‹ Itinéraire général de la France (volume 2)Chapitre 253 sur 257 · VILLE D'IS · texte numérisé non relu

VILLE D'IS

fait que les courants y amènent les cadavres des naufragés qui ont péri dans riroise (on appelle ainsi l'espèce de golfe compris entre l'entrée deBiest, les îlesd'Ouessant elle pont de Sein).

« Sur le rivage de cette baie, disent les légendes bretonnes, les Ames en peine se promènent en pleurant, tandis que les ossements des naufragés frappent aux portes des pêcheurs, eu demandant la sépulture. »

Pour bien juger de la beauté de la baie, il faut descendre sur la plage même du rond. Un sentier, *se détachant de la route d'Audierne à la pointe du H:i7. eu face de la rhapolle (le Saint-Cuilodan, au hanirau de Kerherneau, y conduit en 15 min.

Dans la baie, on visite, i mer basse seulement,de belles et curieuses ietf et l'on peut prolonger son excursion jusqu'à Troguor, la pointe du Van et la chapelle de Saint-Thcy (3 kil. du point où le sentier s'cmbrancbe sur la route).

Sur les bords désolés de la baie des Trépassés, Yéêang de Laoual a remplacé, toujours suivant les légendes, la ville d'Is, îiouvrllf» Sodome siil)mergée au \' s. ]>iir la vengeance divine, il est du moins certain qu'au village de Troguer^ situé de l'autre côté de la baie des Trépassés^ à 2 kÛ. au N. de Lescofî, il existe une grande quantité de substruclions anti{|ues, et une muraille construite en pierres cubiques noyées dans du ciment, et uommée dans le pays Moguer-Guera-Is (muraille de la ville d'Is). Le village de Troguer se trouve à l'extrémité de la voie romaine qui conduisait de Yorganium (Carhaix) à la poiîile du Raz; les champs des environs et les chemins voisins du village sont jonchés de briques à crochets, de carreaux de pavage et de briques; la charrue ramène sans cesse à la surface de la terre des fragments de poterie rouge et des médailles impériales du MI" et du IV* s.; tous ces indices attestent un séjour prolongé des Romains en ce lieu.

<• La ville d'Is, dit Émile Souvestre

est un de ces mille problèmes que le passé semble proposer par ironie à la science du présent. Les lé^ndes nous donnent à i)eine quelque- I tails sur sa situation, 'on étendue, la canse de sa ruine ^ niuis la tradition populaire nous apprend que c'était uno grande eité enrichie par le commerce, embellie par les arts, et si importante que l'on crut honorer la vieille Lutèce en lappelanl Par-iSy c'est-à-dire régale de la ville bK^tonnp.

<• Bâtie dans ce vaste bassin qui forme aujourd'hui la baie de Douarnenez, elle était défendue contre l'Océan par une digue puissante, dont les écluses ne livraient passage qu'à la quantité d'eau nécessaire aux habitants. Le roi Gradion présidait lui-même, chaque mois, à l'ouverturti de ces écluses ; la principale s'oti • vrait au moyen d'une clef d argent qu il portait toujoara sospendae i son cou. Le palais (lu roi était une des merveilles de la terre ; le marbre, le cèdre et l'or y remplaçaient le chêne, le granit et le fer. c était là qu'il vivait au milieu d*une cour brillante, à laquelle présidait sa liUe Dahut ou Ahès; or cette princesse était alors THonoria de l'Armorique.

comme la Glle de Valentinien, « elle s'é- « tait fait une couronne de ses vices, et « avait pris pour pages les sept péchés " capitaux. » Prévenant, dans ses monstrueuses inventions, la Marguerite de Bourgogne de fa tour de Nesle, elle faisait conduire chaque soir, au fond de sa retraite, quelque jeune étranger qu'un homme noir lui amenait masque. Le temps s'écoulait en folles orgies jusqu'au l»oint du jour; alors Dahut disparaisstiit. Le masque remis à Tétranger se resser»

l'ait au iimyr-n d'un ressort jusqu'à l'étoullér ; et 1 homme noir, montant à clieval avec le cadavre, sVnfonçait dans les montagnes pour ne reparaître que le soir. On montre encore dans le BniS' élevé (le Huel-goat; un gouttre doù sortent, dans les grandes eaux, les bruits les plus lugubres: ce sont, disent les pâtres de l'Aré. les âmes Mrs amants da Dahut qui demandent des prières.

« Gradion avait promis pluueurs fois de punir les crimes de sa fille ; maïs l'indulgence paternelle l'avait toujours emporté dans son cœur. Dahut craignit pourtant qu*il ne finit par céder, et ella forma un complot au moyen duquel elle enleva an i ci son autorité et la clef d'argent qui en était le symbole. Alors tout

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