ROUTE 2] LES TROIS-ÉPIS. — SOULTZBACH
conique. Ce sommet , appelé par les habitants le Vaux-Dé , corruption de Faux-Dieux , aurait été originairement, dit-on. un lieu de sacrifice pour les Druides (V. la Poutroye, R. 11).
Des Hautes Huttes au lac Noir, on compte une heure de marche (3 à 4 kil.), à travers des blocs granitiques, sur un sol tourbeux, sillonné de rigoles.
On monte encore de Colmar à Notre- Dame des Trois-ffpis :
1° Par Ingershêim (V. ci-dessus, p. 144) et (7 kil. de Colmar) Siedernwrschwihr (828 hab. ). L'église de Niedermorschwihr, bâtie en I80ô, a conserve un clocher du style de transition (commencement du xmus.).
On trouve aussi dans ce village quelques maisons curieuses du xvie s. — Un chemin assez facile, s'ouvrant a l'O. de Niedermorschwihr , dans un I petit vallon latéral , et gravissant la colline par une pente aisée, conduit m 1 h. lô min. aux Trois-Épis.
2e Par Ingershêim et Katzenthal (V.
jusqu'à Katzenthal , l'excursion de Colmar aux lacs Blanc et Noir, p. 144). 2 h. de marche dans un vallon pittoresque planté de vignes et de taillis de chênes et de châtaigniers.
3° Par Ammerschwihr (K. ci-dessus, p. 145). — On remonte, au delà I d'Ammerschwibr, un petit vallon latéral s'ouvrant à l'O. du village. Après l'avoir suivi pendant 15 min. env., on prend à g. un chemin qui, s'éleva ut sur les hauteurs , à travers les bois, gagne directement les Trois-Épis (1 h. 30 min. à 2 h* de marche environ).— Ce chemin, un peu plus long que les deux précédents, est à ' la fois plus agréable et moins fatigant.
N. B. — Si, des Trois Épis, on ne veut pas revenir à Colmar, on peut redescendre à Turckheim et de là se rendre à "Winlzenheim , pour commencer l'excursion de la vallée de Munster (R. 85), le trajet entre Colmar et Wintzenheim n'offrant aucun intérêt au point de vue pittoresque.
Souitzbach — Les châteaux de Wasserbourg, de HohhattstaU, de Haneck et de Bchrankeafels. — Le Kahlenwasen.
14 kil. de Colmar à Souitzbach. — Route desservie par 1*9 voilures de Colmar à Munster jusqu'à l'entrée du vallon de Souitzbach ( V. E. as).
13 kil. La nouvelle Auberge (R. 85).
— A g. , prés de cette auberge, se présente un chemin vicinal qui, remontant un petit vallon, conduit en 10 ou 12 min. à :
14. kil. Souitzbach, v. de 956 hab. , bâti sur un petit ai'iluent de la Feeht. Souitzbach. qui relevait autrefois des ducs de Lorraine, avait au moyen âge rang de ville, et fut entouré en 1275 d une enceinte défensive aujourd'hui détruite. Ce n'est plus actuellement qu'un simple village ; mais ses sources minérales lui ont valu une renommée qui y attire chaque année un assez grand nombre de visiteurs. L'établissement des biins est • situé à 500 mèt. env. au S. du village. — Après avoir dépassé l'église, qui se trouve à l'entrée et en dehors de Souitzbach, on continue à suivre le chemin qui, par la vallée, aène à Wasserbourg;. Bientôt se montre a g., au pied dune montagne argileuse nommée Oberfeldwald, l'établissement des eaux, installé au milieu d'un job parc.
L'établissement de Souitzbach , réorganisé il y a quelques années, est parfaitement aménagé pour l'exploitation des eaux et l'agrément des baigneurs. 11 renferme de belles salles et une magnifique galerie couverte, formée par une colonnade en pierres de taille, et donnant sur l'advenue et le jardin. (11 s'y trouvait autrefois un hôtel qui a été fermé; il faut maintenant louer des chambres dans le village.)
Les sources, au nombre de trois :
la grande source, la petite source et la source des bains, sortent de i' Oberfeldwald. La principale d'entre elles fut découverte en 16Q3. Suivant une
156 DE STRASBOURG A BAJ.E.
tradition, assez vraisemblable et reproduite d'ailleurs pour un grand nombre d'eaux curatives, un pâtre, qui gardait son troupeau dans une prairie au pied de la montagne, ayant remarqué qu'une de ses vaches se rendait à une source écartée, la suivit, et goûta l'eau dont elle s'abreuvait. Il trouva cette eau pétillante, d'un goût particulièrement agréable, et fit part de sa découverte aux habitants de son village. L'eau de la source fut recueillie alors dans une auge en pierre, et bientôt ses qualités spéciales furent connues de toutes les ommunes du voisinage.
Les eaux de Soultzbach. gazeuses, trèsanalogues aux eaux de Bussang et de Seltz, ont une saveur acidulée, fraîche, piquante, très-légèrement ferrugineuse. Elles sont parfaitement limpides et très-agréables à boire. Leur température constante est de 10 à il' centigrades. Ces eaux, excitantes, toniques, apéritives et reconstituantes, sont recommandées contre les dyspepsies, les embarras gastriques, l'anémie, la chlorose, etc. Elles s'emploient en boisson et en bains, mais surtout en boisson ; elles s'exportent comme eau de table, sans perdre de leurs qualités par le transport. Le sédiment ferrugineux des sources, recueilli pour le pansement des plaies atoniques et des ulcères rebelles, à l'exemple de ce qui se pratique à Louèche, a produit d'excellents résultats.
Soultzbach, situé au milieu de montagnes (700 à 800 met. d'altit.) couvertes de magnifiques forêts de sapins, offre des buts de promenades nombreux et intéressants. On peut visiter, outre Munster et ses environs (R. 85), Wasserbourg et son .ancien château; puis sur les hauteurs qui s'étendent entre Soultzbach et la plaine du Rhin, et dont le Hohlandsperg domine l'extrémité N., les ruines des châteaux de Hohhattstatt, de Schrankenfels, de Haneck ou Landecfc.
De Soultzbach au château de Wasserbourg ou Strauenbourg. — Le chemin de Wasserbourg remonte au S. O.
la vallée de Soultzbach; de chaque côté , les versants sont revêtus de
hautes futaies de sapins et de taillis de chênes. Wasserbourg , v. de 760 hab., est bâti dans un site agreste, à 6 kil. de Soultzbach. A l'entrée même du village, on trouve à dr.
un sentier montant aux ruines du château qui s'élève sur une montagne conique (710 mèt. d'altit.). Il ne reste de cette forteresse du moyen âge qu'une tour carrée à demi détruite et une épaisse muraille qui formait probablement une première enceinte. — Du château de Wasserbourg ou Strauenbourg, on peut se rendre soit au (4 à 5 kil.) Schlosswald, soit au (7 à 8 kil.) Solberg (V. Munster. R. «5), et revenir à Soultzbach par la vallée de Munster. Du Schlosswald, on gagne souvent aussi le sentier qui contourne la crête du petit vallon deGriesbach, pour redescendre à Soultzbach par un charmant ravin (cette course est un peu plus longue , mais beaucoup plus agréable que le retour par la vallée de Munster).
De Soultzbach aux châteaux de Hohhattstatt, de Haneck et de Schrankenfels. — Cette excursion exige une demi-journée (G à 7 h.). Bien que les chemins soient, en général, assez faciles, comme l'on a à parcourir une région fortement boisée, on fera bien de se faire accompagner (1 ou 2 fr.
de pourboire). — Entre l'église de Soultzbach et les premières maisons du village, s'ouvre à g. du chemin de Wasserbourg, en venant de Colmar, un vallon couvert de forêts et remontant directement vers le col qui sépare la montagne de Hohstauffen (896 mèt d'altit.), à g., de celle où se trouvent les ruines du Hohhattstatt (877 mèt.
d'altit.). Il faut 8 ou 10 min. pour monter du col à ces ruines.
Le château de Hohhattstatt ou simplement de Hattstattf est situé à 6 kil. environ du village du même nom dont il dépendait et qui se trouve sur la route de Colmar à Cernay et à Belfort. Ce château était, dès le xii* s., entouré de fossés et de murs. Après avoir passé en diverses mains, il fut
[ROUTE 2] LE KAHLENWASSEN. — EGUISHEIM.
pris et brûlé, en 1466, par les habitants de Munster. Il n'en reste plus que les débris d'une tour, un pan de mur percé d'étroites fenêtres en plein cintre, qu'un meneau divisé en deux, et quelques vestiges de fondations. De la hauteur qu'occupent ces ruines, on découvre une vue étendue et magnifique sur la plaine de l'Alsace. — Un assez bon chemin, se dirigeant vers le S., à travers les bois, conduit du Hohhattstatt à la tour octogonale, bien conservée, de Schrankenfels, ainsi qu'aux ruines du château de Haneck. Ce dernier n'offre plus qu'une tour détruite jusqu'à demi-hauteur et les débris d'un mur d'enceinte.
De Soultzbach au Kahlenwasen ou Slrohberg. — Cette course, pour laquelle il faut prendre un guide à Wasserbourg, demande 7 à 8 h. de marche (aller et retour compris), mais elle est très-intéressante. — 2 à 3 h. de marche, selon les directions, sont nécessaires pour gagner, à travers des forêts de sapins, le faite du Kahlenwasen ou Strohberg.
Le Kahlenwasen ( 1 274 mèt.
d'altit.) forme, au S. 0. de Wasserbourg, l'extrémité de dr. de la vaste enceinte qui, enveloppant à l'O. la vallée de Munster, se termine à g.
au Reisberg. De cette cime, où commencent les hauts pâturages, le regard embrasse un splendide panorama dont les vallées de Munster et de Guebwiller, la plaine de l'Alsace, la Forêt-Noire et les lignes lointaines du Jura forment les plans principaux.
Le touriste habitué à de longues marches et qui serait curieux de visiter les hauts pâturages alpestres des Vosges, tout en voyant quelques beaux sites, pourra prolonger d'une façon intéressante l'excursion au Kahlenwasen, en suivant T itinéraire que nous allons indiquer brièvement :
Du sommet du Kahlenwasen, on se dirige vers le S. 0. S., en décrivant un large circuit qui aboutit à la métairie de Lauchen. et en suivant toujours la crête des hauteurs, entre les
vallées de Guebwiller et de Munster.
On aperçoit çà et là des groupes de rochers et des gorges pittoresques, entre autres le vallon de Landersbach, vers la dr., et celui de Linthal, à g. Au besoin, on trouve à se renseigner et à se reposer dans les censés ou fromageries dispersées dans la montagne.
Après 3 h. de marche environ, depuis le Kahlenwasen, on arrive au Lauchen-Kopf ou Wissort (1318 mèt.
d'altit.); puis, 2 à 3 kil. plus loin, en inclinant vers le S. 0., à la censé de Lauchen, où l'on couche. « Le lendemain matin, dit M. Kirschleger, qui a fait et décrit cette excursion, levezvous avant le jour pour admirer le lever du soleil, que nulle part dans les Vosges on ne voit plus beau, pas même au sommet du Ballon. »
De la ferme de Lauchen, on se dirige vers le N. 0. sur le Rotabach ou Kothenbach , en traversant tantôt des pâturages, tantôt des bois de hêtres, jusqu'à la ferme de Hahnenbom, d'où Ton gagne, en 1 h. de marche, les chaumes de Herrenberg. — De ce point jusqu'au Rothenbach, il y a 3 kil. — On suit la crête séparative de la vallée de Munster et de celle de Saint-Amarin ou de la Thur, en dominant le vallon de Wildenstein qui en forme la partie supérieure, jusqu'à la pointe du Rothenbach (1319 mèt.
d'altit.). On gagne ensuite la vallée supérieure du Mittla, que l'on redescend, en passant par Metzeral et Luttenbach, jusqu'à Munster (R. 85), pour rentrer de là à Soultzbach. — C'est, depuis le Lauchen, une longue journée de marche de 6 h. du matin à 8 ou 9 h. du soir, en comptant les haltes.
La vallée de Munster.
(F. ci-dessous, R. 85.) Les tours d'Éguisbeim.
C'est habituellement de la station d'Éguisheim (K. ci-dessous) que l'on part pour visiter les trois tours qui dominent à l'O. le village du même nom. Mais, si l'on veut en faire l'objet d'une excursion
spéciale depuis Colmar, ©wpeut s'y ren- I dre, soit par Wettolsheim (R. 85) , soit | par la station d'Éguisheim. Après avoir j visité les tours d Éguisheim et les restes de Tabbaye de Marbach, on reviendra à Colmar par Herrlisheim (K. ci-dessous, p. 160). — Cette course demande une demHournéc.
De Colmar à Bollwiller, le chemin de fer poste, à dr., à peu de distance i de la base des Vosges où la silhouette ! pittoresque des trois tours d Éguisheim attire de loin les regards. A g.
on côtoie de très-près la route de Colmar à Belfort, que I on croise un peu avant la station d'Éguisheim pour la longer ensuite à dr.
72 kil. Éguislvrim, v. de 193" hab., à I kil. 1/2 à dr. de la station, au pied des Vosges, doit son origine à un château construit au vmc s. par Éberhard, premier comte d'Éguisheim, petit-rilsdu duc d'Alsace Athic ou Étichon, et chef d'une des plus illustres lamilles d'Alsace. La maison d'Éguisheim, alliée à plusieurs familles régnantes, a donné un pape à l'Église, saint Léon IX (1048). Cette maison s'étant éteinte dans sa descendance directe, en 1144, en ia personne du comte Udalric, les comtes dcFerrelte et de Dagshourg en recueillirent les domaines. Lorsque ces deux familles disparurent à leur tour, les biens appartenant à la première furent incorporés au Haut-Mundat, et ceux de la seconde passèrent aux ducs d'Autriche.
Éguisheim, entourée de murs au xm** s . soutint alors un siège contre l'empereur Adolphe de Nassau. En 1444, les Armagnacs s'en emparèrent et s'y livrèrent, comme en beaucoup de localités de l'Alsace, aux plus cruels excès. Aujourd'hui Éguisheim a perdu toute importance; ses seuls établissements industriels sont une tuilerie et une fabrique d'huile; son commerce consiste en vins.
L'église, mélange dos styles roman et ogival, a deux portes curieuses.
L'une, qui s'ouvrait autrefois sur un porche, se fait remarquer par sa disposition générale; l'autre par ses sculptures traitées dans le goût fantaisiste du moyen âge. — Êguishein; conserve quelques restes du châtrai fondé par Êberhard : ce sont une tom hexagonale haute encore de 16 à met. et des vestiges de fossés serval aujourd'hui d'abreuvoir; l'abord m est en partie caché par les ma i soi i s qui les entourent. Nous signalerons aussi une fontaine que surmonte inv statue moderne du pape Léon IX.
A3 kil. à 10. du village se dressent les ruines des trois tours d'Éguisheim {Drei - Eguisheim au Dreien- Excn). On y arrive par un chemin commençant à l'extrémité 0. de la rue principale. Croisant à son origino plusieurs petites voies d'exploitation rurale, ce chemin gravit l'eminenco isolée qui porte les tours. On se renseignera facilement à Éguisheim sur cet itinéraire, et du reste les trois tours qt.e Ton a constamment en vu«?
servent de point de repère.
Les trois tours d'Éguisheim qui, di*s avant Colmar, attirent spécialement les regards du voyageur par leur situation pittoresque, occupent le sommet (598 mit. d'altit.) d'un mamelon rocheux qui se détache de la première ligne des Vosges sur la plaine de l'Alsace. Bien que du chemin de fer.
et en général du pays bas, elles semblent bâties sur un même axe, eu ligne droite du N. au S. et parallèlement à la plaine, on reconnaît, quand on en approche, qu'elles sont au contraire dans une position relativement oblique, faisant retraite l'une sur l'autre. 11 résulte de cette disposition qu'elles sont frappées chacune d'une maniL-re différente par les rayons du soleil et que le jeu de leurs ombres indique assez exactement les différentes heures du jour aux habitants des campagnes environnantes.
Toutes trois de forme carrée, elles sont situées à 60 mèt. environ l'une de l'autre. Chacune d'elles porte un
[Route i]
TOURS D'ÉGUISHEIM
nom différent. — La tour du S., appelée Veckmund, est établie sur un rocher séparé et présente une enceinte particulière. Construite en moHIor.s carrés, taillés en pointes de diamant, elle a 40 à 45 nièt. de hauteur. On y pénètre, aujourd'hui, par une ouverture pratiquée à sa base; mais, dans son état primitif, elle n'avait aucune ouverture au rez de-chaussée ; on y pénétrait, comme dans la tour de Wineck et dans la plupart des tours <le cette époque, par une porte ouverte à demi-hauieur, et que Ton atteignait par une échelle; cette disposition signalée par M. de Caumont [Bulletin monumental, t. XVII) , toute singulière qu'elle semble, devient extrêmement probable lorsque l'on examine attentivement la construction.
L'intérieur de la tour de Veckmund complètement nu , sauf une voûte d'étage, n'offre plus de traces de planchers ni d'escaliers. — La seconde tour, nommée le Wahlenbourg , de construction analogue à celle du S. , est de même hauteur.
On suppose qu'elle avait également son enceinte particulière ; mais les restes en sont entièrement effaces. — La tour de Dagsbourg ou Dagesbourg, la plus septentrionale, paraît d'une construction moins soignée que les précédentes. La base seule est eu moellons taillés; la partie supérieure est bâtie en pierres ordinaires. Cette tour, moins haute que les deux autres et complètement échancrée sur deux côtés , est entièrement ruinée ; et chaque jour aggrave son état de dégradation. — Il parait probable que les trois tours d'Êguisheim étaient originairement enfermées dans une enceinte commune ; mais les vestiges en sont si peu visibles, qu'il est difficile de se former une opinion précise à cet égard. Toutefois, à côté de la tour de Veckmund, on remarque une tourelle très-solidement construite, à murs épais, d'un faible diamètre à l'intérieur, de façon à ne livrer qu'un passage difficile, et qui ne s explique
guère que comme l'entrée fortifiée d'Hne première enceinte.
Les tours d'É£utsheim, dont la construction est postérieure à celle du château d'en bas, paraissent avoir été élevées au commencement »;u xi« s., par Hugues IV d'Êguisheim. Elles ont été détruites en 1466, dans des circonstances curieuses, qui prouvent quels prétextes futiles suffisaient alors pour eugagur des luttes sanglantes.
Un garçon meunier de Mulhouse, Ilermann Klee, chassé par son maitre, et se prétendant lésé d'une somme de six oboles que celui-ci refusait de comprendre dans son salaire, alla se plaindre à quelques seigneurs, bannis récemment du sénat de Mulhouse par la bouigeoisie. L'un deux, Pierre de Héguisheim, voyant là une occasion de vengeance autant que de profit, acheta la créance, et, s'etant emparé de plusieurs bourgeois de Mulhouse, les jeta en prison, en exigeant une grosse indemnité La ville de Mulhouse ne voulut pas céder. Elle s arma pour la défense de ses citoyens, Ht appel à ses alliés, et une guerre ardente, connue sous le nom de Guerre des Six Oboles, s'engagea au sujet de cette réclamation insigniliante. Les seigneurs, vivement attaques, se fortitièrent dans les châteaux d Kguisheim, et, par une singulière résolution, en remirent le commandement à l'auteur primitif de la querelle, à Hermann Klee. L'attaque des châteaux fut décidée, et la ligue des villes alsaciennes s'en empara le jour de la Kcte* Dieu de l'an 1466. Hermann Klée et trois gentilshommes furent pendus, et les tours d'Éguisheim livrées aux flammes.
Les trois forteresses ne furent pas réparées, et demeurèrent dès lors à 1 abandon. Elles ne lardèrent pas â avoir une fâcheuse renommée dans le pays. En 1569 on fit son procès à une prétendue sorcière, accusée, entre autres choses, d'avoir marié sa fille au diable; les noces avaient eu lieu, disait-on, aux ruines d ftguisheim, et la ronde du sabbat y avait été dansée par les invites de cette féte infernale.
Du petit plateau qu'occupent les trois tours et au-dessous duquel se trouve immédiatement tiùsseren, v.
de 5G7 hab., on «aperçoit, à dr. et à g. , à peu près à égale distance (2 à 3 kil.), plusieurs vallons étroits aboutissant à la grande vallée de l'Alsace. Le plus éloigné, au N.. Couvrant presque en
face du village de Wettolsheim, renferme les restes d'un petit château désigné sous le nom de Hageneck, ancienne commanderie de Saint-Jean détruite par les Suédois; dans celui qui débouche au S., entre Hùsseren et Vœgtlinshoffen (484 hab.), se trouvent les ruines de l'ancienne et célèbre abbaye de Marbach. On peut se dispenser d'aller jusqu'au Hageneck, mais on visitera avec intérêt les débris de l'abbaye de Marbach.
Pour s'y rendre, on redescend au village de Hùsseren, où Ton prend, à l'extrémité S. de la rue principale, un chemin, à mi-côte, qui mène presque directement au vallon de Marbach.
L'abbaye de Marbach, l'une des plus anciennes de l'Alsace, fut fondée en 1094 par Burcard de Guebers- . chwihr. Cette abbaye, de l'ordre de Saint-Augustin, fut pillée une première fois au xvi* s., lors de la révolte des paysans ; puis en 1632, par les Suédois. Véglise conventuelle, la seule partie de l'abbaye dont il subsiste quelques vestiges importants, appartenait au style roman par deux belles tours carrées (il en reste à peine aujourd'hui quelques traces) , et au style ogival par le chœur et le portail. Ce portail, à demi détruit, forme encore la partie la mieux conservée des ruines. En résumé, « quelques arcades cintrées de l'ancienne église et du cloître, quelques colonnes trapues à spatules, au chapiteau reposant sur un tore uni , au-dessus duquel s'enroule un cable qui supporte la corbeille ornée de feuilles lancéoloes; entre les deux bases cintrées qui formaient l'entrée principale, un christ à mi-corps, drapé, la barbe taillée en pointe, la tête ceinte du nimbe crucifère, tenant d'une main le globe et de l'autre bénissant; quelques chapiteaux décorés d'entre-lacs, quelques fragments de corniches dans le même style gisant çà et là, à moitié enterrés dans le sol ou recouverts par les herbes et quelques plantes parasites qui y croissent, |
tels sont les seuls vestiges (xii* s.) qui subsistent de l'ancien monastère de Marbach.» {Des Vosges au /thm, par M. Paul Huot.)
Du vallon de Marbach, il est plus court, au lieu de revenir à la station d'Ëguisheim, de gagner la station de Herrlisheim, en se dirigeant d'abord sur Yœgtlinshoffen , puis, à travers la plaine, sur Obermorschwihr , v. de 368 hab. qu'un chemin vicinal relie à (4 kil. de l'abbaye de Marbach) la station de Herrlisheim.
75 kil.//erW«/ietm,v. de 1073 hab., sur la Lauch, à 500 met. à g. de la station, possède un château qui, après avoir été détruit au xvmc s., fut reconstruit dans le goût de cette époque.
Herrlisheim était déjà connu au vu* s., et formait une villa ou ferme royale sous les rois francs. Il fut entouré d'une enceinte fortifiée au commencement du xiv* s., et un château y fut construit à la même époque. Le village fut occupé par les Armagnacs, en 1444, et brûlé par les. Allemands, en 1677.
[ La station de Herrlisheim dessert (1500 mèt.) Hattstatt et (4 kil. 1/2) Gueberschwihr. — Hattstatt, v. de 1100 hab., situé sur la route de Colmar à Belfort, fut entouré de murs et de fossés dès le xu* s. On y voyait autrefois, outre le château de Hattstatt ou Hohhattstatt, situé dans la montagne (V. ci-dessus, p.
156), un château bâti dans le village même, et qui, après avoir appartenu à la famille de Hattstatt, devint un apanage des Schauenbourg.
Le presbytère occupe une partie de l'emplacement de ce château, dont il reste encore quelques ruines intéressantes. Véglise de Hattstatt, en partie du xiii" s., et en partie du style ogival du xv* s., mérite d'être visitée. — Gueberschwihr, v. de 1832 hab., jadis fortifié, renfermait plusieurs châteaux et couvents. Véglise paroissiale (mon. hist.), construite à la fin du xe s. ou au commencement du xi« s. , a été réparée et agrandie en
[ROUTE 2] HERRLISHEIM. — ROUFFAGH.
1835 ; mais elle a conservé dans toute leur intégrité ses anciennes parties romanes, savoir : le chœur, l'abside et la tour percée d'un triple étage de fenêtres romanes d'un caractère remarquable.
A 2 kil. environ au S. de Gueberschwihr, sur le versant de la montagne, se trouve l'église de Schauenberg (472 mèt. d'altit.) , l'un des pèlerinages les plus fréquentés de l'Alsace. En 1400, dit une tradition, les habitants de la plaine virent la hauteur au pied de laquelle sont bâtis Gueberschwihr et Pfaffenheim enveloppée d'une lueur éclatante, qui disparut graduellement sans laisser de traces. Ce merveilleux événement décida un ermite, frère Udalric,à bâtir en ce lieu une maisonnette et une chapelle dédiée au saint évêque dont il portait le nom. — On arrive à cette église (1 h. de marche environ de Gueberschwihr) par une magnifique avenue de marronniers conduisant à une large terrasse d'où l'on découvre une belle vue sur la plaine du Rhin et la chaîne du Schwarzwald.]
Après avoir franchi la Lan ch. on traverse des prairies marécageuses, en longeant à g. les forêts de Niederwald et de la Thur. A dr. , se montrent successivement, au delà de la Lauch, Hattstatt, Gueberschwihr, le Schauenberg signalé par la muraille blanche de sa terrasse, et Pfaffenheim, v. de 1612 hab. , qui possède une église moderne (1836), à laquelle s'appuie un ancien clocher (mon. hUt.). L'intérieur de l'église est orné de beaux autels en marbre et d'une double rangée de colonnes élégantes; mais cette brillante décoration ne rachète pas le défaut d'harmonie qui existe entre le corps de l'édifice et le second clocher.
81 kil. Rouffach, ch.-l. de c, V. de 3547 hab., est située à 1 kil. à dr. de la station, entre le ruisseau de Rotubach, qui la contourne au S., et la rive g. de la Lauch, qui coule entre
VOSGES
le chemin de fer et la ville. La route de Colmar à Belfort traverse Rouffach , que dominent à PO. des collines de 350 à 400 mèt. d'altit.
Dès les premiers temps de la monarchie franque, Rouffach fut une de ces villas royales si nombreuses en Alsace. Dagobert 11, roi d'Austrasie, y signa, au château d'isenbourg, la cession faite par lui, à Téglise de Strasbourg, de divers domaines et en particulier de celui de Rouffach, comme témoignage de reconnaissance envers saint Arbogast(r. Ebersheim, p. 116).
Les évéques de Strasbourg, qui restèrent en possession du domaine de Rouffach jusqu'à l époque de la Révolution, y résidèrent fréquemment, et Routine h devint une ville importante au meyen âge. Levéqoe Conrad en fit réparer le château en 127». Au xiv« s., l'evéque Frédéric de Blankenheim entoura la ville et le château d'une enceinte fortifiée. Dans les luttes qui s'élevèrent en Alsace, entre l'empire et les évéques de Strasbourg, Rouffach fut assiégée, prise , pillée, incendiée â différentes reprises. En 1105, les habitants chassèrent de leur ville l'empereur Henri V, au milieu de circonstances romanesques, que raconte M. de Rouvrois dans son Voyage en Abace9 en les empruntant à la Cosmographie de Mumter. Le gouverneur du château ayant osé faire enlever, le jour de Pâques, une jeune fille noble qui se rendait à l'église, la mère éplorée fit d'abord appel à l'indignation de ses concitoyens, en les suppliant de sauver l'honneur de son enfant. Ceux-ci, intimidés par l'aspect d'4ine garnison menaçante et par le caractère cruel de l'empereur, restèrent sourds à ces sollicitations. Alors la mère, dans son désespoir, réunit les autres mères de famille, leur dépeint la honte qui la menace et qui chaque jour peut à leur tour les atteindre. Ces femmes s'animent à ces accents désespérés; elles s'arment et, entraînant leurs époux par leur exemple, s'emparent du château, tandis que l'empereur s'enfuit en toute hâte et va chercher un refuge à Colmar, laissant, dit-on, son sceptre, sa couronne et le manteau impérial aux mains des femmes de Rouffach. En souvenir de cet acte de hardiesse, les femmes prirent dès lors le pas sur les hommes dans toutes les cérémonies publiques. Henri V revint bientôt avec une année pour assiéger Rouffach. Il rencontra
m M STRASBOURG A BALB. . [ROUTE 2]
un. *»» ré.i.u»ee, qu'il dot, pour y -n- de leur construction, et en particulier trer recourir à une négociation. Mais il | de leurs voûtesne fut pas plus tôt maître des portes qi faisant entrer ses soldats dans la ville,
que,
la livra aux flammes et à la dévastation.
De 1248 à 1256, les habitants de Rouffach furent en guerre avec ceux de Colmar. En 1248 l'empereur Adolphe de Nassau, contre qui ïevèque de Strasbourg avait pris narti en faveur du duc Albert d'Autriche, vint mettre le siège devant Rouffach; mais il fut obligé de l'abandonner. Turenne, plus heureux,s'en empara, au nom de la France, en 1675 après la bataille de Turckheim.
Les habitants de Rouffach, placés sous l'influence immédiate des éveques de Strasbourg, se rangèrent, au moyen âge fl3u»ai338), parmi les plus ardents persécuteurs des juifs. Une partie de ces malheureux y fut brûlée, en présence de l'évêque Berthold de Buschcck, dans on champ qui en a conservé Je nom de Champ des juifs {Judenfeld); les autres furent chassés de la ville avec défense d y rentrer jamais. Le souvenir de ces affreuses persécutions se conserva tellement dans la race proscrite que, pendant plusieurs siècles et jusqu'à nos jours aucun Israélite ne voulait venir demeurer à Rouffach, ni y acquérir de propriétés.
Parmi les personnages illustres nés a Rouffach, nous citerons : le maréchal Lefèvre (François-Joseph), duc de Dantzick, mort en 1820, et Wœlfelin, sculpteur et architecte (xiv* s.), à qui est attribuée, au moins en partie, la construction de l'église de Rouffach et qui, admis aux droits de bourgeoisie à Strasbourg, y obtint une grande réputation comme statuaire. Le monument sépulcral d'Ulric de "Werde, à Saint-Guillaume de Strasbourg, et celui dlrmingarde, margrave de Bade, au couvent de Lichtenthal, sont deux de ses chefs-d'œuvre.
Kouffach renferme quelques usines* entre autres une lilature de coton avec tissage, une manufacture d'orgue* et des teintureries.
Lo château d'Isenbourg, qui s'élevait au N. de la ville, n'existe plus.
Il est remplacé par une habitation moderne; quelques parties qui en subsistent encore sont enveloppées et cachées par des bâtiments de date récente. Les anciennes caves, qui ont été conservées, sont curieuses à visiter pour leur étendue, la hardiesse
îSôglise Saini-Arbogast (mon.hist.) , ue ia Cosmogtraphi* de Mun&her désigne ainsi : « egregium, sed non insigne momtmentum , » est située sur une petile place, au S. E. de la viUe. Sa construction date de diverses époques. La partie la plus ancienne comprend les deux absides du transsept, restes de l'église romane primitive (xi- s.). La nef et les transsepts remontent au xif s.; le chœur et l'abside à la fin du xtii°. A l'extérieur, on remarque les fenêtres , surtout celles du chœur\ et le beau clocher qui s'élève au-dessus de la croisée C'est une tour octogonale de deuxélages, percée de fenêtres à double division, et couronnée , à la naissance de la toiture de la flèche, par des pignons dentelés et découpés avec une grande délicatesse. La façade principale, reconstruite vers la fin du xiv8 s., est flanquée de deux clochers commences à la même époque, mais restés inachevés. Le portail, richement décoré, est encadré d'une ogive hardie, renfermant plusieurs rangs de larges arceaux , entre lesquels se laisse apercevoir une charmante rosace. A dr. se dresse une tourelle terminée par un clocher auquel ses arêtes, conto.irnêes en spirales, donnent un aspect assez gracieux, bien que d'un goût singulier. A l'intérieur de l'église nous signalerons : les belles sculptures des chapiteaux et culs-delampe des colonnes du chœur et de l'abside; les deux charmants escaliers provenant de l'ancien jubé; la coupole du centre du transsept; les fonts baptismaux: des pierres tombales curieuses et le clocheton qui surmonte l'autel de la Vierge.
Une somme de 420 00(1 fr. a été récemment votée par le conseil municipal de Rouffach pour restaurer et achever cette belle église. — On découvre du chemin de fer (à dr.) les tours et le haut du portail de l'église Saint-Arbogast.