‹ Itinéraire général de la FranceChapitre 105 sur 489 · ROUTE 2] RIBEAUVILLÉ · texte numérisé non relu

ROUTE 2] RIBEAUVILLÉ

d'où l'on peut se rendre au Hohenkœnigsbourg.

Excursion aux châteaux de Saint-Ulrich, de Girsberg, de Hoh Rappolstein, et au Thannenkiroh.

Un chemin facile, garni de bancs placés aux endroits d'où l'on découvre les plus beaux points de vue, s'ouvre au N. de Ribeauvillé et conduit au château de Saint-Ulrich (20 à 25 min.

de marche) . Ce château est, après ceux de Hohenkœnigsbourg et Hohlandsperg, un des plus intéressants de l'Alsace. Après avoir traversé les vignes qui s'étendent au pied de la montagne, on arrive à un bois de chênes, sur un sol rocheux, et l'on découvre devant soi les ruines majestueuses de Saint- Ulrich et le château escarpé de Girsberg,qui en est séparé par un étroit et profond ravin. On gagne l'entrée du château de Saint-Ulrich par un chemin qui, contournant une partie des murailles, passe sous la tour du donjon et sous un bastion faisant suite au donjon, du côté de l'E.

Le château de Saint-Ulrich (380 met. daltit.), construit par les Ribeaupierre, date du milieu du xivc s.

Restauré et agrandi vers 1435, il ligure dès lors dans les actes sous le titre de grande forteresse de Ribeavpierre et château de Saint-Ulrich. 11 devait cette dernière désignation à une chapelle élevée dans l'enceinte du château, etdédiée à saint Ulrich. Entretenu comme place de défense jusqu'au commencement du xvii* s., il fut définitivement abandonné à l'époque de la guerre de Trente ans. Il reste encore de cette ancienne résidence féodale , dans un état plus ou moins avancé de délabrement , une partie des murs d'enceinte, la tour du donjon et plusieurs des bâtiments d'habitation, qui s'étendaient au S. 0. sur la vallée du Strengbach. La partie la plus curieuse de ces ruines est une grande salle occupant à peu près le centre des constructions, et à laquelle on parvient, après avoir franchi plusieurs encein-

VOSf.F.S.

tes extérieures, par une porte cintrée qui s'ouvre dans une petite cour. Cette salle, de 17 mèt. de longueur sur 9 mèt. de largeur, est percée, sur la face orientale, de sept belles fenêtres géminées, encadrées dans une arcade en plein cintre, et ornées, au sommet ^e l'embrasure , d'ouvertures qui affectent alternativement la forme d'un ovale, d'un losange , d'une étoile ou d'un trèfle. Ces fenêtres attirent tout d'abord le regard du voyageur, lorsqu'il aperçoit les ruines en gravissant la montagne. Cette salle, aujourd'hui à ciel ouvert, était primitivement divisée en trois étages : un rez-dechaussée, simplement percé de meurtrières ; la salle du premier étage, autrefois la grande salle du château, et dont le plancher est indiqué par des corbeaux en saillie sur la muraille ; et, au-dessus de la corniche, un étage supérieur dont les dernières traces ont disparu à une époque récente Des travaux de déblais ont fait découvrir, à l'O. du bâtiment, la petite chapelle du château, souvent mentionnée dans les actes du xv« s.

En face du château de Saint-Ulrich, dont l'aspect est très-imposant, on aperçoit les restes du Girsberg, qui se composent de quelques pans de murailles délabrées, du milieu desquelles s'élève un donjon carré.

Le château de Girsberg était connu au xur s. sous le nom de château de la Roche; il reçut en 1316 celui qu'il porte actuellement d'une famille qui en fut investie, à titre de fief, parles Ribeaupierre. Les Girsberg restèrent pendant un siècle possesseurs de ce domaine; mais, desdissentiments ayant éclaté entre eux et les seigneurs de Ribeaupierre, Maximin de Ribeaupierre , secondé par le comte de Lupfen, s'introduisit par surprise, en 1422, pendant une nuit obscure, dans le château de Girsberg, et en massacra le propriétaire avant ou'il eût eu le temps de se défendre. Le château de Girsberg rentra ainsi dans les mains de la maison de Ribeaupierre.

A ce souvenir historique, vient se joindre une tradition moins certaine, et même absolument contestée par M. D. Ramée, mais dont le sombre caractère s'associe trop bien avec ce site triste et isolé pour que noufr ne la rapportions pas. On raconte qu'autrefois, « il y a bien longtemps, bien longtemps, » comme disent les contes de fées, les châteaux de Saint-Ulrich et de Girsberg étaient habités par deux firèws, également passionnés pour la ehaese. Le seigneur de Saint-Ulrich avait l'habitude d'éveiller son frère, dès l'aube, en lançant, au-dessus de l'étroit ravin, une flèche dans le volet de la fenêtre de la chambre que celui-ci occupait au Girsberg. Un matin, le seigneur du Girsberg, éveillé plus tôt que de coutume et s'étonnantde ne pas recevoir le signal ordinaire, va & la fenêtre et entr'ouvre le volet. Hélas ! au même instant, il est atteint et frappé mortellement par le trait que venait de lancer le seigneur de Saint-Ulrich. On montre encore la fenêtre où s'accomplit, suivant la légende, ce fratricide involontaire: mais M. D. Ramée croit que la distance qui sépare les deux châteaux, si faible qu'elle soit, ne permet point d'admettre la réalité du fait.

30 min. environ suffisent pour se rendre du Saint-Ulrich au Hoh Rappolstein, le plus élevé des trois châteaux (450 met. d'altit.), à travers des plantations de chênes, par un chemin assez roide.

Une tour cylindrique, fondée sur le rocher et construite en grès vosgien, est le principal reste du château de Rappolstein. Du côté de la vallée du Hhin, où le roc forme une muraille à pic, le niveau a été rétabli, à la base de la tour, entre deux crêtes de rocher, au moyen d'un arc qui simule une fausse porte, a Ce moyen de supporter la partie saillante du cylindre de la tour, là où la roche était échancrée et droite, mérite d'être remarqué, dit M. de Caumont [Bulletin monum., t XVII) ; il est d'autant plus ingénieux qu'on l a fait servir à la décoration de l'édifice. Vue à distance, cette arcade produit l'effet de la porte principale de la tour, mais on se tromperait si l'on croyait que jamais elle ait servi d'entrée.... »

Ce donjon cylindrique est entouré de constructions complètement ruinées, ayant appartenu, soit aux ouvrages de défense , soit aux bâtiments d'habitation. Ces restes du château de Rappolstein remontent à différentes époques, sans être antérieurs au xiv* et au xve s. La construction primitive remontait bien plus haut. Le Hoh Rappolstein est, en effet, un des pins anciens châteaux de l'Alsace; il est mentionné dans des actes de la fin du xie s. (1084), et l'on présume qu'il ftit élevé par les comtes d'figuisheim, premiers propriétaires de la seigneurie de Ribeaupierre. L'empereur Rodolphe de Habsbourg y séjourna en 1280 et 1284. Ce célèbre manoir féodal, principale résidence de la famille et apanage ordinaire de l'aîné, fut habité par les Ribeaupierre jusqu'à la fin du xve s. — La plaine de l'Alsace, de Strasbourg à Colmar, les montagnes environnantes et celles de la Forêt-Noire offrent, du château de Rappolstein, de charmants paysages.

Du château de Rappolstein, on peut se rendre, en 2 ou 3 h., au Thannenkirch par un chemin qui suit les hauteurs, à travers de hautes futaies de sapins, et dont le sel est couvert de mousse. Ce chemin aboutit à la base du cône supérieur du Thannenkirch Tœnnùhel ou Txnchel, par abréviation (cette montagne est indifféremment désignée sous ces trois noms ; mais les deux derniers sont plus généralement usités). Ou gagne le sommet (910 met. d'altit.) par une pente abrupte, semée çà et là de blocs de grès détachés, soit de la montagne soit du mur Payen.

Au sommet du Thannenkirch, d'où la vue plonge sur un océan de sombre verdure fortement ondulé par des mamelons plus ou moins élevés, on remarque les restes du mur Payen (Heidenmauer), dont on rencontre les vestiges sur divers points de la ligne moyenne des Vosges. On en suit les traces, sur la crête, depuis le Than-

Page 1