DE SAINT-NAZAIRE AU GROISIG. [ROUTE
par le Pouliguen et le bourg de Batz.
Cette route, contournant à dr. la butte
qui porte le moulin de Trc'inéac, longe ensuite, du même côté, les marais salants et à g. les dunes d FscouUac pendant 5 kil. environ , jusqu'à l'étier du PouligueUi que Ton franchit sur un pont de construetion récente.
19 kil. Le Pouliguen (son nom signifie en français petite baie blanche),v. de 991 bah., détaché naguère de la commune de Batz, oiïi e aux baifaneurs une des ])lns l)elles plages de la côte. Aussi le Touligucn est-il particulièrement fréquenté par les familles qu'effarouchent le luxe et Tagitation mondaine de rétablissement du Croîsic; mais les auberges y sont rares, et il faut se loger chez les habitants. Depuis quel([ues années, de jolis villas à balcons couverts ont été construites le long de la plage.
On i:emarque au Pouliguen : — une église neuve, dans le style du XII* s.; — un petit port honU de jolis quais j — la belle ni/a de M. d Esg-rigny ; — et la promonade ombragée du Mail. — Une raHineiie de sel a été établie récemment au Pouliguen.
« La baie du Pouliguen, dit M. Hipp.
Éti nnez {Guidedu voyageur à Xa nies et aux environs) , offre un m^ignifique coup d'ail. A dr- se dressent les rocliers pyramidaux de Pairtchâkau (chapelle renfermant un curieux basrelief en albfttre); à g. se déroule en demi-cercle , sur une longueur de 6 à 7 kil., la grève durcie qui borde à mer basse les dunes moutue uses d'Escoublac; cette grève se termme par une nouvelle série de rochers, qui commence au village de Pomîchet et se prolonge jus(iu*à la potrUe de Chemottitn. Uevantvous s'élèvent les plus redoutables écueils de l'entrée de la Loire : ici, vis-à-vis de Painchâteau , ce sont les Éven, entourés de leur banc de saldc ; là , en face de Pornichct, est Baguenau {Bach* naos^ canal peu profend;; à côlé, se dresse le fameux rocher de Fierre- Percée ,
qui ressemble à une arche de pont jetée sur la mer ; rien de majestueux que le bruit des lames s*engouffrant daW celte ouverture éternellement béante. Enfin, un peu plus loin, sont les Grands eiles Petits-Charpentiers, Derrière tous ces écueils, à Tborlzon, en aperçoit la Pointe-Saint- Gildas, limite extrême de la rive g.
de la Loire, et, bien au delà encore, quand le temps est clair, le phare du Pilier et l'île de Noirmoutier. v
Au delà du Pouliguen, la route traverse des marais salants qui dépendent de cette commune, mais qui se rattachent, au N. et à PO., aux im* menses salines du bourg de Batz et de Guérande {V. ci-desso ;s). A dr, se montre le ha-n. de Rnffiat.
21 kil. Kermoisaiiy hameau de 235 Lab , dépendant de la c. de Batz.
22 kil. KenaUety ham. de 588 hab . , où Ton rejoint la route du Croisic à Guérande (F", ci -dessous). ~ On laisse à g. Beauregard et Kerdréan, puis à dr. Kerbouchardf en face du Bourg de Batz.
23 kil. 1/2. Le Bourg de Batz (hôt.
des Voyageurs; <^ on trouve aussi à
se loger dans les maisons particulières), ch.-l. d*une c. de 2998 hab.,
est situé sur une dune qui domine la mer et dans une jtresqu'île qui formait autrefois une He renfermant seulement les bourgs de Batz, du Croisic et du Pouliguen. Peu à peu, l'espace compris entre Plie et la terre terme s'est transformé en marais. A 1 appui de celte opinion, on peut riter le cariulaue de Redon, écrit au Xii= s. et qui, dans une donation de salines, s'exprime ainsi : In insula qux rocotur Batx,^ Il suffit d'ailleurs, dit encore M. Étiennez, d*examiner avec soin la configuration de cette bande de terre, pour se convaincre qu'à une épnqtie plus ou njoins reculée, avant Taccumulatiûn des dépôts sabbaineux qui remplisseni le fond de la baie du Croisic, Fétier du Pouliguen devait communiquer avec le Traict (vastcbale à 1 E. dtt Croisic).
[ROUn 84] LE POUUGUEN. — LE BOURG DE BÂTZ. 533
Si l'on en croit Strabon, l'Ile de Bau était originairement habitée par det fem<
meA samnites, espèces de prétresses en délire qni venaient s'y livrer, loin du regard et du commerce des hommes, à Contes les pratiques d*mb religion eroelle et insensée. «Ces femmes, dit-il, sont vouées au culte de liacchus et ne pprmettent à aucun homme de s'introduire «Q mtifeii d*ellee: nne fols chaqae année elles (It^trnisent le toit de leur temple, qu'il h ur f.tut rétablir ie même jour. Si i une d eilei», chargéd des malériaux destinés à ce travail, a la maladresse de les îaisjcr choir à terre, ses compagncn la saisissent, déchirent son corps et en pro mènent les lambeaax aotour du temple, en poussant d'horribles cris do foreur. •
Certaines coûtâmes locales, conservées jusqu'à la Revolutioa , auraient pu être oonsldérées oommo on sooTenir de ta tradition rapportée par Strabon. m Chaque année, dit m. Caillo, dans ses Note$ «iir le Croisic, la veille de la mi-août» les femmes de cette petite Tlilo, réunies en troapes nombreoses, se rendaient à une certaine pierre celtique appelée Pierre- Longu*^ et se livraient autour du monument à des danses animées et broyantes.
Malheur à la jeune fille qui, dans les bru*îques mouvements de ces danses symboiiiiues, venait à toucher la pierre consacrée par les antiques superstitions :
pour elle, pas de mariage dans l'année, et des hurlements de joie proclamaient sa mésaventure. Le jour de la Quasimodo, les Croisicaises, rangées en cercle, étaient aussi dan*? l'usng ; le ?;(; jeter de main en main tous les ustensiles de poterie qu'elles avaient pu recueillir. Maibeur encore à celle qui laissait choir la Tase qu'on lui lançait; ses compagnes se précioiUiient sur elle et lui infligeaient, au flulieu dos cris de joie, le ohàtimont d6 i sa maladresse.
« Aujoard'huî encore, do reste, les danses caractéristiques du Croisic et du Bourg de Bats sont des rondes si effrénées, si vertigineuses, qnll peut être permis d'attribuer leur allure entraînante à d'autres inspirations qu'à celles du plaisir. »
Quoi qnll en puisse être de Tezlstenee de ces femmes sam:iites , attestée aussi pnr Plolémée d'Alexandrie qui place des Samnites au S. des Venètes (appropinquantn Ligeri /liiet'o), il parait plus certain que nie de Batz était, au vi* s., habitée par des Saxons que saint Félix .
évèque de Nantes, convertit au christiattiflias le joQr do Pâques do Tannée 557.
La population actuelle, par sa mine fière, son teint bisne et sa haute stature,
parait être la descendance pure et sans mélange do cette tribu saxo-inr. par on prodige historique dont on ue rencuntre ailleurs aueun exemple, dit M. Hyppolytc Étiermez. îan lis que partout les ra^es succédaient aux r:ices et si fondaient entre elles, les caludiers ou sauniers du bonrg de Bats, adossés do cCld de la mer à des rochers inaccessibles, séparés de tous leurs voisins par des dunes ou des marais infranchissables, conservaient dans toute sa pureté primitive leur type originel, qui contr iste si fort aYSe celui des paysans des environs.
« Aujourd'hui encore , en dépit des adoncissoments nombrenx Introduits dans nos mœurs, ces homme'» et ces femmes persistent orgueilleusement à ne se marier qu*entro eux; Us no forment pour ainsi dire qu'ans seuls famille et la confusion des noms est devenue telle, qu'il leur a fallu, pour se distinguer, y sobstituer l'usage des sobriquets. »
Quant au costume, aucun autre ne présente à l'œil ni plus d'origindité ni plus de magniticence. Mais comment, sans le secours do pinceau, rendre Teffet de ce chapeau à larges bords garni de chenilles de couleur et si étrangement relevé sur le côte en pointe ou en corne, signe Symbol ique qui fait reconnaître les trois phases de la vie du paludier (le jeune homme porte cette corne sur l'oreille; des lu'il est marié, il la tourne par derrière, et, s il reste veuf, c'est la pointe en avant qu'il devra offrir aux regards); cette collerette de mousseline, qui se rabat sur les épaules comme dans les portraits de Raphaël ; ces nombreux gilets, tous do longueur différente et superposés par étapes, de manii'rrî à laisser paraître les bandes de couleurs variées qui en garnissent les bords inférieurs; ces vastes hraiss plissées en toile fine, serrées an genou par des jarretières flottantes retenant des bas de laine blanche ; ces ssndales d*nn jaune pâle : tel est le costume de cérémonie d'un paludier.
Ce n'est qu'après le mariage qu'il arliore pour veste de dessus la couleur écarlate. Pour le travail, il no porte qu*une Diouso blanche, des culottes bouffantes et des guêtres de toile, au lieu de bas.
« La jupe des femmes change aussi de couleur solvant leur état de jeune fille ou de femme mariée. Elles sont générnîeraent jolies, blanches et fraîches, ei annoncent une constitution d'autant plus robuste qu'elles dlssimnlent oomplétement leurs
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foraiM sons one sorte de plastron, nerf*
fiant souvent dans 1 ou r toilette d'apparat la grâce 4 la richesse. Leur coiffe étroite, formant une pointe derrière la tétô, est imttachée aonsle menton. Unconal ronge, avec de larpps manches à revers, «f. un plastron carre, vert, bien ou broche en foie, recouvre la poitrioe i plusieurs jupes de dimp k plis serrés ; une livrée ou ceinture, large ruban de soie soovent broché de fleurs d'or ou d'argent, comme la pié- «ette et le mera des mancbee, relève la jope de dessus et se noue nir les hanches : un ample tablier de soie, violet, vert émeraude ou orange ; d'élégants bas de laine, rouges on Tiolets, à iborobettes de' couleur-, des espèces de mules de religieuse pour chaussures: voilà la toilette d'une paludière.
« C'est surtout aux processions dn sacre, ou mieux encore les jours de noces, qu'il faut les voir déployer la pompr l'originalité de leur costume. Le plus souvent, on se rend à l'ègUee en cavaleade; les bâts des chevaux ou dos mules sont tous recouverts d'une maguifiqué draperie blanche ; chaque cavalier porte en crou pe une jeune fille assise de côté derrière lui et qui se ti^nt h son cavalier en lui passant un bras autour du corps. Le marié et la mariée ouvrent la marche sur la même mule. La mariée se reeonnatt, indépen> damroent de sa couronne et de son bouquet avec une petite sainte vierge au milieu , aux dorures qui enrichissent à profusion sa toilette. Un plastron de drap d'or In! Tf^coDVTf în poitrine- ijne livrée brodée d'or retrousse son jupon; des paillettes d'or étincellent aux foureliettes de ses bas.
« Quelquefois — funeste présage ! — ce cortège se croise avec un auire. Ici les iemmes sont encapuchonnées dans une espèce de demi-mante en laine noire, rer^îvif f'Ttérip'uremcnt d'une toison trèslongue et trèâ-fournie; prèid'elles s avancent gravement des hommes enveloppés dans de grands manteaux de drap noir coupes h l'espagnole et le bord relevé du cbapeau tourné en avant. C'est le costume de deuil....»
Les mœurs et les costumes des habitants de Trégaté, de Kermoisan,de Kervallet et de Rorâat, villages voisins dépendants du Bourg de Bats, on peut y Joindre Saillé. quoique plus éloigné, - offrent une gran Je ressemblance avpc les mœurs et les costumes des hubitanb du Bourg de Batz.
Bn outre, plusieurs de ces villages ont conservé i'nsage do la langue brstonnt,
qui n'est pins parlée en aucun autre lion
au S. de l'emboucluirn dn la vilaine. Il ne laut pas, cependant, confondre la population de ces villages avec celle du bourg principal. « Gardcs-vons, dit à son tour ymWç Souvestre, de preniire une femme du Bourg de Batz pour une femm e de Saillé ; votre erreur lui semblerait une offense. De mœurs plus sévères que leurs voisins,, les habitants de Ratz n'envoient point leurs filles trafiquer à la grandê vt/le (Nantes); ils les gardent près d'eux, au milieu de la pure atmosphère du travail et de la famille, dans cette ignorance des tentations qui est la moitié de la vertu... »
On retrouve an Bourg de Bats les habitudes hospitalières du Léonais et de la Cornouaiiie. « Ici, l'étranger est reçu avec empressement , presque avec reconuiasance. Les soins qu'il accepte sont tenus à honneur; s'il veut les récompenser, le paludier répond avec une fierté cordiale qui est la grâce du pauvre : «.Le plaisir de vous voir nous a payés »
« L'ameublement des maisons du Bourg de iiatz est plus riche que celui des fermes armoricaines ; il n*est point on chêne noir, mais en bois rouge et vernis. Les principaux meubles sont des armoires à portes sculptées, un buifct surmonté d un vaisselier gsmi d'assiettes à fleurs coloriées; une petite table basse et triant:ulaire sur laquelle on pose le plat desline au repas de la famille, et des bancs à dossier placés près du lit. Ce dernier, très élevé an* dessus du sol, e'^t orne de quatre colonnes torses qui supportent un baldaquin orne de festons; des rideaux de serge vorte Tentourent. Deux longs saos bourrés de sarment sont surmontes d'une paillasse, puis d'une cossette de plume, et le tout 8*élève assez hant pour qu'il y ait à peine la passée sous le baldaquin. Ceci est le comble du bon goût et de l'opulence, on gnrnit le chevet de trois oreillers bordés de dontoUes et qnelqueii»is rusouvsrts do velours.
« Contre l'ordinaire de ce qui se voit dans le reste de la Bretagne, les cheminées sont petites ; un des cotes est occupé par un coffre dans lequel on renferme la potsrie destinée aux usages familiers. »
V église du Bourg de Batz, dédiée à saint Guénolë, était primitivemeiit un prieuré de Tabbaye de Landévenneo (r. R. 6, p. 287), fondé en 945 par Aiaio Barbe-Torte, comte de
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