ROUTE 2] NOTRE-DAME DE DUSENEACH
AUBURE. 133
lions qui eurent chacune leur lieu de réunion : l'une au village du Vieux-Thann ; l'autre à Ribeauvillé; la troisième à Rosheim, puis à Mutzig. Aujourd'hui, l'association des musiciens a cessé d'exister, mais les chapelles de Dusenbach sont encore très-populaires dans la contrée.
Chaque année, la féte patronale de Notre- Dame de Dusenbach, qui se célèbre le deuxième dimanche de septembre, attire un grand concours de visiteurs et de curieux.
Sur une dalle, placée récemment, on lit : Ces ruines appartiennent aux Dominicains français; ce qui semblerait annoncer l'intention, qu'aurait conçue cet ordre, de restaurer les chapelles.
Le vallon de Dusenbach est trèspittoresque; la partie supérieure, derrière les ruines, arrosée par un ruisseau qui se précipite entre des rochers et des buissons, mérite d'être visitée.
Exoartion A Aaburo.
La visite des hauts pâturages et du site agreste de la commune d'Aubure forme le principal intérêt de cette excursion, dans laquelle on aura l'occasion de voir les vieux châteaux ruinés de Bilstein et de Reichenstein. Cette excursion demande une journée, pendant laquelle il faut marcher 5 à 6 h., soit que l'on revienne directement à Ribeauvillé, soit que l'on redescende àRiquewihr, village qui renferme de beaux restes de l'architecture militaire du moyen âge. — On peut d'ailleurs comprendre dans une même excursion la visite de Dusenbach et celle d'Aubure.
Pour aller à Aubure, comme pour aller aux chapelles de Dusenbach , on prend la routedeRibeauvillé àSainte- Murie-aux-Mines; mais, si Ton se rend directement à Aubure, on laisse à dr. l'avenue de marronniers du vallon de Dusenbach, pour continuer de suivre la route de Sainte-Marie-aux- Mines. On aperçoit, à dr., s'élevant sur le bord du chemin, le rocher du Jlirscheiuprung (Saut du cerf) auquel se rattache la tradition que nous avons rapportée plus haut. Quelques minutes plus loin, près d'une papeterie abandonnée, dite Tannxapfen-
mûlh (Moulin des Pommes de Pin), on trouve, à g. (4 à 5 kil. de Ribeauvillé), une route de construction nouvelle, qui remonte directement vers Aubure. Après avoir traversé de belles forêts, on entre dans la région des pâturages, où l'on voit quelques fermes isolées, avant d'atteindre (3 à
4 kil. depuis le bâtiment du Tannsapfenmùlh) Yéglne catholique d'Aubure, v. de 344 hab., bâti à 800 ou 900 met. d'altit., et qui possède également un temple protestant. — Aubure se compose d'habitations disséminées sur la montagne. L'élève des bestiaux et la fabrication des fromages forment la principale industrie de ce village. — Au-dessus du temple protestant, se dresse le point culminant des montagnes d'Aubure (1140 mèt. d'altit.).
On prend un guide à Aubure pour se faire conduire aux ruines du château de Bilstein, situé au milieu des bois, à 4 kil. environ à VF*., dans la direction de Riquewihr. Le château de Bilstein , qui parait dater du xnr» s. , est bâti sur un tertre rocheux, dans un site retiré, d'où il commandait en partie les communications entre Ribeauvillé et Sainte-Marie-aux-Mines.Il n'en reste plus qu'un donjon carré, à moitié ruiné et dont le sommet est couronné par quelques arbustes , une partie du mur d'enceinte et une porte au plein cintre surmonté d'une double fenêtre.
A la base S. E. des ruines de Bilstein, se présente un chemin qui en rejoint un autre descendant vers (4 à
5 kil.) Riquewihr, par un étroit et frais va'lon. Sur le versant du vallon , à dr. en allant à Riquewihr, on remarque, à peu de distance du chemin, les ruines du château de Reichenstein, dont les archéologues font remonter l'origine au xir s. Ces ruines consistent en un donjon de forme pentagonale et en quelques restes de murailles assises sur le roc.
De Reichenstein, il n'y a guère que 2 kil. jusqu'à Riquewihr par un che-
min direct ei facile. — Riquewihr (hôt. Ortlieb) est un v. de 11)00 hab. (dont 1400 luthériens), où l'on entre par une belle porte fortifiée de la fin du xve s. ou du commencement du xvi*. Entouré d'une enceinte fortifiée dès le xme s., ce village était, au xrv* «. , le chef-lieu d'une seigneurie appartenant aux ducs de Wurtemberg et resta à peu près sans interruption entre leurs mains jusqu'à la Révolution : il dépendait alors de la branche des princes wurtembergeois de Montbéliard.
Des trois églises que Riquewihr pos- >edait anciennement, deux ont été complètement détruites; la troisième, remaniée auxvie s. etdont il ne reste plus que la nef centrale et le collatéral N., a été convertie en habitation particulière. L'église catholique actuelle et le temple protestant sont doux édifices modernes, construits en 1847 et 1848. — En revanche, on trouve, à Riquewihr, des restes curieux de l'architecture militaire et civile du moyen âge et de la Renaissance.
Nous citerons spécialement : — - de beaux débris de fortifications; — la double porte d'entrée du côté de l'O.; la porte extérieure, marquée du millésime 1500, est encore protégée par son moucharaby ; la porte intérieure est remarquable parla haute tour qui la surmonte ; — les restes de l'ancien château des princes de Moutbéliard, datant des xvi* et xvii» s. La salle principale, dans le gout de la Renaissance, est d'une grande élégance; — plusieurs maisons de la Renaissance allemandes avec dates et inscriptions; — diverses jolies fontaines, parmi lesquelles on remarque surtout celle qui est située près de la porte intérieure de l'entrée de l'O.
Les vignobles de Riquewihr sont très-renommés en Alsace ; les meilleurs crus sont situés sur la colline de Schœnenberg (3ô0 mil d'altit.).
C'est là que se récoltent le célèbre Riesling et des muscals estimés.
De Riquewihr on peut gagner la
station d'Ostheim (6 kil. ; omnibus 50 c. par voyageur) , par Bebienheim, grand et beau v. de 1259 hab., qui produit de bons vins et où l'on remarque une jolie fontaine gothique, dans le style du mdieu du xv* s.
Bebienheim possède un pensionnat de jeunes personnes, l'un des plus renommés de l'Alsace. L'enseignement y est placé sous la direction de M. J. Macé, Fauteur si justement populaire de la Bouchée de 7*oin, et l\in des plus actifs promoteurs de la fondation des bibliothèques du Haut-Rhin.
Si l'on veut, au contraire, revenir de Riquewihr à Ribeauvillé, on a le choix entr? deux chemins. Le premier, long de 5 à 6 kil., passe par Zellenberg, v. de 477 hab., qoi a conservé quelques débris d'anciennes fortifications. Le second, aus*i court, mais plus difficile, gravit la colline de Schœnenberg et passe à Hunawihr, v. de 913 hab. Hunawihr doit, paraît-il, son origine à un château habité au vu* s. par Hunon, mari de Huna, parente de sainte Odile et d*Etichon, duc d'Alsace. « On remarque encore à Hunawihr, dit le Dictionnaire du Haut et du lias -Rhin, la fontaine de Sainte-Huna, dont la tradition attribue l'origine à un miracle opéré en faveur de sainte Huna par saint Déodat, évêque de Nevers. » — L'église de Hunawihr mérite d'être visitée. « Cette église, lisons-nous dans la Statistique monumentale des cantons de Hibeauvillé et de Kayscrsberg, par M . l'abbé Straub , cette église, reconstruite immédiatement après la canonisation de la sainte, est un des rares exemples d'église fortifiée que présente l'E. de la France. Elle est située sur une petite hauteur, à l'extrémité S. du village qu'elle domine, dans une enceinte protégée par six bastions semi-circulaires et par une tour d'entrée, aujourd'hui en partie démolie. Tous ces travaux de fortifications datent de la première moitié du xvr s. Le clocher de l'église, qui servait à la fois
[R. 2] RIQUEW1HR. — GUÉMAft. — BENNWIHR. 135
de tour de vigie et de donjon , remonte au moins au xiv* s. La voûte du rez-de-chaussée paraît du commencement du xv* s. » On remarque, dans le chœur de l'église de Hunawihr, terminé en 15124, trois clefs de voûte ornées d'armoiries, qui -ont été rendues méconnaissables par le badigeon dont on les a recouvertes, et huit autres écus sons armoriés servant de consoles aux nervures de la voûte.
La chaire, du xvie s., est d'une trèsballe exécution. — A Hunawihr, on peut reprendre le chemin vicinal qui passe à Zellenberg, ou gagner Ribeauvillé, en longeant le pied des collines.
[Si l'on prend Ribeauvillé pour point de départ d'une excursion au Hohenkœnigsbourg, on se rendra d'abord àBergheim, ou Ton prendra le chemin de Tempelhof. A 1 kil. 1/2 environ de cette habitation (20 min. de marche), en commençant à remonter le vallon du Thannenkirch, on trouve à dr. un chemin de montagne qui mène directement au Hohenkœnigsbourg. La route, plus longue que celle qui part de Saint - Hippolyte, est, en général, ombragée, depuis l'entrée du Thannenkirch.
20 min. de marche suffisent pour se rendre de la station de Ribeauvillé à Guémar, V. de 1424 hab., sur la route de Strasbourg â Colmar.
Guémar, qui existait déjà au vu- s., fut fortifiée une première fois à la fin du xmc s., puis à la suite d'un siège de nouveau entourée, en 1340, d'une muraille bastionnée. Lors de la réunion de l'Alsace à la France elle figurait sur la liste des villes impériales comprises dans la préfecture de Haguenau . Guémar garde encorequelques restes de ses anciennes fortifications, notamment une belle tour d'entrée du côté de PO. et plusieurs bastions avec parements et à bossage hémisphériques simulant des boulets. On y voit également les derniers débris d'un château démoli en grande partie en
1 783. — Enfin, Y église paroissiale, élevée en 1741, et dont la nef est décorée de torchères en bois d'une exécution soignée, renferme une statue en bois, qui semble dater du xv* s. et représenter saint Maximin, évêque de Trêves.
Cette statue provientd'une chapelle aujourd'hui détruite, qui avait été fondée, près de Guémar, au xme s., par Ulric de Ribeaupierre, et qui fut longtemps fréquentée comme lieu de pèlerinage.
"Corresp. à la station de Ribeauvillé,, pour : — (4 kil.) Ribeauvillé (V. cidessus) ; — (3 kil.) Bergheim {V. cidessus, p. 131).]
58 kil. Ostheim, v. de 1575 hab., est situé à 500 mot. à g. de la station , près de la route de Strasbourg à Colmar, sur la Fecht, petite rivière qui, après avoir arrosé la vallée de Munster, va se jeter dans 1*1 11, a 4 kil. à TE. de Guémar. Ostheim formait , au xvnc s. , une seigneurie particulière.
[Corresp. pour : — (3 kil.) Beblenheim {V. ci-dessus, p. 134); — (6 kil.) Riquewihr (P. ci-dessus, p. 134).]
Après avoir franchi la Fecht, on laisse à g. (2 kil. 1/2 d'Ostherm) le remarquable domaine de Schoppenwihr, appartenant à M. Paul de Bussières. Cette belle propriété, aménigce avec Je soin le plus intelligent, et savamment distribuée pour la meilleure exploitation agricole , renferme une serre magnifique, véritable jardin d'hiver où sont réunies les plantes les plus précieuses de la flore tropicale. — On longe ensuite, pendantquelque temps, la Fecht à dr.
62 kil. Bennwihr, v. de 965 hab., à 5 kil. env. au N. 0. de la station.
(8 kil.; voitures de corresp.; 4 départs chaque jour ; 60 c. par voyageur, 20 c. par colis; durée du trajet, l h,)
La route de Kaysersberg traverse, à 4 kil. 1/2 de la station, Sigolsheim,
v. de 935 hab., bâti à la base S. de la colline du même nom. Ce village, déjà mentionné au vne s., dit M. l'abbé Straub dans sa Statistique monumentale , possède une belle église romane de l'époque de transition (milieu du xn* s.). Des piliers, dont le plan présente une croix grecque avec des colonnettes engagées dans les angles saillants, y alternent avec des piliers carrés ornés de la même manière. Le portail se compose de trois arcs en retraite, dont les tores reposent, de chaque côté, sur trois colonnettes complètement dégagées et surmontées de corbeilles évasées, décorées d'entrelacs, de fruits et d'oiseaux fantastiques. Le tympan, où sont figurés les attributs des quatre Évangélistes, représente le Christ remettant à saint Pierre les clefs du paradis. Une arcade géminée, surmontée d'une rose à bordure dentelée, décore le pignon.
Près de l'église, on remarque une jolie maison en bois, du xvn# s., avec une galerie soutenue par des colonnes torses.
Selon quelques auteurs, c'est au pied de la colline de Sigolsbeim qu'auraient campé les fils de Louis le Débonnaire, lorsqu'ils se réunirent près de Colmar pour comploter la déchéance de leur père (833). Us étaient accompagnés du pape Grégoire IV, et, tandis que celui-ci tenait des conférences illusoires avec le malheureux monarque, ses fils rebelles profitaient de ce temps pour débaucher ses troupes. Cette trahison a fait donner au lieu de réunion le nom de Champ du Mensonge. D'après d'autres historiens, le Champ du Mensonge serait situé près de Rouffach ; d'autres enfin le placent au champ de rochsenfeld, sur le chemin de Thann (R. 87).
La colline de Sigolsbeim (405 mèt.
d'alt.) mérite d'être visitée. Elle est couronnée par un joli bois de chênes et de hêtres, à la sortie duquel on jouit, en suivant la crête de la mon-
tagne, d'une vue magnifique sur les vallées de Kaysersberg et de Munster, sur la riche plaine au milieu de laquelle s'élève Colmar, et sur la chaîne de la Forêt-Noire.
A 1 kil. de Sigolsheim, on traverse (5 kil. 1/2 de la station) Kientzheim, V. de 1179 hab , située au débouché de la vallée de la Weiss ou de la Poutroye, au milieu de vignobles très-estimés. Kientzheim, dont le nom parait pour la première fois dans une charte du vme s., fut élevée au rang de ville et eniourée de fortifications au xv*s., par les comtes de Lupfen qui la reçurent des Habsbourg. Elle avait appartenue précédemment aux comtes d'Éguisheim, puis aux comtes deFerrette.
On y remarque une église ou chapelle, dédiée à sainte Régule. L'étage inférieur du clocher, moins la voûte qui est du xiv s., date de l'époque romane. La nef, ainsi que la partie supérieure du clocher, sont du xv* s. Un incendie ayant dévoré l'église de Sigolsheim, les images de la Vierge et de saint Jean échappèrent, dit-on, miraculeusement aux flammes et furent transportés à Kientzheim dans l'église de Sainte-Régule où elles sont conservées dans une chapelle, qui est devenue depuis cette époque le but d'un pèlerinage très -fréquenté. — V église paroissiale, dont la nef est moderne, n'a d'iniéressant que les pierres tombales du maréchal Lazare de Schwendi, mort en 1584, et de son fils Jean-Guillaume de Schwendi, baron de Hohlandsperg , mort en 1609. — Les murs du cimetière de Kientzheim étaient autrefois décorés, à l'intérieur, d une danse macabre attribuée à Holbein, et dont les dernières traces ont complètement disparu. — Kientzheim a conservé une partie de ses anciennes fortifications, entre autres une belle porte fortifiée, décorée d'une tête monstrueuse sculptée dans la pierre ; cette porte forme l'entrée de la ville du côté de l'E. — Dans la même direction est un joli château du style de la Renaissance,
KIENTZHEIM. — COLMAR.
qui fut habité par M. de Golbery pendant les dernières années de sa vie.
Ce château passe pour avoir été le berceau d'un des deux Schwendi.
A 2 kil. 1/2 de Kientzheim , on pénètre dans la vallée de la Weiss et l'on rejoint la route de Colmar à Saint-Dié, à l'entrée même de Kaysersberg(F. ci-dessou;, p. 145).
Le chemin de fer longe, àdr., le petit bois de la Fecht, au delà duquel on aperçoit Ammerschwihr, au pied des montagnes que couronnent les ruines des châteaux de Wineck, de Hohlandsperg et d'Fguisheim, qui apparaissent successivement aux regards. A g. on suit presque parallèlement la route de Strasbourg à Colmar.
68 kil. Colmar.
Buffet à la gare.
Hôtels : - fies Deux-Clefs : — des Trois- Rois ; — de Natwy : — du SoleiUd'Or.
Cafés : — Caron ; — Vauban ; — d Alsace; — du Miroir; — du Lhamy-de- Mars; — de Paris.
Brasseries : — du Griffon ; —du Nord; - Schmidt ; — Schmutz.
Libraires : — Geng ; — Balzenger; — Burth.
Situation. — Aspect général.
Colmar, V. de 23 669 hab. , ch.-l.
du départ, du Haut-Rhin, siège d'une Cour impériale, ancienne capitale de la Haute-Alsace, est située au milieu d'une plaine fertile, d'un aspect uniforme, dans l'angle formé par la Lauch et le Logelbach, canal de dérivation de la Fecht, à 16 kil. du Rhin, en ligne directe, et à 4 ou 5 kil. des Vosges, dont la chaîne se développe en un magnifique amphithéâtre à l'O. de la ville.
Irrégulièrement bâtie, coupée de rues étroites, pour la plupart sans trottoirs, elle possède peu de monuments remarquables. Sans manquer d'animation, elle offre une physionomie assez terne. A l'exemple de Paris et comme
beaucoup de villes de province, elle tend à se transformer par la création de nouveaux quartiers, et l'ouverture de rues nouvelles. Toutefois, l'ancienneté de son origine, le rôle qu'elle a rempli dans l'histoire de l'Alsace, son importance actuelle comme chef-lieu de l'un des départements les plus industriels de la France, donnent k Colmar un intérêt considérable, qu'augmentent encore pour les touristes les sites pittoresques qui l'environnent à quelques kilomètres de distance, dans la direction des Vosges.
A l'E. s'étend , entre la ville et le Rhin, la grande plaine de l'Alsace, coupée de forêts et traversée par 1*111 et le canal du Rhône au Rhin. A riU viennent se réunir de nombreux cours d'eau secondaires. Le canal du Rhône au Rhin a été récemment relié à Colmar par un embranchement qui aboutit, près de la ville, à un beau bassin ou gare d'eau. Cet embranchement, livré à la navigation au mois de nov mbre 1864, a 13 600 mèt. de longueur et se rattache au canal principal à 7 kil. environ au N. de Ne uf-Brisach.
Histoire.
L'origine de Colmar est fort ancienne et, en même temps, très- obscure. Une tradition en attribue la fondation à Hercule, qui, passant par cet endroit, s'y enivra et perdit sa massue [Kolbm), restée depuis dans les armes de la ville. Parmi les diverses hypothèses relatives à l'origine de Colmar, la plus vraisemblable c'est que les premiers rois francs eurent, sur l'emplacement de la ville actuelle, une fe-me j royale, qui, peut-être, remplaçait elle- I même une station romaine. Cette ferme i ou censé aurait possédé, à la fin du vnr s., i un atelier ou gynécée, dans lequel des i femmes, la plupart esclaves, étaient occu- | pées à la confection des vêtements impériaux. Quoi qu'il en soit, l'existence de Colmar, comme localité d'une certaine importance, sous les Carlovingiens. est constatée par divers documents et notamment par un passage des chroniqnes rappelant, comme nous l'avons dit, que c'est aux environs de cette ville que les fils de Louis le Débonnaire se réunirent pour concerter la déposition du malheu-
reus empereur. À la suite de cette déposition eut lieu le partage qui, démembrant l'empire de Charlemagne, réunit, pour plusieurs siècles, l'Alsace et Colmar à l'Allemagne , sauf à de rares intervalles pendant lesquels elles furent momentanément rattachées à la France.
Charles le Gros tint à Colmar une diète pour aviser aux moyens de défendre l'empire contre les Normands, qui avaient envahi la Lorraine. En 1106, un terrible incendie détruisit en partie la ville, qui commençait à prendre quelque développement. Entourée de fortifications en 1220, elle reçut, en 1226, de Frédéric II, le titre de ville impériale.
Dès lors, Colmar prit une part active aux nombreuses agitations que suscitèrent en Alsace soit les dissentiments entre les empereurs et les évéques de Strasbourg, soit la courageuse résistance de là population des campagnes et de la bourgeoisie contre l'oppression des nobles. En général, Colmar se déclara pour les empereurs d'Allemagne, dont elle avaii obtenu des privilèges importants. En 1248, lors de la lutte de Frédéric II contre la papauté, elle se prononça pour les Hohenstaofen et livra, en leur faveur, un combat aux habitants de Rouflach, sujets de levéque de Strasbourg. De 1255 à 1262. les Colmariens soutinrent, de concert avec Rodolphe de Habsbourg, une lutte violente contre Walter de Géroldseck, évêque de Strasbourg. Le fils* d'un tanneur de Turckheim, Jean Rœsselmann, dont le nom est encore populaire à Colmar, tint, en sa qualité de prévôt de la ville , le premier rang dans ce long conflit. Son fils Walter eut à défendre, au contraire, les privilèges de ses concitoyens contre les prétentions de l'empereur et mourut en prison.
Au xni* s., Colmar avait défendu son indépendance contre les convoitises de la maison d'Autriche ; pendant le xiv«, la ville engagea une lutte contre la noblesse qui voulait la dominer à l'intérieur. De cette lutte sortit une constitution communale admirablement équilibrée, et qui, par le renouvellement annuel de la municipalité, offrait tes meilleures garanties de contrôle et de liberté. Les empereurs des maisons de Bav ère et de Luxembourg donnèrent leur appui à ce mouvement, et c'est là ce qui, en 1354, valut la sanction de Charles IV à l'ail ance spontanément formée par une partie des villes impériales d'Alsace et connue sous le nom de Décapote. Haguenau, qui ne put d'abord s'y
associer et qui ne loi témoigna jamais
beaucoup de zèle, en devint le chef-lieu.
Eu 1365, Colmar prit une part active à la lipue contre les granles compagnies qui avaient envahi l'Alsace sous le commandement d'En^uerrand de Concy et d'Arnaud de Cervole. En 1444, elle eut à se défendre contre les Armagnacs conduits par le dauphin de France, qui devint plus tard le roi Louis XI.
En 1474, Charles le Téméraire assiégea Colmar sans succès. Le représentant du duc de Bourgogne en Alsace.
Pierre de Hagenbach, dont les cruautés avaient exaspéré les habitants, fut juge et exécuté la nuit, au Vieux- Brïsach.
Les doctrines religieuses de Luther ne firent que lentement leur chemin à Colmar. Cependant le protestantisme réussît, en 1575, à y obtenir droit de cité, et il y exerça bientôt une prépondérance qui se manifesta par des perseoutions exercées contre le parti catholique. Celui-ci rayant à son tour emporté, au commencement du xviie s (1627), grâce à l'appui de l'évéque de Bâle et de la maison d'Autriche, les protestants furent alors en butte à une réaction violente. Aussi, quand les Suédois vinrent, à 1 époque de la guerre de Trente ans. assiéger Colmar, ils trouvèrent parmi es protestants des intelligences qui leur facilitèrent bientôt l'entrée de la ville, et une partie de la garnison impériale fut massacrée. Les Suédois, lorsqu'ils sévirent obligés d'abandonner l'Alsace , cédèrent Colmar à Louis XIII, qui accorda à la ville (1632) le traité de Buetl en garantie de sa protection. Colmar, qui à ce moment ne voyait dans la France que le défenseur de ses libertés religieuses, devint le plus ferme appui de la politique de Richelieu en Alsace. C'est à partir de cette époque que le protestantisme y exerça librement et régulièrement son culte, à côté du culte catholique. Aujourd'hui Colmar, où l'on compte environ 4000 luthériens, est le chef-lieu d'une inspection du culte de la confession d'Augsbourg, dont dépendent les consistoires de Colmar, de Munster.de Riquewihr et d'Andolsheim.
Lorsque la paix de Weatphalie eut substitué la France aux droits de l'empire et de la maison d'Autriche en Alsace.
Colmar commença à résister à l'annexion : l'ancienne ville impériale ne se séparait pas volontiers de l'Allemagne, à laquelle elle avait été si longtemps unie. Enfin, en 1673, Louis XIV, entrant brusquement en Alsace, occupa Colmar moitié par force, moitié sous un prétexte spécieux ; et, une
COLMAR
fois ses troupes entrées, fit démolir, an milieu de la consternation des habitants,
les fortifications, aujourd'hui remplacées par des promenades. Lu belle campagne de Turenne, en 1G75, signalée par l'éclatante victoire de Turckheim, assura définitivement à la France la possession de Colmar, qui devint, en 1790, le chef-lien du départ, du Haut Rhin. La résistance que cette ville opposa en 1814 et en IB-15 à l'invasion des Alliés a suffisamment montré que les regrets éprouvés par elle, quand elle dnt abandonner l'ancienne famille allemande, s'étaient complètement effacés, et qu elle témoignerait toujours un fidèle attachement à la patrie française. Depuis cette époque, nous n'avons à signaler que la condamnation du colonel Caron, traité en conspirateur pour avoir eu la pensée de délivrer les malheureux compromis dans l'affaire de Belfort.
Colmar a donné naissance à un grand nombre d'hommes célèbres dans les sciences, les lettres, les arts, l'armée et l'administration. Nous nous bornerons à nommer : Michel Friburger, imprimeur, qui introduisit son art à Paris en 1469, et à qui sont dues plusieurs éditions renommées; Jean Hofmeister (1550>, prieur des Angnstins,' prédicateur de Charles-Quint et auteur de divers ouvrages de théologie ; François Ertinger, graveur, né en U>40; Schuhmacher, savant, qui devint bibliothécaire de Pierre le Grand et contribua à la fondation de l'Académie des Sciences et des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg; Sigismond Billing (174-2 179(>), auteur de plusieurs ouvrages relatifs à l'histoire de Colmar et de 1 Alsace; Chrétien Frédéric Pfeffel, diplomate et jurisconsulte (I7 j<;- 1807); Théophile Conrad Pfdi'el. auteur de fables et de poésies allemandes (1736- 1809); de GoILcry, mort en 1»54 et à qui sont dus de nombreux et savants travaux sur l'Alsace, entre autres : tes Antiquités de l'Alsace, en collaboration avec J. C. Schweighœuser, et une traduction de Niebuhr; Jean -Michel Haussmann (1749- 1824), savant chimiste, fondateur d'une grande manufacture d'indiennes à Logelbach; Jean-Baptiste Rewbcl (1746-1810), qui, après avoir fait partie des diverses assemblées législatives pendant la Révolution , devint membre du Directoire; Chauffour (1775-183 i), avocat distingué; le général Rapp (1772-18*23 ; enfin l'amiral Bruat (1796-1855). — Colmar revendique également l'honneur d'avoir donné naissance au peintre-graveur Martin Schœngauer: mais, suivant une tradition qui
semble prévaloir, le célèbre artiste serait né, en 1420, à Augabourg. Ce qui est hors de doute, c'est qu'il a passé la plus grande partie de sa vie à Colmar, qui devint sa patrie adoptive; qu'il y a exécuté la plupart de ses ouvrages et qu'il y est mort en 1488. A ce titre, Colmar a quelque droit de placer au nombre de ses illustrations Martin Schœngaoer, qui « réunit, dans sa manière, dit M. Viardot dans son excellente histoire des Musées d'Europe, les couleurs du pinceau de Van Eyck et les délicatesses, à la fois fines et dures, d'un burin de ciseleur. »
Monuments publics.
La cathédrale ou église paroissiale (mon. hist.) , placée sous l'invocation de saint Martin, est située à peu près au centre de la ville. Cet édifice, dont la construction date des xme et xiv* s. (commencée en 1263, elle fut terminée en 1360), fut élevé sur l'emplacement d'une ancienne chapelle appartenant au chapitre de Munster : les architectes furent maistre Humbret, pour la nef, et Guillaume de Marhourg, pour le chœur. Parmi les statues à tôte nimbée qui ornenl le portail S., se voit l'image du premier, désignée par cette inscription gravée clans la pierre : maistre Hvmbret. « La cathédrale de Colmar, dit M. de Caumont dans le Bulletin monumental (t. XVII), n'est pas d'une grande dimension. Elle a la forme d'une croix latine terminée par une abside et appartient au style ogival allemand.... Les bas côtés, qui font le tour du choeur, sont fort étroits. Tous les chapiteaux annoncent le xivc s.; les feuilles de chêne et autres feuillages de l'époque sont employés dans leur décoration. » L'église Saint-Martin, selon le plan original, devait être décorée de deux tours sur sa façade principale; mais celle du S. a seule été achevée. La tour du N. s'élève seulement jusqu'à la hauteur des combles de la nef. Le 23 mai 1f>72, un violent in cendie ayant détruit les combles de.
l'église et toute la partie supérieure de la tour méridionale, le couronnement en a été remplacé depuis par une
sorte do campanile assez lourd, qui contraste avec le reste de l'édifice.
Un escalier de 303 marches conduit au sommet de cette tour, d'où l'on découvre une très-belle vue sur la chaîne des Vosges, du Herrenfluh (à g.) au Schneeberg (à dr.). Du côté du Rhin, on aperçoit le Vieux-»
Brisach, le Kaiserstuhl/et, plus loin, la chaîne du Schwarzwald depuis le Blauen jusqu'à la Hornisgrinde.
A l'extérieur de l'église, on remarque surtout la façade latérale du S.; le portail en est orné de figures grotesques, d'une étonnante variété d'attitude et d'expression. A l'intérieur, la nef principale, dont les travées ogivales sont séparées par des colonnes accouplées s'élevant jusqu'à la voûte en nervures délicates, est d'un bel effet. Un transsept , aux grandes et belles fenêtres, sépare la nef du chœur, éclairé par sept grandes fenêtres ogivales à deux meneaux et à trois baies lancéolées, comptant chacune 27 panneaux. Ces fenêtres renferment ce qui reste des magnifiques vitraux que possédait autrefois l'ancienne église des Dominicains de Colmar. Les bas côtés de Saint-Martin, sacrifiés aux dimensions de la nef et du chœur, sont trop bas et ne répondent pas au style des parties principales. Dans la sacristie se trouve un tableau intéressant, la Vierge et Venfant Jésus, généralement attribué à Martin Schœngauer.
L'ancien couvent des Dominicaines de Colmar, appelé les Unterliiiden, est aujourd'hui affecté à la bibliothèque publique et au musée (F. ci-dessous, p. 142). Situé près du champ de Mars et à côté de la salle de spectacle, on supposé qu'il doit son nom : Sous-les-Tilleuls (Unterlinden) à un quinconce de tilleuls qui s'élevait près de là. 11 a été construit dans le courant du xm* s.
(1252-1289), par une communauté de femmes, soumise d'abord à la règle de Saint-Augustin, puis plus tard à celle de saiut Dominique, et qui, sous
le titre de Dominicaines de Colmar, est restée célèbre dans l'histoire du mysticisme en Allemagne. Les bâtiments conventuels formaient un vaste quadrilatère autour d'un cloître magnifique qui subsiste encore. Uèglise, dont le chœur seul est bien conservé, occupe le côté S. du cloître. Le chœur, d'un style très-pur et d'une élégante simplicité, conçu dans de petites dimensions, se fait remarquer par ses heureuses proportions et par des détails d'une admirable délicatesse.
« Les fines arêtes de ses voûtes, dit M. Ch. Bartholdi dans les Curiosités de V Alsace, aboutissent par le haut à des clefs d'arcs d'ogives , très-habilement composées de feuillages , de têtes d'anges et d'autres ornements enluminés et dorés avec la plus grande richesse. Elles reposent sur des culsde-lampe formant saillie sur le nu des murs et qui sont également ornés de sculptures variées. »
Le cloître (mon. hist.), la partie la plus intéressante du couvent des Dominicaines de Colmar, « est peutêtre, même dans ce pays, ajoute M. Ch. Bartholdi, le seul spécimen de construction dans le style du xme s.
qui nous soit parvenu aussi complet.
En entrant dans le préau, on est tout d'abord frappé de l'aspect harmonieux et noble de ces galeries, sévères par la pureté des lignes d'ensemble, gracieuses par la légèreté et la finesse des détails. » Le cloître des Unterlinden est formé de galeries dont les arcades ou travées sont divisées en deux par une mince et élégante colonnette que termine une rose dentelée, au sommet de l'arc ogival. La galerie de l'O. présente, à côté de l'entrée du cloître, une large travée dont la riche décoration est particulièrement digne d'attention. — En face de l'entrée du cloître, s'ouvrent quatre fenêtres habilement réparées et appartenant à une maison du xn* s., que les travaux de restauration ont fait reconnaître dans le prolongement I de la galerie de l'O. Cette demeure
COLMAR
ancienne, qui fut le berceau de la communauté, forme, suivant M. Hugot (livret-indicateur du musée de Colmar) , le seul spécimen de l'architecture civile du xir» s. qui soit aujourd'hui connu dans la Haute-Alsace.
Le couvent des Dominicaines, dévasté en 1793 et livré ensuite aux usages les plus vulgaires, a été depuis quelques années l'objet de travaux importants, grâce à l'initiative intelligente et libérale des membres de la Société Schœngauer, en tête desquels il faut nommer tout d'abord M. Hartmann-Motzger, ancien pair de France.
L'administration préfectorale, le conseil général du Haut-Rhin, la plupart des villes et môme de simples communes rurales du département, se sont associés à cette œuvre patriotique, par le vote de crédits annuels qui ont permis la restauration complète du cloître et du chœur de l'église, devenus ainsi les principales et les plus belles galeries d'exposition du musée.
L'ancienne église des Dominicains se recommande par l'harmonie de ses proportions, la hardiesse de son abside , l'élégance de ses ogives trilobées et la sobriété de son ornementation. Les bâtiments du couvent sont occupés par la gendarmerie et l'église a été transformée en halle aux blés.
Les Dominicains, qui s'établirent a Colmar en 1261; ont laissé, sur l'histoire de l'Alsace, de précieuses Annales publiées pour la première fois en 1834.
L'ancienne douane de Colmar, sur la place de la Cour-d' Appel, est un monument intéressant comme construction civile du moyen âge. Les deux grandes portes à ogives surmontées d'un clocheton, les fenêtres du premier étage sur les trois façades, la balustrade à jour qui se dessine à la naissance de la toiture et le petit clocher qui la termine à l'une de ses extrémités, donnent à cet édifice une physionomie très-caractéristique. Au premier étage se trouve une grande salle ornée de colonnes sculptées.
Parmi les monuments modernes de Colmar, nous citerons : — la synagogue, construite en 1843 ; — le palais de justice, édifice dans le style du xviuc s., mais qui renferme quelques parties curieuses, d'une date trèsantérieure, entre autres la salle formant la chambre correctionnelle de la cour (elle mérite une visite); — la préfecture, vaste et belle construction située dans le quartier neuf, près de la gare, et terminée tout récemment;
— le lycée ; — les vastes bâtiments de Yècole normale départementale ;
— le théâtre, bâtiment moderne d'aspect monumental; — X hôpital civil;
— l'hôpital militaire; — enfin de magnifiques casernes de cavalerie.
Colmar possède , en outre , quelques maisons anciennes, des xve et xvr s., d'un aspect très -pittoresque. Nous indiquerons spécialement : — une maison située rue Saint-Jean, et dont les galeries élégantes, décorées de riches balustrades (surtout celle du premier étage), rappellent les plus charmantes conceptions du xvie s. ; — la curieuse demeure, connue sous le nom de maison Pfisier, bâtie à l'angle de la rue des Augustins et de la rue des Marchands, dans le voisinage de l'aile S. de l'église Saint-Martin. La tourelle octogonale qui s'élève à g. , réunie au reste de l'édifice par une galerie ouverte, est d'un effet charmant. La maison Pfisterest la maison paternelle de la famille Hâusmann.
— Dans la même rue, on remarque encore la maison Chevalier, qui présente extérieurement une tourelle saillante, octogonale, dont les étages en encorbellement vont en s'élargissant à mesure qu'ils ^'élèvent. Sous la porte cochère de cette maison se lit une curieuse inscription en vieil allemand, datant de 1358. — Rue des Clefs , la maison aux Têtes est ainsi appelée parce que la tourelle qui fait saillie sur la façade est couverte de mascarons en ronde bosse. — Enfin nous signalerons, petite rue des Augustins, une maison presque entiè-
remeni reconstruite dans le goût moderne, mais qui passe pour avoir appartenu au peintre Martin Schœngauer, et, rue des Juifs, une autre maison, n° 10, qui a été habitée en 1753 par Voltaire.
La statue du général Rapp , en bronze, sur un piédestal en grès vosgien rouge, occupe le milieu du champ de Mars. Cette œuvre de M.Auguste Bartboldi a du mouvement et la physionomie trahit un caractère énergique ; mais la pose en est un peu mélodramatique et le bras qu'étend le général est d'une roideur pénible. PLusieurs inscriptions sont gravées sur le piédestal.
La statue de Ffeffel, en pierre rose, sur un piédestal de même matière, a été offerte gratuitement par A. Friederich (1859). Elle s'élève sur la place du Musée et porte ces simples mots: « A Théophile-Conrad Pfefl'el.»
La statue en bronze de l'amiral Bruat, inaugurée en 1864, est placée au centre de la promenade du Champ-de-Mars, à 100 ou 150 mèt. à peine de celle de Happ, sur un piédestal formant fontaine.
Enfin la statue de Martin Schœngauer s'élève au milieu du cloître des Vnterlinden. Cette statue due, comme celles de Rapp et de l'amiral Bruat, à M. Barthoidi, est lune des œuvres les mieux réussies de cet artiste distingué. Le célèbre peintre, en costume du xvc s., est représenté debout, feuilletant un album ; le piédestal est décoré de quatre charmantes figurines symbolisant la Peinture, la Sculpture, la Gravure et l'Étude.
Bibliothèque. — Musée. — Sociétés
Les collections littéraires, scientifiques et artistiques de Colmar sont réparties de la manière suivante, dans les anciens bâtiments des Unterlinden : bbz-de-chaussés : musée de peinture, dans l'ancienne église; musée lapidaire (bas-reliefs, fragments de sculptures, reproductions
en plâtre, etc., soit du moyen âge, soit d'époques antérieures), dans les galeries du cloître ; archives communales. l'r étage : bibliothèque communale (galerie du N.); musée éthnographique (galerie de ï'O.) ; musée d'histoire naturelle (galeries S. et E.); musée archéologique à la tribune de l'église.
La bibliothèque renferme près de 40000 vol., plus de 500 manuscrits, un médaillier riche de 10000 pièces au moins ; des estampes, des lithographies et une collection de tissus remontant à l'origine de l'industrie manufacturière dans la Haute-Alsace.
Outre plusieurs documents d'un haut intérêt historique, nous y signalerons un certain nombre de livres des premiejs temps de la typographie, notamment: — une Bible imprimée en allemand, à Strasbourg, par Eggenstein, en 1466; — un Math, de Cracovia : Tractatus rationiset conscienciae, que l'on croit avoir été imprimé par Gutenberg lui-même ou du moins par Nicolas Bechtermûnze, l'acquéreur de son atelier typographique.
Aux archives communales, on remarque particulièrement, parmi de nombreuses et intéressantes pièces :
un exemplaire incunable d'une Protestation de Thierry II d'Isembourg, imprimé, en 1462 , par Faust et Schaeffer; — l'original de Y Acte constitutif de la ligue des dix villes impériales (1354), formée sur l'invitation de l'empereur Charles IV, etc.
Le musée comprend : des tableaux classés sous 346 numéros et appartenant principalement aux trois premières époques de l'école allemande (école de Cologne, école de Martin Schcengauer, école d'Albert Durer) ; un admirable autel en bois sculpté provenant du couvent des Antonistes d'Issenheim ; de nombreuses gravures; des moulages de marbres antiques et d'œuvres du moyen âge ; des fragments du moyen âge : sculptures d'ornement, statues, etc., et enfin une mosaïque gallo-romaine découverte à Bergheim (Haut-Rhin) en \%k9.
COLMAR
Parmi ces richesses, classées avec au- ; tant de soin que de goût, sous la surveillance de feu M. Hugot, dans l'église, le chœur et le cloître, qui forment le musée proprement dit, on remarque : — plusieurs bas-reliefs sur chêne (n°» 53 à 67), représentant un évëque, divers sainte et des , détails d'ornement; — une série de sculp- { turcs polychromes, en bois, groupes, bustes et statuettes (n°* 14« à 155).
Les principaux tableaux sont : — un Saint Jean-Haptisie (nu loi), sur bois, d'exécution plus que médiocre d'ailleurs, portant cette indication : ^Egery 1582 (ASgery est un bourg du canton de Zug, en Suisse) ; — un Christ sur la croix (n° 105), antérieur à 1420; — une suite | de seize tableaux (n** 115-130), réunis par j trois ou quatre, sous un même cadre, mais séparés entre eux par des baguettes. Ces j tableaux sont attribués à Martin Schœngauer-, toutefois, on ne considère comme authentiques et entièrement de lui que | les n°* 118 et 119 : une Descente de croix | et une Mise au tombeau: dans les autres, où se reconnaissent son ordonnance et son dessin, les amateurs croient retrouver la touche de deux mains différentes; — une Pitié (n° 131), d'une remarquable exécution, et qui est attribuée soit à Sigismond Holbein, né en 1456, soit à Martin Schœngauer ; — un Saint Se- ; bastien (n° 137), et un Saint Antoine I (n° 1 28 \ par Mathias Grunewald, peintures sur bois, formant partie de deux grands triptyques qui décoraient , à ce que l'on suppose, le maitre-autel des Antonistes d'Issenheim, regardé comme l'un des plus riches autels de la chrétienté ; — sept tableaux (n0* 139-145) attribués alsenmann, peintre et bourgeois de Colmar, en 1462. Ces peintures, exécutées sur bois, paraissent avoir été destinées à orner le maitreautel de l'église Saint-Martin de Colmar.
Outre sa magnifique série de tableaux de l'école allemande du xv* s. et du commencement du xvi" s., dont nous n'avons énuméré que les plus importants, le musée de Colmar possède : — une Tête de vieil' lard (n° 217), attribuée au Guerchin ; — une Bacchanale (n° 219), esquisse peinte à l'huile par Boucher; — un Intérieur de la cathédrale de Bdle (n° 242), par Renoux ; — un certain nombre de tableaux modernes, copies ou originaux. Parmi ces derniers, nous indiquerons le Sahara (n° 234), par M. Fromentin.
La collection d'estampes, qui compte plusieurs oeuvres de gravure de Schœngauer, est fort remarquable.
Le musée archéologique est trèsriche en objets de toutes les époques (époques celtique, gallo-romaine, mérovingienne et du moyen âge), recueillis en Alsace.
Le musée d'histoire naturelle outre les collections générales, renferme cent séries très-riches relatives à la flore, à la faune, à la géologie et à la minéralogie de l'Alsace. — La mosaïque gallo-romaine, découverte à Bergheim en 1849, forme le pavage du chœur de léglise des Unterlinden. Ce beau reste de l'art antique, dont la dimension est d'environ 88 mèt. carrés, semble remonter au m0 ou au iv° s. Le dessin , d'une disposition recherchée, figure des compartiments ornés de vases, de coquilles, de rosaces, de dauphins, etc., qu'enlace, avec beaucoup d'art, une large torsade. Ce précieux débris a été acquis et restauré à frais communs par la ville, le département et la Société Schœngauer qui a cessé d'exister depuis quelques années.
Colmar possède une Société d'histoire naturelle, une Société médicale , une Société départementale d' agriculture et un sous-comité de la Société archéologique alsacienne, dont le siège est à Strasbourg.
Les institutions d'enseignement public sont nombreuses dans le ch.-l.
du Haut-Rhin. Outre le lycée et Yécote normale, Colmar compte un collège catholique, plusieurs écoles communales , une école communale de musique où se font des cours pour le chant et pour tous les instruments, des cours d'adultes, etc.
Industrie et commerce.
Bien que Colmar soit surtout une ville agricole, l'industrie y est représentée par plusieurs grands établissements, installés, pour la plupart, à 2 kil. au N. 0. de la ville, dans le v. de Logelbach (F. ci-dessous, p. 151).
La ville renferme des brasseries, des tanneries et corroiries, des teintureries, des chaudronneries, des cou-
telleries, des fabriques de fécules et | d'amidon, des imprimeries typographiques et lithographiques, des fabriques de rubans, d'horlogerie, de carrosserie, etc. Dans les faubourgs s'exploitent des moulins, des briqueteries, des tuileries, etc. Le commerce consiste dans les produits des fabriques et dans les productions du sol, parmi lesquelles les vins tiennent le premier rang; ensuite viennent les bois, les grains, les fers, etc. Colmar confectionne aussi des pâtés de foies gras qui, sans avoir la môme renommée que ceux de Strasbourg, les égalent cependant en qualité.
[Corresp. pour : — (20 kil.) Munster, par (6 kil.) Wintzenheim {V.
R. 85); — (16 kil.) Neuf-Brisach (R. 86).]
De Colmar à Gérardmer, R. 63; — à Saint-Dié, R. 71 ; — à Munster, R. 85; — à Neuf-Brisach, R. 86.