‹ Itinéraire général de la FranceChapitre 103 sur 489 · ROUTE 2] ST-HIPPOLYTE. — HOHENKŒNIGSBOURG · texte numérisé non relu

ROUTE 2] ST-HIPPOLYTE. — HOHENKŒNIGSBOURG

et par les soins de la ville de Schlestadt, depuis rétablissement du chemin de fer de Sainte- Marie -aux- Mines, commence à obtenir la préférence (V. R. 8*).

Excursion au Hohenkoenifflbouif.

2 h. 1/2 à 3 h. pour aîler, 2 h. à peu près pour revenir. Avec la visite du château et de ses environs et le temps nécessaire pour se reposer, il faut compter une journée.

La route conduisant au Hohenkœnigsbourg part de l'extrémité S. 0.

du village de Saint-Hippolyte. Elle passe d'abord entre des coteaux couverts de vignes ; puis, entrant en forêt, elle gravit les hauteurs que dominent les ruines. Ces hauteurs, au lieu de se présenter alors sous la forme pyramidale qu'elles affectent, vues du chemin de fer, entre Schlestadt et Saint-Hippolyte, se développent en un long rameau se rattachant à l'O. à la chaîne des Vosges. Après avoir traversé une tranchée assez profonde, où l'on rencontre des variétés nombreuses de vieux grès rouge, de grès houiller et de gneiss, on atteint la maison forestière (s'adresser au garde pour visiter les ruines), d'où il faut encore environ 15 min. pour gagner le château. La route, accessible aux voitures et constamment facile, manque d'ombrage en quelques endroits.

Les ruines du Hohenkœnigsbourg (haut château royal) sont les plus importantes de toutes celles qui restent des anciens châteaux forts de l'Alsace, où l'on en rencontre cependant en si grand nombre et de si belles. Aussi le Hohenkœuigsbourg est-il , avec le couvent de Sainte-Odile, l'un des buts d'excursion les plus fréquentés.

Voici comment MM. de Golbery et Schweighœuser , dans leur ouvrage sur les Antiquités de l'Alsace, résument en quelques lignes la physionomie générale de cette grande ruine : < D'un côté des tours imposantes, de l'autre de vastes corps de logis, unis à ces tours par de longs

murs à travers lesquels perce le roc vif; au-dessus de ce mur et de ces tours, les vestiges d'un parapet crénelé ; enfin une triple enceinte, flanquée d'autres tours encore, tel est l'aspect de ce château. »

Le Hohenkœnigsbourg fut reconstruit en partie au xv* s. (1469-1480) par le comte Oswald de Thierstein, à qui l'empereur d'Allemagne Frédéric III, donna le fief de Kœnigsberg. Plusieurs archéologues, parmi lesquels nous nommerons M. D. Ramée, ont cru devoir attribuer au comte Oswaldla fondation du Hohenkœnigsbourg, qui aurait dépendu d'abord du petit château de Kœnigsberg, dont nous parlerons plus loin ; « mais il est facile, nous écrit M.'Ringeissen, de reconnaître dans le grand château des parties antérieures a-» xve s., notamment des naissances de voûtes, des fenêtres et des arcatures romanes bouchées, mais encore visibles sur les murs du château, au S. Ces parties du grand château sont plus anciennes que ce qui reste du petit château. »

Après être passé en différentes mains, le château de Hohenkœnigsbourg , soigneusement entretenu, agrandi, réparé, et habité jusqu'à la guerre de Trente ans, fut, â cette époque (1633), assiégé et pris par les Suédois, qui le ruinèrent en partie. Bien qu'il ait alors cessé d'être habité, il resta le centre d'une petite seigneurie supprimée à la Révolution française. Abandonné pendant de longues années, il se dégradait lentement sous les-efforts du temps, lorsque la Société pour la conservation des monuments de l'Alsace, consacra une portion de ses ressources â arrêter l'œuvre de destruction. Cette Société fit déblayer les salles, raffermir les murs et les voûtes qui menaçaient ruine, enlever les plantations parasites partout où elles nuisaient, et réussit ainsi, par un zèle qui mérite d'être signalé, â conserver dans leur intégrité les restes de ce spécimen grandiose de l'architecture militaire en Alsace. La ville de Schlestadt a (ait récemment (1864) l'acquisition de la forêt et du château de Kœnigsbourg, et elle ne voudra pas, sans doute, montrer moins de sollicitude que la Société alsacienne pour maintenir dans un bon étal d'entretien le château et ses abords. C'est un exemple qu'il est bon de donner en Alsace. Cette belle contrée renferme, en effet, au milieu de sites magnifiques, des ruines d'anciens châteaux fortifiés, aussi remarqua*

bles que celles qui décorent les rites du Rhin entre Mayence et Coblentx. Si elles ne sont ni aussi renommées, ni autant visitées que ces dernières, il faut l'attribuer, en partie du moins, aux obstacles que présente leur accès. Les chemins qui y conduisent sont, en général, bien tracés à leur origine; mais, à mesure que Ton s'élève, ils s'effacent et finissent par disparaître au milieu des broussailles, des rochers et des débris accumulés aux abords des châteaux, dont l'entrée est souvent très-difficile à découvrir. Nous citerons sous ce rapport les châteaux de Hoh-Rappolstein, de Hoblandsperg , de Wildenstein, etc.

Ne pouvant donner ici une description détaillée des ruines si vastes du Hohenkœnigsbourg, nous renverrons ceux de nos lecteurs qu'intéresse spécialement l'archéologie du moyen âge à l'ouvrage de MM. de Golbery et Schweighaeuser, à l'excellente étude publiée par M. D. Ramée sur les châteaux d'Alsace dans le Bulletin monumental (21* vol. de la collection), au Dictionnaire d'architecture de M. Viollet-le-Duc et à la Notice intéressante publiée par M. Risler (in- 12; Ste-Marie-aux-Mines, 1860). Nous nous bornerons ici à quelques indications générales, et a signaler les parties les plus curieuses de la construction.

Le château de Hohenkœnigsbourg, dans lequel on pénètre par un chemin aboutissant à une entrée qui s'ouvre sur le versant S. de la montagne, est situé à l'extrémité d'un rameau des Vosges formant un promontoire avancé vers la plaine de l'Alsace, sur une étroite arête de grès vosgien, à 512 mèt. d'altitude. Sa plus grande dimension, de l'O. à l'E., est de 270 mèt. de longueur y compris les fortifications d'approche , tandis que, au N. et au S. , il est resserré entre les deux versants de la montagne, qu'il domine immédiatement.

« Les abords du Hohenkœnigsbourg sont si bien défendus par la nature, dit M. D. Ramée, que le corps de logis n'est protégé par aucune for-

tification au N. et au S. A l'E. et à 1*0. , au contraire , il est couvert par deux enceintes carrées terminées à leurs angles par de grosses tours. La place affecte ainsi la forme d'un parallélogramme très-allongé, qui serait divisé en trois sections parallèles :

celle du milieu, réservée aux usages de la vie civile, et celles des deux extrémités occupées par des travaux de défense. Ccst la forme à peu près constante des châteaux d'Alsace....

L'une de ces enceintes, celle de l'E.

(dont les constructions extérieures sont entièrement rasées), servait de basse-cour et renfermait les écuries et les dépendances du château; celle de l'O., beaucoup plus forte, pouvait jouer le rôle de donjon et était séparée du corps de logis central par une douve profonde. On pénètre dans le château par le côté S. » — Il fallait franchir quatre portes, suivre les détours d'un chemin tortueux et gravir plusieurs escaliers, pour arriver au pied des bâtiments d'habitation , dont l'entrée est surmontée de l'écusson des sires de Thierstein, supporté par deux lions. Cette porte, que sa décoration fait désigner sous le nom de porte des Lions, donne accès dans une petite cour d'où l'on passe dans le vestibule du château. « On se ferait difficilement, dit encore M. D. Ramée, une idée de l'aspect saisissant de cette construction quand on ne connaît pas le monument. Les voûtes ogivales sont supportées par des piliers carrés épannelés à leurs angles. Au lieu de chapiteau, ces piliers présentent, à leur partie supérieure, une série d'encorbellements formés par des blocs de pierre énormes. J'ai rarement rencontré une construction présentant au même degré les caractères de la force et de la stabilité. » La grande salle du château, qui s'ouvre sur le vestibule, est située dans l'aile des bâtiments d'habitation. Elle était primitivement divisée en trois étages, et l'on reconnaît, au sommet des piliers inférieurs , et dans les sail-

LE HOHENKŒNIGSBOURG.

lies que présentent de massifs corbeaux, à rai-hauteur des piliers supérieurs , la trace des appuis destinés à soutenir les planchers. « Aujourd'hui que, par l'écroulement des voûtes et des planchers, les trois étages primitifs se trouvent réduits à un seul, l'effet de cette construction cyclopéenne est plus imposant encore; on croirait voir les débris d'une forteresse bâtie pour une race de géants. »

On visitera également avec intérêt les caves ou magasins voûtés, situés audessous de la grande salle et éclairés seulement par d'étroites meurtrières; et les diverses salles de l'aile du S., parmi lesquelles on en remarque une, dont l'extrémité en saillie présente une sorte de petite tourelle soutenue par un encorbellement. On présume que cette salle devait servir de chapelle, et que l'autel était placé dans l'espèce d'abside qui la termine. Plusieurs tours , un gros donjon carré attenant aux bâtiments d'habitation, de nombreuses et vastes ferrasses surmontant l'édifice, complètent le grand et pittoresque tableau qu'offrent les ruines du Hohenkœnigsbourg. Nous terminerons cette description rapide par l'esquisse que donne M. D. Ramée, du splendide panorama que l'on embrasse Je la plate-forme.

« On y jouit, dit-il, d'une des plus magnifiques vues que l'on puisse rencontrer en Alsace. J'arrivais de lu Suisse; j'avais quelque droit d'être difficile; mais, ni les glaciers de la Jungfrau, ni le panorama du Rigi, ni la nature désolée du Grimsel, ni l'aspect enchanteur du lac de Genève ne me feront oublier le site du Hohenkœnigsbourg. C'est l'industrieuse Alsace tout entière, étendue sous les pieds de l'observateur comme une immense carte en relief; le Rhin la traverse et serpente, comme un filet d arpent, à travers les villes et les moissons, pendant qu'à Topposé, les montagnes de la Forêt-Noire, avec leur sombre verdure et leurs figures bizarres, forment un horizon à souhait pour le plaisir des yeux. La vue s'étend depuis Colmar jusqu'à Brisach, sur la dr., jusqu'au delà de Kehl, sur la g. De ce côté, à une douzaine de lieues, la cathédrale de

| Strasbourg attire les regards par relancement et la hauteur de sa flèche.... Dans

I un rayon plus rapproché, j'apercevais tous les châteaux que j'avais déjà explores, ou ceux que je devais visiter : à dr.f les ruines de Reichenberg et de Ribeauvillé ; à g., celles d'Ortenberg et de Bernstein; devant, Kinlzheim; derrière, Frankenbourg. »

A 400 ou 500 met. à PO. du Hohenkœnigsbourg, dans une dépression de cette sorte de promontoire qui s'avance sur la p'aine, on rencontre les restes du château de Kuenigsberg, dont l'origine et le passé ont vivement excité la curiosité desarchéologues. Nous avons dit ci-dessus qu'il n'y a pas lieu de le considérer comme antérieur au Hohenkœnigsbourg.

Le petit château de Kœnigsberg, qui, dans les chartes lorraines d'investiture, écrites eo roman, porte le nom d'Ei/uphint changea de nom vers la fin du xm« s. ou le commencement du xiv\ et prit celui de Kœnigsberg. Après avoir été possédé successivement par les de Werde, par Ulric de Ri beau pierre, par la famille de Ratbsamhausen et par les comtes d'Œttingen, il était devenu, vers le milieu du xv* s., un véritable repaire de brigands. Les seigneurs qui le possédaient se précipitaient, de là, sous prétexte d'aventures chevalt-resquès et de droits féodaux, pour piller les voyageurs parcourant les routes conduisant à Saitite-Marie-aux-Mines et en Lorraine. Ces attentats, fréquemment re nouvelés, prirent de telles proportions que l'archiduc Sigismond, landgrave de la Haute-Alsace, l'évêque de Strasbourg, le sire de Ribeau pierre et la ville de Bàle se liguèrent pour y mettre un terme. Le château fut pris et toutes ses parties défensives furent démolies. Le fief, confisqué, rentra aux mains de l'empereur, qui le donna aux comtes de Thierstein.

Les ruines du Kœnigsberg occupent, à peu pr» s, toute la largeur de l'espèce d'isthme qui rattache l'arête extrême du Hohenkœnigsbourg au massif des Vosges. Les murs, en grès rouge des Vosges, des bâtiments d'habitation , ont conservé presque toute leur hauteur et présentent encore quelques ouvertures ogivales d'un style trèa-pur. La grosse tour qui

formait la principale défense du château a été entièrement détruite ; un monticule de débris, dépassant à peine le niveau du sol, en indique seul l'emplacement. « Le petit château de Kœnigsberg et le grand château du Hohenkœnigsbourg , dit encore M. Ringeissen , étaient probablement reliés complètement par des murs formant un ensemble de défenses, dont on voit encore des traces; mais l'amoncellement des décombres ne permet pas d'indiquer positivement la disposition de ces murs. »

Du Hohenkœnigsbourg, on peut rejoindre la chemin de fer de Strasbourg à Bâle, soit en gagnant rentrée du val de Villé (R. 84), soit en descendant sur Kintzheim ou sur Orschwiller, soit en se dirigeant surRibeauvillé, à travers la montagne, par Thannenkirch et Bergheim, soit enfin en reprenant le chemin de Saint-Hippolyte.

Les montagnes. que l'on aperçoit à dr. , en quittant la station de Saint- Hippolyte, sont plantées jusqu'à micôte de vignes au-dessus desquelles s'élèvent de grandes forêts de sapins.

À la base de ces montagnes, se montrent successivement : — (4 kil. env.

de la voie) Roderen (536 hab.), dont les vins rouges sont estimés; — Rorschwihr (413 hab.), village qui existait déjà au xir s.; et enfin Bergheim (F. ci-dessous, Excursion de Ribeauvillé aux trois châteaux et au Thannenkirch). Bientôt après, on remarque, sur une hauteur qui s'avance vers la plaine , les trois chàieaux de Saint- Ulrich , de Girsberg et de Hoh Rappolstein, dont les ruines se détachent nettement sur un fond de verdure.

55 kil. Ribeauvillé. La station est établie entre (4 kil. à dr.) la ville de Ribeauvillé (omnibus, 40 c. par voyageur, 15 c. par colis) et (1500 mèt.

à g.)Guémar (F. ci-dessous, p. 13).

Un bon chemin conduit à travers de belles prairies , des champs culti- |

vés et des jardins , depuis la station jusqu'à Ribeauvillé (hôt. du Mouton) , où, après avoir dépassé la promenade de Herrengarten , on entre par une porte ou barrière de construction moderne , avec grille. Cette porte a remplacé la tour féodale sous laquelle on passait jadis.

Ribeauvillé (en allemand Rappoltsweiler), ch.-l. de c.t V. de 7187 hab., est située dans une position pittoresque, à l'entrée d'une charmante vallée arrosée par le Strengbach, petit cours d'eau qui se jette dans la Fecht. La ville est abritée, au N.,par la montagne où s'élèvent les ruines des châteaux de Saint-Ulrich, de Girsberg et de Hoh-Rappolstein, et par les hauteurs de l'Osterherg dont les flancs méridionaux portent des vignobles renommés (entre autres celui qui produit le Zahnacker, célèbre en Alsace) ; au S.

se dressent les collines qui séparent Ribeauvillé de Hunawihr. Les promenades magnifiques et les ruines que renferment ces montagnes font de Ribeauvillé un des centres d'excursions les plus intéressants de l'Alsace et des Vosges.

Ribeauvillé, déjà mentionné comme simple village dans des titres du vin* s., parait devoir son origine à un établissement fondé par un grand propriétaire désigné sous le nom de Ratbert, Rabald et Ratpold, d'où se sont formés à leur tour les noms de Ribeaupierre (en allemand Rappolstein) et de Ribeauvillé.

Quelques médailles romaines, trouvées sur le territoire de la ville, sembleraient même indiquer que les Romains y avaient établi une station , antérieurement à l'époque dont nous venons de parler. Après avoir appartenu à la maison d'Eguisheim, la seigneurie de Ribeaupierre on Ribeauvillé passa dans le domaine impérial. Elle fut donnée d'abord par l'empereur Henri IV, et, plus tard, par Frédéric Barberousse (1162). à l'église de Bâle, qui en investit, à la fin du xu« s.v Ege lolphe d'Urselingen, chef de la maison de Ribeaupierre.* Devenue alors la résidence de seigneurs qui ne tardèrent pas à devenir puissants, et le chef-lieu de leurs domaines, dit M. Ristelhuber dans le Dictionnaire (revu) deBaquol, Ribeau-

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