‹ Itinéraire général de la FranceChapitre 317 sur 489 · ROUTE 83] ROSHEIM. — CHÂTEAU DE G1RBADEN · texte numérisé non relu

ROUTE 83] ROSHEIM. — CHÂTEAU DE G1RBADEN

la secte sont vêtues de noir, d'une décence irréprochable, et coiffées .d'un bonnet jdisgracieux qui ne laisse aucune place à la coquetterie. C'est une race saine et pure, dont les traits respirent le calme ; ils semblent tous appartenir à une seule famille; leur vié régulière est toute au devoir de chaque jour. Un anabaptiste mêlé à des affairée correctionnelles et criminelles serait peut-être un fait sans exemple. Leur exactitude à payer le fermage est proverbiale ; aussi ne risquentils jamais de rester sans emploi ; et, s'ils émigrent, ce n'est pas à raison de leur misère, mais parce que le besoin d'améliorer de plus en plus sa position et celle de ses enfants est écrit dans le cœur du père de famille. Un trait caractéristique, c'est leur répugnance à entrer dans l'armée. Du moment où un jeune anabaptiste est désigné par le sort, toute la commune se cotise pour fournir un remplaçant. »

A 500 met. audeli de Bildhauerhoff, on sort de la forêt et I on prend à dr. un chemin qui mène à (6 kil. ) Laubenheim, après avoir franchi les ruisseaux de Rosenmeer et de la Magel. De Laubenheim on rejoint, soit, par le hameau de Meyerhoff, le chemin forestier qui, de Mollkirch, conduit au château de Girhaden, soit un sentier qui mène aussi aux ruines.

Ces deux chemins, faciles, directs, remontent, à travers la forêt, le versant E. de la montagne de Girbaden.

Les ruines du château de Girbaden s'élèvent sur un mamelon rocheux (572 mèt. d'altit.) qui domine de toutes parts la forêt du même nom.

Ce château, dont la tradition fait remonter l'origine à un fort construit par les Romains, semble avoir eu une grande étendue. Il était remarquable par la solidité et la magnificence de ses constructions. L'action du temps et plus encore, peut-être, les fouilles qui y ont été pratiquées à diverses époques dans l'espoir de trouver des trésors n'en ont laissé subsister que des débris incapables de donner une idée complète de ses vastes développements. On prétend, en effet, que le Girbaden égalait, en grandeur, le Hohenkœnigs-

bourg (R. 2, p. 123), et aujourd'hui il n'en reste que quelques ruines, très-délabrées, couronnant le formidable massif de rochers où se dressaient vraisemblablement les constructions principales. Un mur d'enceinte en ruine, et dans lequel s'ouvre une porte cintrée , contourne encore la base de ce rocher, dont le sommet porte, sur une voûte hardie qni s'appuie aux assises naturelles du roc dont elle comble ainsi un intervalle, un haut pan de mur formant deux des côtés d'une grande tour carrée Du principal corps de logis, compris entre cette tour et un donjon carré, il reste encore les quatre murs, mais il est impossible de rien reconnaîire de la distribution intérieure. Cette disposition a laissé penser que cette enceinte formait une salle unique, si élégamment ornée que certains archéologues l'avait prise pour une église. On remarque encore, à la partie supérieure des murs, quelques baies d'une rare beauté, offrant un curieux assemblage des styles roman, ogival et de la Renaissance, ce qui atteste les divers changements apportés à l'habitation seigneuriale jusqu'au xvi* s. Vers l'angle 0. des constructions , se trouve le donjon , plus massif, moins haut que les tours, mais en bien meilleur état. Au milieu des ruines, dont les parties supérieures sont d'un accès difficile, a été bâtie, il y a peu d'années, une chapelle dédiée à saint Valentin , et qui est devenue, pour les paysans des environs, un but de pèlerinage; aussi désignent-ils volontiers les ruines du Girbaden sous le nom de chapelle Saint-Valentin. Ce petit édifice est assis sur les soubassements d'une ancienne chapelle romane.

Le château de Girbaden est Tune des plus anciennes forteresses féodales de l'Alsace, et probablement la plus ancienne avec le Frankenbourg(R. 84). Tout porte à croire, sans que l'on ait cependant à ce sujet des documents complètement authentiques, que ce domaine était, dès une

époque très-reculée, aux mains des il* lustres comtes d'Éguisheim-Dagsbourg , descendante des ducs d'Alsace, et dont la ligne masculine s'éteignit au commencement du xiii* s. Le château de Girbaden, après avoir été ensuite possédé par les évéques de Strasbourg et par les seigneurs de Hohenstein, qui le reçurent comme gage d'une somme prêtée à l'évêquc Burkhart et refusèrent ensuite de le restituer contre remboursement, appartenait au xv€ s. aux familles de Landsperg et de Rathsamhausen de la Roche. L'époque exacte de sa destruction n'est pas mieux connue que celle de sa construction ; on présume seulement qu'il fut ruiné au xvu* s , par les Suédois, ou, suivant une opinion plus répandue, par les Lorrains. Cet événement a donné lieu à une légende très-populaire dans le pays. Les soldats lorrains, dit-on, se seraient emparés du château par la trahison d'un valet qui les y aurait introduits déguisés en paysans. Une fois entrés, ils massacrèrent toutes les personnes qui s'y trouvaient. Depuis cette époque, chaque année, dans la nuit anniversaire de ce drame sinistre, les victimes sortent de leur tombe, conduites par le spectre sans bras, aux orbites vides et sanglantes, du bailli du château, apparaissant tel que le fit la cruauté des Lorrains. Tous se réunissent en une sorte de tribunal devant lequel le traître est amené. On rappelle de nouveau les circonstances de son crime, et la légion de fantômes l'entraîne, à travers les ruines, dans une ronde terrible qui dure jusqu'aux premières lueurs du jour. Tout alors disparait et rentre dans le silence.

On voit, aux abords des ruines, quelques débris de murs, quelques assises de fortes pierres qui avaient paru des restes soit du fort romain , soit d'un prolongement du mur Payen ; mais M. l'abbé Schir, dans une étude intéressante sur le couvent de Sainte-Odile et ses environs, fait observer qu'il suffit d'un examen attentif pour reconnaître que ces débris n'ont aucune analogie avec les constructions gallo - romaines dont les hauteurs de Sainte-Odile offrent un si remarquable modèle.

Un vaste et splendide paysage se développe de toutes parts autour du sommet du Girbaden, d'où l'on dé-

couvre la plaine de l'Alsace, la vallée de la Bruche, et, au S., le délicieux vallon de la Magel et les montagnes boisées d'Obernai et de Sainte-Odile.

De la montagne de Girbaden, on redescend (au S.) , par un bon chemin d'exploitation, dans la vallée moyenne de la Magel en deçà du détour qu'elle fait pour se diriger vers le N. par Laubenheim et Mollkirch. En la remontant jusqu'à (4 kil. ) Grendelbruck, v. de 1721 hab. (fabrique d'indiennes, papeterie, moulins, scieries), dont Véglise paroissiale (1828) a conservé les restes dune tour du xi* s., on peut gagner la vallée de la Bruche par Lutzelhausen (R. 70, B).

En face (au S. encore) du Girbaden, de l'autre côté de la Magel , s'élève la montagne du Purpurkopf, sur laquelle se voient une enceinte irréguiière, à demi détruite, formée de pierres disposées sans art, et quelques autres débris qui paraissent provenir de monuments druidiques. — Enfin, de Laubenheim, on peut aller, en suivant un chemin parfaitement tracé, à (12 ou 13 kil.) Obernai (F. ci-dessous), par (5 kil.) Bœrsch, v. de 1844 hab., situé sur la rivière d'Ehn, et autrefois fortifié. Véglise de Bœrsch dont le clocher paraît dater \du xr s., renferme une fresque du xiv* s., représentant Jésus sur la croix. Nous signalerons aussi Yhôtel de ville, du xvie s., et. sur la place, un puits de 1617.

En quittant Rosheim, le chemin de fer reprend la direction du N. au S.

28 kil. Bischoffsheim, v. de 1883 hab., à dr. de la station, au pied de la montagne de Bischerberg (363 met.

d'altit.). Ce village, dont l'origine est très-ancienne, avait autrefois deux châteaux : le château supérieur (Oberschloss), qui a été vendu et démoli à l'époque de la Révolution, et le château inférieur ( Niederschloss) , conservé presque entièrement dans une belle propriété particulière.

L'église a été reconstruite dans le

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