VITRÉ
sente de tous côfés, et particulièremeat du lieu nommé les Tertres- Abiff^ tous un aspect pittoresque.
En sortant de rembarcadère, on se trouve sur la grande place de la Liberté, (i'oM l'on rolt la vi lie éUiger confusément sur la colline ses maisons dominées par les ruines imposantes du château fort et précédées d'une longue ligne de remparts et de tours.
C'est surtout dans Tancienne enceinte murale, parallélogramme allongé de TE. à ro., percée de trois portes, aujourd'hui rasées sous prétexte d'embellissement, que doit se concentrer toute l'attention du voyageur j c'est là, en effets que réside tou t entier ce vieux Vitré, qui passe avec raison pour un type particulier entre toutes les villes de Bretagne, et pour la ville do France qui a le mieux conservé sa physionomie du moyen âge.
Cependant, ce type particulier déjà effacé, disparaîtra bientôt sous les efforts que l'on semble faire, depuis quelques années, pour le lui ôter, en délniisnnt ou défigurant ses portes fortifiées, son château, ses remparts et ses anciens monuments.
Dans son état actuel, la ville, ouverte sur ses deux flancs à Tfi. et à ro., ne présente plus, sur sa ligne méridionale, que de longues courtines éventrées, couvertes de constructions parasites, quelques ttiurs dcmantelées, et ses fossés, autrefois si larges et si profonds, presque entièrement comblés et en pleine voie de destruction. Au nord, le rempart s'appuie sur Tescarpement de la colline taillé à pic dans le schiste noir, dont la sombre teinte disparait sous un verdoyant tapis de plantes pariétaires, et n'oiïre qu'une seule issue par une poterne précédée d'un escalier rapide descendant sur la petite promenade qui domine la vallée «ie la Vilaine.
Dans l'intérieur de son enceinte.
Vitré est une petite ville triste, mal percée, traversée dans la direction de TE. à ro. par trois rues longitudinales que font eommuniquer
entre elles des ruelles plus ou moins étroites. Toutes ces rues, tortueuses et mal pavées, sont bordées de vieilles maisons généralement mal bâties, soit en pierre, soit en bois, couvertes et bardées d'une ardoise grossière, profondém^t imprégnées de mousse et de lichens qui leur donuent un sombre et lugubre reflet.
tes plus étranges et les plus bizarres de toutes les vieilles rues de Vitré sont sans contredit la rue Poterie et la rue de la Baudrairie, înextricabie pèle-môle de maisons de bois à ressauts, aux auvents curvilignes. Le rez-de-chaussée de ces maisons est occupé par des porches que supportent des piliers grossièrement équarris, elles communiquent ensemble p-^r des degrés plus ou moins périiieux, et forment des espcccs de galeries couvertes sous lesquelles s'ouvrent d'obscures boutiques. On ne saurait rien imaginer de plus bizarre ni de plus fantastique que ces divers groupes de vieilles habitations bretonnes, antérieures, pour la plupart, à la premi'*re moilié du xvii* s., et ornées de statuettes ou de sculptures.
AndennelMronfiiede Bretagne, apanage
au X* s des juveufneurs ou branche cadette des comtes de Pvennes, Vitré appartenait au siècle suivant à Robert de Vitré, époux de Bertbe d« Craon, qnl y fonda en 10(34 le prieuré de Sainte-Croix. André de Vitré, tué àla bataille de la Massouro en l25oJaissait,deson mariageavec Catherino de Thouars, Pbilippette, dame de Vitré.
Cette riche h?r;ti-rfi fut mariée à Guy baron de Lavai, auquel elle porta la baronnie de Vitré qui eut par la suite les mêmes possesseurs que le comté de Laval, c'esl-àflire les maisons de Bieux, deColigay et de la Tremoille.
Vitré, comme toatesles villes etoses. eat à soutenir plusieurs sièges pendAnt la moyen âge; le roi ch-irlp*? vril s'en empara en 1488 et y séjourna du 1*' au 17 septembre.
La maison de Laval-vitré tomba eu quenouille au commencement du xvi« s., et Catherine de Lavai porta ces dcuA seigneii« ries en mariage à Claude de Rieax en Tannée ISie. De 60 mariage naquît Renée de
DE PARIS A RBNNES.
Rieux qui succéda au comté de Laval et à la baronnie de Vitré, prit le nom de Onyonne XVII et mourut en 1567 sans îaisspr de T^o^lrrlié de son mariage avec Louis de Sainte-Maure, marquis de Kesle et comte de Joïgny. — Elle eut pour héritier Ony-Paul de Coligny, seigneur d Andelot son neveu, lils de sa sœur puînée Claude de Rieux, à ia mort duquel tous les biens de la maiflon de Laval furent dé- ▼olusen 1605 à Henri de la Tremoille, par représentation d'Anne de Laval, sa bisaïeule, sœur cadette de Catherine de Laval, dame de Rieux. De cette époque à la Révolution, la seigneurie de Vitré a fait IMtrtie fî^s domaines de la maison de la
Trémoiiie. . * j ■ •
Les Rieux, pnis les Coligny mtroduisirent le prot-siaitisme à Vitre et y cntrai- Tièrent p;irLiculierement les gentilshommes et le» bourgeois qui étalent dans les dépendances de leurs seigneuries -, aussi , pendant les guerres de la Ligue, Vitre servit elle de place d'armes aux huguenuLs qui y installèfent un prêche supprimé seulement lors de la Révocation de l'édit de Nantes en 1685. T e duc de Mercœur, chel de ia Ligue en Bretagne, essaya vainement de s'emparer de cette place en iS89 • Vamée du prince de Dombes, arcour.ie au secours de la prirnison, détermina les assaillants à se reurer, après un siège de cinq mois, en sorte que la ville resU Jusqu'à la paix sous l'obéissance dn roi. Les États de Bretagne, que les barons de Vitré présidaient alternativement avec les barons de Léon, se réunirent plusieurs fois à Vitré dans le courant des deux derniers siècles; la ville, prenant alors un éclat inaccoutumé, attirait sur elle toute l'attention de la province. Les piquants détails de la tenue des ttats de 1671, renfermés dans les lettres de Mme de Sévigné, ne sont pas les pages les moins cufienses de la chronique Vitréenne.
Vitré à vu naître Pierre Landais, qui, de garde-robbier du duc de Bretagne François II, devint le ministre et le favori de ce prince, et finit par t trn pendu en 1485, et Bertmnd d'Argentre, jurisconsulte et historien de la Bretagne , mort en 1590, et auquel la villa de Rennes a élevé ane ttatne. '
idIfloM réllfienx.
L'église Notre-Dame, ancien nrieuré de l'abbaye de Saiat^Helaine de Rennes, ap|ûrtleikt à plasieurs époques; ses plus anciennes parties
sont l'ancien chœur des Bénédictin»
érigé au zn*s. et qui^ s'ouvrant comme une longue chapelle absidale derrière le chœur actuel, contient la tombe de Marie de Retz, morte V<n7. fillp de Gillesde Laval, baron deRet/., etft'inme d'André de Laval, sire de Loiieac, maréchal de France. — La nef est formée de six grandes arcades à ner* vures prismatiques; les eoUatérau» et les chapelUi iaUraiet appartiennent comme la nef au style o^^mv.iI flamboyant dn xv*s. ou des premii i es années du xvr. La tour, placée sur lo carré ceoLial et commencée en 1420, avait été terminée en 1442 par une flèche en pierre foudroyée en 1704 et relevée de nos jours sous la direction de M. RafTray. architecte. La hauteur totale de cette tour, avec sa pyramide à crochets, est de 62 mèt. ; la longueur de l'église est de 61 mèt., la largeur de 22 mèt. 50 c. La forçade S. présente une série de sept pignons ornés de frontons aigus à crochets, séparés par des contre-forts amortis en pinacles flamboyants. L^ îon$? d'un de ces contre-forts est une chaire extérieure en pierre, charmant échandUon de la sculpture du xvi* s., qui, selon la tradition locale, aurait été élevée pour opposer un prêche public à celui des calvinistes. La porte centrale mérite d'attirer l'attentioir, le portail 0., en plein cintre classique, porte au-dessus du tympan la date de 157».
On remarque à l'intérieur — tme crédence de pierre inachevée à l'extrémité du collatéral S.; au-dessus (le la porte méridionale une verrière d'un certain mérite représentant l'entrée de Jésus à Jérusalem ; les armet de Pierre Landais à la clef de voûte d'une des chapelles dont il était fondateur, et. à !a chapelle de Vierge, un grand triptyque, ornement devenu très-rare dans nos églises, et figurant, en 32 petite tableaux sur cuivre émaillé, des scènes du Nouveau Testament.
VégUse Samt-Mortin, à l'extrémité
[RODTB 2]
VITBÉ.
du faubourg de ce nom, est un édifiro du xv^ s. , dont la tour quadrangulaire est surmontée d'un dômo polygonal (beaux retables du btyie Louis XIII).
Véglise Samte^Crois, dans le faubourg de ce nom, aoden prieuré de Tabbaye de Marmotttiers, fondé en 1076 par Robert de Vitré, a été reconstruite dans le style gréco-romain au commencement de ce siècle.
La chapelle de Vhôpital Saint-Nico- Uu, à l'entrée du ikubourg du Radiât j est tout entière du zv" s. et renferme la tombe à l'effigie du fondateur Robert de Grasmcsnil, chanoine de la Madeleme^ mort en 1500.
ÉdlflOM «Ml».
Le cliflteaiiydont le plan est triangulaire, a été fondé à la fin da xi* s. ,
et reconstruit- du xiv* au xv* s. Il occupe le sommet de !a colline, aussi y jouit-on d'une belle vue. — La rue Notre-Dame y conduit; sa porte d'entrée s'ouvre à l'E., sous un arc ogival, terminé par des consoles en forme de tions. Cette porte est flanquée de deux grosses tours à mAchicoulis, les consoles séparées par des arcs trilobés; au-dessus s'élèveut de sveltes tourelles, terminées par des toits coniques. Cette masse principale, qui est la mieux conservée, et qui s'appelle les cMtelets, se relie par d'épaisses courtines à ime série de tours crénelées; les principales sont le vieux donjon à g., avec ses paliers d'escalier ToAtés en arêtes dont les retombées ont lieu sur des consoles historiées, puis la tour de Vargenteriej la tour plombée, ou de Montafi'ant qui relevait tant au spirituel qu'au temporel des évc ques de Dol . et les (ours de la Madeleine ou des archives et dê Saint-Laurent.
L'intérieur de la cour n'offre plus que des ruines informes, tous les anciens bâtiments ayant été cxjdoités comme des carrières. Au pignon d'un bâtiment qui servait de prêche aux nobles babitants du château, on vuit les lesles d'une petite Umreile à cinq
pans, dans laquelle s'ouvrent des arcs à plein cintre soutenus par d'élégants pilastres, chnrp:és d'arabesques, de rinceaux et de iigurines d'un travail exquis. Les lettres entrelacées G. L. N. qui se détachent sur l'entablement, sont les initiales de Guyonne comtesse de Laval et marquise de Nesle, qui fit élever vers 1560 ce charmant échantillon de l'art de la Renaissance. Sur chacun des pans, des écussons en cartouches portent les armes écartelées de France et de Laval, et la devise : Pof;t feuphras spero lucem. On a vu dans cette devise une allusion à la religion réformée en opposition avec les ténèbres du papisme.
Le château de Vitré est devenu une prison.
L'ancien couvent des Bénédictins est occupé par le tribuîinl, la mairie, la sous-préfecture et la bibliothèque (60UO vol.).
Le couvent des Ursulines a été transformé en collège communid.
Parmi les maisons anciennes ou curieuses nous signalerons : la maiton (du style de la Renaissance) qui porte le n* 7 dans la rue Notre- Dame (dans la cour, charmant escalier en bois) et une maison de la rue Poterie, n* 40 (dans une grande pièce du rez-de-chaussée, belle cheminée de la Renaissance, finement sculptée).
La promenade du Val, assez mal entretenue, longe le pied du rempart septentrional, d'où l'on jouit d'une belle vue sur le bassin de la Vilaine. Celle du Pare renferme de superbes avenues, des bois épais et les restes d'un château qui fut détruit pendrint la Révolution. Non loin de cette promenade est le beau parc de la Baralièref propriété de M. le Gooidec de Tressan , qui en laisse les portes constamment ouvertes aux ha* bitants de Vitré.
Vitrf'' fait un cerinin commerce de toiles, de bonneteries et de sayons de peau de chèvre, espèce de pardessus d iiivcr d'un usage générai dans les familles de cultivateurs»
se
DE PAiiiS À RENNES.
Bxoartlont.
Le château des Rochers, immortalisé par Mme de Sévigné , est situé à 6 kil. au S. E. tle Viué- on s'y rend par le chemin vicinal qui conduit de cette ville au bourg d^Argentré. Ce chemin, aussi facile qu*agrèable, traverse d'abord une plaine Tertile, entrecoupée de baies vives, un hameau, un bois, puis gravit une colline d'oiji l'on découvre les murs et les hautes fùtaies d"un parc fort étendu.
Bientôt après, en tournant A g.» on entre dans nne prnnde cour, au fond de laquelle s'élèvent, à g., le château des Rochors, h. dr., les communs. Le chàuaii consiste en deux corps de logis appuyés en retour d'équerie sur une g^sse tour circulaire dont ils ne laiaient apercevoir, du côté de la cour^ que la sommité du toit. A Tangle formé par les deux ailes une tourelle en poivrière, contient la cage d'escalier. Une large grille, donnantentrée dans les jardins, relie le corps principal du chftteau à une chapelle en roton de hexagone, construite en 1671 parl'ahbé de Coulanges.
« D'un côté, dit M. Charles de Mazade, sont les jardins, la grande cour, les parcs, les labyrinthes, les bois aux allées infinies avec les pavillons qu'on essaye aujourd'hui de relever ou de soutenir; de l'autre, entre le chAteau et «les dépendances, se déroule, en s'élargissant, un vaste espace qui a été , si je ne me trompe , le manège ou le jeu de longue panme, et qui descend vers une pelouse formant une terrasî^e naturelle d'où Ton domine la vallée, les lîas-Rochers, le moulin. Le «loinaine touche de ce côté à la terre des Duplessis-d'Argentré, dont il n'est séparé que par l'étang du Beuvron , objet d'éternelle querelle entre les deux familles. »
A quelques modifications près, l'extérieur du chàtoau des Rocher.> est resté tel qu'il était au temps de Mme de Sévignô, qui séjourna neuf fois aux
Rochers, de 1654 à 1690 et qui a daté, soit de cotte résidence, soit de Vitré, 267 de ses lettres.
Mme deSévigné se plut à agrandir et à embellir sa demeure des Rochers.
« J'ai fait planter, écrivait- elle à Biissy en 1667, une infinité de petits arbres, et un labyrinthe d*où l'on ne sortira pa^ sans le fil d'Ariane. J'ai encore acheté plusieurs terres à qui j'ai dit, selon la manière accoutumée : Je voua fais pare, de sorte que j'ai étendu mes promenoin sans qu'il m'en ait coûté beaucoup. » Dans ce parc et ces promenoirs, au défaut des mêmes arbres, on retrouve les noms donnés par Mme de Sévigné : le mail, les allées fie la Ao^t/ot/ e et de Vinfini, la plcee-madam, Vhonnewr de ma fille, et Véeho de la place de Goulanges, qui répète encore le nom des illustres hôtes des Ro chers.
La seigneurie des RochiTs était entrée en 1410 dans la maison de Sévigné, par le mariage d'Anne de Mathefelon, dame des Rochers, avec Guillaume de Sévigné, chambellan du duc de Bretagne, Jean V. A la mort de Pauline de Grlgnan, marquise de Simi ane, petite-fille de Mmedebévîgné, les Rochers passèrent, en 1714, par acquêt et reprise de dot, à la famille deftNéttunières, qui habite eocore ee château historique*.
Le salon d'apparat est orné de portraits du xvii* s., d'un grand intérêt.
1» Une belle toile attribuée à Mîgnard. représentant Mme de Sévigné, coifTée à la grecque, fort décolletée et un manteau à grands plis jeté sur les épaules.
!!• Henri, marquis de Sévigné, maréchal de camp, époux de la précétiente.
3» Charles de Sé\igné. leur fils, célèbre par ses intrigues et ses liaisons avec Kiooa de Lenclos et la Champmesîé;
4» trançoise-Marguerite de Sévigné, comtesse de Grignan, leur fille.
5** l>e baron de Rabutin- Chantai, père de Mme de Sévigné, époux de Mtiit ds Coulanges;
1. Le propriétaire actuel du château des Hociiers ne permet pas aux étrangers de le visiter.