‹ Itinéraire général de la FranceChapitre 385 sur 489 · ROUTE 105] METZ. — HISTOIRE · texte numérisé non relu

ROUTE 105] METZ. — HISTOIRE

carlovingien (843), Metz fut attribuée à la Lotharingie. Conquise successivement par Henri l'oiseleur (923) et par Othon le Grand (945), empereurs d'Allemagne, elle retomba un moment sous la domination des Francs, avec Lothaire IV (968). Mais, dès le xi« s., Metz demanda son repos à sa propre force, et, profitant des troubles qui agitaient l'Europe» elle se constitua en ville libre impériale, avec un gouvernement local qui ne laissa qu'une autorité restreinte aux évéques, dont le pouvoir avait été jusqu'alors prépondérant.

Metz garda cette situation indépendante pendant environ cinq siècles, en rivalisant de puissance, de richesse et d'éclat avec Francfort, Augsbourg et Aix-la-Chapelle.

Son gouvernement, véritablement républicain et savamment organisé, le luxe qui régnait dans cette ville, la noblesse brillante qui y dominait, les fêtes qui s'y renouvelaient fréquemment et parmi les* quelles il faut nommer les Mystères, dont les représentations eurent lieu, dit-on, pour la première fois à Metz, les foires franches qui s'y tenaient et en faisaient comme le comptoir commun de la France et de l'Allemagne, lui avaient donné une telle renommée de luxe et de plaisir que ce mot : « Si j'avais un Francfort, je le dépenserais à Metz, » était devenu une sorte d'expression proverbiale. Les députés de Metz siégeaient aux diètes de l'Empire ; ses envoyés étaient reçus près des souverains et son autorité s'étendait sur 215 villes, villages et hameaux. Cet état de choses se perpétua tant que l'Europe, morcelée en des milliers de souverainetés locales, resta divisée sur tous les points; et pendant longtemps Metz n'eut guère de démêlés sérieux et suivis qu'avec les ducs de Lorraine; mais, quand les grands États, et surtout la France, se formèrent; quand l'action impériale prit en Allemagne plus de force et d'unité, Metz commença à se sentir menacée par des voisins de plus en plus puissants; les armes ne suffirent plus à maintenir son indépendance, et plus d'une fois elle dut Tacheter par le payement de riches tributs. Obligée de chercher un appui qui garantit sa sûreté pour l'avenir, Metz réclama de la France un protectorat qui se transforma promptement en une prise de possession définitive. Un traité conclu à Cbambord, en 1551, confia Metz, en même temps que Cambrai, Tool et Verdun, à la garde du roi Henri II, comme prince du Saint -Empire; et le 10 avril 1552, le connétable de Montmorency vint

prendre possession de la ville. Charles- Quint ne pouvait aisément se résoudre à perdre ce boulevard menaçant de l'Allemagne du côté de la France; il tenta de le reprendre, et investit Metz avec des forces considérables le 19 octobre 1552. Le duc François de Guise s'illustra par une défense demeurée célèbre, et obligea l'empereur désespéré à se retirer après plus de deux mois d'eflbrts inutiles. Toutefois, ce succès coûta cher à la ville, qui vit détruire, pour les besoins de la défense, ses faubourgs, plusieurs abbayes et églises et une foule d'habitations seigneuriales, construites, bien au delà de l'enceinte actuelle, sur le terrain où les Romains avaient euxmêmes élevé tant de monuments. Bientôt après, Metz comprit mieux encore qu'elle s'était donné un maître, quand le maréchal de Vieilleville, gouverneur au nom d'Henri II, retira aux habitants la nomination de leurs magistrats; ce premier coup d'autorité fit une telle impression que l'un des anciens chefs de la cité, Androuin Roussel, se tua, dit-on, de désespoir. En 1556, Vieilleville, redoutant la sourde hostilité de la population, fit bâtir, sur remplacement actuel de l'Esplanade, une citadelle qui fut détruite, en 1791, par les Messins, sur le bruit que Louis XVI avait le dessein de venir s'y réfugier.

Depuis le siège de 1552, Metz ne fit que décroître en puissance et en prospérité, bien qu'on lui ait conservé longtemps un hôtel des monnaies, qu'un parlement y eût été créé, et qu'elle eût été érigée en gouvernement militaire de la province des Trois-Évèchés. Resserrée dans son enceinte de fortifications, gênée dans son commerce, elle perdit beaucoup de son importance et sa population tomba lentement de 60000 âmes à 20 000. Toutefois, l'assimilation se fit; la ville prit des sentiments tout français, et, à l'époque de la Révolution, aussi bien qu'en 1814 et 1815, il n'est pas de cité qui ait ré* sisté avec plus d'énergie, plus de courageux patriotisme à l'invasion étrangère. Plusieurs fois assiégée, sans avoir jamais été prise, Metz a su conserver son nom de Metx la PucelU (nunquam polluta). Depuis le commencement de ce siècle, du reste, Metz s'est transformée et considérablement embellie; sa prospérité a pris un développement nouveau qu'atteste le chiffre croissant de la population.

La plupart des souverains de la France, depuis la fin du xvi* s., ont visité Metz. La plus célèbre de ces visites est celle de

DE PARIS A

Louis XV, qui vint à Metz eu 1744, accompagné de la duchesse de Chàteauroux, sa maîtresse ; il y tomba dangereusement malade et on lui imposa le renvoi de la favorite, qui, obligée de quitter Metz précipitamment, dut regagner Paris par un long détour, afin de ne pas rencontrer la reine et le dauphin qui se rendaient près du roi. Aujourd'hui, Metz, place de guerre de i'« classe, centre actif de commerce et d'industrie, se place au nombre de nos grandes villes du second rang.

Parmi les militaires illustres que Metz a vu naître, nous mentionnerons : le maréchal Fabert (1599-1662); le comte de Gisors, fils du maréchal de Belle-Isle, mort à vingt- trois ans sur le champ de bataille; le maréchal Kellerman, Custine, le général Richepanse; Lasalle, l'un des plus brillants généraux du premier empire, tué à Wagram; le savant général Paixhans. Parmi les autres personnages célèbres dont Metz est aussi la patrie, nous citerons : Foes, savant helléniste et médecin (xvi« s.); les Ancillon, théologiens, jurisconsultes et historiens(xvir s.); Louis, chirurgien renommé du xviu» s.; le baron de Neuhof, curieux aventurier qui régna un moment sur la Corse et mourut, en 1755, dans une misère profonde; le célèbre graveur Sébastien Le Clerc; Mme Leprince de Beaumont, dont les ouvrages pour la jeunesse ont eu tant de réputation; son frère, Jean Leprince, peintre d'histoire distingué, mort en 1781; Vaillant, naturaliste voyageur, mort en 1824 ; l'aéronaute Pilastre de Rozier, l'un des inventeurs de la navigation aérienne, mort en 1785, en voulant franchir la Manche en ballon: les deux Lacretelle, membres de l'Académie française; Mme Tastu, auteur de poésies et de romans estimés ; M. Poncelet, mathématicien, membre de l'institut ; les serruriers Thiry et Hizette, dont les travaux sont de véritables œuvres d'art; Bouchotte, ministre de la guerre pendant la Révolution; Barbé-Marbois, ministre sous le premier empire ; M.Dornès, publiciste,représentantdu peu»

pie en 1848, blessé mortellement dans Tin* surrection dejuin.au moment où il cherchaità faire entendre des paroles de conciliation à une troupe d'insurgés réunis sur une barricade. Enfin, parmi les artistes contemporains, nous ne saurions omettre les noms de MM. Ambroiss Thomas, l'un de nos compositeurs modernes les plus célèbres; Maréchal , si renommé a la fois comme peintre et comme peintre-verrier; de Rolland , paysagiste remarquable ,

mort il y a peu d'années; et de Lemud, dont le talent, d'un sentiment si élevé et si poétique, est justement apprécié.

Établissements militaires.

La situation de Metz, au N. E. de la France, du côté do l'Allemagne, en fait le point de départ, sur l'une des parties les plus vulnérables de notre frontière, de la grande ligne de défense qui s'étend jusqu'à Belfort par Strasbourg, et se relie aux places fortes du Nord par Thionville, Montr médy et Sedan (K. 107 et 137). Aussi Metz ofîre-t-elle en fortifications, bâtiments et approvisionnements, tous les développements que comporte un grand établissement militaire. Sa garnison est habituellement de 8000 à 10 000 hommes. Ses fortifications, souvent agrandies et améliorées, ont été élevées, dans leurs parties principales, par Vauban et surtout par Cormontaigne, sauf quelques parties telles que la porte des Allemands, quelques vieilles tours, et le retranchement de Guise, qui datent du xv« s. et du xvi« s. Outre le corps même de la place, dont les fossés sont alimentés par les eaux do la Seille et de la Moselle, à l'aide desquelles on pont inonder, au moyen d'écluses, les abords jusqu'à une grande distance, Metz est protégée, à l'O. et à L'E., par deux forts : le fort de la Double Couronne ou fort Moselle, à l'O., se rattachant, par le pont des Morts et celui du Pontiflroy, à la ville, dont il fait en réalité partie. Il renferme, en effet, une longuo et large rue, sorte de faubourg compris entre le pont des Morts et la porte de France. Le fort de l'E., appelé fort de Belle-Croix, élevé sur l'emplacement d'un ancien cimetière, de jardins ot de maisonsde campagne, est complètement isolé de la ville, il couronne les hauteurs d'où l'on pourrait plonger dans la place, et ne renferme, dans le vaste développement de ses ouvrages de défense, qu'une caserne,

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