‹ Itinéraire général de la France (volume 2)Chapitre 218 sur 257 · ROUTE 84] LE BOURG DE BATZ. — MARAIS SALANTS · texte numérisé non relu

ROUTE 84] LE BOURG DE BATZ. — MARAIS SALANTS

Vannes etde Nantes. Cotto église, jtlusicurs fois reconstruite, a consîervé quelques travées duxiii* s. et appartient presque entièremeat au style ogival. Ledocher, renversé par la foudre en 1657, a été remplacé en 1677 par une tour carrée, haute de 60 mèt. et terminée en coupole. L'intérieur de l'édifice oHie un aspect iiTégulier. L'axe du chœur, dont la voûte est ornée de peintures, présente une déviation trop sensible sur l'axe de la nef. Une des clefs de voûte du collatéral N. figure un homme déchiré par sept monstres hideux, images des sept péchés capitaux. Les autels et les peintures se distinguent par leur mauvais goût.

L'église du Bourg de Batz était, en 1866, en voie de restauration.

Près de l'église, du côté de la mer, les ruines de la chapdie de Notre- Dame du Mûrier présentent encore de jolis détails des xv et xvr s. — Plus loin, près de la côic, se voit un menhir de plus de 2 mèt. de hauteur.

Des travaux ont été entrepris, il y a quelques aimées, au Bourg de Batz, pour rétablissement d'un port, mais la côte, trop ouverte et hérissée de rocbers, sera toujours peu accessible aux navires, et ces travaux ont eu pour principal résultat d'améliorer Il ] ln^^e que fréquentent quelques baigneurs.

La pjincipale ou f)lutôt la seule industrie du Bourg de Batz, et des villages environnants jusqu'à Guérande, c*est Texploitation des marais salants.

« Les Buvate Miaule, dit Ëmile Souvestre , consistent en compartiments disposés de manière à faciliter l'évaporation de l'eau de mer et la cristallisation du sel qa'elle contient. Cette eau monte i chaque marée dans les étiers, espèces de ca^ naux bordés de chaussées servant de chemins et qu'on nomme bossis: l'e&n passe ensuite par un conduit souterrain, la cn«/, dans la vasière où elle commence à s'é^- • porer, pui^ dans les cobiers^ les fares, les adememetreSf et elle entre enûn dans les

œillets, on le sel se forme déûnitivcmeTit (l'exhaussement du solides vasières ne permet de les remplir ou d'en renouveler l'eau que pendant les re99rdie», c'està-dire pendant les grandes marées de Ja nouvelle et de la pleine lune). Le nombre des compartiments soccessifs dans Imquels l'eau est ainsi promenée diffère selon les salines. Les unes sont plus sîm' pies, d'autres plus compliquées, mais toutes tendent au même but ; bdUler l'évaporation du liquide. Le paludier y aide en venant l'agiter de temps en temps.

«« Pendant l'hiver, on laisse les salioes sous Teau afin que la gelée ne poiae point détériorer les clojsotiâ de terfS glaise qui les composent; on les assèdie veis la im d avril, on les répare, on c«rroie le fond de tout les réservoirs afin d'éviter les infiltrations; puis on fait une prise d'eati de mer. Dans les mois de juin et de juillet, cette vrise se renouvelle tous les deux jours; oans les mois d*aofit et de septembre, tous les trois jours seulement. Le dêpiH de sel, h chaque i^riêe, est d'une ii^ut: U épaisseur daus les fortes saunnisotUj ce qui donne cent vingt livres de sel par œillet. On le laisse égoutter sur de petits plateaux réservés entre les crîllets e( qu'on appelle ladures. Les femmes viennent alors le prendre dans des vases nommés gècff^, qu'i^Iles posent sur leur téle, et, courant pieds nus le long des cloisons glissantes de la saline, elles transportent la récolte sur les tnm/9^:Oà elle pst mise en mnlm et recouverte d une enveloppe de terre glaise pour échapper à Taction de la ploie.

a Le sel qui se cristallise à la 8ur£Me forme une e:<pèce de crème blanche qui exhale une odeur de violette et qu'on abandonne aux porttmse» pour laur.aa-

laiie. VI

Suivant M. î^tienne?. la production annuelle de chaque œiiiet est, en moyenne, dt» 1500 kilog. de sel gris ou gros sel, qui se dépose au fond, et de 90 kilog. de «0^ blam: ou menu qni surnage. Le revenu des paludiers devrait dune être assez considérable. Mais le fisc est là qui 8*adjitge aussitt'it, par les droits énormes dont le sel est grevé, la part du lion ; le propriétaire prend pour fermage les trois quarts de la récolte, Timpét foncier «t les grc^^ps réparations étant aussi à «sa charge jet le pauvre paludier, à qui revient seulement on quart pour son travail , n'a qu'une existence souvent précaire, exposé comme il l'est à tous les caprices de la température. «Jamais, dit M. de Fraactie*

DE SÂINT-KÂZÂIRË AU GhOiSIG. [ROUTE 84]

ville, il n'existe de bail entre le propriétaire et le palcdier : les même» salines

fioat enltivées depuis des siècles par les

mêmes famille?. Les propriétaires changent, les paludiers restent, et les pères, regardant en quelque sorte les marais comme leur propriété, en font le partage entre leurs enfants. Les paludiers, riclies sous les franchises bretonnes, sont tombés, depuis rirapôt du sel, dans une pro> fonde misère; ils la supportent avec dignité et la cachent sous les apparences de l'aisance. L'intérieur de leurs maisons bien meublées est tenu a^ee une propreté hollandaise, propreté que l'on remarque sur leurs vêtements et sur leurs sarraux de travail, qui sont toujours de la plus grande blancheur.» Il n'est pas de ville de Bretagne, d'Anjou ou de basse Normandie cù on ne les rencontrât il y a quelqu' s année?, conduisant une iile de mules aux doehettes bruyantes, chargées de sel, qu'ils vendaient ou qu'ils échangeaient contre d'autres denrées , commerce qui porte le nom de troque. Les hommes qui se livrent à ce commerce ne sont pas à proprement parler des paludiers, c'està-dire les locataires des marais, mais des journaliers qui leur viennent en aide pendant la saison du travail, et qu'on nomme saulniers. L'établissement récent de la route de Guérande au Croisic et celui du chemin de fer de Saint-Naxaire ont modifié cette industrie, et le sel se transporte aujourd'hui en charreVes jusqu'au port ou à l'embarcadère voisin. .

Du Bourg de Bats au CroUic, la route traverse une presqu'île baignée à g. par la mer, à dr. par le 1 assiii (lu Grand Traict {V cinlessous).

Toute la lai'geur de cette presqu'île (700 à 800 ma.) est formée de dunes improprement appelées la fakttse de Baift et qui, pour être moins élevées que celles d'Escoublac. n'en sont pas plus fertiles. Comme dans les dunes d'Escoublac, quelques puits ou jdutôl <lcs citernes y oui été creusées dans le, sable ; c'est là que les' femmes ♦lu pays viennent s'approvi^oiuier d'eau douce. « Des jeunes filles, la jambe nue et le jupon à demi retroussé, suivant l'usage, s'y rendent ou en reviennent sans cesse, portant ï;ar la tête leurs amphores de grès rouge, dont la forme rappelle les

plus gracieuses poteries de Tantiquité. »

A 1 kiL environ en deçà du Crot-

^ic, on remarque, à g. de la route, la chapMe du Cruci^y fondée, si l'on en croit la tradition, sur le lieu même où saint Félix baptisa, en 557, les Saxons de l'île de Batz. — Avant d'entrer dans la ville, on longe à dr. la base du Mont-EsprUf butte artificielle, âcvée pour donner du travail aux ouvriers nécessiteux pendant l'hiver rigoureux de 1816. Sur cette butte, (le sable et de pierres provenant du lest des navires, se dévelo^ipe une promenade en forme de coluna^n, plantée d'arbres, et du sommet de laquelle on découvre une belle vue sur la mer et toute la presqu'île de Batz, les niarais salants, Guérande, le Boui'g de Balz, le Pouliguen, l'embouchure de la Loire, etc.

"Il kil. Le Groiaic (bôt. Guithré; — pension Jeanne GuUloux; ~ logements à l'établissement des ba\ns

pendant l'été; on trouve aussi à louer, dans les maisons particulières, de nombreux logements avec cuisines), ch.-l. de c, V. de 2416 hab., est un port de mer situé vers Textrémité occidentale de la presqu'île de Batz, à l'O. d'un vaste bassin appelé le Iraict ou le Grand Traict, L'intérieur de la viUe, dont les maisons ont, pour la plupart . leur façade blanchie à la ciidux , uilic un aspect agréad)lè. Les maisons qui bordent les quais du port attirent particullcrcmeut l'attention; presque toutes sont bâties en granit ou du moins offrent des arêtes et des encadrements de granit. L'une d elles a pour gargouilles des canons Laiiics dans cette pierre. L'beureuse situation du Groisic à Textrémité d'une péninsule dont les habitants, leurs mœurs et leur industrie offrent un vif intérêt, y attire chaque année un grand nomLre de baigneurs et . de toiu'iiites.

I « La Crois!c, dit M Étiennex .Guide du

LE GROISIG

voyageur a ^\aiiits et dans ses environs) n'a pas d'histoire propre avant le xiv* t. A cette époque, forcé de prendre parti dans la querelle de Jean de [\:ontfort et de Charles de Biois, il resta consuuimtut ûdèlt k la fortune de MontTort. Louis d'Espagne, avant daller assiéger Guérande, en 1^42, s'était emparé du Croisic, au nom de Charles de Blois; mais le Croi- | sic avait bientôt recouvré son indépen- ' dance. Pour éviter une nouvelle surprise, I^icolas Bouchard, alors capitaine de BnU et do Croisic, et plus lard amiral de Bre- | (agne, fit élever, en 135S, un château sur , remplacement actuel de l'hôtel de ville et de la place de Oioan. » £n outre, une 1 muraille dite la Barrière, et dont il reste quelques vestiges près de la route du Bourg de Batz. séparait dès lors le Croisic du reste de la presqu'île.

Le ebàteao du Groisio fat occupé, en (590, par un corps d'Espagnols, auxiliaires du duc de Mercopur pendant la Lîj^ue. En 1597, le capitaine la Tremblay e s'en empara, au nom dUenri IV, qui le fit ensuite démolir. La Tremblaye imposa à la ville une rançon de 30 000 écus pour la sûreté de laquelle vingt^deux notables habitants s'olfrirent en otage. Ce dévouement fut assez mal récompensé par les Croisicois, qni hiissèrent en prison leurs otages, et ces deruicrs obtinrent à grand que la somme dont ils avalent répondu fût répartie sur toute la paroisse.

En 1759, le maréchal dp Conflans éprouva sur mer, devant le cruisic, une défaite à la suite de laquelle les Anglais bombardèrent la ville pendant trois jours, sans aucun succès.

Au XYII» S., la ville du Croisic était beaaeoop plus importante qu'aujourd'hui, on y comptait douze quartiers dont plusieurs sont aujourd'hui remplacés par des prés et des jardins : la population était de plus de SOOO âmes. La plupart des armateurs du Croisic se livraient alors à l'exportation du sel et à la pCche de la morne. Les guerres de la fin du règne de Louis xiv et la révocation de rédit de Nantes portèrent un coup fatal à cette prospérité.

Aqjonrd*hui le port do Croisic possède 8u bateaux, qui se livrent particulièrement à la ptkhe de la sardine. L'exploitation des marais salants (31 hect.) produit annueUement 13 millions de liilogr. de sel pour le commerce d'exportation, en outre du sel employé sur place pour les con* serves de poisson.

Le Groisis est la patne d'Alain Bou-

chard, auteur des Grandeg chroHiquts de Bretagne, publiées en iSK, et de Desforges-Maillard, poêle du xvrii* s., qui publia, sous le pseudonyme de Mllo de la Malerais, des vers qui valurent à 1 auteur on madrigal des plus galants de Voltaire, d pe, comme les antres, de la mystification.

y église Notre-Dame Pitié , fondôe en 1494 et con<îarrfV en 1507, est surmontée d'un cldchcr (nè m» l.

de hauteur) de k fm du xvii' s. ; le partail du N. date de 1528. L'intérieur, récemment restauré, se compose de trois nefs et d'un bas côté ; il est orné de vitraux modernes. Le chœur se termine j>ar nn mur plat.

Jusqu'en 1764, l'église du Croisic fut une succursale de celle du Bourg de Batz, alors seule paroisse de toute la presquile.

La chapelle Saint-^mufan (! kil.

au N. 0. de la ville) , dédiée ;\ un moine de l'abbaye de Saint-Gildas de Rhuis (xi* s.), s'élève, sur le horti de la rade. Par une hizarrerirque la légende explique seule, son pi^nor^ occidental est bftti sur un petit rqcher qu'il coupe en deux parties, dont Vnnc est en dehors et Pautre en dedans de la chapelle.

Saint Goustan, jeté sur la côte du Croisic par une affï-euse tempête, ne tarda pas à s'endormir. Son lit était le rocher nu : dans sa sollieitnde pour son élu, le ciel avait eu l'aitention d'amollir la pierre, qui depuis conserva toujours Tempreinte miraculeuse de son corps. Lorsque, plus Urd, les Croiticals Toulurent élever i saint Goustan une chapelle commémorap tive de son passage sur la terre, ils eurent soin d'enfermer la pierre dans l'enceinte de l'édifiée; mais tout le travail disparut dans la nuit.

L'expression de la volonté divine était manifeste; on se remit donc à l'œuvre, en prenant cette fois la précaution de laisser la pierre en dehors. Le lendemain même prod'g-^. Alors on se décida pour la disposition actuelle, seule entreprise que le Ciel ait permis d'aoeompUr.

La chapelle Saiut-Goustan n'e:>t plus ouverte au culte ; de nombreux pèlerine viennent encore cependant

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