RUSTÉPHAN
— TRÉGUNG. 581
Kernevole qui nous y avait menés l'appelait an aofer, Tautel, et nous restâmes persuadés que le paysan avait raison, ce qui arrive souvent, pour ces sortes de choses, dans ce pays traditionnel par excellence. C'était, je crois, le premier autel druidique que j'eusse jamais vu. »
A mesure que l'on ava nrr vrrs le village de Trégunc, les blues nalurels de giciail se muitiplieiil, entremêlés çà et là de quelques menhirs. Ce granit est le même que celui des
* grands monolithes de Locmariaquer et de Carnac.
« Au fond d'un petit yalh>n, dit encore M. Henri Martin, nous rencontrâmes un paysage de grand caractère dans son étroit horizon. Audessus de nous montait la lande; sur la pente, les blocs de-^sinaient une soitf (le vaste cercle, un cromlech Tialurel dominé par un menhir qui proiilait sa silhouette grise sur 1 azur : on ne voyait que la lande, les grandes pierres et le ciel; c'eût été un horizon tout druidique si, à quelque distance plus bas, un autre grand menhir de trente pieds n'eût montré à sa cime la croix grecque qui signale les premiers âges chrétiens chez tous les vieux peuples celtiques* La main de Hiomme et celle de la nature s'étaient mêlées évidemment dans cette espèce de rude sanctua're, dont la
, nature avait tracé la forme.
« Nous eûmes plus loin la même impression avec plus de force encore.
Sur le territoire d'un village (1500mèt. à dr. de la route) appelé Ker-AoUr (ou Keroter), la ville de l'Autel, nous nous engageâmes dans un labyrinthe de petits ravins, de coteaux et d'ajoncs épineux ; nous arrivâmes devant une espèce de masse formidable, monument ou rochers, une espèce de dolmen informe et colossal, composé de deux blocs posés sur deux autres.
L'homme avait -il construit cette grotte? Qui pourrait le dire? Mais rhomme l'avait consacrée ; trois courbes ou croissants étaient creusés
sur une des grandes pierres, et la grotte était entourée d'un cercle en terre le\ée, avec douve.
« Nous étions certainement devant une antiquité qui dépassait Camac et Locmariaquer. Mon compagnon demanda au paysan qui nous conduisait le nom de la grotte. « C'est le Lec h-ar-Crom (la pierre ou monument de Crom). » Ce nom était iormé des mêmes éléments que celui de cromlech (c'est-à-dire pierre arquée), que nous donnons aux cercles de pierres, et que les antiquaires d'outremer donnent à nos dolmens. M A dr. de la route, près de Keroler, à A'erangallon, se voit un beau menhir.
25 kil. TrégunCf c. de 3538 hab., offre des preuves irrécusables du sé* jour des Druides. Les maisons, avec leurs murs formés de hautes pierres verticales, y semblent des allées couvertes l)ftties de meidiirs.
Au delà du village, près du hameau de JfTerotif^, à g. de la route de Concarneau et à l'entrée d'une plaine de bruyères de plus de 6 kil. carrés, se voit une pierre brute de 3 mèt. 67 cent, de longueur moyenne, sur une épaisseur de 2 mèt. 07 cent., posée en équilibre, par une saillie en cAne renversé, sur une autre roche presque à fleur de terre. La pierre supérieure, malgré sa masse et son poids, peut, sans grands efforts, être mise en mouvement par un seul homme. On la nomme dans le pays la pierre aux marit trompés (mm dogan)^ et, d'après Ogée, elle était consultée par les maris pour éprouver la vertu de leurs femmes. Aujourd'hui encore, celui dont la femme n'est pas honnête, ne pourrait, dit-on, imprimer à la pierre branlante de Trégunc les mouvements oscillatoires qu'elle reçoit facilement de toute autre personne.
A quelques pas de la pierre branlante de Trégunc, tout à fait sur le bord de la route, est un autre bloc, affectant la forme des autels druidiques, c'est-à-dire évidé à sa base en fonne de gradin ou de banc circu-
DE QUIMPERLË