SCHLESTADT
xv« s., en 1444, les habitants prirent également une part très-active à la guerre contre les Armagnacs; enfin, lors de la guerre de Trente ans, les Suédois, sous les ordres de Gustave de Horn. obligèrent la ville à capituler (12 décembre 1032), malgré une vaillante défense. Lorsque, après la bataille de Nordlingen, les Suédois durent abandonner l'Alsace, et remettre leurs conquêtes à Louis XIII, une garnison française vint occuper Schiestadt (12 octobre 1634), que le traité de Westpbalie assura définitivement à la France.
Parmi les faits qui appartiennent plus spécialement à l'histoire intérieure de la cité alsacienne, nous signalerons les vio- I lentes persécutions dont les Juifs furent l'objet en 1349 et 1387, et les vives dissensions que provoqua l'introduction de la Réforme à Schiestadt en 1524.
La domination de la France, durement exercée à l'origine, fut d'abord impatiemment supportée par les habitants de Schiestadt; mais, après la paix de Nimègue, les gouverneurs qu'y envoya Louis XIV ayant adouci un système d'administration trop rigoureux, les ressentiments s'apaisèrent, et Schiestadt, comme le reste de l'Alsace, adopta désormais franchement sa nouvelle nationalité. Si les mœurs y conservent encore une certaine empreinte de la tradition allemande, les cœurs y sont depuis longtemps entièrement français.
En 1789, la ville de Schiestadt s'attacha avec passion aux principes de la Révolution; malheureusement, la désunion ne tarda pas à s'introduire parmi les habitants qui, divisés en deux partis : les Jaunes (die Gelben) et les Puants (die Stincker), s'attaquèrent avec une regrettable violence. Mais, en 1814 et 1815, Schiestadt donna l'exemple d'une résistance unanime et énergique à l'invasion étrangère. Bloquée, en 1814, parles Bavarois, elle eut à supporter un bombardement qui ruina un grand nombre de maisons. En 1815, elle fut de nouveau assiégée, mais la belle défense opposée par la garde nationale aux envahisseurs, les obligea de renoncer à leur entreprise.
Schiestadt a jeté un assez vif éclat littéraire au moyen âge, et son académie, renommée en Allemagne, a exercé une influence importante sur le développement des lettres en Alsace. Son recteur, Jean Sapidus, ayant embrassé la Réforme, cette académie fut supprimée dans les premières années du xvi* s., afin qu'elle ne devint pas un appui pour les nouvelles
doctrines religieuses; mais elle ne dispa rut pas sans laisser le souvenir de quelques hommes éminents, parmi lesquels nous citerons : l'historien Jacques Wimpheling ; Jacques Spiegel, successivement secrétaire des empereurs Muximilien Ie», Charles-Quint et Ferdinand I»r; le réformateur Martin Bucer; et enfin le célèbre littérateur et historien Beatus Rhenanus.
Wimpheling, Bucer et Rhenanus sont nés à Schiestadt, ainsi que les peintres Jean de Schiestadt et Keman, et Mente ou Mentelin (mort en 1478), à qui plusieurs savants attribuent l'invention de l'imprimerie (F. les Notices historiques de M. Dorlan) et dont le buste en marbre se trouve à la bibliothèque.
C'est à Schiestadt que fut inventé, au xiii* s., l'art de vernisser la poterie, découverte dont l'auteur est resté inconnu.
En entrant dans Schiestadt par la porte de Colmar, on se trouve dans la rue du Chemin-Neuf* la principale rue de la ville. A dr. cette rue longe une grande place plantée d'arbres; à g., vers le milieu, on aperçoit la fausse porte sous laquelle on passe, pour se rendre, par la rue des Chevaliers, aux églises Sainte-Foi et Saint- Georges, les principaux monumenls de la ville.
L église Sainte-Foi (mon. hist.), ancienne dépendance du prieuré de Sainte-Foi, fut bâtie par Hildegarde et par ses fils, Pun, duc de Souabe, l'autre, évôque de Strasbourg. Elle fut terminée, suivant un document authentique, en 1094. « L'exécution des moulures, dit M. de Caumont dans le Bulletin monumental [V série, t. VII), s'accorde avec cette date plutôt qu'avec une date plus récente. Les arcades sont en ogive, maisce sont des ogives très lourdes et n'ayant rien de commun avec celles que l'on appelle ordinairement de transition. Les voûtes paraissent du même temps....» L'église Sainte-Foi, dont la forme est celle d'une croix latine avec abside semicirculaire, est surmontée de trois tours s'élevant, l'une à la croisée, et les deux autres à dr. et à g. de la façade occidentale. La tour centrale/octogonale et ornée d'arcatures
sur toutes ses faces, se termine par un clocher pyramidal en pierre, légèrement bombé et qui semble d'une construction plus récente que le reste de l'édifice. Les deux tours de la façade sont inégales en hauteur. Celle du N. a trois étages : les deux premiers sont ornés d'arcatures et de fenêtres à triple et à double ouvertures; le troisième étage, qui date de la seconde moitié du xvur* s. , est décoré de pilastres et se termine par une toiture arrondie d'un effet médiocre.
La tour du S. n'a qu'un étage. La façade , percée d'une seule porte, a reçu comme ornement, au-dessus du portail, des colonnettes appliquées, dont quatre portent sur les retombées des trois arcades aveugles inférieures, et trois sur les clefs f disposition bizarre, •qui se trouve du reste reproduite dans d'autres églises romanes de l'Est. De chaque côté de l'entrée s'ouvrent deux fenêtres d'un beau dessin, partagées en deux ouvertures par une légère colonnette et surmontées d'un oculus.
L'intérieur de Sainte-Foi se compose de trois nefs à voûtes d'arêtes. La nef principale a trois travées, dont chacune correspond avec les bas-côtés par une double arcade reposant sur des colonnes romanes à chapiteaux cubiques, d'une grande variété de sculptures. Sous les l'ormerets de la maîtresse voûte, ont été pratiquées, en 1616, de grandes arcades supérieures (une par travée) pour l'établissement des tribunes latérales.
La lumière pénètre par deux étages de fenêtres, à double ouverture à l'étage supérieur. Cet intérieur, bien que lourd d'aspect, a un assez grand caractère. Le sanctuaire, en abside, et les deux croisillons du transsept sont décorés de boiseries ouvragées dans le style du xv n* s ; la chaire, trèsornementée, date de la même époque.
On remarque, en outre, à Sainte-Foi, une jolie porte romane sur le côté latéral du N.
L'église Saint-Georges ( mon.
1 ;st.) située à côté de la porte de Stras-
bourg, près du rempart, n'est séparée de Sainte-Foi que par une ligne de maisons que coupe la petite rue allant d'une église à l'autre. On aborde ainsi Saint-Georges par son côté méridional que l'on contourne à g., au bas du narthex, pour gagner la façade.
11 est fait mention pour Ta première fois de l'église Saint-Georges dans une charte datant de 1370. Plus récente et plus vaste que l'église Sainte-Foi, elle offre, à l'entrée, un beau narthex à trois travées, dont celle du milieu est malheureusement coupée par le buffet d'orgues.
M. de Caumont donne de cette église la description suivante : « C'est un monument régulier, qui appartient à plusieurs époques de l'ère ogivale.
Les bas côtés de la nef ont des chapiteaux avec abaques carrés , qui annoncent la première moitié du xiir*s.; mais les chapiteaux de la grande nef, dont les abaques sont octogones, ont leurs corbeilles couvertes de feuillages caractéristiques du xiv' s. Après le transsept, le chœur montre le type de la fin du xve s. ou du commencement du xvr»dans le chevet.... Une grande fenêtre à vitraux occupe toute l'étendue du chevet; l'effet en est assez bon.... Des vitraux de la fin du xv* s. remplissent encore les fenêtres des deux transsepts. » La chaire, en pierre, dans le style de la fin du xvi* s., est divisée en panneaux ornés de colonnettes encadrant une niche qui renferme une statue. C'est une' œuvre d'un goût charmant, qui, malgré diverses réparations, a conservé son caractère primitif et mérite l'attention.
L'église Saint-Georges, bâtie en grès rouge et en granit, ainsi que Sainte- Foi, est l'une des plus belles de l'Alsace. Elle a été, dans ces dernières années, l'objet d'importantes restaurations. On y remarque surtout : le chœur, bâti au-dessus d'une crypte, et orné depuis peu de stalles en chêne sculpté; les deux ambons; les galeries circulant autour des deux aJbsidioles et du transsept. Les autels en