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EXCURSIONS AUTOUR DE COLMAR

On peut faire, en partant de Colmar, un grand nombre d'excursions intéressantes dans les Vosges, dont les premiers contreforts se dressent à 4 ou 5 kil. à l'O. de cette ville. Plusieurs sites qui méritent d'être visités se trouvent sur des routes que nous décrirons plus loin; mais nous avons cru devoir en parler ici avec quelques détails, Colmar formant habituellement le point de départ pour ces excursions. La visite de la vallée de Frèland, du lac Rlanc, du lac Noir et du lac de Daren, par Kaysersberg et Orbey, l'excursion à l'ancien couvent des Trois-Épis, par Turckbeim, et l'excursion dans la vallée de Munster comptent notamment parmi les courses les plus intéressantes qu'ofTre la pittoresque vallée de l'Alsace, dans les environs plus ou moins rapprochés de Colmar.

Kaysersberg et Orbey. — Le lac Blano, le lac Noir et le lao de Daren.

Cette course, en supposant qu'on la fasse à pied depuis Kaysersberg, demande deux jours environ. — Le premier jour, on visitera les ruines du couvent d'Alspach et Fréland, puis on ira coucher à Orbey. Le second jour, on se rendra aux trois lacs et l'on reviendra à Munster par

I Soultxerenet Stosswihr(R.63),en prenant ses dispositions de manière à arriver à Munster avant le départ de la voiture de Colmar. Si, au contraire, l'on revient par Orbey, on devra y coucher une seconde nuit, et redescendre le lendemain la vallée de Kaysersberg.

Sortant de Colmar par la route de Saint-Dié, appelée aussi route du Bonhomme et de Kaysersberg, on laisse à g. le chemin de Turckheim et Ton franchit le canal du Logelbach , près des dernières maisons de la ville.

Après avoir longé ce ruisseau, à peu de distance, pendant un parcours de 500 à 600 met., on s'en écarte pour se diriger à travers des prairies et des champs cultivés vers le N. 0.

5 kil. de Colmar, Ingershet m, v. de 2498 hab., situé sur la rive g. de la Fecht, que Ton traverse avant d'entrer dans le village. Le pignon de Yhôtel de ville est surmonté d'un joli campanile gothique découpé à jour (xvr» s.). A l'O. du village, se dresse une colline oolithique où s'exploite une carrière de pierres à chaux, dans laquelle se trouve une curieuse et profonde caverne connue sous le nom de Drachenloch (trou des Dragons) .

On longe, à g., les hauteurs de Katzenthal, dont les pentes, garnies de vignes, sont couronnées par la tour ruinée de Wineek ou Windecke, qui paraît dater du xu* s. Cette tour, de forme carrée, ouverte du haut en bas sur un de ses côtés, est bâtie sur une masse de rochers où se reconnaissent aussi les traces d'une première enceinte fortifiée. La porte d'entrée se voit à une certaine hauteur du sol. On y arrivait au moyen d'un escalier mobile ou d'une échelle dont l'extrémité s'appuyait àune sorte de balcon. Ce château appartient aujourd'hui à la Société pour la conservation des monuments historiques d'Alsace. — Pour visiter cette tour, il faut gagner Katzenthal, v. de 578 hab., au N. 0. (2 ou 3 kil. d'Ingersheim), soit par un chemin qui, partant de ce dernier village, contourne et

[ROUTE 2] COLMAR. — KAYSERSBERG.

gravit, au S., la colline de Kat zen thaï, soit par un autre chemin que Ton trouve à g., sur la route de Kaysersberg, à 15 ou 20 min. d'Ingersheim.

A Katzenthal, on peut prendre, près de l'église, un chemin qui ramène, à travers les vignes, sur la route de Kaysersberg, à 500 mèt. environ en deçà d'Ammerschwihr.

9 kil. Ammerschwihr, V. de 2036 hab., principalement adonnée à la culture de la vigne, possède un bel établissement industriel fondé par MM. Renkenbach frères, pour la construction des orgues. Cette petite ville, dont l'origine remonte au delà du vu' s. , a conservé des restes de ses fortifications des xv# et xvic s. On y remarque surtout une tour de défense, appelée Schelmenthurm, portant la date 1 535 au-dessous des armes du Saint-Empire, de Landsparg et de Ribeaupierre , et la porte Oberthor s'ouvrant, à TO., vers la montagne.

Uéglise, du style ogival, est de deux époques ( Statistique monu mentale, par M. l'abbé Straub). La nef, dont la voûte est supportée par des colonnes rondes , et le chœur datent des dernières années du xv* s.

ou du commencement du xvi-s.; le clocher remonte au xiv« s. A Tintérieur, nous signalerons : la rampe de l'escalier conduisant aux orgues (xvr* s.) , un bénitier en fer forgé, quelques statues en bois, également du xvr» s. A l'extérieur, près du chevet, s'élève un christ colossal en bois, datant de 1609.

On visitera encore avec intérêt à Ammerschwihr : l'ancien hôtel du commerce, dont la façade à pignon est terminée par un gracieux campanile gothique; — Y hôtel de ville, construction de la Renaissance (1552), renfermant un escalier tournant d'un style élégant et une belle salle de réunion ; — enfin, plusieurs maisons particulières et deux fontaines du xvi* s.

D'Ammerschwihr à Kaysersberg, la route passe entre des hauteurs boisées (à g.) et la Weiss (à dr.), gros

V05GBS.

ruisseau qui descend du lac Blanc, arrose Orbey et traverse toute la vallée de Kaysersberg. Aux abords même de Kaysersberg, la route, franchissant la Weiss, rejoint le chemin de Bennwihr, par Kientzheim (V. eidessus. p. 136).

12 kil. de Colmar. Kaysersberg, ch.-l. de c. de 3173 hab., situé sur la Weiss, entre deux hauts coteaux plantés de vignes à leur base et couverts de belles forêts à leur sommet.

Les historiens supposent que Kaysersberg occupe remplacement d'une ancienne station romaine, qui a dû vraisemblablement défendre le passage du Val d'Orbey, autrefois l'un des plus fréquentés des Vosges, comme l'indiquent d'ailleurs les traces d'une voie romaine, reconnues aux environs de Kaysersberg. Toutefois, là ville actuelle, à en juger par les monu* ments les plus anciens qu'elle renferme, ne semble pas remonter au delà du xii» ou du commencement du xiu« s. C'est à cette époque que le château fut construit, d'après les ordres de l'empereur Frédéric Barberousse. Kaysersberg, élevée au rang de ville impériale, avec juridiction sur Turckheim et Munster, devint la résidence d'un avocat ou préfet impérial (en allemand, Beichsvogt) , représentant de l'empereur. Les fonctions deYadvocatie de Kaysersberg, qui furent remplies par des membres des plus illustres familles de l'Alsace, étaient à la fois civiles et militaires. Le Reichsvogt avait la garde du château et exerçait le droit du glaive au nom de rempereur. Il jugeait les affaires capitales, en plein air, en présence de l'accusé, et prononçait la sentence; si elle entraînait la peine de mort, il brisait la baguette, insigne de son autorité, en jetait les débris aux pieds du condamné et commandait les apprêts du supplice. Lorsque l'on construisait une nouvelle potence, il avait le privilège, assez singulier, d'y enfoncer le premier clou. Il exerçait d'ailleurs d'autres droits plus lucratifs : ainsi il percevait un florin par ménage de Juifs et recueillait les successions vacantes.

Kaysersberg, fortifiée dès le xm« s., fut assiégée en 1247 par l'évéquc de Strasbourg, en 1248 par le duc Mathieu de Lorraine, en 1261 par Rodolphe de Habsbourg, qui revint, en 1285, la visiter comme empereur d'Allemagne. Enfin, ea 1632, les Suédois s'en emparèrent et mi*

nèrent le ch;Ueau, qui avait été réparé en 1580. Kaysersberg, comprise dans la Décapoîe, participa constamment à la vie agitée de cette union des villes libres. La Réforme fut pour elle, au xvi« s., une nouvelle cause de troubles. Les paysans révoltés la prirent en 1525, mais ils l'abandonnèrent bientôt pour aller combattre te doc Antoine de Lorraine à Scherwiller, où ils furent complètement défaits (R. 84). Un épisode tout individuel, conservé par la tradition , montre quelle était alors la vivacité des passions religieuses. Le curé Samson Hillner, rapporte Baquol, d'après une notice provenant du couvent des Récollets de Kaysersberg, s'étant montré favorable, dans un sermon, aux nouvelles doctrines (1523), fut mandé par le magistrat, qui le fit exécuter dans l'hôtel de ville et enterrer secrètement dans un lieu écarté. En 1815, des ouvriers, occupés à faire des terrassements pour la construction d'une redoute, trouvèrent un squelette dont la tête était séparée du tronc. Cette mutilation fit supposer que c'était les restes du malheureux curé, et fut considérée comme la confirmation de la tradition.

Les ruines de L'ancien château fort, destiné à défendre le passage de la vallée contre les aggressions venant du côté des Vosges, sont situées à l'une des extrémités de la ville. Ce manoir, qui domine de près le cours de la Weiss, remplaça vraisemblablement les vieilles fortifications romaines élevées sur ce point. Il reste une portion du mur d'enceinte et un imposant donjon cylindrique conservant encore plusieurs de ses créneaux.

Quelques parties des anciennes fortifications, qui se rattachaient à cet ouvrage principal, subsistent encore.

L'église paroissiale date de plusieurs époques : les piliers de la grande nef et le portail de l'O. sont de la première moitié du xii6 s. ; le chœur ogival, orné de quelques restes de vitraux peints . appartient à la fin du xiv* s. ou au commencement du xv" s. ; les bas côtés seraient de 1448, selon une inscription qui se lit à l'extérieur du collatéral S. Le tympan du portail 0. contient une ancienne ev curieuse sculpture : la Vierge

couronnée par le Christ, tandis qu'un groupe d'archanges offre l'encens.

Ce portail , àu style roman , surmonté d'une fenêtre en ogive primitive, se compose de trois arcs en pie in cintre, en retrait, reposant suides colonnes couronnées de corbeilles. A l'intérieur de l'église, on remarque deux baptistères et un saint sejmlcre du xv* s. Les trois Maries qui se tiennent près Au Christ, sont surtout d'une bonne exécution.

Derrière le maître- autel et au-dessus des stalles modernes du chœur, se voit un grand retable du commencement du xvi» s. , ayant appartenu autrefois, dit-on, à ta cathédrale de Bâle. 11 est orné de peintures attribuées à Holbein et de sculptures en haut- relief (scènes de la Passion), très-remarquables par le mouvement et la composition.

Près de l'église s'élève, au-dessus d'un ostmaire de 1463, une chapelle dédiée à saint Michel et dont la voûte peinte représente les quatre ffrongélistes et les quatre Docteur* de l'Église latine. Cette chapelle renferme un citrist colossal en bois, avec les figures de Marie et de saint Jean dans les mêmes proportions (milieu du xvc s.). Dans l'ossuaire, on montre un cercueil en bois qui servait au transport des cadavres pendant les maladies épidémiques du xve s.

V hôtel de riUe , de la Renaissance allemande du rvf s., porte sur sa façade, ornée d'un cabinet en saillie.

une inscription avec la date de 1604.

L'entrée, décorée dans le style de la Renaissance, est formée d'une arcade en plein cintre, entrecoupée de cartouches. Au premier étage se trouvent deux salles ornées de boiseries découpées en panneaux et en cartouches d'un style sévère. — Kaysersberg renferme en outre plusieurs maisons particulières de la seconde moitié du xv* s. et du xvi* s.

Au sortir de Kaysersberg, on franchit la Weiss sur un pont biais, d'autant plus remarquable qu'il date du

[ROUTE 2] KAYSERSBERG. — FRÉLAND.

xvi» s., pois on remonte la rive dr. de cette rivière , resserrée sur ce point entre des hauteurs boisées d' on aspect pittoresque. A 2 kil., on laisse à dr., près de la route, remplacement de l'ancien couvent d'Aîspach et les ruines de son église, renfermées dans un parc qui dépendait d'une manufacture actuellement abandonnée. Fondé au xou xr s. par un comte d'Éguisheim, le couvent d'Aîspach fut d'abord occupé par des moines de l'ordre <!e Saint- Benoît, puis cédé, en 1282, à des religieuses de la règle de Sainte- Claire, qui s'y établirent sous la protection de Rodolphe de Habsbourg. Le couvent, pillé et incendié lors de la guerre des paysans, et promptement réparé, fut supprimé à la Révolution. 11 ne reste que quelques débiis de l'église : une partie de la façade avec un portail roman, la nef du milieu et l'élégante série d'arceaux qui, vers le N., la séparait des bas côtés maintenant détruits. Dans le mur de clôture voisin de ces ruines, ont été encastrés quelques chapiteaux historiés, très- intéressants. Il est, du re^te, assez difficile de se rendre compte de la disposition intérieure et des détails d'exécution de l'église d'Aîspach, car ce qui en reste est enveloppé et caché par des constructions parasites, élevées pour fexp citation de l'urne.

Dans l'allée ductoifrequi subsiste encore, on voit de nombreuses dalles tumul aires , frustes et mutilées.

Près d'Aîspach se cache, dans un étroit vallon, Ycrmitoge de Saint- Jean, auquel se rattache une légende romanesque.

La vallée solitaire que remonte la route se re>serre de plus en plus. Les vignes disparaissent, et les versants, plus abrupts, se couvrent partout de bois. Au pied des montagnes s'étendent des prairies qui, remontant çà et là dans de petits vallons, à dr. et à g., se développent plus loin en vastes pâturages dans les hautes régions. — A 5 kil. de Kaysersberg (17 kil. de Colmar) s'ouvre à dr. de la route, au

delà de la Werôs, un étroit «rtto*

qu'arrose lUrbach, et que suit ut»

chemin conduisant à (3 kil.) Fréterai.

Fréland est un village de 2042 hak.j composé d'un grand nombre de hameaux, disséminés dans la montagne au milieu de forêts et rte pâturages excellents. Il s'y falwique du kirsch d'une qualité supérieure et des fro ■ mages renommés.

L'église renferme cinq tableaux provenant du couvent d'Alspae*! , ainsi qu'une partie du maître-autel et différentes statues.

L'existence de Frélaird ne partît pas remonter au delà de la fin du xv* s. Selon la tradition locale, ce village fut peuplé par des chai bonniers, qui vinrent s'établir dans cette gorge, lors de la re prise des travaux de mines à Sainte-Marie au xiv* s. Les habitants n étant soumis ni à la glèbe ni à aucune sorte de redevance ou d'impôt . la commune aurait reçu )e nom de Fret -fond (terre libre).

A 4 kil., à vol d'oiseau, au N. O. de Fréland. s'élève la montagne du Bressoir ou Brézouard (1231 met. d'alt.), qui domine au loin la vallée de Sninte Marie-aux-Mines. L*ascen-ion d*» cette montagne demande une journée (aller et retour), et ne peut se faire qu'avec un guide.

Au S. de Fréland se trouvent les vestiges d une ancienne voie romaine qui, se dirigeant vers le col du Bonhomme, va rejoindre la route de Saint- Dié à Colmar. — Un chemin tracé dans la montagne conduit de Fréland A (4 kil. N. K.) Aubure (F. ci-dessus, p. 13'J).— Un autre chemin, en voie d'exécution, et destiné à relier Munster à Sainte-Marieaux-Mines, passera par Fréland et facilitera beaucoup les communications dans cette partie des Vosges.

Quand, de Fréland, on a regagné la vallée de Kaysersberg, si l'on continue à la remonter, on atteint le hameau de Hachimette (7 kil. de Kaysersberg), où la Weisâ reçoit la Béchine, gros ruisseau qui a sa source aux Hautes.

Chaumes, sur les hauteurs qui dominent le Valtin. 1 kil. plus loin s'ouvre, à g., le val d'Orbey proprement dit, d'Où descend la Weiss.

Il y a 3 kil. de l'entrée du vallon jusqu'à Orbey, en suivant un chemin qui côtoie la Weiss.

22 kil. de Colmar. Orbey (hôt. Miklo et de la Croix-d'Or), situé sur la Weiss, est, comme Fréland, le centre d'une commune composée de nombreux hameaux dispersés dans la montagne et comprenant une population totale de 5431 hab. Cette commune , dépendant du canton de la Poutroye, est, ainsi que ce dernier village et ceux du Bonhomme etde la Baroche, de langue française, aussi bien que les hameaux environnants, tandis que partout ailleurs, sur le versant oriental des Vosges, on parle la langue allemande. La vallée de Kaysersberg qui, par le col du Bonhomme, offre un passage facile de la Lorraine en Alsace, ayant été fréquentée depuis un temps très reculé, on suppose qu'une population française pénétra originairement dans la vallée alsacienne et y apporta sa langue ainsi que ses mœurs. Car « nous sommes ici chez des Romans ou Lorrains, parlant le patois des Vosges, dit M. F. Kirsch leger dans son Guide du Botaniste , au sujet des Hautes- Huttes et du val d'Orbey en général; plus de traces de la langue allemande; plus de mœurs puritaines; plus de luthériens, comme on Ta dit dans un récit moderne. Les habitations sont plus ou moins isolées; chaeune est entourée d'un petit potager, de quelques champs de pommes de terre ou d'orge, d'un pré-pâturage clos par une claire-voie ou par un mur sec formé de blocs granitiques. La même population romane se rencontre dans tout le canton de la Poutroye, notamment aux villages montagnards des Basses-Huttes et de la Baroche {V. le travail de M. de Golbery, dans le 2e vol. des mémoires de 2a Société d'agriculture, des sciences et des arts

de Strasbourg). » — L'industrie, trèsactive à Orbey, y est représentée par 3 filatures et 4 tissages mécaniques de coton, 1 papeterie, 9 moulins, 3 huileries, 2 scieries et 1 féculerie. L'élève des bestiaux, les produits du laitage (beurre, crème, fromages), la fabrication du kirschwasser y forment les branches principales des travaux et du commerce agricoles.

Orbey, bâti dans une riante position, presque au pied d'une montagne dont les sommets rocheux et escarpés s'élèvent à l'O. , est un village agréablé et très-animé, grâce à ses nombreuses usines. Ses maisons, serrées au centre, s'étendent assez loin jusque vers les premières pentes de la montagne. Elles sont entourées de jardins, île vergers, de groupes d'arbres, parmi lesquels on aperçoit çà et là les grands édifices des fabriques et des habitations principales, dont plusieurs sont des constructions très-élégantes.

N. B. — En se conformant aux indications que nous avons données précédemment, on doit arriver à Orbey dans la soirée (on gagne deux heures environ, si l'on ne visite pas Fréland), pour y passer la nuit et entreprendre le lendemain de grand matin la visite des trois lacs (lac Blanc, lac Noir, lac de Daren). Il est presque indispensable de prendre un guide à Orbey, à moins que l'on ne soit bon marcheur, habitué à s'orienter et peu sujet à regretter quelques kilomètres faits en trop, au hasard. Dans ce dernier cas, il suffira de prend re des renseignements exacts et détaillés. La course est un peu longue, maiselleest très-intéressante. — Il nous serait difficile de fournir des indications précises et circonstanciées sur des chemins de montagne, coupés de cours d'eau, s'entre-croisant, se perdant tantôt dans les bois, tantôt dans les hauts pâturages, et tracés sur un sol difficile et irrégulier; toutefois, nous indiquerons, comme points de repères, les principales directions de l'excursion aux trois lacs.

Sortant d'Orbey par l'extrémité O.

du village, on suit la rive dr. de la Weiss; puis, à 15 ou 20 min. d'Orbey, tournant à g., dans la direction du

[ROUTE 2] ORBEY. — PAIRIS. — LE LAC NOIR.

S. 0., on gravit alors les premières pentes, entre des maisons environnées de leurs jardins et de leurs champs.

On arrive ainsi (40 min.) à un pont où la Weiss reçoit deux ruisseaux, dont l'un (le premier à g.) est formé par l'écoulement des eaux du lac Noir.

Laissant la Weiss à dr., on remonte le ruisseau du lac Noir, pour gagner ce lac. — 25 min. de marche conduisent à l'abbaye de Pairis ou Péris que le chemin contourne (1 h. ,25 min.

environ depuis Orbey).

Vahbaye de Pairis (on peut s'y renseigner sur le chemin à suivre), située dans une gorge solitaire, fut fondée en 1138, par Udalric comte d'Éguisheim, petit-fils de Gérard d'Alsace. Celte communauté célèbre, dont plusieurs membres se firent remarquer par leurs travaux théologiques, historiques ou linguistiques, appartenait à l'ordre de Cîteaux. Elle subsista jusqu'à la Révolution ; le monastère fut alors déclaré propriété nationale. La commune d'Orbey a établi, depuis quelques années, un hospice dans les bâtiments, qui ont été reconstruits à la fin du xvii* ou même au xvnr* s. dans le style de l'époque. Sous ces bâtiments relativement modernes et sans caractère, s'étendent des caveaux et des substructions très-anciennes. A quelque distance en avant de l'hospice, se dresse un portail monumental qui formait autrefois l'entrée principale du monastère. La grande arche en est ombragée par des arbres dont le feuillage couvre en partie une petite chapelle élevée à côté du portail.

C'est, avec un mur sur lequel se dessinent quelques arcades pleines en ogive et qui paraît avoir été le mur latéral d'une chapelle, tout ce qui subsiste de l'ancienne abbaye.

Au delà de Pairis, le site prend un caractère de plus en plus sauvage, a Ce ne sont plus seulement des escarpements boisés, au milieu desquels le torrent roule avec bruit de rochers en rochers; bientôt vous ren-

contrez une nature toute différente de celle du reste des Vosges ; les sapins et les hêtres restent en arrière , et vous montez , non sans peine, au milieu des rochers éboulés et d'énormes galets, tandis qu'autour de vous se dessine une sorte de cirque aux parois abruptes et nues.

Vous sentez que vous marchez sur une ancienne moraine et que ces lacs vers lesquels vous avancez ont été des glaciers. » Il faut traverser pendant 45 min. environ cette région solitaire avant d'atteindre le lac Noir, que Ton aborde au point de sortie de ses eaux , contenues par une digue construite, il y a quelques années, afin d'en régler l'écoulement.

Le lac Noir doit son nom au sombre reflet des sapins qui l'enveloppaient sur trois côtés, et qui, aujourd'hui, ont presque entièrement disparu. Situé à 960 mèt. d'altit., ce lac a 14 hectares de superficie et 2 kil.

environ de tour. Sa situation sur des hauteurs isolées, le profond silence qui y règne, les masses de rochers mêlées de verdure qui l'environnent en surplombant de trois côtés sur les, eaux, lui donnent une physionomie profoodéraent mélancolique, moins âpre cependant que celle du lac Blanc.

Il n'y a qu'un kilomètre en ligne droite entre les deux lacs; mais les hauteurs qui les séparent obligent à faire un détour assez long. On doit revenir aux abords de l'abbaye de Pairis; là, on trouve (à g. en redescendant et avant de dépasser les bâtiments) un sentier qui, contournant des masses rocheuses , s'élève, en un long circuit du S. au N. 0. , sur les hauteurs dominant la rive dr. de la Weiss, jusqu'à la digue qui retient à leur débouché les eaux du lac Blanc.

Le trajet exige à peu près 45 à 50 min.

Il existe, entre les deux lacs, un autre chemin , un peu plus long , mais plus pittoresque. Pour le prendre, on se dirige vers la forêt qui domine le lac Noir au S. 0. On passe ainsi sur les bords supérieurs

du lac «fui, de là, se présente mieux, 1 détruite au-dessus des monceaux de

avec «es rocs escarpés sur lesquels l'eau ru i- selle, ses bruyères, et les blocs erratiques qui l'entourent. On remonte ensuite la montagne jusqu'à la limite de la forêt de sapins, et on arrive bientôt , en appuyant sur ia dr. , à un sentier assez pénible conduisant aux hautes chaumes du Reisberg (!250 mèt. daltit.), qui s'étendent du col de la Schlucht au lac Blanc, sur un espace d'environ 10 kil,

débris, détachés de leurs flancs ettombés à leur pied. Au fond du tableau, ce sont encore des rochers pelés qui arrêtent le regard , cernant de tons côtés Le bassin profond du petit lac sans rivages, dont les eaux immobiles reflètent froidement les tons brillants de cette pierre aride, sur laquelle rien ne végète ni ne vit. »

Il y a, au lac Blanc, une auberge (hôtel du Lac) , ouverte pendant lu

En les suivant dans la direction du N., I saison d'été, et où l'on peut s'arrêter

on trouve, après 45 min. de marche, un chemin de montagne redescendant des hauteurs du Valtin vers Orbey. Ce chemin passe à moins de 500 met.

du lac Blanc, où Ton arrive par

pour se reposer et même pour coucher.

Plusieurs géologues distingués considèrent le lac Blanc et le lac Noir comme les Testes d'anciens glaciers

un escarpement rocheux (1132 xnèt. j dont l'existence est constatée, selon

d'altit.), dont une des extrémités tou che au chemin du Valtin (à dr. en allant vers Orbey) et dont l'autre surplombe les eaux du Lac d'une hauteur de 100 mèt. C'est là que se termine l'amphithéâtre magnifique qui , depuis le Kahlenwassen ou Strohberg, au S., enveloppe la vallée de Munster et ses dépendances d'une muraille

eux, par des traces de moraines.

M. P. Huot s'exprime ainsi, au sujet de cette opinion, dans son livre Des Vosges au Rhin : « La montée au lac- Noir est rude ; elle est en même temps intéressante et instructive. Longtemps avant d'apercevoir l'eau, l'hémicycle des rochers qui l'entourent, la déclivité du terrain, le sol que vous foulez.

les âges antéhistoriques , d'anciens glaciers dont les masses principales oui glissé vers le fond de la vallée, où elles se sont fondues à l'élévation climatérique de la température. » On sait, du reste, que le savant M. Hogart a cru reconnaître les traces du même phénomène sur plusieurs sommets des Vosges occidentales.

abrupte de granit, à laquelle s'appuie tout vous démontre que le lac Noir et le faîte supérieur des Vosges, sur un [ le lac Blanc, sou voisin, furent, développement de 50 kil. De ce point on découvre une vue admirable : à ses pieds le lac Blanc; à g., vers le N., le Champ de Feu; à dr., vers le S. et le S. O. , les montagnes qui bordent la vallée de Munster, le ballon de Soultz; en face, le SchwarzwaM.

Le lac Blanc (1054 mèt. d'akit.) a 25 hectares de superficie. Son nom lui vient du reflet blanchâtre que | Pour gagner, du lac Blanc, le lac ses eaux reçoivent du sable blanc 1 de Daren ou de Soultzeren, ou encore quartzeux sur lesquelles elles repo- le lac Vert, — cxr il porte tous ces sent et des grands escarpements ro- noms, — il faut revenir sur ses pas ; oheux, entièrement dénudés, qui l'en- , mais on peut éviter cet inconvénient veloppeirt presque de toutes parts, en commentant l'excursion des lacs 11 occupe, au fond de la montagne, par le lac Blanc. Dans ce cas on aucune sorte de créneau naturel, vrai- difierait ain i, à son début, l'itinéraire semblablement ouvert autrefois par ' q»ui précède.

l'effort des eaux. « A dT. et à g. , dit Parvenu au confluent de la Weiss M. A. Prost, dans le récit d'une vi- et du ruisseau du lac Noir, au lieu de site au lac Blanc, de grandes roches poursuivre vers Pairie, on coutume déchirées dressent leur cime à demi de suivre la vallée de la Weiss jusque

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