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HISTOIRE

tre abbesses; la dernière fut Mme Louise- Adélaïde de Bourbon-Condé.

Les dames chanoinesses, au nombre de 60, devaient faire preuve de noblesse dans les quatre lignes paternelles et maternelles, et il fallait que chaque ligne remontât au delà de 200 ans et appartint à la noblesse d'épée. On était tellement sévère à cet égard qu'une fille de Gaston d'Orléans , frère de Louis XIII , rencontra des difficultés à son admission par ce motif que la maison de Bourbon avait dérogé, en raison de son alliance avec les Médicis.

Dans les derniers siècles, les vœux n'étaient que temporaires; les chanoinesses pouvaient y renoncer et se marier. Elles prenaient le titre de comtesses et chacune habitait isolément une des maisons groupées autour du palais abbatial, comme une sorte de cloître ouvert. La vie y était, du reste, facile et toute mondaine, surtout depuis le commencement du xvii" s. Les dames recevaient, donnaient des fêtes, vivant à peu près en toute liberté et à leur gré, sans même, sur la fin, observer bien strictement la résidence.

Outre les redevances et droits seigneuriaux qu'ils devaient acquitter, divers villages étaient tenus de venir chaque année, le lundi de la Pentecôte, faire hommage au chapitre , dans une cérémonie appelée procession des Kyriolés. m Ce jour- là, dit M. Char ton (les Vosges pittotoresqves et historiques), l'abbesse, entourée des dignitaires et des dames de son chapitre, de son clergé, de ses grands officiers, des autorités de la ville, ayant devant elle les rangs serrés de la population , recevait sur son trône les hommages et les félicitations de plusieurs de see paroisses.

« Les paroisses arrivaient processionnellement à Remiremont, et, dans la plus respectueuse attitude, offraient à leur souveraine les premiers rameaux verts du printemps. Saint -n abord lui présentait des branches de rosier sauvage; Dommartin, des branches de genévrier; Raon-aux-Bois , des branches de genêt; Saint-Amé, des branches de lilas; Saint- Etienne, des branches de cerisier; Saulxures, des branches de saule ; Vagney, des branches de sureau. Chaque procession, bannière en téte, défilait devant l'abbesse et sa eour, en chantant le A y rioM qui lui était propre. » Les Kyriolés ou Criauiés, dont le nom semble dériver des mots kyrie eleison, étaient des es.

pèces de cantiques, d'un mètre varié, dans lesquels chaque paroisse appelait les bénédictions de Dieu, de la Vierge, de saint Amé et de saint Pierre, sur l'abbesse, sur son chapitre et sur le duc de Lorraine.

A ces vœux s'en joignaient d'autres pour la prospérité des villages et des moissons. La fête se terminait par un bal donné dans la cour du palais abbatial, et auquel prenaient part les dames du chapitre et même certains dignitaires ecclésiastiques de l'abbaye « avec les bonnets carrés en tète, et bouquets sur iceux.»

A leur avènement, les ducs de Lorraine étaient tenus de venir en grande pompe, à Remiremont, jurer de protéger le chapitre et de maintenir les privilèges des habitants. Ils prêtaient ce serment devant la Franche-Pierre, en face du portail de l'église et dans l'église même. Néanmoins, le chapitre de Remiremont eut souvent à lutter contre les ducs, relativement au maintien de ses droits et privilèges. La dernière et la plus violente de ces luttes, appelée Guerre des Panonceaux, éclata en 1586 et se termina à l'avantage des ducs de Lorraine. L'abbesse, tout en conservant jusqu'au dernier jour ses honneurs princiers et une influence consacrée par une longue habitude, perdit, en réalité, dans cette circonstance, la plus grande partie de son pouvoir.

Les essais de réforme tentés à diverses reprises par les abbesses excitèrent également, plus d'une fois, des guerres intestines au sein du chapitre. En 1619, notamment, Catherine de Lorraine ayant voulu fermer le cloître, cette résolution devint le signal d'une opposition qui dégénéra en une véritable rébellion et finit par avoir gain de cause.

La ville de Remiremont remplit un rôle presque complètement passif durant la longue période de l'existence du chapitre, s'eflbrçant, tout au plus, de profiter des rivalités entre la communauté et les ducs de Lorraine, pour étendre ses libertés municipales. Mais, dès qu'elle se trouva placée plus directement sous la souveraineté des ducs, elle manifesta une existence plus individuelle. En 1636, les Français vinrent assiéger Remiremont et y rencontrèrent une résistance énergique à laquelle, d'ailleurs, s'associa le chapitre tout entier. On vit plusieurs fois l'abbesse, accompagnée des dames chanoinesses, se montrer sur les remparts et encourager les combattants à repousser l'assaut.

Parmi les autres événements de l'histoire de Remiremont, nous n'avons guère à signaler que les ravages de la peste noire, au xvn# s.; des incendies qui, en 1599, 1620, 1722 et 1741, ruinèrent plusieurs des anciens quartiers, et enfin le tremblement de terre de 1682, dont les secousses, se succédant pendant plusieurs jours, furent assez menaçantes pour obliger les habitants à se réfugier sous des tentes, au milieu des champs.

Remiremont a reçu à toutes les époques la visite d'illustres personnages. Ce furent d'abord, comme nous l'avons dit, les souverains de la dynastie carlovingienne ; en 1051, le pape Léon IX s'y rendit pour consacrer l'église abbatiale ; en 1284, Rodolphe de Habsbourg y épousa Élisabeth fille du comte de Bourgogne. Charles VII, roi de France, visita également le célèbre chapitre en 1444, et lui accorda diverses faveurs.

Réunie à la France en 1766, la ville de Remiremont porta pendant quelque temps, à l'époque de la Révolution, le nom de Librt-Mont. Lors de la levée en masse, en 1792, les habitants se signalèrent particulièrement par leur patriotisme et méritèrent une mention au procès- verbal de l'Assemblée nationale, pour le zèle avec lequel ils se portèrent à la défense de la patrie. C'est alors qu'une des places de Paris reçut le nom de place des Vosges.

Le général Humbert, qui se rendit célèbre par son expédition en Irlande (1794) et qui mourut aux États-Unis (1823), où il s'était retiré au commencement de l'Empire, est né à Rouveroy, près de Remiremont, en 17S5.

Monuments publios.

L'église paroissiale, autrefois église abbatiale, est située sur une belle place plantée d'arbres, entre la Grande-Rue et la route de Luxeuil. La construction primitive remontait aux x*et xi' s. ; mais plusieurs incendies, dont le dernier fut allumé en 1778 par la foudre, ont nécessité de siècle en siècle des remaniements considérables. Il en est résulté un édifice de styles mélangés, sans caractère.

On remarque cependant, à l'entrée latérale du N.E., quelques débris de sculptures qui rappellent l'ancienne richesse décorative du monument. Le portail principal, très-simple, est sur-

monté d'une tour en grès vosgien, élevée de 1788 à 1804, ainsi que le constate une inscription placée sur la façade. Cette tour, terminée par un clocher en forme de minaret, remplace celle qui fut détruite par la foudre en 1778. L'ensemble de l'édifice appartient à la dernière période du style ogival. L'intérieur, assez vaste, se compose d'une nef très-large et de deux bas côtés, précédés d'une espèce de vestibule et séparés par des colonnes simples à chapiteaux unis, sur lesquelles reposent les retombées de la voûte. Le transsept est éclairé à ses extrémités par deux grandes fenêtres en ogive, que des meneaux élancés divisent en cinq compartiments. Le-chœur, fermé par une balustrade en pierre, offre une riche décoration de colonnes et de lambris en marbre noir, datant de la fin du xviFs. Le maltre-autel, d'une ornementation surchargée, dans le goût du xvin* s. , n'a de remarquable que deux statues d'anges, d'une exécution très-délicate, placées aux deux côtés d'une sorte de retable à fronton et à colonnes supportant une Exaltation du Christ et de la Vierge.

. Nous signalerons, en outre, dans le chœur, les châsses renfermant les reliques de saint Romaric, de saint Amé, de saint Idulphe et de sainte Claire, ainsi qu'une statue en bois de cèdre (à dr.) appelée la Vierge du Trésor , et qui, selon la tradition, serait une pieuse offrande faite par Charlemagne à l'église primitive de Remiremont.

— La chapelle des fonts baptismaux, à l'extrémité du collatéral de g., renferme un grand bénitier en bronze d'un dessin très-élégant. — On voit encore, à g. du chœur, la porte qui conduisait à la sacristie' dite du Trésor, et par laquelle les dames chanoinesses se rendaient à l'église. — Au dessous du chœur, se trouve une crypte ou chapelle souterraine trèscurieuse. « Cette crypte , dit M. de Caumont ( Bulletin monumental ,

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