U3 BALLON D'ALSACE
montagnes, les chaumes sont le. domaine privilégié du gros bétail, dont la présence s'annonce, comme en Suisse, par le tintement de la clochette que les vaches maîtresses por* tent au cou.
En abordant la chaume du Ballon de Saint-Maurice, à &QQ ou 600 mèt, de la lisière des bois, on trouve deux habitations, Tune à g-, Vautre à dr, de la route. Cette dernière est une des métairies!, ou. pour employer le terme usité dans le* Vosges, une des nwrwireries (dérivation française du mot rnelker, selon M. F. JUrschleger, dans le Guide du botaniste en Alsace) établies pour la surveillance du pacage des bestiaux, et dans lesquelles se préparent les fromages façon Gruyère et les fromages plus mous de la nature du (iérômé. La marcairerie du Pallon d'Alsace, appelée la Jumenterie, se compose d'une vaste étable à laquelle s'appuie une maison basse, à un seul étage, comprenant quatre pièces. Celle dans laquelle on entre d'abord renferme un large foyer garni de son chaudron; elle est consacrée à la cuile, La seconde, la chambre d'habitation, est simplement meublée d'une table grossière, de quelques chaises et d'un lourd cadre en bois pour recevoir le coucher. Enfin, derrière cette pièce, s'en trouvent deux autres en contrebas, faiblement éclairées par d'étroites lucarnes. C'est dans ces espèces de caveaux, disposés pour rester à la fois frais et secs, que se conservent, dans l'un, le lait, dans l'autre, les fromages disposés sur des rayons en sapin. Cette distribution est commune à la plupart des marcairerjes, dont les propriétaires portent le nom de mareaires ou marquarts.
A J5 min. au delà de la marcairerie, on parvient au point culminant de la route , que l'on voit redescendre en nombreux lacets sur le revers S., dans la direction de Itelfort (R, 58). A g. se montre une auberge où l'on peut se rafraîchir, et au besoin
passer la nuit. En la contournant, on arrive à une pelouse qu'il faut remonter, en inclinant vers la g„ pour atteindre (5 ou 6 min. de l'auberge) une mince colonne ou pyramide, ornée d'une image de la Vierge. Ce petit monument indique la cime du Ballon d'Alsace ou de Saint-Maurice (1244 mèt. d'altit.), et en môme temps le point de contact des trois départements des Vosges, de la Haute- Saône et du Haut-Rhin. De ce point, la vue est admirable. Directement à g., à la limite des chaumes, on aperçoit les hauteurs (entre autres, le Rouge- Gazon), qui dominent le vallon des Charbonniers à son extrémité supérieure. Eu face de soi, on a immédiatement a ses pieds la belle et verte vallée de Massevaux, semée de villages, arrosée d eaux vives dont le lac de Sewen marque l'origine, et dans le fond , la dominant à g., la hauteur du Rossberg. Au delà de ce riant paysage, en se portant vers le S,, le regard découvre au loin Belfqrt, dont la forteresse se voit distinctement par les temps clairs, et que signalent les eaux miroitantes des étangs situés dans le voisinage et au N. de cette ville. Enfin, en se tournant directement vers TO. et le N. Û., on a devant soi la vallée de J»reslo et le Ballon do Servance, chargé de forêts de sapins. Au delà de ces premiers plans, on découvre , dans le lointain : à l'E., la vallée du Rhin entre Mulhouse et Bàle, et lea gradins méridionaux de la Forèt-> Noire; au S. E., lorsque le temps est clair, les sommets découpés des Alpes Bernoises, et même les glaciers resplendissants «lu Mont-Blanc. Parmi les cimes alpestres les plus distinctes, nous signalerons, en suivant la ligne de l'horizon, de g. à dr. : le Wetterhorn, le Schroexhorn, l'Eiger, la Jungfrau, le Blumlisalp, etc. Enfin, si Ton se tourne de nouveau vers le S. et l'Q., les lignes bleues et sinueuses du Jura, presque toujours visibles, encadrent au loin le ciel.