ROUTE 70] LE BAN-DE-L A-ROCHE
alors la seigneurie du Ban-de-la-Roche, essaya d'améliorer cette situation en introduisant le travail industriel dans cette pauvre contrée. Il établit à Rolhau une forge, qui fournit quelques ressources aux habitants. Après lui, en 1750, le pasteur stuber, qui vint prendre la direction de la paroisse protestante du Bande-la-Roche (le culte de la confession d'Augsbourg y avait été introduit au xvii" s. par les princes de Veldenz), commença à y répandre quelques notions d'instruction; mais, il fut rappelé à Strasbourg par d'autres fonctions, et son œuvre menaçait de rester interrompue, quand Oberlin fut placé à la tête de la petite communauté protestante, et se consacra dès lors, sans vouloir accepter aucune position supérieure, à l'accomplissement de la tâche à peine ébauchée par M. Stuber. Grâce à son énergique persévérance, il transforma complètement ce pays abandonné qui, plus de quarante années après la mort de cet homme de bien, bénit encore chaque jour son nom. Nous ne pouvons donner ici en détail le récit de cette vie qui mérite tant d'être connue; mais nous reproduirons du moins le rapide tableau qu'en trace le Dictionnaire du Haut et du Bas-Rhin : « Oberlin, dit-il, fut nommé pasteur et arriva à Waldbach en 1767. Par ses soins, des voies de communication furent ouvertes, des eaux qui ravageaient la campagne furent détournées et reçurent un lit suffisant pour les contenir, des maisons commodes remplacèrent les misérables cabanes; des écoles, des salles d'asile furent établies ; de nouvelles méthodes de culture enseignèrent aux habitants à doubler et même à tripler leurs récoltes; diverses espèces d'arbres fruitier*, d'herbages productifs, de plantes légumineuses ou céréales, inconnues auparavant, furent importées dans le pays.
Il fonda une bibliothèque, une société d'agriculture, une société de secours mutuels, alla chercher à Strasbourg des instruments aratoires pour les livrer ensuite aux paysans au prix coûtant; il introduisit dans le pays plusieurs industries, notamment la filature du coton. Enfin, par ses soins, l'ignorance et tous les maux qu'elle entraine à sa suite disparurent; la misère et l'abrutissement firent place à l'aisance et à une civilisation sage et éclairée. La réputation du vénérable pasteur avait franchi les étroites limites du théâtre de ses bienfaits; son nom n'était plus prononcé qu'avec respect. La Société royale et centrale d'agriculture de Paris lui dé-
cerna, en 1818, une médaille d'or pour i les services qu'il avait rendus, pendant « plus d'un demi-siècle, à l'agriculture en « particulier et à l'humanité en général. » Louis XVIII le nomma chevalier de la Légion d'honneur. Mais ta plus belle récompense, Oberlin la trouva dans son cœur qui, animé de cette étincelle divine qu'on nomme la charité, lui fit faire le bien, non pour acquérir une vaine gloire, mais parce qu'il se regardait comme l'instrument d'une volonté plus élevée et sans l'assistance de laquelle la volonté humaine est impuissante dans ses entreprises. « Lorsque je ne serai plus, disait-il « souvent à ses chers paroissiens, ne vous « souvenez plus de moi, mais de Celui que « je vous ai annoncé. • Ce vœu du modeste bienfaiteur n'a point été exaucé; non-seulement le Ban-de la-Roche, mais tous les vrais amis de l'humanité proclameront toujours avec respect et reconnaissance le nom d'Oberlin. »
Oberlin, né en 1740, mort en 1837, à l'âge de 86 ans, après avoir passé plus de cinquante-neuf ans au milieu des habitants du Ban-de-la-Roche,futconstamment secondé, dans la tâche qu'il avait entreprise par Madeleine Witter, sa compagne dévouée, par ses fils et ses filles, et par une humble fille, Louise Schepler, l'amie plutôt que la servante de la famille, qui concourut avec un égal dévouement à l'œuvre commune et qui, en 18*^9, reçut le prix Montyon, en récompense de sa vie d'abnégation. Mme Oberlin et Louise Schepler ont l'honneur d'avoir ouvert, en 1779, sous la direction du pasteur, la première salle d'asile organisée en France. Il y a peu d'années encore , un petit-fis d'Oberlin le Dr Witz, était pasteur protestent à Waldbach.
Le cimetière de Fouday renferme les tombeaux d'Oberlin, de sa femme, de l'un de ses fils et de Louise Schepler.
Fouday est le centre d'une industrie importante, fondée, il y a une cinquantaine d'années, par M. Lcgrand (de Bâle), et qui a pour objet la fabrication dos rubans, des galons, des lacets, de Hloselle, de soie et de coton, etc. Les restes de M. Legrand, ancien directeur de la République helvétique, qui fut. avec Oberlin, l'un des civilisateurs du Ban-de-la-Rochc, sont également déposés dans le ci-
metière de Fouday, près de ceux du charitable pasteur.
[ La résidence habituelle d'Oberlin était, comme nous l'avons dit, Waldbach ou Waldersbach, v. de 475 hab., situé dans un vallon agreste, à 3 kil. environ de Fouday ( 1 heure de marche), en remontant directement le vallon, à l'entrée duquel se trouve d'abord (1 kil. ) le hameau de ' Trouchy.
Waldersbach (auberge assez bonne) offre deux buts d'excursions intéressantes : le Champ-du-Feu et le château de Bellefosse ou de la Roche.
Le Champ-du-Feu est un plateau élevé ( 1084 met. d'altit.), qui se trouve à 5 ou 6 kil. environ (1 heure 1/2 de marche) à l'E. de Waldersbach. Le chemin qui y conduit passe par (1 kil. 1/2) Belmont, v. de 587 hab., situé dans une des parties les plus sauvages des Vosges, et par (2 kil. 1/2) ta Hutte, hameau que domine le sommet arrondi de la montagne de Belmont (1001 mèt. d'altit.), dont on contourne le flanc septentrional pour gagner, en se dirigeant vers le S. E., (2 kil. 1/2 à 3 kil.) le Champdu-Feu . De là , on peut redescendre soit sur Rothau, par le Sommerhoff, la cascade de Serva, Natzwiller et Neuwiller, en suivant la vallée de la Rothaine (environ 8 à 10 kil.); soit sur le (7 kil.) Hohwald et ensuite sur (21 kil. du Champ-du-Feu) Barr [V. R. 8i).
Pour aller au château de la Roche, il faut prendre, presque en face de Waldersbach et sur la dr. de la route de Belmont, un chemin qui, après avoir franchi le ruisseau de Waldersbach, parcourt un étroit vallon audessus duquel est situé (1 kil. 1/2) Bellefosse , v. de 402 hab. (tissage de coton). 1 kil. plus loin, s'élèvent les ruines du château de la Roche, sur un escarpement rocheux, vers le sommet de la montagne de Bellefosse (912 mèt. d'altit.) Ces ruines comprennent quelques pans de murailles et le» débris d'une tour. Le château
de la Roche qui, vers le milieu du xve s., était devenu un véritable repaire de brigands dont les pillages et les désordres étaient un danger permanent pour la contrée, fut assiégé et détruit en 1471 par les forces réunies de l'évêque de Strasbourg et du comte de Salai, dont les propriétés* étaient contiguës au Ban -de -la- Roche.]
En quittant Fouday, la route longe, pendant 2 kil., la limite du départ, du Bas-Rhin, indiquée par le cours de la Bruche, qu'elle croise de nouveau, après avoir traversé un défilé resserré entre les montagnes.
36 kil. Rothau (hôt. des Deur- Clefs) , v. de 1500 hab., occupe une position charmante sur la Bruche, au débouché de la vallée de la Rothaine (à dr.). Ce village fait un certain commerce de vins et renferme deux tissages mécaniques, une blanchisserie, une teinturerie, des ateliers de construction, etc. On y remarque une propriété particulière entourée d'un très-beau parc.
La route passe de nouveau sur la rive g. de la Bruche, qu'elle ne quitte plus jusqu'à Mutzig, sauf un instant dans la traversée de Schirmeck. On laisse à g. le hameau de Vipucelte (vestiges) d'un prieuré fondé vers le ix« s. par Vicpodus ou Vicpode, abbé de Senones; filature).
38 kil. La Broque, v. de 2724 hab., que la Bruche sépare de Schirmeck (fabrique de coton retors, filature, tissage et tanneries).
[A 6 kil. au S. O. de la B roque, ancienne dépendance de la principauté de Salm, se trouvent au milieu des montagnes, un peu au-dessus du lieu dit : Ferme de Salm, les débris du château de Salm, consistant seulement en une cave et quelques pans de murs. L'époque de la construction de cette demeure icodale n'est pas exactement connue ; mais il est certain qu'elle existait dès le xii" s. Sur un rocher, près des