ROUTE 137] NOUVION. — DONCHERY. — SEDAN
parcourir une distance de 1200 à 1500 met., avant d'arriver dans la ville proprement dite. Quand on a dépassé la première li#ne de fortifications, on traverse un faubourg intérieur, puis une zone de prairies que croise un pont en pierre, rappelant celui de Mézièrcs; après l'avoir franchi, on atteint une dernière porte fortifiée, et Ton pénètre dans Sedan, en traversant une rue bordée à g. par une caserne, à dr. par des constructions récentes, et, enfin, un beau pont sur la Meuse. On remarque à g. de nombreuses usines établies sur le bord de la rivière; à la suite du pont se présente la place Turenne. — Sur cette place s'ouvre à dr. une large rue (rue Napoléon) bordée de plusieurs hôtels de belle apparence, dans le style des xvn' et xvm# s.; elle conduit à la place de l'église, d'où, en tournant à g., par la rue de l'Horloge, on peut gagner l'entrée de la citadelle. — Bien qu'irrégulièrement tracée et bâtie, et quoique resserrée entic la Meuse et les fortifications, Sedan a l'aspect d'une grande cité ; outre la rue Napoléon et la place Turenne, elle a encore quelques autres rues bien construites et renfermant également des maisons de belle apparence. Un nouveau quartier, qui doit comprendre l'hôtel de la sous-préfecture, commence à s'élever aux abords du pont intérieur, sur la Meuse.
Sedan, appelée d'abord S«dans, Seâen et Sedens, ne commence à apparaître dans l'histoire qu'au xni* s., où l'on voit cette localité, simple hameau, citée comme dépendance du domaine des abbés de Mouzon. Elle demeura longtemps sans défense, livrée aux vicissitudes des guerres de frontières auxquelles la condamnait sa situation entre l'Allemagne et la France. Au xiv« s., elle échut aux sires de Barbanson, seigneurs de Bossu, et elle arriva enfin, en 1424, aux sires de la Marck, qui y joignirent bientôt leduchéde Bouillon, dont ils prirent le titre. C'est à partir de cette époque que Sedan se développe et prend rang de ville. Sous Robert IV de la Marck, elle fut érigée en souveraineté et son en-
ceinte fut fortifiée et agrandie. En 1591, l'héritière de la Marck l'apporta en mariage, avec le duché de Bouillon, à Henri de la Tour-d'Auvergne, vicomte de Turenne, un des compagnons d'Henri IV.
Mais le nouveau duc de Bouillon, souverain de Sedan, et fier de cette position, voulut s'afTranchir de toute dépendance de la France , et il s'unit aux ennemis d'Henri IV, qui dut venjr assiéger Sedan; il s'en empara en trois jours et reçut du duc de Bouillon la promesse « de le bien et fidèlement servir. » Sous le règne de Louis XIII, le duc de Bouillon, fils de Henri de la Tour-d'Auvergne et frère aîné du grand Turenne, conspira à son tour avec le comte de Soissons, et bientôt après la bataille de la Marfée, qu'il avait cependant gagnée contre les troupes du roi, il demanda la paix à Richelieu, qui la lui accorda. Mais étant entré ensuite dans la conspiration de Cinq-Mars, il n'échappa à la mort qu'en cédant, en échange de quelques seigneuries dans l'intérieur du royaume,«sa principauté de Sedan, qui dès lors demeura réunie à la couronne. Depuis cette époque, Sedan a suivi les destinées de la France. Nous nous bornerons à rappeler qu'elle a particulièrement témoigné de son patriotisme lors des guerres de la Révolution et des invasions de 1814 et
Sedan a vu naître : Turenne, le savant orientaliste Levasseur, le maréchal Macdonald et M. Cunin-Gridaine, ministre de l'agriculture et du commerce sous le règne de Louis-Philippe.
L'église paroissiale occupe un ancien temple protestant, bâti en 1593 et affecté au culte catholique après la révocation de l'édit de Nantes. Le temple comprenait uniquement la nef actuelle ; les autres parties de l'édifice y ont été ajoutées depuis qu'il a été cédé au culte catholique. — Le temple protestant renferme les restes de Henri de la Tour, duc de Bouillon, de sa femme et de quatre autres membres de sa famille.
Le palais de justice Vhôtel de ville et la salle de spectacle, constructions modernes sans caractère, sont situes sur les côtés de la place Turenne, la plus vaste de Sedan. Au milieu de cette place s'élève, sur un socle en marbre, la statue en bronze de Tu-
680 DE MÉZ1ÈRES-GHARLEVILLE A METZ. [ROUTE 137]
renne, avec cette simple inscription :
A Turenne.
Le cMteau ou citadelle, dont l'établissement primitif remonte au xvcs., occupe une vaste étendue de terrain au N. E. de la ville. Cette citadelle doit son nom à un château qu'elle renfermait jadis, ainsi qu'un pavillon où est né Turenne; l'un et l'autre ont été démolis. Sur une plaque de marine , adossée à une tour voisine de l'emplacement du pavillon, on lit ces mots : « Ici naquit Turenne, le 1 1 septembre 1611. » Une permission de l'autorité militaire est nécessaire pour visiter la citadelle. On s'y rend par la rue Sa.nt-Miche', qui s'ouvre à g. dans la rue Napoléon. — Parmi les autres établissements militaires, nous citerons : l'hôpital militaire, bâti sur un rempart dominant de 42 mèt. la ville et le cours de la Meuse, V arsenal et les casernes. — Une promenade dite Promenoir des Prêtres, s'étend à dr.
de la place de la citadelle, entre celle-ci et la ville.
Un beau champ de courses, d'une étendue considérable et parfaitement plane, est situé aux portes de la ville, à l'extrémité de vastes prairies. Cet hippodrome a été inauguré en 1866.
Sedan est surtout célèbre par la fabrication de ses draps, dont la réputation est européenne. Cette industrie, devenue si brillante et si prospère, fut introduite à Sedan, vers la fin du xvr* s., par un calviniste. — Fabert ayant pris, en 1642, possession de la ville au nom du roi de France, se préoccupa de développer et de fixer à Sedan la fabrication des draps fins, dont la Hollande et la Flandre se réservaient le monopole. Secondée par les fabricants sedanais et spécialement par le concours actif et intelligent d'Abraham Chardron, l'initiative prise par Fabert obtint un remarquable succès, et plusieurs manufactures nouvelles se créèrent dans la ville.
La révocation de l'édit de Nantes, bien qu'elle ait atteint cruellement Sedan, n'arrêta pas sensiblement l'industrie des tissus, les fabricants et ouvriers étant | pour la plupart catholiques. Un demi- I siècle plus tard, Boulainvilliers écrivait : |
« La manufacture de Sedan est sans contredit la plus considérable du royaume; elle est de deux cent soixante métiers pour les draps fins, dont la beauté et la perfection approchent tellement des draps d'Angleterre et de Hollande qu'on a peine à les distinguer. » L'industrie sedanaise n'a pas cessé, depuis cette époque, de progresser, et ses draps, notamment ses draps noirs unis, défient toute rivalité par la beauté et la solidité de la nuance. Jusque vers 1834, on n'avait guère fabriqué que des étofîes unies; mais à cette époque, et pour répondre aux fantaisies de la mode, un des plus grands et des plus habiles fabricants de Sedan, M. Bonjean, imagina de marier, sur une même étoffe, les diverses nuances entre elles, à l'aide de procédés de tissage que les machines dont il pouvait disposer lui permirent d'exécuter sans trop de difficultés. Aujourd'hui les tissus de fantaisie de Sedan, supérieurs à tout ce qui se fait dans ce genre, sont, comme ses draps, des tissus d'une qualité admirable. On aura une idée des débouchés que cette fabrication nouvelle ouvre à l'industrie drapière quand nous aurons dit que Sedan exporte annuellement 1500 pièces de nouveautés contre 150 qu'elle exportait en 1841; et l'on ne doit pas oublier que cet article, par sa supériorité meme, ne convient guère à la masse des consommateurs. Le drap velours, qui rivalise aujourd'hui de souplesse avec le velours de soie, est aussi d'invention sedanaise. Sedan, dont la fabrication en tissus occupe seule plus de 6000 ouvriers tant dans la ville que dans les environs, produit des draps noirs et des draps de couleurs diverses, des étoffes dites à paletots, des façonnés noirs pour l'été et pour l'hiver , des casimirs et des satins noirs, forts et zéphirs. Le capital absorbé par la fabrication des draps, seulement en bâtiments, usines et machines, est évalué à 70 ou 80 millions de fr. La masse des affaires, qui roule sur 18 à 20 millions de fr., exige un capital presque égal à cette somme. Il se livre chaque année au commerce 28 à 30 000 pièces de draps noirs, casimirs, cuirs-laines, etc. 30 ou 40 filatures, établies sur les cours d'eau voisins de la ville, préparent la matière première pour le tissage. Parmi les maisons les plus importantes nous citerons les maisons Cunin-Gridaine, Louis et Robert Bacot, Bertéche, de Moutagnac, de la Brosse frères, etc.
! Le commerce et l'industrie de Sedan ne
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se bornent pas à la draperie etanx autres tissus de laine; cette ville a encore des filatures de laine, des teintureries, des fabriques de cardes, des tanneries renommées, etc. Enûn, l'industrie métallurgique, qui emploie presque autant d'ouvriers que les manufactures de draps, est largement représentée dans les villages des environs où se fabriquent des fontes moulées, des projectiles, des enclumes, des fléaux de balances, des éperons, des clous, des ouvrages en tôle, etc.
Sedan possède une chambre consultative des arts et manufactures, une chambre consultative d'agriculture, une succursale de la Banque de France, des sociétés de secours mutuels et de prévoyance pour lesquelles les manufacturiers versent une somme égale à la moitié de celle provenant des cotisations des ouvriers, et plusieurs autres sociétés de bienfaisance; etc.
[A 8 kil. au S. de Sedan, se trouve près de Chevenge, v. de 655 hab., le bois de la Marfée, au S. duquel (1500 met. S. E. de Chevenges) fut livré, en 1641, le combat de la Marfée dans lequel les troupes royales, que commandaient le maréchal de Châtillon et Fabert, furent défaites par le duc de Bouillon et le comte de Soissons révoltés contre l'autorité de Louis XIII, ou plutôt de Richelieu. Le combat fut sanglant, et le comte de Soissons y perdit la vie.
Excursion à Bouillon (16 kil.; service de voitures publiques. — V. 17tinéraire descriptif de la Belgique, par A. J. Du Pays; Hachette et Cie).]
De Sedan à Commercy, par Stenay, Verdun et Saint- .Mihiel,R. 117; — à Paris, par Mézières et Reims, R. 129 et 131.
On côtoie quelque temps la rive g.
de la Meuse que Ton franchit sur un pont d'une exécution remarquable, un peu avant d'arriver à
22 kil. Bazeilles, v. de 2048 hab., situé au milieu de belles plantations de peupliers, sur la roule de terre de
Sedan à Montmédy, à 1 kil. environ de la rive dr. de la Meuse dont il est séparé par le chemin de fer (fabriques de draps et fouleries, forges et fabrique de tôles). Le château où Turenne passa sa première enfance existe encore et a été transformé en fabrique. — Le château dit de Montviller est moderne.
Au delà de Bazeilles, la voie ferrée quitte la vallée de la Meuse, pour pénétrer dans celle de la Chiers, et longe constamment jusqu'à Longuyon tantôt la rive dr., tantôt la rive g. de cette rivière, qui traverse en général une campagne peu accidentée, mais riante, où s'étendent de belles prairies ornées de nombreuses plantations d'arbres, et surtout de peupliers.
La Chiers, qui prend sa source à 7 kil. de la frontière de France, dans le Luxembourg, se jette dans la Meuse, à 1 kil. environ au S. du chemin de fer, entre Bazeilles et
26 kil. Douzy, v. de 1490 hab., sur la rive dr. de la Chiers ( filatures, forges et sucreries). Ce village était, au xii' s., défendu par un château fort, dont il ne reste rien, et par une enceinte de murailles et de fossés. Il a été tenu deux conciles à Douzy, l'un en 871 et l'autre en 874.
[Corresp. pour (9 kil.) Mouzon (R.
Le chemin de fer passe entre la Chiers (à dr.) et la route de terre de Sedan à Montmédy, qu'il continue de longer (à g.).
29 kil. Pouru-Rrevilly. Cette station dessert à la fois :
Pouru-Saint-Remy, v. de 1328 hab., situé à 500 mèt. environ à g. du chemin de fer (forges, filature et papeterie), et Rrevilly, v. de 437 hab , près de la rive g. de la Chiers (beaux établissements métallurgiques avec forges , fourneaux et fonderie ; importante foulerie de draps; exploitation de minerai de fer) . — On découvre au loin, à g. sur une hauteur, le château de Reméhan.
33kil.Sachy (halte), V. de 212 hab., à g. du chemin de fer.
On aperçoit à dr., sur la rive g. de la Chiers, Tetaigne, v. de 235 hab., riche localité qui eut beaucoup à souffrir des guerres de la Fronde. Après avoir laissé à dr. une usine métallurgique et franchi un petit affluent canalisé de la Chiers, on atteint
38 kil. Carignan (hôt. de la Gare), cb.-l. de c, V. de 2051 hab., située dans une position assez pittoresque au pied de hauteurs, sur la rive dr.
de la Chiers, à g. du chemin de fer, qui passe entre la rivière et la ville.
Carignan ne porte ce nom que depuis 1662; jusque-là elle était connue sous celui d'Yvois. Yvois (Epoissium, Epusum ou Ivosium) formait une station militaire des Romains, mentionnée dans l'itinéraire d'Antonin; elle ne parait pas d'ailleurs avoir joué alors un rôle important. Après avoir passé en différentes mains et être devenue une seigneurie féodale, Yvois appartenait, en 955, aux archevêques de Trêves. En 1024 , l'empereur d'Allemagne Henri II et le roi de France Robert s'y réunirent, afln de rechercher les moyens d'affermir la paix entre les deux pays. — Yvois eut successivement plusieurs possesseurs; au xv* s., elle appartenait à la maison de Bourgogne, d'où elle passa dans la maison d'Autriche, à la mort de Charles le Téméraire. Pendant les luttes de Charles- Quint et de la France , au xvi« s., elle fut plusieurs fois assiégée, prise et reprise par les deux partis, et enûn acquise à l'Espagne par le traité de Câteau-Cambrésis; elle fut alors démantelée; mais ses fortifications ne tardèrent pas à être relevées. En 1636, elle fut de nouveau assiégée et occupée à deux reprises par les Français; la seconde fois, Louis XIII, qui accusait les habitants d'avoir appelé les Espagnols à leur aide, les chassa de la ville, dont il fit détruire les fortifications sous ses yeux. Le traité des Pyrénées céda définitivement Yvois à la France. Louis XIV ordonna d'en relever les fortifications et, touché de la situation misérable à laquelle la guerre avait réduit la ville, il lui accorda divers privilèges et exemptions d'impôts. Il la donna, à titre de seigneurie, à Eugène Maurice, comte de Soissons, fils du prince de Carignan, et l'année suivante (1662) des lettres patentes assignèrent à Yvois le nom que
cette ville a porté depuis cette époque. Acquis, à la mort de Victor-Amédée de Savoie, duc de Carignan , par le duc de Penthièvre, le duché de Carignan passa, en 1769, dans la maison d'Orléans, par le mariage de Louise-Marie de Penthièvre avec le duc de Chartres.
Carignan possède une église du xiv* s. et quelques restes de ses anciennes fortifications, notamment une charmante tourelle en encorbellement, que Ton aperçoit à g. du chemin de fer en entrant dans la gare.
Cette ville est aujourd'hui un centre important industriel, qui renferme des filatures , des fouleries de draps, des laminoirs et des fabriques de pointes et d'épingles; il s'y exploite de la terre à briques, à tuiles et à poteries.
40 kil. Blagny (halte), v. de 350 hab., situé à g. du chemin de fer, sur la rive dr. de la Chiers (filatures, fouleries de draps, laminoirs, carrières de moellons et de chaux).
A g., on longe un coteau qui domine la. Chiers; à dr., la vue s'étend au delà de cette rivière, sur de vastes plaines comprises entre la Chiers et la Meuse. A la suite de quelques tranchées, on franchit la Marche, affluent de la Chiers.
46 kil. Margut, v. de 651 hab., situé à dr. de la voie ferrée sur la Marche, à 500 ou 600 met. au-dessus de l'embouchure de ce cours d'eau dans la Chiers, dont le chemin de fer s'écarte un instant. Il possède une église moderne, une usine métallurgique, une exploitation de minerai de fer et de marnes pyriteuses.
On dépasse, & dr., la Fertê, v. de 464 hab. (fabriques et fouleries de draps; ferronnerie; exploitation de minerai de fer et de marnes sulfureuses), sur la rive dr. de la Chiers.
au bas du versant O. de la côte de Saint-Walfroy (354 mèt. d'altit.). Ce village, qui avait autrefois titre de ville , était fortifié. Il fut assiégé en 1637 par le maréchal de Châlillon, qui, après s'en être emparé, fit