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ROUTE 105] MET2. — ÉTABLISSEMENTS MILITAIRES

un magasin à poudre et quelques bâtiments de service. Au S. 0., il est appuyé par un ouvrage moins considérable^ mais encore important, reconstruit en 1827 et renfermant des casemates pour l'artillerie. Cet ouvrage se nomme le fort Gisors, en souvenir du fils du maréchal de Belle-Islc. Le fort de la Double-Couronne et le fort de Belle-Croix ont été tous deux construits par Cormontaigne, en 1728 et en 1731. — L'ensemble des ouvrages extérieurs est complété par la redoute du Pâté, située près de la rive g. de la Scille, à 1 kil. à TE. de la gare, sur remplacement de la naumachie des Romains, et par les lunettes de Chambière, de Miollis, de Ilogniat et de Montigny.

On entre à Metz par sept portes :

les portes Serpenoise, Saint-Thiébault, Mazelle, des Allemands, de Thionville, de France, et par la porte de Chambière, que l'on peut considérer plutôt comme une porte de service établissant la communication avec le polygone. La porte du Saulcy conduit exclusivement dans l'île du Saulcy, occupée par les bâtiments et ateliers de la poudrerie et par quelques dépôts do planches et installations particulières. Toutes ces portes, sauf celle des Allemands, appartiennent au système de l'architecture militaire des xvne et xvme s. La porte des Allemands, à l'extrémité de la rue du mémo nom, et àl'E. de la ville, a l'aspect d'une sorte de château fort flanqué de tours, et renfermant intérieurement une longue galerie à arcades ogivales formant corps de garde. Elle a été construite au xv s., ainsi que le constate l'inscription suivante sculptée en caractères gothiques sur le revers extérieur d'une des tours : « Henri...

de Ranconval fut de cestc ovraige maistre principal en 1445. » La porte des Allemands, au devant de laquelle se trouvent des travaux de défense plus modernes, offre un très-intéressant spécimen de l'architecture militaire du moyen âge ; c'est du côté de

cette porte, et vers la partie de la ville faisant face au fort de Belle-Croix, que furent principalement dirigés les efforts de Charles-Quint, en 1552. — Il existe, en outre, à Metz, deux autres portes exclusivement affectées au service de la garnison : la porte de la Citadello et la porte Sainte-Barbe.

La porte de la Citadelle, remarquable par son grand passage voûté et par un pont d'une seule arche, d'une rare hardiesse, jeté sur le fossé principal, a cessé d'être ouverte au public depuis rétablissement do la porte Serpenoise, qui offre également un pont d'une seule arche, parallèle à celui de la Citadelle, que l'on aperçoità g. La porte Sainte-Barbe (xvie s.) forme une sortie du grand arsenal d'artillerie vers le fort de Belle-Croix et l'extérieur de la viUe. C'est un peu en arrière de cette porte que se trouve la fortification de la môme époquo, nommée retranchement de Guise, parce que le duc de Guise y avait son quartier général. — Nous mentionnerons enfin, parmi les restes des anciennes fortifications, la tour Serpenoise, près la porte du môme nom, sur le rempart Saint-Thiébault, et la tour d'Enfer, derrière l'Esplanade, au delà de divers bâtiments appartenant à la direction du génie.

Metz renferme six casernes trèsvastes, encadrant des cours spacieuses ; ce sont les casernes de la Haute et de la Basse-Seille, de Chambière f de la Double-Couronne, de Coislin et du Génie. Bâties, sauf celle du génie, dans la première moitié du xvm* s., elles sont généralement situées près des remparts, à l'exception de la caserne Coislin qui se trouve dans un des quartiers les plus populeux. La caserne Coislin a été construite en 1728, en partie aux frais de M. de Coislin, évêque de Metz, afin d'exonérer les habitants de la charge du logement de la garnison, qui jusque-là pesait sur eux. Elle comprend quatre grands bâtiments, reliés par des grilles d'entrée et avec une cour au milieu.

DE PARIS A

La caserne Chambière présente deux longs corps de logis parallèles , coupés au centre par un pavillon percé d'une entrée en arcade et orné de trophées sculptés. La caserne du Génie, construite de 1840 à 1844, est un bel édifice bordant l'un des côtés de la place Royale.

Le grand arsenal du Génie, à l'E.

de Metz, entre la ville et le fort de Belle-Croix, est traversé par un bras de la Seille; il forme à lui seul par son étendue et les nombreux bâtiments qui s'y élèvent, une sorte de ville militaire distincte, complètement isolée.

Les magasins et les ateliers de construction qu'il renferme (forges, scieries, ateliers d'ajustage, armureries), ses chantiers, ses approvisionnements d'armes et de munitions offrent le plus grand intérêt. On y remarque surtout la salle d'armes qui contient 60 000 fusils ou mousquetons, 7000 à 8000 pistolets, une grande quantité de sabres, de lances et quelques armes étrangères disposés avec une symétrie pleine de goût. Dans les cours on voit de longues rangées de boulets, des canons, des affûts, etc. Le grand arsenal possédait autrefois une curieuse pièce de canon, enlevée par les Français à la prise du fort d'Ehrenbreitstcin, en 1799, et connue sous le nom de Griffon ou couleuvrine tfEhrenbreitstein. Cette pièce d'artillerie en bronze et de dimensions exceptionnelles, richement ornée, a été fondue en 1578 par l'évêquc de Trêves; elle a été transportée à Paris il y a quelques années et placée dans la cour du Musée d'artillerie, sur un immense affût. — N. B. Pour visiter le grand arsenal d'artillerie, il faut demander une permission au colonel directeur de l'artillerie.

Varsenal du Génie, rue d'Asfeld, en face du grand séminaire, renferme plusieurs beaux ateliers. 11 construit des caissons, prolonges, forges de campagne, outils d'art pour les sapeurs et les mineurs, et enfin tout l'outillage spécial nécessaire au génie

militaire; il possède en outre une belle salle de modèles.

L'école d'application du génie et de l'artillerie (rue aux Ours), où les jeunes gens admis, à la suite des deux années de cours de l'École polytechnique, dans les armes du génie et de l'artillerie, viennent terminer et perfectionner leurs études, au point de vue spécial et pratique de ces deux services, a été établie a Metz en 1803 et réunit les anciennes écoles spéciales d'artillerie, de Châlons, et du génie, de Mézières. Elle compte 120 à 140 élèves ayant le grade de souslieutenant, divisés en deux promotions, et soumis, avec une certaine latitude, au régime et à la discipline du casernement. Les cours d'études et d'exercices pratiques durent deux années, à la suite desquelles les élèves ont un examen à passer avant d'entrer comme lieutenant dans les régiments de leur arme.

L'école est installée dans les bâtiments d'une ancienne abbaye occupée par des Dominicains du xui* au xvie s. , et depuis cette dernière époque jusqu'à la Révolution par des Bénédictins. Au moment du siège de Metz en 1552, c'est dans l'église du couvent des Dominicains, récemment attribué aux Bénédictins, que furent transportés les restes de saint Arnould, de Louis le Débonnaire, du duc Zwentibold, de la reine Hildegarde jusque-là conservés dans l'illustre abbaye de Saint-Arnould , détruite par suite des nécessités de la défense. Ces restes avaient été réunis dans un mausolée en marbre, orné de basreliefs, qui a été brisé en 1794. Les bâtiments du couvent reconstruits en 1748, subsistent encore en grande partie. On y remarque surtout un très-beau cloitre et V hôtel abbatial, occupé par le général commandant.

L'école d'application renferme un observatoire, bâti il y a une trentaine d'années et qui a pour base l'assise d'une tour appartenant aux constructions primitives du couvent, de belles

salles d'études, une caserne ou bâtiment d'habitation, élevée il y a vingtcinq ans pour le logement des élèves qui habitaient précédemment une caserne trop éloignée (la Haute-Scille) du lieu de leurs cours, une bibliothèque de 10000 à 12000 vol., trèsriche, surtout en ouvrages relatifs à l'art militaire, à l'histoire générale et spéciale, aux sciences, à la Réographie et aux voyages, etc. Cette bibliothèque possède, en outre, de nombreux mémoires manuscrits, des dessins, des cartes, des plans, d'excellents atlas, etc. Enfin on visitera avec intérêt, à l'école d'application, une collection de modèles en relief de machines, de ponts, de fortifications, de constructions militaires, d'une admirable exécution, un cabinet de physique, un laboratoire de chimie, une salle contenant des modèles d'armes de toutes les époques.

Le petit arsenal d'artillerie est établi en partie dans des bâtiments dépendant d'un ancien établissement de Templiers. On y remarque, outre une vaste salle présentant des parties d'architecture du style roman et du style ogival, un réfectoire converti en magasin et dans lequel se trouvent des traces de peintures murales du xnic s. — Dans le voisinage du petit arsenal, vis-à-vis d'une plantation d'arbres, s'élève une jolie construction •octogonale du xii* s., portant encore au-dessus de la porte d'entrée la croix épatée des Templiers. On la considère comme un oratoire dépendant de la commanderie qui se trouvait sur cet emplacement et à laquelle se rattachent certaines parties du petit arsenal.

L'hôpital militaire (dans le fort de la Double-Couronne, à l'extrémité du pont du Pontiffroy) , construit de 1732 à 1734, incendié presque en totalité en 1774 et aussitôt rétabli, est un magnifique édifice, largement distribué et renfermant dix salles qui peuvent contenir jusqu'à 1 800 malades en temps de guerre.

Nous mentionnerons seulement :

la manutention (près des casernes de Chambière) ; — la poudrerie (au Saulcy);— V école régimentaire d'artillerie {sut le rempart de l'Arsenal), construction moderne (1832) d'un aspect monumental et comprenant, outre les logements du colonel directeur et des autres officiers et employés attachés à l'école, des salles de cours, de dessin, de lecture, une bibliothèque, un dépôt de cartes et plans et un laboratoire de chimie ; — la caserne de gendarmerie; — et la prison militaire.

11 est question, dit-on, d'établir audessus de Metz un vaste camp retranché dans le genre de celui de Bel for t. 11 serait protégé par deux forts construits sur chacun des coteaux qui dominent les deux rives de la Moselle, hors de la porte de Thionville; un troisième fort serait élevé en arrière, sur le flanc du Mont- Saint-Quentin.

Monuments reUfleux.

La cathédrale, le plus remarquable des monuments de Metz, est par la conception générale aussi bien que par l'exécution, une des œuvres les plus admirables de l'art ogival. Elle réunit à de vastes proportions architecturales une légèreté incomparable.

Ouverte en quelque sorte de toutes parts au jour, la pierre n'y est pour ainsi dire que l'accessoire de verrières enveloppant la grande nef, les transsepts et le chœur d'une muraille transparente qui, au premier abord, paraît moins demander que prêter un appui aux parties pleines. Qu'on la considère à l'intérieur ou à l'extérieur, la cathédrale de Metz frappe surtout par l'immense développement de ses larges fenêtres ogivales. Il suffit, pour donner une idée de l'importance des ouvertures vitrées , de dire qu'elles présentent une surface de 4071 mèt.

carrés; c'est là ce qui forme le caractère original de ce magnifique edilice.

DE PARIS A

La cathédrale de Metz a été commencée au xie s., sur remplacement d'une église romane, qui ellemême remplaçait un ancien oratoire.

La nouvelle basilique ne s'acheva que lentement, et le chœur ne fut terminé que dans les premières années du xvi« s. Lesévêques de Metz mirent cependant beaucoup de zèle à hâter l'achèvement de l'église \ mais les ressources leur firent plus d'une fois défaut. Toutefois, le plan d'ensemble, définitivement arrêté au xive s. par Pierre ferrât, fut en général suivi, et malgré des disparates de détails, l'ensemble présente une grande * harmonie de lignes. Les principales dates de la construction, depuis l'époque de la fondation, sont 1214, 1383, 1478, et enfin 1497 à 1519, années entre lesquelles les transsepts et le chœur furent élevés. A l'extérieur, le système de consolidation des murailles évidées de la nef se signale à la fois par sa hardiesse et sa légèreté: il se compose d'une suite de contre-forts a'appuyant à des piliers terminés en pyramides et richement ornementés a leur sommet. « L'extérieur de la cathédrale, dit M. Bégin dans l'intéressante description historique qu'il a faite de cet édifice, a une unité que l'on rencontre rarement; tourelles, contre-forts et pilastres, tout s'ajuste et s'enchaîne, tout se tient comme» par la main. » La porte latérale, qui s'ouvre à l'aplomb de la tour méridionale, n'a rien de remarquable ; mais celle du collatéral N., du côté de la place de Chambre, offre plus d'intérêt et devait avoir une grande physionomie avant d'être privée des sculptures et des statues qui la décoraient. Elle formait l'entrée principale de la petite église de Notre- Dame-la-Ronde^ comprise, par un ingénieux raccordement, dans le plan général de la cathédrale, A l'an* gle S. 0. du monument, sur la place d'Armes, se trouve une autre jolie porte fermée par une maçon-

nerie à l'intérieur et masquée à l'extérieur par un magasin; û doit, du reste, disparaître, ainsi que toutes les maisons basses, construites sur un plan uniforme, au xvnr s., entre les contre-forts de la cathédrale, pour former la décoration de la place d'Armes tracée à cette époque (une partie de ces constructions a déjà disparu) .

Le portail principal^ s'ouvrant sur la place de la Cathédrale ou du Marché-Couvert, a été construit en 1765 par l'architecte Blondel aux frais de Louis XV, qui le fit élever en action de grâces de son rétablissement. L'architecte qui, à cette époque, n'aurait jamais songé à s'inspirer du style gothique du monument, chercha un motif de raccordement dans le style des constructions récentes de la place d'Armes, pour dissimuler ce que le placage de cette façade pseudo-grecque sur un édifice ogival avait de choquant. Mais il ne réussit point, et le portail,' composé d'une ordonnance de colonnes doriques supportant un grand fronton, offense le goût, malgré son mérite intrinsèque ; l'ancien mur de façade qui s élève en pignon en arrière du portail est percé d'une rose magnifique par ses dimensions et par la délicatesse du travail. Au N. et au S. s'élève, sur le côté de l'église, une tour carrée, à trois étages, ouverte au deuxième étage entre les piliers d'angle par une double et immense arcade ogivale qui se répète au troisième étage. La tour du Nord, qui pendant longtemps ne dépassa pas la naissance delà toiture, a été continuée, il y a 26 ans, jusqu'à la hauteur de la tour du Midi. Cette dernière se termine par une flèche à jour, d'une étonnante légèreté, mais dont l'ensemble n'a pas toute l'élégance désirable. 11 semblerait en en comparant les diverses parties, qu'elle devait être plus élancée, et que par quelque motif on aurait supprimé dans lu eonatruetioa une ou deux galeries du plan originaire. La tour du Sud, avec sa flècto, nie-

sure 91 mèt. de hauteur, au-dessus du niveau du sol. Cette tour renferme une cloche nommée la Mutte qui se sonne aux jours de solennité et jouit à Metz de la popularité qu'a le célèbre bourdon de Notre-Dame, à Paris.

La Mutte, refondue pour la dernière • fois en 1605, pèse 10 920 kilog., et avec le battant 11210 kilog. De la plate-forme de la tour du Midi, on découvre une vue très-étendue sur Metz et tous ses environs (on monte à la plate-forme moyennant une faible rétribution et sans avoir besoin d'aucune autorisation; l'entrée se trouve près de la porte latérale s'ouvrant sur la place d'Armes). — Au-dessus de cette plate-forme, un escalier, en partie eitérieur, conduit aux deux galeries supérieures de la flèche. Cette dernière ascension, sans difficulté sérieuse, fait cependant éprouver une certaine impression de malaise aux personnes sujettes aux éblouisseraents. Un veilleur se tient constamment sur la plate-forme de la tour; c'est à lui qu'on doit s'adresser pour monter aux galeries supérieures de la flèche. — Entre les deux tours devait s'élever originairement le portail, avant qu'on ait eu la pensée d'augmenter la nef en y comprenant Notre-Dame-la-Ronde. "

L'intérieur de la cathédrale de Metz, divisé en trois nefs, est admirable. La grande nef (15 mèt. 63 cent, de largeur sur 43 mèt. 19 cent, de hauteur sous voûte) qui, avec le chœur, a une longueur de 121 mèt. 16 cent, dans œuvre, peut soutenir la comparaison avec tout ce que l'art ogival a de plus beau. Elle est séparée, par un magnifique transsept, du chœur dont les hautes ogives ont une merveilleuse élégance. Tout concourt à faire ressortir la splcndide disposition de cette nef principale, même la physionomie un peu amoindrie des bas côtés, comparativement trop bas, trop étroits (7 mèt. de largeur sur 14 mèt. de hauteur) et sacrifiés dans une certaine mesure aux grandes pro*

portions de la nef. Les travées sont indiquées pour les deux tiers de la longueur par des colonnes accouplées, d'où s'élèvent des nervures montant en faisceaux à la voûte, et pour le dernier tiers par des colonnes simples, rondes, à chapiteau à feuillage, oui appartenaient primitivement à la nef de Notre-Dame-la* Ronde. Au-dessus des travées, dont l'arc ogival s'arrête à la hauteur de la voûte des bas côtés, règne une galerie ou iriforium, faisant sans interruption le tour de l'édifice, et formée d'arcades étroites, élancées, en ogive, avec trèfles à leur sommet.

Sous la galerie règne une draperie sculptée, ornementation qui ne se rencontre généralement que dans les soubassements des porches des xiu'et xiv« s. Au-dessus de la galerie s'ouvrent de belles fenêtres ogivales, & quatre divisions d'une ornementation riche et délicate, occupant toute la largeur de chaque travée. Les bras du transsept sont également éclairés à leur extrémité, et dans toute leur largeur, par des fenêtres, dont les verrières, surtout celles du bras méridional, sont admirables de couleur et de composition. Quand le soleil vient frapper ces vitraux et les fait resplendir, c'estun spectacle d'une magnificence indescriptible. Ce transsept qui a la même élévation que la nef, est malheureusement coupé par un avant-chœur lourd, massif, à balustre en pierre, dans le goût du xvm« s., et pour lequel le sol a été considérablement exhaussé. 11 serait à désirer que Ton rendit à cotte partie de l'édifice tout son caractère architectural, en supprimant l'avant-chœur et en rétablissant le sol au niveau général des nefs. Le chœur et le sanctuaire, dont nous avons signalé l'élégante disposition, sont décorés, ainsi que le déambulatoire qui les enveloppe, de vitraux peints, d'une beauté supérieure encore h celle des verrières du transsept et dont la merveilleuse exécution a une réputation européenne,

Ces vitraux , œuvre de Valentin Bousch, artiste verrier, originaire d'Alsace, datent du commencement du xvi* s.; les verrières modernes de la cathédrale sortent des ateliers de M. Maréchal.

« Pour bien voir le monument dans son ensemble, dit encore M. Bégin dans son Histoire de la Cathédrale de Metz, il faut monter les marches qui vont de la nef au chœur, et embrasser d'un même coup d'oeil les trois branches de la croix latine. On est alors frappé du grandiose architectural de ce sublime accord. L'admiration se partage entre la hardiesse des colonnes et la splendeur des vitraux. » L'intérieur de la cathédrale était autrefois orné d'un jubé, de sculptures, de stalles curieuses, de tombes monumentales, de peintures murales ; mais toute cette brillante décoration du vaisseau a été détruite, en partie au xvi* s. par les luthériens (notamment le jubé), en partie à l'époque de la Révolution. On remarque encore, à l'intérieur de la cathédrale, deux grandes chapelles du style ogival, une magnifique cuve en porphyre (2 mèt. 58 cent, de longueur sur 1 mèt. 56 cent, de largeur), trouvée parmi les débris de la naumachie romaine, un siège en marbre, qu'on dit avoir servi à saint Clément, les débris d'une figure symbolique de dragon que l'on promenait autrefois chaque année dans les rues de la ville. • Cette figure monstrueuse, dit Rabelais dans son Pantagruel, ridicule, hideuse et terrible aux petits enfants, ayant les œilx plus grands que le ventre, et la teste plus grosse que tout le reste du corps, avecques amples, larges et horrificques maschouëres, »

se nommait le Graùly. Elle représentait un dragon qui, caché selon la légende, dans la naumachie, venait chaque jour dévorer quelques-uns des habitants jusqu'à ce qu'il eut été pris et noyé par saint Clément. Il paraît probable que cette tradition n'est qu'une allégorie relative à la destruc-

tion du paganisme. La procession populaire du Grauly fut supprimée en 1789. — Enfin, nous signalerons :

le buffet en bois , habilement travaillé, des petites orgues (à dr. de la grande nef); —quelques traces de peintures murales ; — et trois portes sculptées, dans la nef circulaire qui fait le tour du sanctuaire. — Sous le chœur s'étend une belle crypte, récemment restaurée (s'adresser au suisse pour visiter la crypte, les sacristies et le déambulatoire, dont la grille de clôture est souvent fermée).

V église Saint-Vincent (place du même nom), appartenait à une abbaye importante fondée en 968 par Thierry, évêque de Metz, et supprimée en 1789. Elle a été commencée en 1248 et consacrée en 1376. En 1711, un incendie, allumé par un moine apostat, endommagea tellement la tour principale et le portail jdu style ogival, qu'il fallut les démolir; de magnifiques verrières furent brisées par l'effet de la chaleur. Le portail actuel rappelle un peu celui de Saint-Gervais, à Paris.

Bien qu'il ait une certaine valeur monumentale, il a le tort essentiel, comme le portail de la cathédrale, d'être en complet desaccord avec le caractère général du monument. 11 se compose de trois ordres superposés.

L'intérieur de l'église eut moins i souffrir que l'extérieur de l'incendie de 1711 et n'exigea que des réparations secondaires. 11 se compose d'une nef principale et de deux bas côtés, remarquables par l'unité et l'harmonie de leur style ogival pur. La nef élancée, que supportent douze piliers à colonnettes, la majestueuse régularité du chœur, l'élévation des fenêtres en ogives, géminées, l'encadrement bien conçu des chapelles offrent l'ensemble rare d'une construction exécutée tout entière dans le même esprit, sans que le plan en ait varié. La tribune des orgues, élevée I au xvin* s. , est très-riche.

L'église Sainte-Ségolène (rue des Capucins), située au point le plus élevé de la ville, sur un escarpement qui domine le versant d'une hauteur s'abaissant vers la Seille, occupe l'emplacement d'un oratoire fonde au vme s. par sainte Ségolène. Elle paraît dater de la fin du xnr» s. pour le chœur et la nef, et d'une époque postérieure pour les bas côtés dont les fenêtres sembleraient rappeler la fin du xiv* ou même le xve s. La nef, assez hardie, est percée de fenêtres étroites, lancéolées et presque toutes géminées : le chœur est très-élégant.

On remarque : de beaux vitraux du xve s. dans les chapelles latérales et des verrières modernes , dues à M. Maréchal, dans le sanctuaire ainsi qu'à quelques-unes des fenêtres des bas côtés ; des traces de peintures murales, une chapelle peinte avec goût d'après les cartons de la Sainte-Chapelle de Paris, et une avant-porte du style ogival, d'un charmant dessin.

L'église Saint-Clément (rue Pontiffroy) dépend du collège des Jésuites.

Elle offre à l'intérieur trois nefs, séparées par des colonnes rondes ; le portail, qui présente une grande richesse d'ornementation, donne sur une vaste cour formant l'entrée du collège.

Les bâtiments occupés par le collège même, magnifiquement installé, renferment un cloître d'un style sévère. Au centre du préau se trouve un puits monumental, orné de sculptures et surmonté des statues allégoriques de la Force, de la Justice, de la Prudence et de la Tempérance. L'église Saint-Clément et les constructions qui s'y rattachent, après avoir longtemps servi de magasins à l'administration des lits militaires, ont été entièrement restaurées, il y a une vingtaine d'années, pour leur nouvelle destination.

Les autres églises de Metz, intéressantes pour la plupart au point de vue archéologique, n'offrent pas un aspect monumental.

Saint-Martin (3 nefs), qui appar-

VOSGBS.

tient aux différentes époques de l'architecture ogivale, depuis la transition romane jusqu'à la fin du xv s., renferme quelques parties dignes d'attention : des vitraux du xve s. et, dans le haut du collatéral g., une curieuse sculpture récemmentrehaussée de peinture. Ce collatéral date des derniers temps du style ogival, tandis que celui de dr. remonte au moins à la transition romane.

Saint-Maximin, autrefois en dehors de la ville et qui pour cela s'appelait Sainl-Maximin-aux-Vignes, remonte à l'époque romane secondaire par son chœur formant une abside demi-circulaire qu'éclairent des fenêtres étroites en plein cintre. Les autres parties de l'édifice indiquent la transition du plein cintre à l'ogive. La tour du clocher (xvie s.) assez massive d'aspect, s'élève à 1 croisée de la nef et du transsept. Les fenêtres appartiennent à différentes époques (vitraux modernes sortis des ateliers de M. Maréchal). Le chœur et les chapelles latérales ont été revêtus, en 1852, de peintures décoratives très-riches. La porte principale (rue Mazelle), construite dans le genre du xviii» s., est d'un effet plus que médiocre.

Saint-Eucaire (rue des Allemands) est une construction du xui« s., écrasée, divisée en trois nefs que séparent des piliers à colonnes lisses. Les clefs de voûte conservent des restes d'armoiries sculptées. On remarque dans cette église: la chapelle Saint-Biaise, sculptée avec une certaine élégance et renfermant une jolie statue du moyen âge; cinq médaillons en bas- reliefs , disposés autour du maître-autel et représentant saint Eucaire et les quatre Évangélistes ; un très-beau buffet d'orgues, provenant de l'église Saint-Paulin de Trêves. Nous signalerons enfin un reste d'architecture ogivale accolé à la partie latérale de l'église, du côté de la rue des Allemands. La façade de l'édifice donne sur une cour formant pas-

sage et qu'il faut traverser pour entrer dans l'église.

Notre-Dame (rue de la Chèvre) date des xvne et xviii* s.; le portail n'a été terminé qu'en 1739. Elle se partage en trois nefs séparées par quatre piliers massifs, et éclairées par des fenêtres cintrées. Le chœur, élégamment décoré, renferme un beau maître-autel en marbre blanc; au-dessus, s'élève, dans une niche, éclairée par un jour céleste, une charmante statue de la Vierge, représentée au moment de son assomption (vitraux de couleurs, de M. Maréchal); — Saint-Simon (quartier du fort de la Double- Couronne), a été bâtie en 1737.

Metz possède, en outre, plusieurs chapelles attenantes à des établissements publics ou privés ; nous indiquerons particulièrement : — la chapelle de VÉvéché (à g. dans la cour d'honneur), décorée avec beaucoup de goût, dans le style du xvnc s. ; — la chapelle du Grand-Séminaire, qui renferme un tableau du Poussin; — la chanelle de l'hôpital Saint-Nicolas, du style ogival (xive au xve s.). On y voit quelques vitraux intéressants; — celle du courent des sœurs de Sainte- Chrétienne, construite dans le style ogival en 1846; — celle de V Asile Sainte- Constance, pu l'on voit un retable de bon goût et de beaux vitraux de M. Maréchal. L'Asile Sainte- Constance, fondé pour recevoir cent orphelines qui y font leur éducation, a été élevé en 1849 aux frais d'un habitant de Metz, M. Holandre, en mémoire de sa fille unique, morte à dix-sept ans.

Nous nommerons, en outre, parmi les établissements religieux : — VÉvéché; — le firand -Séminaire ; — les couvents de la Visitation et des Dames du Sacré-Cœur, vastes pensionnats de jeunes filles; — la maison des sœurs de Sainte-Chrétienne consacrées à l'instruction des jeunes filles pauvres ; — V hospice de Bonsecours (rue Chambière) et l'hôpital Sainl- Nicolas, orné d'un portail remarqua-

ble, dans le style ogival fleuri, bâti en 1518, etc. — Le temple protestant (rue des Trinitaires) occupé une ancienne église de Trinitaires, construite en 1720i et affectée depuis 1804 au culte réformé. Cette église a remplacé une chapelle du xur* s. attenante à l'hôtel de l'abbé de Gorze, hôtel qui, dit-on, s'élevait lui-môme sur remplacement du palais des rois d'Austrasie.

[aï Synagogue (Rue des Juifs), trèscommodément distribuée, paraît appartenir, par son portail, au style byzantin ; le reste de l'édifice manqtfe absolument de caractère. — A côté, s'élèvent un hospice pour les Israélites, et une maison d'école, construite il y a une dizains d'années et destinée d'abord à l'école centrale rabbiaiaue, qui a été depuis transférée à Paris.

Metz possède plusieurs cimetière renfermant quelques beaux monuments funéraires. Celui de l'Est, créé depuis 30 ans, mérite surtout d'être visité (route de Metz à Strasbourg).

Édifie^ çfjrtl^

I/hôtel de ville a été construit en 1771, d'après les plans de l'architecte Bloadel, pour former la décoration principale de la place d'Armes établie par lé maréchal de Belle-Isje sur l'emplacement du cloître de la cathédrale. C'est un bel édifice, d'un aspect froid, à deux étages, offrant deux avant-corps faiblement accusés et ornés de frontons. Neuf arcades cintrées, fermées de grilles, donnent entrée dans un immense vestibule au centre duquel commence un bel escalier d'honneur. Au-dessous de la fenêtre qui éclaire le premier palier, un bas-relief en marbre blanc offre la figure allégorique de la Moselle avec quelques vers d'Auspne consacrés à la description de cette rivière.

Les appartements de réception sont fort beaux et méritent d'être visités; on y remarque une magnifique verrière, représentant le duc de Guise} Bertramy évôque de Metz, et Pierre

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