‹ Itinéraire général de la FranceChapitre 400 sur 489 · R. 109] NOTRE-DAME DE L'ÉPINE. — COURTISOLS · texte numérisé non relu

R. 109] NOTRE-DAME DE L'ÉPINE. — COURTISOLS

positions diffèrent trop de celles d'une église pour que l'on puisse admettre une pareille hypothèse. La première chapelle à dr., dans l'église, dédiée à saint Jean-Baptiste, a été construite sur remplacement môme du sanctuaire primitif. La quatrième renferme un vitrail de couleur représentant la Vierge entourée d'une auréole et dominant le buisson ardent, au pied duquel plusieurs bergers sont en adoration ; au loin, d'autres bergers sonnent de la cornemuse pour rappeler leurs moutons effrayés de la lueur soudaine qui éclaire la campagne. Nous signalerons enfin le curieux pavage en carreaux émaillés, de quelques-unes des chapelles , du chœur et du jubé.

En sortant du village de l'Épine, la route traverse la Vesle, affluent de 1 Aisne.

10 kil. Gourtisols, v. de 1740 hab., près de la route , à dr., Tune des communes les plus curieuses de cette partie de la Champagne, forme, sur les deux rives de la Vesle, une sorte d'oasis de verdure comprenant deux longues rues de 3 à 4 kil. de longueur, dont les maisons sont agréablement séparées par des enclos, des vergers, des jardins ou des prairies. L'origine de la population de ce village a souvent fixé l'attention des antiquaires, qui ont fait, tour à tour, descendre les Courtisiens de la race germanique, de la race celtique et d'une colonie helvétique qui serait venue s'installer en Champagne dans les premiers siècles de notre histoire.

D'après l'opinion qui semble prévaloir, Gourtisols serait un village d'origine celtique, qui aurait conservé, à travers les siècles, une partie de son originalité primitive.

Les habitants de Cour ti sols se distinguent profondément de la population champenoise qui les entoure, par leur patois, dont le caractère primitif s'altère cependant de jour en jour, par leurs qualités personnelles, leurs mœurs et leurs traditions domestiques. Ils ont une ac-

tivité, une ardeur au travail, une initiative, un esprit d'entreprise qu'on ne rencontre pas au même degré dans les autres villages de la Champagne, malgré les progrès notables qui y ont été faits, sous ces divers rapports, depuis une trentaine d'années. Les cultures des Courtisiens se signalent notamment par leur perfection.

A la mort d'un Courtisien, ses parents distribuent des gâteaux aux habitants des maisons voisines; puis, le lendemain, ils vont laver à la rivière les effets du défunt. Chaque voisine, la coiffe pendante, en signe de deuil, se rend en silence sur le bord de la rivière, prend une pièce de linge, la secoue, la frotte, la lave et s'en va. Cette cérémonie a lieu dans la matinée.

Les noces se font à peu près toutes au printemps, dans les granges dégarnies de leur paille et de leurs grains. Le soir venu, la nouvelle mariée vient s'asseoir à la porte de la grange et offre à chacun des invités, au moment où il sort, deux gâteaux, en échange desquels elle reçoit habituellement une pièce de monnaie.

Quand les parents, par suite de vieillesse ou d'infirmités, ne peuvent plus se rendre aux champs, il arrive fréquemment que l'on procède dès lors au partage des biens entre les enfants qui, tour à tour, reçoivent pendant un mois, nourrissent, logent, sofgnent les vieillards. Cette espèce de délaissement s'appelle : aller à mangebrebis.

Courtisols, partagé en trois paroisses, possède trois églises dont deux, (Saint-Martin et Saint-Memmie) sont remarquables. V église Saint- Martin, au centre du bourg, est un édifice a trois ners voûtées et bien conservées.

Le portail principal se compose de trois portes accolées, dont deux sont du xine s., et la troisième du xvie s. A l'intérieur, les chapiteaux, soigneusement sculptés, représentent des figures fantastiques, copiées en partie sur celles de Notre-Dame de l'Épine.

Le chœur, du style roman, renferme un joli groupe de V Ensevelissement de la Vierge par les Apôtres, provenant de l'ancienne église des Cordeliers de Chalons. — Uèglise Saint-Memmie, fréquemment remaniée , a conservé intact un clocher roman percé d'ouvertures géminées.

Un peu au delà du moulin de Courtisols, la route croise une chaussée romaine qui traverse, à 6 ou 8 kil.

sur la g., remplacement désigné sous le nom de Camp d'Attila. Cette chaussée formait la communication entre Reims et Bar-le-Duc. — On descend bientôt à

18 kil. Pont-de-Somme-Ve&le, simple maison de poste, bâtie au croisement des routes de Châlons à Metz et de Reims à Bar-le-Duc, à la hauteur de Somme-Yesle (Somma Vella), v de 383 hab., situé dans un fond, aux sources de la Vesie (vestiges d'un donjon et de fossés). — Après avoir gravi la côte de Tilloy, on traverse

20 kil. Tilloy-et-Bellay , v. de 284 hab., dont l'église, construite sur une petite éminence, a un chœur et un transsept du xiv* s.

26 kil. Auve> v. de 319 hab., au fond du vallon où la rivière d'Auve prend sa source (à g. de la route).

Véglùe, dont le chœur (xn* s.) semble avoir primitivement formé une chapelle isolée, a un portail du style ogival fleuri (xvc s.), de chaque côté duquel se trouve une niche soutenue par des salamandres et des colonnettes en forme de troncs noueux. — Al kil. environ au S. d'Auve, on aperçoit une élévation d'une quinzaine de mèt. de hauteur, désignée dans le pays sous le nom de la Molte-aux-Vignes} à laquelle on monte au moyen d'une rampe circulaire. Des fouilles y ont fait découvrir plusieurs urnes en terre cuite de forme ancienne, de couleurs et de dimensions diverses ; des patèrcs, des couteaux, des os calcinés, des cendres et du charbon.

M. Êdouard de Barthélémy, dans ses intéressants travaux sur l'histoire monumentale du département de la Marne, s'exprime ainsi au sujet de la Motte-aux-Vignes et des tombelles semblables (Bulletin monumental , t. XIX) : « Ces buttes, en terre rapportée, de 15 à 20 mèt. de hauteur, ont soulevé de vives discussions, sans que Ton sache encore, bien positive-

ment, quelle était leur destination précise. On y voit tantôt des fortifications, tantôt des tombeaux ; il est évident, par exemple, qu'elles remontent à la période gallo-romaine. On trouve assez souvent, en fouillant le sol, et même à la surface, des instruments gaulois en silex. »

32 kil. Auberge de la Lune, maison isolée, à 1 kil. de Gisaucourt , v. de 274 hab., sur l'Auve (château avec beaux jardins). C'est à l'auberge de la Lune que les Prussiens, commandés par le duc de Brunswick , après avoir franchi le défilé de la Croix-au- Bois, dans la forêt de l'Argonne, avaient établi, en 1792, le centre de leurs positions pour attaquer les Français à Valmy et leur fermer la retraite sur Paris. — A 2 kil. au delà de la Lune, on atteint, au sommet d'une longue rampe.

34 kil. Orbéval , ferme et relais de poste, dépendant de Valmy, village situé à 2 kil. environ sur la g. et célèbre par la victoire que les Français y remportèrent au début de la Révolution.

On distingue à g. d'Orbéval , sur le plateau s'étendant aux abords de Valmy, une pyramide qui se détache au loin sur la lipne uniforme de l'horizon. C'est le monument consacré , d'après le vœu de Kellermann , à la première victoire remportée par les soldats de la Révolution sur les armées coalisées.

L'armée prussienne, forte de 60000 hommes, commandée par le duc de Brunswick, sous les ordres du roi de Prusse, Frédéric-Guillaume II, et appuyée sur sa dr. par un corps de 20 ooo Autrichiens, sur sa g. par 25 ooo autres soldats impériaux, s'était emparée successivement de Longwy, de Verdun, et marchait vers la route de Paris, dont elle se croyait sur*». Mais le duc de Brunswick, pénétré des idées méthodiques de la vieille stratégie, n'avançait que lentement-, au lieu de pousser rapidement devant lui, il s'était étendu sur les bords de la Meuse, où il perdit huit jours en mouvements inutiles. On était cependant très -inquiet dans l'ar-

[route 109] auve. — pyramide de valmy.

mée française, et les généraux, réunis en conseil par Dumouriez, étaient d'avis de reculer derrière la Marne et d'y concentrer les armées de l'Est et du Nord. Dumouriez, heureusement, ne partagea pas cette opinion. Jetant les yeux sur la carte, il reconnut bien vite la faute que les Prussiens avaient commise en ne s'em parant pas des passages de l'Argonne; il jugea que si l'on pouvait encore les y devancer , on serait en mesure d'opposer une barrière presque insurmontable à leur marche. Les hauteurs fortement boisées de l'Argonne, qui s'étendent du S. au N., séparent les eaux de la Meuse de celles de l'Aisne et sont creusées vers le milieu, dans le sens de leur longueur, à Clermont, par deux affluents de l'Aisne. Ces affluents forment l'un la vallée de l'Aire à Clermont, l'autre celle de laBiesme aux Islettes, qui présente un ravin profond. « Leur relief est très-prononcé, dit un écrivain militaire (Spectateur Militaire, t. XXX, p. 375), leurs vallons sont resserrés et profonds; leurs pentes, rapides; celles de l'orient, plus abruptes que celles qui font face à l'occident. La forêt présente mille obstacles défensifs, tels que défilés, ruisseaux, étangs, marais, etc., qui en rendent l'accès très-difficile. Les terres fortes, argileuses et mêlées de calcaire, qui constituent le sol supérieur, se détrempent dans les pluies; quelques portions sablonneuses résistent seules. Aussi toutes les routes en terrain naturel deviennent impraticables aux voitures. » C'est ce terrain, dont l'aspect s'est modifié par des défrichements, par l'amélioration des routes, notamment dans les défilés, mais alors très-difficile, que Dumouriez choisit comme ligne de résistance.

Les défilés de l'Argonne, au nombre de cinq, sont, en remontant du S. au N. : les IsletteSj sur la route directe de Verdun à Metz, Lachalade, Grand-Pré, la CroixauX'Bois, à la hauteur de Vouziers, et le Chine- Populeuj. Aussitôt sa résolution prise, Dumouriez descendit de l'extrémité septentrionale de l'Argonne, où ses troupes étaient concentrées, et passa, par une marche audacieuse, devant les Prussiens, entre l'Argonne et la Meuse, en garnissant successivement les défilés. Le duc de Drunswick, en voyant en face de lui cette armée de 30 000 hommes environ, fortement appuyée à l'Argonne, sentit U faute qu'il avait faite et essaya de la réparer; il attaqua tour à tour les défilés et fut partout repousse. Sa situation était fort compromise, quand Dumouriez, inquiet des démonstrations qui se faisaient sur le

passage principal de Grand-Pré, dégarnit, afin de le renforcer, le chemin de la Croixaux-Bois, qu'il jugeait très-secondaire et presque impraticable. Son adversaire profita de cette issue inespérée pour franchir la barrière de l'Argonne, traverser l'Aisne à Vouziers, et il redescendit alors sur la route de Cbàlons, qu'il occupa, faisant face à Sainte-Menebould, et tournant le dos à Paris. Dumouriez, ainsi enfermé entre 40 000 Prussiens et l'Aisne, menacé au N. par 25 000 Autrichiens, garda un admirable sang-froid. Loin d'abandonner sa ligne d'opérations, il traverse l'Aisne à Autry, se porte sur Sainte-Menehould, où il réunit ses forces, s'adosse à cette ville et fait face aux Prussiens en s'étendant entre Vienne-la-Ville et Sainte-Menehould, et en se couvrant des hauteurs de Valmy. La route de Paris était ouverte au duc de Brunswick, mais il sentait le danger qu'il courait à se porter en avant, quand il avait sur ses derrières une armée menaçante. Il hésita quelque temps, ce qui permit à Kellermann de rejoindre Dumouriez; le roi de Prusse trancha la question et résolut, malgré l'avis du duc de Brunswick, de livrer une bataille, « ne voulant pas, disait-il, laisser Dumouriez sortir du piège. » C'est sur la position de Valmy que le roi de Prusse voulait diriger son principal effort. Le 20 septembre, dans la matinée, l'action s'engagea par une forte canonnade entre les deux armées : les obus tombant dans nos lignes et quelques caissons d'artillerie , en éclatant, jetèrent d'abord la confusion dans les rangs de nos jeunes soldats, et déjà nos lignes s'ébranlaient en désordre. Bans le trouble, Kellermann, blessé, est renversé de cheval; mais il se relève aussitôt, et, malgré ses souffrances, fait d'énergiques efforts pour rallier ses soldats; ceux-ci se rassurent enfin et reprennent leurs positions. Le duc de Brunswick, pour en finir, dirige alors contre les hauteurs de Valmy trois colonnes d'attaque soutenues par de la cavalerie. A l'approche de ces régiments formés aux guerres de Frédéric le Grand, les conscrits de la Révolution hésitent de nouveau :

Kellermann, qui a vu ce mouvement d'indécision, s élance au milieu des rangs : « Camarades, dit-il avec énergie, le moment de la victoire est arrivé, laissons avancer l'ennemi sans tirer un seul coup et chargeons-le à la baïonnette. » puis, plaçant son chapeau à la pointe de son épée, il l'élève en s'écriant d'une voix forte : « vive la Nation, allons combattre

pour elle ! » Ce cri patriotique, répété sur toute la ligne, électrise nos troupes ; Tinquiétude fait place à l'enthousiasme ; les soldats s'affermissent, serrent leurs rangs et attendent l'ennemi avec une contenance résolue qui présage déjà le succès. Trois fois Brunswick s'efforce d'enlever les positions de Valmy, trois fois il est repoussé. Vers quatre heures de l'après-midi, il tente une dernière attaque qui ne réussit pas mieux que les précédentes : alors il se retire lentement, convaincu de l'impossibilité de l'emporter. La Révolution venait de prouver à l'Europe qu'elle saurait défendre ses actes et ses principes. Parmi ceux qui prirent une glorieuse part à cette première bataille de la Révolution, nous devons mentionner le jeune duc de Chartres, depuis roi des Français sous le nom de Louis-Philippe, qui défendit avec un courage remarqué l'importante position du moulin de Valmy. L'armée prussienne, découragée, diminuée par les maladies, affaiblie, repassa les défilés de l'Argonne, évacua Longwy et Verdun et sortit de France, sans être d'ailleurs beaucoup inquiétée. — Kellermann, depuis duc de Valmy, visitant, bien des années plus tard ce champ de bataille qui lui rappelait un de ses plus glorieux faits d'armes, désira que son cœur fut déposé en ce lieu même, « afin qu'il reposât parmi les restes de ses braves compagnons d'armes. » Le modeste monument consacré aux vainqueurs de Valmy porte l'inscription suivante : « Ici sont morts glorieusement les braves qui ont sauvé la France au 20 septembre 1792; un soldat qui avait l'honneur de les commander dans cette mémorable journée,le maréchal Kellermann, duc de Valmy, dictant après 28 ans ses dernières volontés, a voulu que son cœur fût placé au milieu d'eux. »

de l'Auve, et l'on atteint enfin une côte fort roide où commence le faubourg de Floiïon par lequel on entre à Sainte-Menehould.

Aux abords de Sainte-Menehould , au point où la route domine la vallée de l'Aisne, le paysage, jusque là si triste, change subitement d'aspect : aux terrains crayeux et nus de la Champagne, succède une campagne pittoresque, couverte de belles forêts, de vergers remplis d'arbres fruitiers, de champs bien cultivés, et qui se continue presque sans interruption jusqu'à Metz.

42 kil. Sainte-Menehould (hôt.

de Metz , auquel M. V. Hugo , dans son voyage du Rhin , accorde cette mention honorable : « Auberge excellente, cuisine modèle»), ch.-l.

d'arr., V. de 4326 hab., est bâtie sur l'Auve et sur l'Aisne, dans une charmante vallée que cette seconde rivière arrose en décrivant de capricieux détours.

Au delà d'Orbéval, la route commence à se rapprocher de l'Auve.

36 kil. Dommartin-la-Planchette , v. de 121 hab. A dr. se montre, dans la vallée de l'Auve, Dampierre-sur- Auvc, v. de 95 hab., déjà mentionné dans un titre de 1185, et situé dans le voisinage de matais tourbeux que traverse la belle chaussée de l Etaïujdu-Hai. Cette chaussée aboutit à la route au-dessous de Dommartin-la- Planchette. Après s'ôlre éloigné de nouveau de la rivière, on dépasse

Sainte-Menehould est une ville ancienne, qui a joué dans l'histoire un rôle considérable. Elle se forma autour d'un château fort construit sur le rocher qui domine la ville vieille et près duquel la population se groupa quand la fille du comte Sigmar du Perthois, Menechild ou Menehould, s'y fut établie et y eut conquis le titre de sainte, par sa piété, sa charité et sa sollicitude envers les malheureux. Lorsque les pauvres venaient réclamer les secours de la fille de Sigmar, ils avaient coutume de dire qu'ils allaient « à sainte Menehould, » et cette désignation devint peu à peu le nom même du bourg, qui grandit rapidement et dut à sa position sur les frontières de la France, de la Champagne et du Barrois, d'être un point important. La comtesse Blanche de Champagne y résida souvent et contribua beaucoup au développement de Sainte - Menehould.

Cette ville fut souvent assiégée au moyen âge, notamment en to38, 1005 et 1181. Au xvie s., lorsque Charles-yuint se disposait à pénétrer en France, François I»' en fit réparer et agrandir les fortifications et vint y passer deux jours. Elle eut de nouveaux sièges à subir en 1591, 1652 et 1653. C'est à Sainte-Menehould que fut signé, le

*ur la dr., les marais assez profonds 15 mai 1614, sous la minorité de Louis XIII,

Page 1