SAINTE-ODILE
la Délivrance d'Étichon des peines du purgatoire. Enfin on examinera encore avec intérêt, au fond de la chapelle , une arcature dont les trois colonnettes appartiennent par leur gracieux profil au roman primitif.
La chapelle des Larmetf située à l'angle N. K. du jardin du couvent, doit son nom aux pleurs qu'y versa sainte Odile en priant Dieu de délivrer son père du purgatoire. On y montre encore une dalle profondément creusée, et que la sainte aurait, dit-on, usée ainsi en s'y agenouillant pour prier. Cette chapelle, dont les murs latéraux remontent seuls à une époque reculée, est décorée de peintures représentant la prise d'habit de la fille du duc d'Alsace, saint Materon prêchant le christianisme, Etrchon délivré du purgatoire, et plusieurs figures de saints. Le plafond, divisé en caissons, figure un ciel étoilé d'or.
La chapelle des Anges est construite en dehors de l'enceinte conventuelle, à g. du chemin menant à la terrasse, sur un rocher en saillie qui surplombe sa base d'une hauteur de 20 à 25 mèt. Elle passe pour occuper l'emplacement d une vigie ou tourelle du château de Hohenbourg. Selon la tradition, cette tourelle aurait été convertie en chapelle et dédiée aux anges par sainte Odile, à la suite de visions qu'elle y aurait eues. On y voit un groupe en plâtre (le Baptême de sainte Odile) par M. Friederich, de Strasbourg. Sur les trois côtés extérieurs de la chapelle des Anges, circule un étroit sentier où l'on fera bien de ne pas se risquer si l'on redoute le vertige. Selon une croyance populaire, la jeune fille qui fait neuf fois le tour de la chapelle des Anges par ce chemin périlleux est assurée de se marier dans l'année; et l'on voit souvent des jeunes personnes venues en pèlerinage tenter cette épreuve, dont le résultat le plus probable est une chute dangereuse.
La fontaine de Sainte-Odile est située à dr. et à l'origine du chemin
VOSGES
de Sainte-Odile à Barr par Niedermunster et Truttenhausen. Ce chemin est le premier que l'on trouve à g., à quelques pas de la sortie principale du couvent. Selon la légende, sainte Odile aurait rencontré, à l'endroit où coule aujourd'hui la fontaine, un vieillard épuisé de fatigue et de soif. Se trouvant éloignée de tout secours, elle frappa le rocher de son bâton, en implorant la bonté divine, et Dieu, obérant un miracle en faveur de la fille bénie du duc d'Alsace, fit jaillir du granit une source abondante. La fontaine de Sainte-Odile, dont les pèlerins regardent l'eau comme particulièrement efficace contre les maladies des yeux, coule sous une voûtecintrée creusée dans le rocher.
Les environs du couvent de Sainte- Odile offrent, dans toutes les directions, au milieu de magnifiques forêts, des sites très-pittoresques, de nombreuses ruines de châteaux du moyen âge, de curieux, rochers et des restes considérables de constructions des époques celtique et gallo-romaine.
Nous citerons principalement le mur Payen, le rocher du Mennelstein, les monuments druidiques, les châteaux de Dreystein et de Hagelschloss.
Le mur Payen , dont nous avons déjà parlé (R. 2, p. 130), présente, autour de Sainte-Odile, comme plan et comme développement , un caractère bien plus significatif et bien plus important qu'au Thannenkirch.
Ce n'est plus, sur l'Odilienberg, un simple mur offrant une ligne de défense; ici, se dessine une triple enceinte, formant trois espèces de camps de refuge qui s'étendent <lu Mennelstein aux ruines du Hagelschloss , et qui comprennent dans leur périmètre général tout le plateau de la montagne.
Cette disposition, le voisinage de monuments druidiques et le caracttre tout primitif de la construction, ont paru aux savants qui attribuent l'origine du mur Payen aux Celtes Gaulois, un témoignage décisif à l'appui de leur opinion.
Toutefois, les Romains ont évidemment profité de ces fortifications ébauchées, s'ils ne les ont pas élevées entièrement. Certains détails d'exécution révèlent la supériorité de leur main-d'œuvre, surtout du côté de l'O.
les assises y sont plus régulières ; les courtines sont composées de pierres toujours parfaitement équarries; à l'E., au contraire, ce sont d'énormes quartiers de roc entassés les uns sur les autres et plus ou moins mal agencés. Les archéologues qui voient dans le mur Payen une œuvre exclusivement romaine ajoutent que les Celtes Gaulois avaient habituellement un mode différent de construction, et que le moyen d'assemblage des blocs entre eux, à l'aide de tenons en bois en forme de queue d'aronde , dont on constate les traces sur le mur Payen, près de Sainte-Odile, était spécialement en usage chez les Romains. Ce qui est certain, c'est que l'examen du mur Payen, à Sainte- Odile, contredit l'opinion des savants qui prétendent y reconnaître une œuvre des premiers temps du moyen âge. Le mur Payen, que Ton suppose avoir eu environ 1 mèt. ou 1 met.
50 cent, de hauteur sur 2 mèt. d'épaisseur (V. 'page 131), a un immense développement, dans lequel le travail de la main de l'homme s'interrompt çà et là pour profiter de la muraille naturelle formée par le rocher, notamment à la base des bâtiments de Sainte-Odile. C'est principalement sur le plateau rocheux qui s'étend au S.
du couvent et qui est désigné sous le nom de Bloss, que se voient les parties les plus considérables et les mieux conservées du mur Payen. C'est également à l'extrémité S. de ce plateau que se trouve le curieux rocher appelé le Mcnnelstein.
Pour se rendre à la Bloss, on suit, à la sortie du couvent, la route de voitures pendant 400 ou 500 mèt. ; on rencontre alors un chemin indiqué par un poteau et conduisant directement (2 kil.) au Mcnnelstein , en
longeant d'assez près (à g.) , au début, le mur*Payen, qui contourne tout le plateau. — A. 15 min. de marche , on laisse à dr. le sentier {poteau indicateur) qui conduit aux monuments druidiques {V. ci-dessous), et l'on continue à se diriger vers le S. E. — Presque en face de cette bifurcation, on remarque à g. de curieux rochers, étagés et superposés les uns aux autres, avec une régularité qui fait douter si c'est un jeu de la nature ou un travail des hommes. Leur aspect singulier, qui rappelle un peu des pains empilés, leur a fait donner le nom de Beckenfels (rochers du Boulanger). Quelques personnes les considèrent comme un monument druidique, d'après certaines traces de travail artificiel qu'elles ont cru apercevoir à leur base.
A 1 kil. plus loin environ, on dépasse à g. le chemin conduisant au château de Landsperg, et bientôt on atteint le Mennelstein (819 mèt.
d'altit. ), rocher escarpé qui s'élève de 20 à 25 mèt. à pic au-dessus de la vallée. 11 est situé précisément à un angle formé par le mur Payen qui, en cet endroit, tourne du S. E. auN. O. Du sommet du Mennelstein, qui fait saillie, à la limite de la Bloss, sur la plaine du Rhin , le regard embrasse un immense et splendide panorama, depuis l'extrémité N. de l'Alsace, vers la Bavière Rhénane, jusqu'aux premières montagnes de la Suisse, au delà de Bàle. On découvre , en face de soi, la chaîne de la Forêt-Noire presque entière.
Du Mennelstein , on peut gagner, ainsi que nous l'avons dit, les ruines du château de Landsperg , que l'on aperçoit au-dessous de soi; mais le chemin est assez pénible et il est préférable de suivre ceux qui y conduisent directement de Barr (F. ci-dessous).
Si, au lieu de reprendre le chemin par lequel on est venu , on tourne à dr. vers l'O., en longeant le mur Payen pendant environ 700 à 800 môt.,
[R. 83] LE MENNELSTEIN. — CHATEAU DE WALDSPERG. 483
sur la limite de la Bloss, on aperçoit d'abord à g., appuyés à l'enceinte, deux rochers remarquables, le Schaffstein et le Wachstein, puis on atteint les deux masses de rochers connues sous le nom de monuments druidiques, et dont la disposition paraît confirmer cette dénomination.
Elles se trouvent à quelques pas, en dehors de l'enceinte du mur Payen, au bas d'un ravin. L'une se compose de trois grandes pierres formant les trois côtés d'un parallélogramme , dont une partie est recouverte par une large roche brute, sur une profondeur de 4 met. à peu près. Un homme peut aisément se tenir debout dans cette espèce de grotte, dont l'aspect rappelle celui d'un dolmen.
L'autre monument est une sorte de galerie longue, étroite et très-basse, qui paraît avoir communiqué autrefois avec le premier.
Un sentier ramène , à travers la Bloss, au chemin du Mennelstein. On peut aussi revenir au couvent en continuant de suivre le mur Payen dans une de ses parties les mieux conservées, jusqu'au point où il croise la route du Klingenthal à Sainte- Odile.
Pour aller de Sainte-Odile aux châteaux de Dreystein et de Hagelschloss, on gagne le carrefour que nous avons précédemment signalé, au haut du chemin de Saint-Gorgon.
Arrivé en face du poteau indicateur, on prend à g. un sentier qui descend, en décrivant une courbe dans le môme sens, entre les arbres et quelques beaux rochers, jusqu'au fond du vallon solitaire et resplendissant de verdure que domine, à l'O., le chemin du Klingenthal. C'est là (2 kil. de Sainte-Odile ; 1 h. aller et retour) que s'élèvent, sur un monticule, les restes du château de Dreystein, tellement enveloppés par les sapins qu'on les aperçoit à peine à quelques pas.
Le château de Dreystein (château des Trois- Pierres) paraît avoir formé trois habitations différentes , dont
deux, situées du côté où se dresse encore une belle tour ronde, ruinée à son sommet, n'étaient séparées que par un mur mitoyen. La troisième se rattachait aux deux premières par un mur ouvert à sa partie supérieure et que terminait un arceau surbaissé encore visible. Cet arceau, quelques portions de voûte et l'embrasure de plusieurs fenêtres témoignent des soins apportés à la construction. Dans la tour , se voient les débris d'un bel escalier en spirale. Le château de Dreystein, fondé à une époque inconnue, fut donné en nef en 1442 à la famille de Rathsamhausen, qui l'a possédé jusqu'à une époque assez récente.
En remontant au carrefour , on trouve, au delà du poteau indicateur, un sentier, qui, passant près d'un rocher remarquable appelé le Stollhafen, se dirige en ligne droite, à travers une clairière , vers l'extrémité N. du plateau accidenté que circonscrit le mur Payen. On atteint ainsi (3 kil. de Sainte-Odile), un tertre formant pour ainsi dire le piédestal d'une masse énorme de rochers, séparés en deux blocs distincts que couronnent les débris du château de Waldsperg ou Hagelschloss.
Un immense arc cintré, réunissant les deux rochers, sert de base aux premières assises de cette ancienne résidence féodale, dont les ruines indiquent un vaste donjon isolé de toutes parts. L'histoire de ce château est très-incertaine. Selon l'opinion générale, c'est à lui que se rapporte la mention d'un château de Waldsperg, cité dans plusieurs chartes et que les Strasbourgeois détruisirent en partie en 1406, pour punir un acte de trahison commis par le châtelain Waller Erb. — Un sentier assez facile descend dans la vallée, d'où l'on voit mieux l'ensemble de cette vieille forteresse, imposante surtout par sa situation.
Nous indiquerons enfin, comme buts d'excursions aux environs de
Sainte-Odile, les châteaux ruinés de Birkenfels ( 3 kii. ) et de Kagenfcls (5 kil.), situés l'un et l'autre à l'O. du couvent, dans la même direction que ceux de Dreystein et de Hagclschloss, mais au delà du chemin de Voitures du Klingenthal.
Le Kagenfels, nommé aussi Haufmatterschloss, bâti dans un site retiré, sauvage, au fond des forêts, est antérieur au xur s., car, à cette époque , il faisait déjà l'objet d'une concession au chevalier Albert de Kagen, qui le reçut en fief de la ville d'Obemai (1285), à condition de l'aider dans les guerres qu'elle aurait à soutenir. 11 ne reste plus de cet antique manoir que quelques pans de murs de l'enceinte et une tour carrée dont toute la partie supérieure est ruinée (un guide est, sinon nécessaire, du moins très-utile pour cette course).
Le Birkenfels, également caché dans l'épaisseur des bois, mais d'un accès plus facile que le Kagenfels, n'offre plus que les restes d'une tour carrée et un mur encore assez élevé, d'une construction très-solide, percé de plusieurs fenêtres, et qui formait un des côtés du bâtiment principal d'habitation. L'exécution de plusieurs détails indique une certaine élégance. Le chemin du château de Birkenfels, qui se prolonge au N. jusqu'au Kagenfels, se trouve à g. de la route de voitures, à 2 kil. environ du couvent de Sainte-Odile.
Le trajet de Sainte-Odile au (10 kil.) Hohwald (Y. ci-dessous, p. 489), par le hameau de Uombourgwillerhof et la maison forestière de Welschbruck, offre une course charmante , à travers des montagnes couvertes de magnifiques forêts. Malgré quelques croisements de routes, ce chemin est facile et Ton peut se passer d'un guide. Il faut en général appuyer sur la g., en se dirigeant vers le S. 0.
Si, au retour de Sainte-Odile, on ne veut pas revenir sur ses pas jusqu'à Ottrott par Saint-Gorgon, on peut
se rendre à Barr par Niedermunster et Truttenhausen [Y. ci-dessous).
Au delà d Obernai , on continue d'apercevoir à dr. la montagne de Sainte -Odile et à g. la plaine de l'Alsace.
35 kil. Goxwiller, v. de 625 hab.
(vin rouge estimé), à g. et à 1 kil. de la station , à la croisée des routes de terre de Strasbourg à Barr et de Saverne à Schlestadt.
37 kil. Gertwiller, v. de 906 hab.
(pains d'épices très-renommés en Alsace), à g. de la station, sur la route de terre de Strasbourg à Barr. — Le chemin de fer décrit une courbe dans la direction de l'O.
38 kil. Barr (hàl.: de la Couronne, du Coq-Blanc, du Brochet;— café Français), ch.-l. de c, V. de 5307 hab., est située à l'entrée de la vallée de la Kirneck ou de Saint-Ulric , entre deux collines couvertes de vignes dans leur partie inférieure, boisée vers leur sommet, et se rattachant aux montagnes plus élevées que couronnent les ruines des châteaux de Landspérg, d'Andlau et de Spesbourg. Bâtie immédiatement au pied des Vosges et à une certaine hauteur au-dessus de la plaine de l'Alsace, Barr jouit ainsi de vues charmantes et variées: à TE., sur la vallée du Rhin; à l'O., sur une magnifique et pittoresque région de hauteurs boisées. Cette ville, traversée par la Kirneck, gros ruisseau qui descend des hauteurs voisines du Champ-du-Feu, se signale par une grande activité industrielle: on y compte d'importantes fabriques de bonneterie dite de Strasbourg, de mitaines et de chaussons de laines ; des filatures de laine et de coton, des teintureries, plusieurs tanneries, une imprimerie lithographique, des scieries, une grande fabrique de sabots et de galoches, des tuileries, etc.
Barr se divise en ville basse et ville haute. Cette dernière se termine , du côté d'Heiligcnstein , par une sorte