remparts de Saint-Malo, on jouit d'une variété d*a8«
pects qui se trouvent rarement réunis dans un espace aussi restreint Vers le N., c esi ia mer se confondant au iom avec le ciel et décrivant un arc all<mgé par delà les rochers et les forts que nous venons d'indiquer, entre les falaises du cap Frehel et les côtes de Normandie. Le flux et le reflux produisent sur toute cette baie des efTets prodifiieux, Dans les {grandes marées, aux heures du jusant, les flots se retirent à dlmmenses distances, découvrant de vastes plages de saUe fin ■t blanc qui éblouissent l'œil; puis, en remontant, ils atteignent quelquefois, au temps de Téquinoxe, par exemple, une élévation de prés de so pitds (iS mèt.)> et >i le vent pousse la lame du large, elle accourt, en déferlant, rejaillit jusqu'au chemin de ronde du sommet des muraîllei et arrose les toits des maisons voisines.
a Au couchant et au midi , le tableau change ; en face de la rade de Saint-Malo, la côte de Saint Énogat et de Dinard se hérisse de rochers, de caps dentelas, âc promontoires entre -mêlés de criques, d'anses et de petites grèves sablonneuses. Depuis la pointe du Décollé )usqu'à la pointe de ia Vicomté, l'anse de Dinard s'arrondit et se creuse ians sa couronne de verdure abritant, avec les ruines de son prieuré du xrv s., le mystérieux réduit de Port-Nican; tandis que, en revenant ail Hec He la Vallée, l'œil se repose, paruu ieâ rociicid, sur les maisons, les
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villas du nouveau bourg qui grandit chaque année et que domine le clocher de rëgU tt RomlleBMNit «onstralte.
«Dans un rayon plus rapproché, toujours dans la direction du S., le regard rencontre le mamelon granitique qui porte le fort d9 ta Cité, et qui, avac le briselame hardiment jeté en avant du bastion de Saint-Louis, protège l'entrée du port. A Tarrière plan, Saint Servan groupe ses habitations et s* s larges rues, mêlées de jardins, qui s'étendent depuis le port de Solidor, sur la Bance, jusqu'au bassin à flot. Ce bassin occupe la grève spacieuse qui sépare les deux villes. Le touriste placé sur les quais ou les remparts de Saint-Malo a devant lui, vers l'orient, Itoenal maritime^ et, sur le Talard, les nombreuses nsines nécessaires à la construction et à l'armement des navires, enfin les bâtiments, nouvellement édifiés, de la gare du chemin de fer. Bn avançant vers TE., le terrain s'élève graduellement dans la direction de Paramé, les bouquets d'arbres, les villages et les hameaux se soccèdent, s'étagent ; et le tout est dominé par le tertre de la Montagne Saint-Joseph, aux pieds de laquelle passe la voie ferrée. »
Histoire.
Sur cet îlot de L'ranit qu'enceignent des murs noircis, vivait au vi«^ s., vis-à-vis de la dté d^Aleth (aujounl'hnl Saint-Servan), un cénobite nommé Aaron, abbé d'un monastère dans lequel il accueillit Malo ou Maclou, evéque Cambrien, fuyant par humilité les fonctions épiscopales «»• quelles il venait d'être élevé dans la Grande-Bretagne. En 543, Malo succéda à Aaron dans le gouvernement de son monastère, puis, ayant annoncé la parole de Dieu aux Alethiens et les ayant conquis à l'Évangile, il en devint le premier évéque, malgré sa résistance-
Les successeurs de saint Malo résidèrent à Alelh Jusqu'au Xli» s.; alors l'évéque Jean, surnommé de la Grille, transféra en 1144, à nie d*Aaron, qui prit le nom de Saint-Malo de l'Ile, le siège épiscopal fondé depuis plus de cinq siècles à Aleth.
Les évéques de Saint-Malo, qui prétendaient à la souveraineté de leur ville, gardèrent, à ce qu'il semble, la neutralité pendant les lon^f»n<'8 (]uerelles de Charles de Ulois et de Jean Uc Montlort, mais ils se révoltèrent contre le dve Jean IV, en 1384 et 1387, et remirent la ville au roi de France Charles VI, qui la retint jusqu'en I4lé. Ka 1488, l'armée de Charles ViU
s'en rendit de nouveau maîtresse; Anne de Bretagne en augmenta les fortifications en 1498, et ta fllle Olandt de nance y fit
son entrée solennelle en 1518, accom' pagnée du roi François Charles ix et sa cour séjournèrent quelques jours à Saittt-Malo en i$70. k la mort d*Renri m,
le gouverneur Honorât de Bueil, comte de Fontaines, ayant voulu faire reconnaître Henri IV des Malouins, fut obligé de consentir avec enx à nn aecommo»
dement portant que la villr- de Saint- Malo ne prenrlrait aucun parti, mais qu'elle se conserverait indépendante et neutre, eotts Tantorlté dn gouverneur, jusqu'à ce que la France eût un roi cathol!f|iie, reronnti par les États généraux du royaume ie^iiLimement assemblés. Sur ces entrefaites, le roi de Navarre ft^étant avanc f jusqu'à Laval, le gouverneur, convaincu qu'il entrerait en Bretagne, déclara que s'il se présentait devant 6afM>Malo, il ne pourrait se dispenser de lui en ouvrir les porter. Les Malouins alarmés songèrent à éviter ce péril} ils jurèrent la du comte de Fontaines. Leur cov* rage, éprouvé par les combats de mer et les voyages de long cours, leur amour de la liberté aiguisé par le fanatisme reli- gieux, leuir firent concevoir respéraneede pouvoir secouer le joug de l'autoritr^ royale et se gouverner h l'avf nir en République. Pour obtenir ce résultat, iis conçurent le hardi projet d'escalader le ch&teaa et d'exterminer la garnison, projet qu'ils exécutèrent dans hi nuit du il mars 1490.
Les Maiouius ne s'en tinrent (Mis là; ils emprisonnèrent leur évéque & son retour de Rome, dans la crainte qu'il ne voulut faire valoir l'autorité temporelle qu'il exerçait sur la ville, conjointement avec le chapitre; et, pendant six ans, ils gardèrent euX'mi"mp5? leur ville et !»^ur château, suivant les lois qu'ils avaient établies, refusant constamment de recevoir un gouverneur des mains du dttC de Mercœur. Toute lu part qu'ils prirent à la guerre fut de ruiner et de faire raser quelques châteanx do voisinage, dont lei garnisons les incommodaient. Enfin, voyant la décadence de la Ligue, ils se donnèrent, en 1594, à Henri IV, qui leur accorda des lettres d'abolition ponr tent ce ({u'ils avaient fait pendant la Ligue.
Avec le xxu" s., les expe litions maritimes de Saiul Malo prirent une grande eKteMion. Les armatenni maloains équipèrent une flotte pour renforcer c lie du roi, lors du siège de la Rochelle, i-ri l'^ivj, et se rendirent surtout leduuloiiicâ dauâ
France ( BrrLi^iir ) |»ai AI). .»OA.\ .NE