D'AURAY A QUIBERON
mais il ne protcpe qu'incomplètement ia presqu'île. En 174(>, lorsque les An^ais voulurent détruire lorient, leurs vaisseaux abordèrent à Quiberon, incendièrent onze villages et
coulèrcnl un ^Tanfl nombre de navires qui se trouvaient dans les havres. En 1795, quand Tescadre anglaise du Commodore Waren , après avoir forcé Tescadre Ihinçaise commandée par Villaret-Joyeuse de rentrer à Lorient, se fut rendue maîtresse de la baie de Oui])eron, elle put effectuer le débarquement de l arméccmigrée, et le l'ort Penthièvre, qui était en état de tenir quelque temps, se rendit sans tenter la moindre résistance.
Au delà du fort Penthièvre^ que la route longe A dr. et dont elle traverse les ouvrages extérieurs, on entre dans la presqu'île proprement dite de Quiberon. Cette péninsule mesure 10 kil. de longueur depuis le fort jusqu'à son extrémité la plus mé^ ridionale, àla redoute de Beoconguel.
Sa largeur moyenne est de 2 kil., mais elle atteint 3 kil. vers le S.
Elle est couverte de mamelons, la plupart couronnés de moulins à vent; le plus élevé de ces mamelons, qui porte un sémaphore, ne dépasse pas 30 mèt d'altit.; il est situé vers le milieu de la presqu'île. « La côte orientale, dit M. ùwoi Délandre, l'orme l'une des extrémités de la vaste baie de Ouiberon, l'un des mouillages les plus sûrs que l'on puisse trouver. Cette cdte est plate et très-accessible aux bâtiments de commerce, qui viennent chercher un abri contre les coups de vent de l'O., dans les havres de Port-Haliguen et de P or t'd' Orange, La. côte occidentale, au contraire^ présente une bordure de rochers de plus de 70 mët.
de hauteur; de nombreux écueils la rendent partout inabordable, si ce n'est au petit havre de Portmj. situé sous le canon (lu fort Penthiè\ re. »
De nomlireux hameaux, dépendant tous de la petite ville de Quiberon, s'échelonnent des deux cétés de la
route. On longe d'abord à g Kerhostin; à dr. se montre PorJii y ou Lantivy (terre de saint Ivy), dont réglise, ancienne chapelle prieurale, dévastée pendant la Révolution, a été recr.nstruite vers 1845. Suivant une tradition locale, les ducs de Bretagne avaient, près de Lantivy, un manoir où ils résidaient quelquefois. — On dépasse successivement A g. Keraud et Saint-Pierre (six menhirs remarquables), puis, au delà de lactdline du Sémnphore (à dr.),on pn^^e entre Saint-Julien (à g.) et ia hutte qui porte le moulin du même nom.
28 kil. Quiberon, ch.-l. de c, petite ville comprenant, avec les ha»
meaux qui en dépendent, 2330 hndb., est située au S. de la presqu'île à laquelle elle a donné son nom et à 400 ou bUU mèt. d'une anse formant un petit port dit le pori Maria. Au commencement du XI' s.f le duc de Bre> tagne Alain III fonda A Quiberoii un prieuré dépendant de Tabbaye de Redon, mais qui passa ensuite à l'abbaye de Saint-Gildas de Rhuis.
L'église, consacrée à saint Clément, était située au S, E. de la ville actuelle, près de la pointe de Beccon- (fuel. Elle fut plus tard remplacée par régllse actuelle de Notre-Dame de Locmariaj où se voient encore des vestiges de la construction romane.
Ala pointe de hecconguel, il subsiste aussi quelques ruines indiquant l'emplacement d'une ancienne commanderie de Templiers.
Au hameau de Mané-Meuty à 800 ou 900 mèt. à l'O. de la ville, se trouve un dolmen qui est aujourd'hui, avec les menhirs de Saint- Pierre, tout ce qui reste des monuments druidiques autrefois très-nombreux dans la presqu'île.
Quiberon et sa presqu'île sont surtout célèbres par le désastre que les troupes de la République, sous les ordres du général Hoche, y firent essayer (juUi 1795) à 1 armée des émigrés.
On était aux derniers jours de la Con* vantini.Iieiiiefflbreax émigrés, dispenés
QUlB£RON
en Âllemagne et en Angleterre, qui combinaient depuis longtemps une grande expédition contre la Républiqup, crurent l'heure venue de la renverser, de rentrer de force dans leurs foyers et de rétablir le trône des Hourbons.
Ils devaient descendre sur les côtes de la Bretagne au nombre de looooo hommes , sous la conduite des princes de BoarboD; en réalité, l'effectif leur armée ne dépassa pas lOOOO homm»"^. Le 2& juin, Tescadre anglaise du cummodorc Waren mouilla dtns ta haie de QnilMrDn; le 27, elle débarqua la première division de l'armée sur la plage de Carnac, en £ace de la chapelle du mont Saint-Michel (7. R. 99). Tinténiac, avec ses chouans, avait balayé la côte, et d*aatre8 bandes de chouans, conduites par Georges Cadoudal, étaient accourues au rendez-vous.
La Convention avail envoyé, pour combattre cette insurrection, Hoche, qui venait de pacifier la Vendée; mais le jeune général n'eut pas cette fois besoin de déployer ses hrillants talents militaires.
L'absence d'unité dans le commandement, les jalousies qui divisèrent les chefs royalistes rendirent sa victoire facile. La division d^ervilly, qoi s'était emfMurée du fort Pentbièvre, fut trahie par une partie de ses soldats, rin^ii^n? prisonniers de guerre faits sur la iiupublique ; son général lai-méme fat hlené mortellement.
Débarqiice trop t.ird pour la soutenir, la division Sombreuil fut rejetée avec elle au fond de la presqu'île et acculée au rivage.
M Sombreuil, dit M. Tbiers {Biêtoire de la Révolution française), ne connaissait pas le terrain, ne savait où s'appuyer, où se retirer, et, quoique brave, paraissait dans cette circonstance avoir perdu la présence d'os prît nécessr^ire, Puisaye, arrivé auprès de sombreuil, lui indiqua une position, Sombreuil lui demande s'il a envoyé à Tescadro pour la faire appro> cher; Puisaye répond qu'il a envoyé un pilote habile et dévoué; mais le temps est mauvais, le pilote nWrive pas asses vite au gré de malheureux menacés d'être jetés à la mer. Les colonnes républicaines approchent; Sombreuil jnsiste de nou- Teaa. • L'escadre est-elle avertie? » demande-t-il à Puisaye. Ce dernier accepte alors la commission de voîer à bord pour faire approcher le commodore, commis^ sion quil devait donner à tout autre, car il devait être le dernier à se tirer du péril. Une raison le décidait, c'était sa correspondance qu'il voulait enlever et qui
annût compromis toute la Bretagne si elle
était tombée dans les m«*ias des Républicains. Il était sans doute aussi pressant
(le la sauver que dp sauver Kirmée ellemême; mais il pouvait la faire porter à bord sans'y aller lui-même. Il part, il arrive à bord du Commodore en même temps que le pilote qu i! avait envoyé. L'éloignement , l'obscurité , le mauvais temps avaient empêché qu'on pût, de l'escadre, distinguer le désastre Le bravo amiral W:irf n. qui, pcnd int rexp»'*dition, iivait seconde les émisés de tous ses moyens, fait force de voiles, arrive enfin avec ses vaisseaux à la portée du canon, à l'instant où Hoche, à la tête de sept cents grenadiers, pressait la légion de Sombreuil et allait loi faire perdre terre. Quel spectacle présentait en cet instant cette côte malheureuse? la mer agitée permettait à peine aux embarca- . tiens d'approcher do rivage; unem. ltitude de chouans, de soldats fugitifs, entraient dans l'eau jusqu'à la hauteur de la téte pour joindre les embarcations, et se noyaient pour y arriver plus tAt; un millier de malheureux, placés entre la mer et les baïonnettes des Républicains, étaient réduits à se jeter ou dans l'une ou sur les antres, et sooflhûent autant du feu de l'escadre anglaise que les Répubticains eux-mêmes.
u Quelques embarcations étaient arrivées, nuùs sur un autre point. De ce côté il n'y avait qu'une goélette qui faisait un feu épouvantable, et qui avait suspendu un instant la marche des Républicains. Quelques grenadiers crièrent, dlt^on, ans émi* i^Tf's : a Rendez-vous, on ne vous fera rien.» Ce mot courut de, rang en rang.
Sombreuil voulut s'approcher pour parie* moiter avec le général Humbert. mais le feu emj'iochait fin s'avancer. Auf^sitût un officier «migre se jeta à la nage pour aller faire cesser le feu. Hoche ne pouvait offrir une capitulation; il connaissait trop bien les lois contre les émigrés pourosf-r s'ei^;ager, et il était incapable de promettre ce gu*il ne pouvait pas tenir. II a assuré, oans une lettre publiée dans toute l'Europe, qu'il n'entendit aucune des promesses attribuées au général Humbert, et qu*il ne les aurait pas souffertes. Quelques-uns de ses soldats purent crier : iiendeZ'VOiis ! mais il n'oflrit rien, ne promit rien. Il s'avauga, et les émigrés, n'ayant plus d*antre ressource que de se rendre ou de se faire tuer, eurent l'espoir qu'on les traiteiait petit-êtrc t nmme les Vendéens, lis mirent iias les armes. Au* Gune capàtolatiout même veriMe, n'eut
B£LLB-tUB-KN-MER. [ROUTE 94]
Heu avec Hoche. Vauban, qoi était présent, avoue qu'il n*y eut aneane convention faite, et qa'il eoitteilla même à Som
breuil de ne pas se rendre sur la vague espérance qu'inspiraient les cris de quelques soldats.
««Beaucoup d'émigrés se percèrent de leurs épces ; d'autres se jetèrent dans les flots pour regoindre les embarcations.... [l yen avidtune fonle qui, en voyant approcher les chaloupes, ctairrit pi très dans l'eau jusqu'au cou : du rivage on tirait sur leurs têtes. Quelque ois ils s'élançaient sur cesclialoQpes, qai étaient déjà pleines, et ceux qui étaient dedans, craignant d être submergés, leur coupaient les mains à coups de sabre. »
Il était onze henres du matin, quand, le 21 juillet 1795, Sorobreuil oricnna aux • débris de l'armée royale de poser les armes. Elle avait perds environ i ioo hommes de troupes et I9S oflleiers: isoo émigrés ou chouans parvinrent à rejoindre la flotte anglaise. Quant aux prisonniers, ils furent dirigés le soir même sur Aoray et passés par les armes les jours ioivants (F. R. 6,
p. 243 et 252).
A 1 kil. S. E. de Ouiberon, se trouve le V. tic Port-llaliguoi, d'où part tous les jours [>oui' le l'alais (Bellelle) une embarcation non pontée, faisant le service des dépêches.
ROUTB S4.