‹ Itinéraire général de la France (volume 2)Chapitre 47 sur 257 · RENNES · texte numérisé non relu

RENNES

54 mèt. d'altit., au confluent de

l'Jllc Pt de la Vilaine.

Détruilc en griinde partie (1720) par un violent incendie qui régna sept jours, la ville fut peu à peu reconstruite sur un plan régulier. Cependant^ malgré ta largeur de ses rues, le quartier neuf est presque aussi triste que les vieux quartiers, avec lesquels il se confond sur certains points. Les façades des maisons oui toutes au moins trois étages, sans compter les entre-sols et les mansardes; les grès ou granit dont elles sont construites ont une couleur sombre; toutes, elles offrent entre elles la plus uniforme synittriej à un tel point qu'il su Hit d avoir visité un seul logement pour avoir une idée exacte de tous les autres ; un silence solennel règne presque constamment dans les rues désertes. De nos jours, ces rues du XVIII* s. ont été bordées de larges trottoirs; on a en outre réparé les dégftts causés au palais de justice pendant la Révolution; on a achevé la place du Palais ^ Tune des plus l)elles places qui existent; en supprimant la place aux Arbres^ on a doté ce beau quartier de deux rues à arcades et d'un théâtre qui est venu, tout en l'agrandissant, compléter la décoration de la belle place de VHÔîel-de-'ViUe, Mais, tout autour de cette partie centrale, si régulière et si belle, se serrent et s'enchevêtrent les rues étroites, noire?, mal pavées et tortueuses de la vieille cité, que les flammes avaient épargnées. La place Sainte - Anne , la grande place des Lices, les alentours de la cathédrale, la rue de Saint-Malo, la rue d'Antrain et quelques autres encore, peuvent donner une idée de ce qu'était la ville haute aux xvu' et xviii* s.

La ville basse a également conserv é son ancien caractère; elle est généralement mal bAtie, mal percée, et

surtout très-mal pavée d'une espèce de poudinjrue qu'on appelle caillou de Rennes, susceptible, dit-on, d'un

beau poli, mais infiniment désagréable aux pieds des visiteurs. Sur la place de la Halle au hU, dans la rue Saint-ThomckSj autour du i^cée et de régUse Toussaint, on remarquait des maisons rivalisant jadis de vétusté, de laideur et d*irrégularité avec les plus vieilles, les plus irr(';gu ières et les plus laides maisons de Vitié. De nombreuses percées viennent d'être pratiquées dans ces quartiers. L'édilité rennaise devrait bien s'occuper plus activement et plus utilement du nettoyage de la voie publique. Les promenades surtout se distinguent par leur malpropreté ; les immondices les plus dégoûtants uirciisent partout la vue et l'odorat. La men iicUé est, en outre à Rennes, une véritable profession trop tolérée par \sl police municipale, et presque toujours exigeante quand elle n'est pas insolente.

En traversant la ville, la Vilaine coule assez tristement dans un profond encaissement de granit que couronne une légère balustrade de fer; mais les quais qui longent cette rivière sont larges, spacieux et bordés d'élégantes maisons, surtout ceux de rUnircrsitc' ei dr Chntcnvhriand; les quais Saint-Yiea et de ïsemours semblent attendre de prochains embellissements.

Quatre ponU^ jetés sur la Tilaine»

facilitent les communie itions entre les deux parties de la ville. Les deux premiers, de Saint-Georges et de Berlin, sont les plus beaux. Viennent ensuite le pont de Nemours ^ et, le plus nouveau de tous, le pont Napo-^ léon,

La Vilaine, coulant de TE. à TO,

divise la ville en deux parties inégales, dont la plus coiisitIcrablH s étend sur le penchant et sur la LrriujiG du coteau qui en domine ia rive droite.

Coulant du N. au S., le canal d'Ille-et- Rance, la rivière d*llle elle-même, avant d'aller se réunir à la Vilaine, entourent la partie occidentale de la ville liante d'une double ceinture d'eau et de verdure.

DE PÂBIS A BBNNBS. [ROUTE 2]

D&ns Torigine, Raines s'appelait Condate, ancien terme gaulois qui, suivant Ducange, exprimerait la situation de cette ville tu confinent de denz riTiires. C'était la eapitaie des Rhedonet, Tun des cinq ou six petits peuples habitant l'Armorique.

Après la conquête des Gaules par les Homaint et lenr dîTirion en provinces, Condate fut comprise dans la troisième Lyonnaise, qui avait Tours pour métropole j et, comme la plupart des autres dtês, elle quitta son nom primitif pour prendre celui du peuple dont elle était îe chef-lieu. Le sol de In cité a i lus d une fois révélé les traces du i uccupatioa romaine. Indépendamment de rinseription en l'honneur de Gordien 111 , encastrée depuis le moyen âge sur Ton des jambages intérieurs de la porte Mordelalse, on a retrouvé les fondations de ses premières murailles divisées horizontalenient par des cordons de briques, qui justifient le nom de ville rouge (urbs rubra ) que lui donnent les plus anciens elironiqaenrs.

On a aussi reconnu dans ses environs des voies romames qui en partaient dans plusieurs directions. En 1774, on trouva, dans les fondations d'une maison de la place de la Vieille-Monnaie, une saite de médailles d'or impériales de Néron à Aurélien (70-STO) et une magiuiiqae patère repré' sentant les Bacchanales, que Ton peut voir au cabinet des antiques de la bibliothèque impériale. Plus récemment (1841) , lors de la construction des quais de la Vilaine, on a extrait de l'ancien lit de la rivière plusieurs objets antiques et une énorme quantité de médailles romaines, consulaires, du haat et dn bas Empire , dont une série complète est conservw au musée de la ville.

Apres l'expulsion des Homainâ au v« s., les Francs s'empsrràent du pays de Rennes et y battirent monnaie jusqu'au règne de Charles le Chauve, vaincu parNominoé, son lieutenant en Bretagne, qui prit, en 84S, le titre de roi des Bretons. Mais ce royaume fut démembré à la mort de Salomon, assassiné en 874 par les comtes Pasquiten et Ourvand, qui se partagèrent ses Ôtats. Gurvand eut pour sa part le comté de Rennes. Bientôt après Pasquiten, voulant régner seul, appela à son secours une troupe de Normands avec lesquels il entra dans les terres du comte de Rennes, où il commit les plus affreux ravages. Il marcha ensuite sur la ville et l'assiégea : mais one sortie tigonrense do Gurmd

mit Tennemi en fnite^ Pasquiten reprit la route de ses états, et les Normands» celle de Redon, où leurs navires les attea-

daient.

Ces deux princes et leurs descendants forent constamment en guerre jnsqa*aa règne de Conan le Tort, comte de Rennes, qui s'empara du comté de Nantes en 987, fit ensuite reconnaître sa suzeridneté par tous lés princes particuliers de la Bretagne, et prit la qualité de chef suprême des Bretons (^Britamtnrxim princeps). Il lut tué, en 992, à la bataille de Conquereuil, qui! liTra au comte d'Anjou, Foulques Nerra, et laissa pour successeur GeofTroi, l'ainé de ses Hls et le premier des comtcb de Rennes qui ail porté la quaixiication de duc de Bretagne.

Constance, héritière du duché, épousa, en 1182, Geoffroi Plantagenet, l'un des fiU d'Henri II d'Angleterre; mais, à peina établi, le nouveau duc s'indentifia telle* ment avec les intérêt?; de la Bretagne, qu'il éveilla la jalousie et le courroux de son père , qui n'avait voulu en faire que son lieutenant. Henri il envoya en Bretagne une armée composée de routiers anglais et de Normands, qui s'emparèrent dn château de Rennes. Geoffiroi cerna les soldats de son père dans cette forteresse ; ceux-ci, vivement pressés et voyant la ville en flammes, se rendirent à discrétion. Deux ans plus tard, le doc conyoqua, pour la première fois, à Rennes^ son parlement.

La race des Plantagenet ne donna que deux ducs à la Bretagne , Oeoffroi II et le malheureux Arthur, son fils, assassiné par le roi Jean sans Terre, son oncle, en i'20i. Alix, sa sœur, succéda à ce jeune prince et apporta la Bretsgne à Pierre de Dreux, qu'elle épousa en 1712. C'est de ce prince, petitTils de Robert de France , cinquième ulâ de Louis le Gros, que sont issus tous les ducs de Bretagne jusqu'à la reine Anne. Le 27 janvier «213, Pierre de Dreux, dit Mauclerc^ parce qu'il fut un ennemi redoutable du clergé, avec lequel il fut toujours en lutte ouverte, vint, selon l'usage , se faire couronner à Rennes; puis, lorsque son fils Jean, dit le Houx, eut atteint sa majorité, il renonça, en sa faveur, au gouvernement du duché, et suivit saint Louis à la croisade de 1248» dans laquelle il mourut.

Chaque duc, à son sTénement, venait recevoir à Rennes la consécration de son pouvoir. II faisait son entrée solennelle par la porte Mordelalse, mais il n'en pouvait franchir le pont-levis qu après avoir

Digitizod by '

filSTOIRfi.

juré de maintenir les privilèges, Ubertés •t immunités de réjglise, de la noblesse et da peuple Jo Bretagne. Il faisait ensuite sa veillée d'armes dans la cathédrale; après mâtine», on le oonduiaait • en son logis, » où il prenait quelque repos, puis il retournait, pour la cérémonie du sacre, dans l'église, d'où le clergé venait procès* sioanellementà sa rencontre. Ledocsemettait en marche précédé de l'éviquc de Rennes, et aie ompagné do. deux autres évéques qui le conduisaient à travers les mes, l'nn par la main droite, Tautre par la main gauche : venaient ensuite les barons, la noblesse et le peuple. Au milieu des psaumes et des oraisons, le duc ren trait dans la cathédrale et s'avançait vers le chœur magnifiquement décoré. Après les prières d'usage, révéque lui présentait l'épée qu'il venait de bénir, la lui ceignait, •t loi posait sur la téte le cerele ducal, a On vous baille, lui disait-11, ce cercle, au nom de Dieu et de monseigneur saint Pierre, qni désigne qoe toqs reeeves votre puissance de Dieu le tout-puissant, qui, comme ce cercle, n'a ni commencement ni fin, duquel aurez loyer {logement) et couronne perpétuelle en paradis, Hdsant votre devoir par bon gouvernement de votre seigneurie. >» Toujours tourné vers le prince, le pi ciat prononçait à haute voix la formule du serment : « Vous jures à Dieu et à monseigneur saint Pierre, sur les sLii hts Évangiles et reliques qui cy sont préseuiemcnt, que les libertés, franchises, immunités et ancimnes coutumes de l'église de Rennes, rous et de nos hommes tiendrez, sans les enfreindre ^ et de tort, violence, force, inqniétations, op< pressions et de tontes nmUtés quelconques, nous et nos hommes garderez et ferez garder à votre pouvoir. « Le duc, la main sur l^iutel, répondait amen à chacune des pauses de l'évéque. Le clergé faisait ensuite une procession autour de réglise; le duc la suivait, i'épée nue à la main, recevait sur son « accou* douer >» l'hommage de ses barons, et rentrait au palais ducal oii il tenait table ouverte.

Ce cérémonial fut constamment observé

jui^qu'au couronnement, comme duc de Bretagne, en 1532, de François, dauphm de France, fils aitié de François

Chaque nouvd évêque <Je Rennes, le jour de Fon intronisation, faisait aussi son entrée par la porte Mordelaise, où le baron de Vitré l'attendait et loi tenait l'étrier droit lorsqull descendait de cheval. Pour prix de ce service, le dieval avec son

harnais et eoparaçoimemenl étaient ac»

quis au dit baron de Vitré , qni portait un des pieds de la chaise de l'évéque jusqu'au portail de la cathédrale. Les trois autres pieds élaient portés par les seigneurs d'Aubigné, de Chàteaugiron et de la Guerche, et, fi la fin du repas de joyeuse entrée, ils se saisissaient de toute la vaisselle qni avsit servi au festin.

Le duc Jean in ctrtnt mort sans postérité en 1341 , deux conçu i rents se disputèrent son héritage : ciiaries de Blois, époux de Jeanne de Pentliièvre, et Jean, comte de Montrort-l'Amaury. On sait quelles étaient les prétentions de ces deux princes, l'un, comme neveu par sa femme, l'autre, comme frère du duc défunt. Pendant la lutte acharnée qu'ils soutinrent avec des chances diverses, Rennes dtangea souvent de maître. Elle fut prise, en i34l, par Jean de Montfort, et reprise, en 1342, par Charles de Blois. Le duo de Lancastre, allié de Montfort, se présenta devant ses murailles, en 1S56, avec une armée considérable etl*aaBiégea vainement pendant neuf mois.

La guerre de succession se termina enfin sur le champ de bataille d'Auray , où Charles de Blois fut tué, en 1365, et. jusqu'à la fin du règne du dU'- François lî, en 1488, Rennes ne vit plus d'ennemis à ses portes. Ce prince avait déjoué tous les elTorts de l'adroite et insidieuse politique de Louis XI pour se saisir de son duché; mais Charles VlIIpoursuivitardemment l'œuvre commencée par son père, et la Bret^trne l ernt t»ur le champ de bataille de Saint-Aubm-du-Cormier (1488) une blessure dont elle ne devait jamais se re> lever* Le vainqueur de cette mémoraote journée, Louis de la Trémoille, qui y commandait l'armée française^ et qui ût prisonnier le duc d*Orléans (depuis Louis XII), marcha immédiatement sur Rennes, qu'il somma de se rendre, mais dont li s éloigna bientôt, sur la réponse et la ferme contenance des habitants.

Après la mort de François II, dernier duc de Bretn^ne , qni ne survécut que peu de temps à sa delaite de Saint-Aubindu-Gormier, le double mariage d'Anne de Bretifrrr, sa fille, d'abc-l avec Charles Vlll, et plus tard avec Louis XII, rendit à la Bretagne un peu de tranquillité. Mais, désormais. Rennes ne fut plus que la capitale d'une province, bien que les Bretons conservassent, entre autres privilèges, celui d^aasembler leurs États à époques fixes.

Quand Henri III eut fait assassiner lé

Page 1