CERNAY. — THANN
Les principaux établissements industriels de Cernay sont des manufactures importantes de toiles peintes, des filatures de coton, réunissant ensemble 28300 broches, des tissages mécaniques (594 métiers), des fabriques d'indiennes, des blanchisseries de toiles; une fabrique d'allumettes, chimiques, des scieries, etc.
De Cernay à Belfort et à Guebwiller, R. 100.
Le chemin de fer côtoie, e quittant Cernay, la rive dr. de la Thur, qu'il longe jusqu'à Wesserling, et se rapproche de plus en plus des montagnes que l'on découvre en face de soi, des deux côtés de la voie.
On laisse à dr. (2 kil.) Stcinbach, v. de 900 hab., à l'entrée du vallon du môme nom (F. R. 2). Dans le voisinage de Steinhach, quelques pans de mur sont les seuls restes du prieuré et du village de Birlingen. A dr.
encore se montre Vieux-Thann, v. de 1848 hab. (construction de machines, blanchisserie de toiles, fabrique d'allumettes chimiques, moulins, tuilerie, etc.), entre la Thur et le chemin de fer, qui effleure ce village. Vieiix- Thann, mentionné dès le xn° s., fut saccagé en 1376 par les Anglais, qui ne laissèrent debout qu'une seule maison encore subsistante. 11 possède une église, construite en grande partie au xv# s. (vitraux remarquables), et un calvaire, qui offre un beau spécimen de la sculpture du moyen âge.
21 kil. Thann (hôt.: de la Couronne, de l'Ours, des Deux-Clefs, du Soleild'Or), ch.-l. de c, V. de 8154 hab., est située à 350 mèt. d'altit. , à g. du chemin de fer, en grande partie sur la rive dr.de la Thur, au débouché de la vallée dans la plaine de l'Alsace et au pied d'une haute colline (500 mèt.
d'altit.) que surmontent les ruines du château d'Engelbourg.
Thann, autrefois défendue par des fortifications dont il ne reste que peu de traces, devrait, suivant une légende, son
DË MULHOUSE A WESSERLING. [ROUTE 87]
origine à un événement miraculeux qui est ainsi raconté : Un vieux serviteur de saint Ubald ou Thiébault, évèque de Gubbio en Ombrie, aurait enlevé à son maître, après sa mort, comme une sainte relique, ' un pouce dont il se proposait de faire don à son église paroissiale. L'ayant caché dans le bourdon de son bâton de pèlerin, il se mit en route pour les Pays-Bas, son pays natal. Arrivé à l'entrée de la vallée de la Thur, il fut surpris par la nuit, au pied du château d'Engelbourg, et, accablé de fatigue, il s'endormit après avoir planté son bâton près d'un sapin. A son réveil, il voulut en vain l'arracher de terre; tous ses effort» furent inutiles, le bt ton avait pris racine; et, comme témoignage du caractère surnaturel de ce fait, on vit à trois reprises une grande lueur jaillir de la cime d'un sapin voisin. Le seigneur d'Engelbourg, attiré par cette apparition merveilleuse, reçut du serviteur de saint Thiébault l'aveu du pieux larcin dont il s'était rendu coupable, et on conclut de ces circonstances extraordinaires que le saint voulait que la relique demeurât au lieu où elles s'étaient manifestées. Une chapelle fut alors bâtie en l'honneur de saint Thiébault, et bientôt il se forma auprès de la chapelle un village, qui devint en peu de temps une ville importante. — Malheureusement, l'histoire dément la iégende. Ainsi que le fait observer M. Huot, il résulte d'une charte de Wiederbald, évèque de Strasbourg , que la localité existait déjà, sous son nom actuel, près de deux cents ans avant l'époque où vivait saint Thiébault.
Thann et le château d'Engelbourg, après avoir appartenu aux comtes de Ferrette, passèrent, par mariage, à l'extinction de la ligne masculine de cette grande famille, â la maison d'Autriche, et, sous les archiducs, Thann devint, après Ensisheim, la ville la plus importante de cette maison dans la haute Alsace. Par suite de l'engagement du domaine autrichien de l'Alsace et du Brisgau aux ducs de Bourgogne, Thann tomba momentanément sous la domination de Charles le Téméraire, qui nomma son fameux bailli, Pierre de Hagenbach, capitaine du château de Thann. La mort de quatre bourgeois de Thann, que ce bailli fit supplicier en 1472, devint l'un des principaux chefs de l'accusation portée contre lui â Brisach.
Après avoir éprouvé de nombreuses vicissitudes durant la guerre de Trente ans, Tnann fut définitivement réunie à la
France, à la suite de l'heureuse et belle campagne de Turenne en Alsace.
Grâce à la renommée que lui valait la relique de saint Thiébault, cette ville fut, pendant tout le moyen âge et jusqu'au xxi* s ,un des lieux de pèlerinage les plus fréquentés de l'Alsace.
Le célèbre abbé Gobel, évèque constitutionnel de Paris, au commencement de la Révolution, est né, en 1727, à Thann, où il était suffragant de l'évêque de Bâle pour la partie française du diocèse quand il fut élu en même temps aux cvèchés de Colmar, de Langres et de Paris. Il opta pour ce dernier siège. Il avait renoncé aux fonctions du culte, lorsqu'il fut condamné à mort, en 1794, sous l'accusation de vouloir effacer toute idée de la Divinité; il fut exécuté le 14 avril 1794.
L'église paroissiale (mon. hist.), dédiée à saint Thiébault, jouit en Alsace d'une grande renommée , qu'elle justifie par la richesse élégante de sa construction, par la profusion et l'intérêt des sculptures qui la décorent. Elle est souvent comparée à la cathédrale de Strasbourg, mais c'est là une exagération que rien n'explique, les deux églises nayant aucune similitude de plan, non plus que de dispositions et de dimensions.
Tout ce que l'on peut dire, c'est que l'église de Thann, comme celle de Strasbourg, appartient au style ogival dont elle rappelle les diverses périodes, dans leur plus belle expression, par les différentes dates de sa construction. Le grand portail est de la fin du xin* s.; la nef principale et le collatéral de dr., du xiv's.; le collatéral de g. et le chœur, de la fin du même siècle ou du suivant; enfin la tour et la flèche, remarquables par leur délicatesse et leur légèreté (sur le côté dr. de l'église, au point de contact de la nef et du chœur), des premières années du xvi« s., ainsique le constate une inscription entourant la base de la flèche. Le portail principal, compris entre deux contre-forts, encadre, dans une ogive à voussures, une porte à double entrée.
Les voussures, le tympan de la porte et le sommet de logive sont ornés