‹ Itinéraire général de la France (volume 2)Chapitre 48 sur 257 · DE PARIS A HENNES, [ROUTE 2J · texte numérisé non relu

DE PARIS A HENNES, [ROUTE 2J

due de Guise et e cardinal de Lorraine, les principales villes de Breta gne, à rinstigation de la Ligue, se soulevèrent contre le roi, à reieiî>tioil de Renoet, que le parlement retint dane Tobéissance.

Le duc de Mercœur, voulant faire valoir des droits qu'il prétendait tenir de sa , femme, fille du duc de Penlhièvre, se mit * à la tète des Ligueurs et résolut de s'emparer de Rennes. Pour y parvenir, il trouTA moyen d'exciter des désordres puini les habitants-, une procession, manœuvre déjà employée avec succès contre les protestants, devint l'occasion d*iine qnerelle entre les deux partis. On s'échauffa, on se menaça, et on allait en venir aux mains quand le duc, qui s'était transporté à Redon pour attendre et saisir roeeasion, parut subitement devant Rennes, et, malgré les protestations du parlement, y ft' entrer son armée, en mars 1589. Enhardi par ce premier succès, il déclara hautement que tout ce qui s'était passé dans la ville avait f^u lieu par ses ordres. Il remplaça le gouverneur par une de ses créatuies, et, s'etant rendu au parlement, dont il avait gagné plusieurs membres, il fit rendre un nnêi qui lui donnait le pouvoir de convoquer le ban et Tarrièreban de la nobleese. SMmaginant dès lors que Rennes était à lui, il partit pour Fougères, dont il acheta la souTni'î'5!on ; mais il apprit qu'une révolution venait de lui enlever la capitale de la Bretagne. Guy le Meneust, sieur de Bréquigny, sénéchal de Rennes, avait parc niru la ville aux cri^de ; Vive le rot i et iea Ligueurs, effrayés, s'étaient rendus. Le parti du roi avaitressaisi l'autorité, et un nouvel arrêt du parlement, en déclarant le duc de Mercceur rebelle, décrétait de prlsedecorps tousses partisans, et ordonnait la siisie du temporel des évêques et des prêtres lit^neurs. Le sénéchal de Fougères ayant été envoyé au mois d'aoAt suivant à Rennes pour y porter la nouvelle de la mort d'Henri le parlement, sans vérifier si cette nouvelle était vraie ou fausse, et jugeant que l'intention du messager étut d'exciter une sédition, le fit arrêter et pendre. Cependant le crime de Jacques Clément se confirma, et le parlement n uesita plus & reconnaître le roi de Navarre lorsqu'il eut reçu l'assurance qu'il maintiendrait la religion catholique. L'abjuration de Henri iV mit lin à la guerre, et, le i mai 1S9S, le roi fit son entrée solennelle à Renne?, et fut reçu à la porte Toussaint par le présidial , ayant à la tête le nou-

veau sénéchal, fils de celui qui avait

chassé les Ligueurs de la ville au commencement des troubla. Le gouverneur préienta au roi trois clefs d'argent doré,

que ce prince baisa, en disant, suivant, une relation du temps. » qu'elles étaient belles, mais qu'il aimait encore mieux les clefs des coeurs des liabitante. »

Les Inttes incessantes du parlement contre ic pouToirdespolique de Louis XIV donnèrent souvent lieu à de graves agitations et dans la province et dans sa capitale. En 1675 surtout, les deux imp6ts établis sur le tabac et sur le papier tim« bré occasionnèrent dans Rennes une insurrection qui eut les suites les plus fâcheuses, pnnr réprimer celte révolte, le duc de Chauines, gouverneur de Bietagne fit entrer dans Rennes un corps de 8000 hom* mes qui furent cantoiu t s chez les habitants. On arrêta soixante bourgeois, et un grand nombre d'hommes du peuple^ et les exécutions continuèrent presque sans interruption du 20 octobre au 24 novembre. Mme de Sévigné nous a Inissé dans ses lettres les plus douloureux tableaux des scènes de desotatlon dont fut affligée la ville de Rennes. Le parlement qui s'était 1 prononcé contre l'établissement des nouveaux impôts fut transféré à Vannes, où il resta jusqu'en 1689, et les habitants de Rennes furent imposés à une amende de 5U0O0O livres, somme d'autant plus dure à payer, que l'absence du parlement tarissait toutes les sourees de commerce on d'industrie. Pour comble d'infortune un épouvantable incendie qui éclata à Rennes en décembre I730etdura sept jours entiers, consuma trente- deux mes et plus de 800 maisons. Le gouvernement royal et les États de Bretagne vinrent alors au secours de la ville incendiée qui, sur les plans de l'ingénieur Robelin et de l'architecte Abeille, se releva sous l'aspect régulier qu'elle a aujourd bui.

La résistance du parlement à eertatns éJils portant création d'impûts non consentis par les Étals de la Province, et l'emprisonnement en i76à du célèbre procureur général la Chalolais, furent la cause de graves désordres qui ne cessèrent qu'à l'avènement de Louis XVI. Ce prince, en restaurant les anciens parlements, permit à la Cbalotais de Ténir reprendre ses fonctions à Rennes. De nouveau suspendu en mai 1788, le parlement de Rennes fnt rétabli en octobre de la même année, mais il ne tarda pas&dispnr;iitre avec toutes les instiiotions de l'ancienne monarchie. Dès les premiers

biyilizûu by GoOgL

BENNES. — HISTOIRB*

troubles de la Dévolution, Itdiacussion et

les résistances politiques avaient développe dans la bourgeoisie de Aennes le MOtiment d« sa force' anael w séparat-elle violemment des deux ordres privilégiés, lorsque la question du donblement du tiers état pour la convocation des Étals Sénéranz do royaune egitait loote la France. Dans les États de Bretagne ouvert? en décembre 1788 la même question se présenta, mais, à peine rassemblés, OD arrêt do conseil d*Etat dn S janvier 1789 les susr endit. La noblesse et le clei^é prétendirent continuer les séances, et de là naquirent des débats, des pamphlets, des rassemblements dans la ville et enfin une émeute sanglante. Le '26 janvier 1789 la salle des délibérations de la noblesse, au couvent d es Cordeliers, fut envahie par la jeunesse dee écoles ayant à sa téte Victor Morea-i, prévùt de l'école de droit, depuis général de la République. Les gentilshommes mirent l'épëe à la main ponr repousser l'agression; plusieurs personnes furent blessés et d'autres perdirent ia vie.

Rennes ne ftit pas anssi craellement éprouvée que Nantes pendant la Terreur ; on y com(>ta cependant 377 exécutions capitales q^ui frappèrent plus encore les classes inférieures que la noblesse ou la magistrature. Rennes était alors administrf^ft par un homme simple, mais dont le caractère noble était grand comme les cireonstances, par Leperdit, un modeste tailleur que l'estime de ses concitoyens avait eleve à !a di.^r ité de m;iire. Deux traits suiliiuiit pour p-.iudru cet homme honnête et courageux, qui sot concilier la fermeté c* le dévourmcrit démocratiques avec l'amour de Tordre et de l'humanité. Un jour, le conventionnel Carrier, voulan Taincre la résistance opiniâtre qu'il opposait à des actes d'une trop grande sévérité contre des prisonniers politiques, s'écria : « P<nnt de ménagements ; ces gens-là sont d*ailleurs hors la loi! — Oui! mais ils ne sont pas hors l'humanité! » répondit Leperdii. Une autre fois, le même Carrier, «faut de partir pour mettre à exéention ses horribles noyades de Nantes, voulut au moins intimider Thomme dont il ne pouvait vaincre la modération. « Je reviendrai avant peu, dit-il d*an ton menaçant. — Tu me retrouveras, àtoyen» »

répondit le maire avec le plus grand sangfroid. Le nom de Leperdit est encore entouré de reconnaissance et de vénération. Ses concitoyens élevèrent sur son tombeau une cippe fanéraire, tosai simple

et modeste que l'avait été la vie de cet

homme de bien, et ses successeurs lui ont consacre un buste dans la salie des délibérations dn conseil municipal , à lliô-

tel de ville.

Rcnn'^s devint le centre des opérations les plus importantes de l'armée républicaine contre les Vendéens. Kléber, Mar^ ccnn, Marignyet Westermann s'y réunirent avec les commissaires de la Convention.

Le général Hoche y Ut aussi un séjour, pendant lequel une tentative d^assassinat fut dirigée contre lui. Après le 18 brumaire, Rennes fut entachée de royalisme j Bonaparte la mit hors la Constitution et y envoya Brune, qui la rançonna et lui rendit ses droits politique" !'eu de temps après, le premier Consul y envoya Bernadette pour étonlTer les germes de la guerre civile que Georges Cadoudal esaayali d*f fairç fermenter.

Aucun fait politique bien important ne s*lMcomplit à Rennes pendant le premier Empire; la première Restattfation y fit juger et condamner, par une commission militaire, le général Travot, resté fidèle à son ancien drapeau, tandis que le maté* chai Soult y récompensait , au nom de Louis XYIII, les services rendus par les chefs royalistes. La révolution de 1830 n'y amena pas de collisions sérieuses, grâce au dévoui ment de la garde nationale et du pnnérrt! Bigarré, que les habitants de Kenues regardent comme un de leurs plus grands citoyens. Enfin, suivant les propres expressions d'un ccriv:i;n da ra}'^- Rennes « fut des prcmieri s, parmi toutes les villes de France, à se prononcer pour le nouvel essai de république, et des plas ardf'nti s aussi à rappeler de ses vœux et de son vote le régime impérial. ■»

Rennes n*est plus qu'une majesté déchue portant tristement le deuil de son parler ment, comme Versailles relui de son roi. Elle présente bien, en ellet. l'aspect d'une grande ville, moins le mouvement, moins le bruit, moins la vie. Mius ce silence d'une cité sans industrie, sans commerce, est favorable à l'étude; aussi Rennes est une des villes les plus studieuses de France. '

Rennes est aujourd'hui le siège de toutes les administrations départementales, d'no archevêché, d*one cour impériale i laquelle ressortissent les départements d'ille-et- Vilaine , de la Loire Inférieure, des C6te8-du-Nord, du Morbihan et du Finistère; elle est aussi le siège d'une division militaire, d'une direction d'artillerie, d'une direction des ponts et chaus.

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