LES TROIS-ÉPIS
sur la vallée de Munster ; la seconde, au N. E., dans la direction de Kaysersberg; la troisième, au S. E., vers Colmar. — L'église paroissiale est un édifice moderne du style grec, avec un portail d'ordre dorique. — Il ne reste de" l'église primitive qu'une tour du xnia s., dans le style de transition du style roman au style ogival. Cette tour s'appuie au côté oriental de la nouvelle église. Au-dessous, se trouve une chapelle de la môme époque communiquant intérieurement avec le côté dr. de la nef. — Nous signalerons encore la chapelle du Saint-Sacrement, qui n'est plus affectée au culte, et une partie de la nef de l'église d'un ancien couvent de femmes, actuellement enclavée dans une maison particulière. On visitera aussi avec plaisir la belle propriété créée par M. Hertzog, sur le versant S. des collines qui protègent Turckheim au N.
Turckheim compte plusieurs manufactures, entre autres deux filatures de coton comprenant ;6 496 broches, et deux papeteries mécaniques.
On sort de Turckheim par la porte de l'O. , pour longer la Fecht et la franchir à 600 ou 700 mèt. de la" ville. Gravissant à dr. un coteau, en décrivant plusieurs contours, on atteint (1 h. environ) un petit plateau de grès vosgien (734 mèt. d'altit.), au sommet de l'un des derniers contreforts du long promontoire qui, se détachant de la chaîne supérieure des Vosges , sépare la vallée de Kaysersberg de celle de Munster/ C'est là que sont situés le couventde Notre-Dame des Trois-Épis et les quelques maisons qui l'entourent (hôt. des Trois- Épis, des Trois Rois, bien tenus, prix modérés).
Diverses traditions se rattachent à rétablissement du pèlerinage des Trois-Épis, qui remonte à la fin du xv" s., et dont une inscription, placée dans la chapelle de l'église, rappelle l'origine miraculeuse.
On raconte qu'un habitant d'Orbey, se rendant au marché de Niedermorschwihr pour y acheter des grains, s'arrêta dans
cette solitude afin d'y adresser ses dévotions à une image de la Vierge, abritée sous un arbre. Pendant sa prière, une voix, venue du ciel, lui commande d'ériger en ce lieu une église à la mère du Sauveur. Le paysan, se croyant le jouet d'une illusion, oublie la mission sacrée qui lui est confiée. Mais, arrivé à Niedermorschwihr, lorsqu'il veut quitter le marché et charger les sacs de grains qu'il a achetés, il n'en peut soulever aucun, malgré le concours des personnes qu'il appelle à son aide Alors il se rappelle le prodige dont il a été témoin; il le raconte à ceux qui l'entourent, en promettant d'obéir à l'ordre qu'il a reçu, et les sacs sont enlevés facilement. Le prieuré fut bâti au lieu même où la voix s'était fait entendre.
Selon d'autres versions, la voix aurait é!é accompagnée d'une apparition de la Vierge, tenant d'une main trois épis mûrs et de l'autre un morceau de glace, et annonçant que Dieu, sur le point de punir les méchants, permettait qu'elle leur apportât un dernier avertissement. « Ces épis, dit la Vierge, sont l'image de l'abondance promise â ceux qui reviendront au bien ; ce glaçon est le signe des ravages qui menacent, dans leurs champs et leurs vergers, les coupables endurcis. »
Enfin, d'après une autre tradition, un impie, un juif suivant quelques auteurs, s'étant emparé d'une hostie consacrée pour l'employer à un usage sacrilège, serait venu l'enfouir en un lieu désert de la montagne. A peine est-il arrivé à ce site isolé, que le ciel se voile, la foudre gronde ; frappé de terreur, l'impie veut s'enfuir et regagner sa demeure; mais, après avoir erré toute la nuit au milieu des ravins et des fondrières, il se retrouve au jour naissant près du lieu qu'il avait voulu fuir. L'orage s'est calmé, le soleil brille, et, bien que Ton soit à peine aux premiers jours du printemps, trois beaux épis dorés soutiennent l'hostie rayonnante, tandis qu'un essaim d'abeilles l'enveloppe dans un tabernacle formé de la cire la plus pure et qu'une musique céleste se fait entendre dans les profondeurs de la forêt. Touché de ce miracle, l'impie se repent, maudit son crime, et, pour l'expier, vend ses biens et en affecte le produit à la fondation de la chapelle des Trois-Epis, qu'il consacre à la Vierge. Plus tard, une église et un couvent s'élevèrent sur l'emplacement de la chapelle, et le prieuré fondé aux Trois-Épis continua d'être le but d'un pèlerinage très-fréquenté. Pendant la Révolution, les bâtiments et l'é-
Klise, achetés par plusieurs habitants d'Ammerschwihr , demeurèrent fermes:
mais , aussitôt que les possesseurs purent le» rendre à leur première destination, ils s'empressèrent de le faire. Le pèlerinage à Notre-Dame des Trots-Épis est encore fort suivi aujourd hud ; beaucoup de pèlerins ramassent, dit-on, un peu de poussière dans la chapelle , persuades que mêlée aux sein ailles, elle leur fait produire double récolte.
Les bâtiments conventuels , où résident quelques religieux , n'ont rien de remarquable. L'église qui s'y appuie, incendiée et reconstruite en partie en 163ô, manque elle-même de caractère. La nef, percée de six fenetrès ogivales, dont l'amortissement offre des motifs du style flamboyant développé, est couverte d'un plafond ainsi que le chœur. La chapelle de la Vierge, décorée dans le genre du xvnr* s., avec plus de luxe que de goût, renferme plusieurs milliers d'exvoto.
Un air pur, un site pittoresque, des points de vue magnifiques sur la vallée du Rhin et sur les Vosges font pendant l'été, de Notre-Dame des Trois - Épis, un séjour extrêmement agréable.
Des Trois-Ëpis on peut se rendre à (2 h. environ) Orbe y et de là aux lacs Blanc et Noir (V. ci-dessus, p. 149) par la montagne.
Le chemin d'Orbey forme, comme nous l'avons dit, le prolongement de celui que l'on a suivi de Colmar aux Trois-Épis. Il se dirige vers le N. 0., en passant à (45 min. des Trois- Épis) la Haroehe. v. de 20;'» 7 hab. en y comprenant une vingtaine de hameaux, éparpillés dans de profonds vallons et sur les sommets des Vosges, jusqu'à 800 mèt. d'altit. — De la Baroche à (1 h. 15 min.) Orbey, on traverse des prairies , coupées de haies et parsemées d'arbres, de cultures et d'habitations.
Au S. de la Baroche , s'élèvent les sommets du Grand Honack (980 mèt.
d'altit.) et du Petit Honack (9J6 mèt.
d'altit.). Ce dernier porte les ruines
du château de Honack, dont la construction, qui date, dit-on, du xi* s*.
est attribuée aux comtes dÉguisheim.
alors maîtres de tout le val d'Orbey.
Le château de Honack , après être passé dans les mains des comtes de Ferrette , de l'évêque de Baie, des Ribeaupierre, etc., fut pris en 1635 par les Français et démantelé, vingt ans plus tard, par les ordres de Louis XIV. D'après la tradition, cette soralwe forteresse, cachée dans la solitude, au milieu d'une forêt de sapins, aurait été autrefois le théâtre d'un drame sinistre. C'est là que, en 1232, Frédéric II, comte de Ferrette , aurait été jeté dans un cachot et étranglé par son fils, qui voulait se venger d'un traité humiliant conclu entre Frédéric et l'évêque de Baie (K. R. 103).
De la Baroche on peut gagner la région des lacs par un chemin (3à4h.
environ jusqu'au lac Noir) qui passe entre les deux sommets du Honack. Ce chemin laisse à 600 ou 800 mèt. sur la dr. le Petit Honack, où se trouvent les ruines. Pour le prendre, il faut remonter directement de la Baroche vers le S. , jusqu'au hameau de 6tragoulte. Là, on tourne à dr., et, s'avança nt dans la direction de l'E. à l'O., on s'engage dans une magnifique forêt de sapins , à rentrée de laquelle s'élève le Honack. Après avoir contourné . à l'autre extrémité de cette forêt, deux tertres isolés, un gagne les hauts pâturages pour arriver aux Hautes Huiles , hameau dépendant d'Orbey. et formé de quelques groupes de maisons, entourées de bouquets d'arbres et de maigres cultures. — Le site pittoresque des Hautes Huttes offre une vue grandiose sur le val d Orbey, en général peu boisé.
On remarque en face de soi le château du Honack et à dr. le Grand Honack; à g., se dresse le Brézouard (V. ci-dessus, p. 147); mais, dans ce vaste tableau, l'attention est particulièrement attirée à g., au N. O., par une montagne de grès vosgien,