‹ Itinéraire général de la France (volume 2)Chapitre 31 sur 257 · CHARTRES. — ÉGLISES · texte numérisé non relu

CHARTRES. — ÉGLISES

draperies à plis larges et d'nn mouvement naturel, ils paraissent de la fin du XIII* s., sinon du xiv«, »

Dans la nef, il y a d'autres vitraux

(grisailles) iiia] heureusement fort mutilés, mais d'uno belle harmonie de couleur, qui datent du xiv' s. Les fenêtres du (rt/ortum, autour du chœur, sont garnies de verres blancs, dépolis, ornés de stries noires formant des espèces d^arabesques qui accusent

le xiii* s., et entremêlés d'un petit nombre de /erres coloriés, symétriquement placés comme dans une mosaïque.

D'après une inscription quou lit sur un des piliers du chœur^ cette basilique , élevée en 940 par Tabbé Aganon,et brûlée en 1134, fut relevée avec plus de maf^nificence, l'an 1165, par l'abbé Foulcher, qui choisit le moine Hilduard, architecte habile, pour diriger les travaux. Il est vraisemblable que la partie inférieure du chœur, échappée à l'incendie de 1134 appartient à l'éj^lise du x« s.; l'enceinte du chœur et la nef, jusqu'à la hauteur du tnforium, seraient le résultat de la restauration de I16ô. Quant aux parties supérieures, triforium, fcnôtres et voûtes, elles ne peuvent être antérieures au milieu du xiii* s., et paraissent imitées de la cathédrale ' La chapelle absidale, dédiée à la Vierge, a été récemment décorép de peintures et de vitraux, par M. i aul Durand , de Chartres. Au-dessus de 1 nitel, se voit une statue de la Vierge, en marbre, par Bridan. Mais ce qui mente surtout, dans cette chapelle, d'attirer l'attention des visiteurs, ce sont de magnifiques émaux appliqués contre le mur au-dessous des fenêtres. Ils forment une série de douze tableaux, représentant les Apôtres, et sont l'œuvre do Léonard Limousin qui les exécuta, de 1545 à 15 '47, pour le rui i' lançois I", d'après les cartons du peintre Michel Rochetel. Sous Henri If, Diane de Poitiers s'en empara pour orner la chapelle du château d'Anet, d'où ils ont été enlevés

pendant la Révolution. La signature LL se voit sur le pommeau de l'épée de saint Paul, et, sur le sol, près des pieds de saint Jean. La date 1547 est écrite sur un petit cartouche, dans 1 encadrement de saint Jacques le Mineur.

« Cette eoUeetion vraiment royale, dit M. P. Durand dans une notice quil a publiée sur In Chapelle de la SainUi- Vierge, en l église de Saint- Père, à Chartres, cette eollection vraiment royale excite Tadmiration de tous les connaiMeufs et de tous les amateurs drs belles antiquités. Les personnage» sont dessinés avec une grande herdiesse et une sorte de fierté superbe ; les ornements sont exécutés avec unelaciiite et une adresse extrênif"?. Regrettons cependant qu'à cette époque art ait perdu chex nous le mérite de I originalité. La grande préoccupation des artiile» français étiit alors d'imiter les peintres illustres qui brillaient en Italie avec un grand éclat. Les dessins de Michel Rochetel sont tellement empreints de la manière de ces maîtres étrangers qu'ils ont été attribués au Pi imatice et même à Raphaël, et que, sans la dêconverte de M, de la Borde (qui a trouvé lo compte de Michel Rochetel dans les compto» dés bûiimenti royaux, année 154.5), ce peintre français eût été dépossède de ses œuvres et fût tombé, comme tant d'autres, dans un oubli profond.

« La série de ces tableaux en émail a e rare avantage d'être complète et dans un éUt de conservation remarquable. Bd plus , les plaques de cuivre émailJé où sont figures les apôtres, sont d'nne grandeur extraordinaire (61 cent, de hauteur sur 27 de largeur) : de telles dimensions offrent des difficultés presque insurmontables dans ce genre de travail. Ces aifficu'ff's, vaincues ici avec bonheur par l'habilete des artistes, augmentent singulièrement la valeur de ces émaux. Notons aussi la richesse surprenante de la palette des émailleurs limousins de ce temps-là. Je ne puis m'empêcher de faire remarquer en passant combien les tons bleus, par exemple, sont variés.... personnaçTHs et ornemenls, tout est exécuté sur un fond blanc très-légèrement azuré, et , dans certains endroits des draperies* rémaU est parfaitement blanc... •

Des omementsen arabesques, peints aussi sur émail, encadrent les douze

DE PARIS

personnajE^es. En haut se voient les premières lettres du nom de chaque apùire; à dr. et à g., se trouve le chiffre de Fiaaç^jis l'\ en or sur uii fond bleu magnifique; enfin, au bas, des saJamuidres se jouent dans les flammes. Les cadres de bois qui enchâssent toutes les plaques de cuivre ont été refaits en isi.ij, sur le modèle des cadres pi imiufs, — Une mesure regrettable a été prise récemment à l*égard de ces magnifiques émaux: ils ont été recouverts de rideaux de serge verte , et la grille de la clîapelle qui les renferme est habiluciiemenf fermée à clef. Pour les voir, il fiiui uiaiuLunant payer contribution à un sacristain (sonner à la porte située à g. de la chapelle) .

En face de la chapelle de la Vierge, dans le chœur, on remarque, appuyée contre le maître-autel, une pierre tombale du xiu* s., découverte en 1856. — Deux tables de marbre , placées sur les deux piliers des portes latérales du cbœur, portent des inscriptions indiquant le lieu de la sépulture de plusieurs évôques de Chartres et abbés de Saint-Père, dont les tombeaux ont été violés pendant la Kuvolution. — Dans la eh^tdU de Nowe-Dame des Sefft-Douleurs (dans le collatéral de dr.), une petite pierre scellée dans le mur^ offre l'épitaphe (1037) de Robert, ftls de Richard, premier du nom, duc de Normandie, et lui-même premier comte d Évreux et archevè(|ue de Rouen, dont il fit construire Téglise cathédrale, oi'i les bbtoriens normands disent qu'il fut inhumé. — Nous sif?nalerons, enfin:

un grand tableau représentant les lioces de C'>fM. imitation française (xvii* s.) de i 6cole italienne (au basde la nef principale, contre la tour) ; et une statue desaiiU Chrittophê (dans le collatéral de g.).

L'église Saint- Aignan (mon . 1 1 i st . ) , édifice du xv« s., achevé au xvir, a un collatéral N. flanqué à Tangle N. 0. d'une tourelle polygonale qu'un arc-boutant relie à la façade princi-

pale; cette disposition ne manque pas d'originalité. Une grosse tour carrée s'élève plus loin au N. L'abside a été édifiée au xvi* s., sur les plans de Jean de Beauce. A l'intérieur de l'édifice, on remarque seulement quelques débris d'anciens vitraux. Sous le chœur s'étend une crypte de 20 mèt.

environ de longueur, qui date des premiers siècles du christianisme, mais qui a été agrandie au xvi^ s.

Saint* Martin -an -Val , ancien prieuré de Tabbaye de Marmoutiers, aujourd'hui chapelle de l'hôpital Saint'Brice, est le reste d'une grande basilique antérieure au x* s. L'intérieur comprend une nef de 3 travées, avec collatéraux, des transsepts avec chapfiÂles en culnle-four, un chœur et une abside pourtoumés de bas côtés dans lesquels s'ouvrent trois chi pelles absidales. Sous le chœur s'étend une crypte très-curieuse, dont les colonnes ont conservé des chapiteaux gallo-romains en marbre. « Les chapiteaux du chœur et de Tabside, dit M. Bœswilwald , qui a récemment restauré la chapelle de Saint-Brice, sont aussi extrêmement curieux. Sous le carrelage du sol, on trouve un grand nombre de tombeaux et de bières en tufieauy de Tépoque mérovingienne.

L'une de ces bières, découverte il y a quelques années , renfermait une hache es fer, une agrafe avec verroteries cloisonnées et un anneau eu or.

Ces obj'its ont été déposés au musée de Chartres, v

Saint-André (mon. hist.), an* cienne collégiale, sur les bords de l'Eure, dans la partie basse de la ville, présentait naguère sur sa façade comme un abrégé de l'histoire de l'architecture La porte, romane, est flanquée d'élégantes colonnettes, soutenant une archivolte richement ornée. Au-dessus s'ouvrent trois fenêtres ogivales entourées de tores épais, appartenant au gothique primitif et maintenant en partie bouchées. Âudessus, dans le fronton, l'époque de la décadence et du dernier édatdu style

LROUTE 1] CHARTRES.

gothique se trahissait dans une rosace à meneaux flamboyants, détruite, ainsi que le fronton, par un incendie, en 1861. Dans le mur, au-dessus df»

la porte, on remarque trois têtes de monstres, et, sous la corniche, à la base des fenêtres du premier étage, des raéflaillons à têtes grimaçantes.

Au ct)\(' S. de rédifice est accolée une tour carrée et massive, que surmontait autrefois une flèche octogonale.

L mtérieur de la nef paraît aussi ancien que les parties basses de la feçade. D'énormes piliers eylîndriques y soutiennent des arcades ogivales, à pointe nl»tusc; l'ornementation des cliajMieaux se compose de rinceaux grossièrement exécutés, et les fenêtres en plein cintre sont étroites et fort espacées. On attribue à Tannée 1108 la fondation de Saint-André; mais les cryptes qui régnent sous les deux collatéraux paraissent d'une époque encore plus reculée, et pourraient même dater, suivant M. Mérimée, des premiers siècles du christianisme. Elles s'étendent jusqu'à la rivière et sont inondées dans les grandes eaux. Leurs voûtes sont d'arêtes, en plein cintre; et leurs murs construits de très-gros blocs, mal appareillés, semblent composés des débris d'un édifice antérieur, peutêtre de quelque monument romain.

Le chœur, détruit pendant la Révolution, s'appuyait sur un pont, d'une seule arche, bâti au-dessus df l'Kiirf^. Cette situation extraordinaire ei pittoresque fait regretter sa destruction.

La nef, conrertie «i magasin à fourrages» a été gravement endommagée par rincendie de 1861.

î,a chapelle Notre-Dame de la Brèche (rue de la Brèche) est un petit édifice du style ogival, érigé en 18h3, sur remplacement d'une autre chapelle construite en souvenir de la levée du siège de 1568 par les Huguenots. On remarque, à l'extérieur ft à rintérieur, des boulets en fer et en pierre, dont la plupart ont été lancés sur la ville par les protestants.

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