ÉPERNAY
ferme-t-elle guère que des édifices de construction moderne. A peine y rencontre-t-on quelques traces du passé, et encore ne remontent-elles pas au delà du xvie s.
L'église paroissiale, construite il y a environ vingt-cinq ans, en remplacement d'une église gothique qui ne suffisait plus aux besoins du culte, appartient au style italien. Sa principale façade est décorée d'un portique d'ordre dorique. A l'intérieur, elle présente une nef et deux collatéraux, séparés par des piliers carrés, qui supportent de larges arcades en plein cintre. Au-dessus des travées rè<rne, autour de la nef, une large galerie. Derrière le chœur, vaste et bien éclairé, se trouve une grande chapelle en abside, dédiée à la Vierge, et éclairée d'en haut par un jour céleste. A défaut d'originalité, ce grand vaisseau, dont la distribution est harmonieuse, où la lumière est abondamment répandue, et qui rappelle jusqu'à un certain point par ses dispositions l'intérieur de l'église Saint-Roch à Paris, produit un effet très-satisfaisant. On remarquera à l'intérieur quelques beaux vitraux de la Renaissance qui représentent Noé foulant le raisin. — Il ne reste plus de l'ancienne église qu'un portail latéral du xvie s. , s'ouvrant dans l'aile septentrionale. Cette entrée (mon.
hist.) d'un goût charmant, se compose d'un fronton soutenu par deux ordres de colonnes élégantes superposés , encadrant un arc en plein cintre sous lequel se trouve la port% dont les deux battants viennent s'appuyer à un joli pendentif. Malheureusement ce portail est situé dans une rue étroite, et les maisons voisines, sans le cacher, ne lui laissent pas tout son effet de perspective.
Le palais de justice, bâti au haut de la promenade du Jars, dont il domine les allées , vient à peine d'être terminé. Sa façade, à laquelle on monte par un la'rge perron , se compose d'un rez-de-chaussée et d'un
premier étage. Elle comprend un corps de logis central et deux pavillons extrêmes que relient deux ailes de bâtiment légèrement en retraite.
Le premier étage est décoré d'une ordonnance de colonnes et de pilastres du style corinthien. L'ensemble offre un aspect assez grandiose.
^bibliothèque publique, qui compte 13000 vol., le collège, le théâtre, la sous-préfecture et Vhospice n'ont aucun intérêt architectural.
Parmi les édifices d'une date plus reculée, nous citerons : — la chapelle Saint-Laurent, le monument le plus ancien de la ville; — les restes d'une construction du xvi« s. (1520 à 1530), élevée par Louise de Savoie; — et enfin deux tours qui ont fait partie des anciennes fortifications, mais dont le style d'un caractère médiocre ne semble pas indiquer une date bien reculée. Elles se trouvent à l'entrée d'une rue qui s'ouvre dans le voisinage du Jars, presque en face du faubourg de la Folie.
Ce faubourg, qui sans doute doit son nom aux splend ides habitations que les roisdu commercedu vin deChampagne s'y sont fait élever, est un des plus beaux et des plus curieux quartiers d'Êpernay. De chaque côté, en effet, il est bordé de magnifiques maisons dont quelques-unes méritent sans contredit le nom de château. A g., ce sont notamment les demeures princières de M. Auban, de M. Moet, de M. Perier; à dr. l'établissement de M. Pipre. On remarquera principalement les demeures de MM. Perier et Pipre, bâties en briques avec chaînage en pierres, dans le style le plus riche de la Renaissance. Les maisons du côté g. du faubourg, dominant la vallée, offrent, de leurs jardins en terrasses, une vue magnifique, qui comprend dans son vaste horizon les clos les plus renommés de la Champagne. En remontant jusqu'au haut le faubourg de la Folie, au point où s'arrêtent les deux lignes d'hôtels, on embrasse dans son plus grand développement
ce beau panorama , sur les premiers plans duquel on aperçoit, au bas des coteaux qui s'étendent sur la rive dr.
de la Marne, Aï, Mareuil, Dizy, Cumières, entourés de leurs riches vignobles, et auxquels Épernay se rattache par un pont en pierres, jeté sur la Marne. Un peu en arrière s'élève à mi-côte Bouzy, dont les vins ont une réputation méritée, et enfin, en remontant encore le coteau, le regard rencontre la forêt de Reims comme limite et cadre du paysage.
Nous avons dit qu'Épernay est le centre principal du commerce du vin de Champagne. Pour se rendre compte exactement de l'importance de cette industrie, il faut visiter les caves immenses, pratiquées dans un roc crayeux , où se conservent les précieux vins, en bouteilles rangées par centaines de mille. Le territoire d'Épernay ne contient, il est vrai, que 329 hectares de vignes; maison estime à 5 millions le nombre des bouteilles de vin de Champagne entreposées annuellement dans les caves d'Épernay 800000 environ proviennent du territoire même de la ville ; le surplus est acheté aux environs.
C'est principalement dans l'arrond.
d'Épernay et dans celui de Reims, sur la ligne de coteaux dite Montagne de Reims et qui s'étend de Reims à Châlons, en séparant la Marne de la Vesle, que sont situés les crus les plus renommés de la Champagne.
D'un côté, sur le versant qui descend vers la Vesle, ce sont les vins de Sillery, fournis par le commerce de Sillery et par celui de Ludis, de Mailly, deVerzenayet de Verzy (R. 136); les pentes qui s'abaissent sur la Marne produisent les vins d'Aï, de Mareuil, de Bouzy, de Pierry, d'Êpinay, etc., dits vins de rivière. Enfin , outre les vins bancs, pétillants et mousseux, la Champagne produit encore des vins rouges de table de Bouzy, dont les crus les plus estimés, en dehors de ceux que nous avons précédemment indiqués, sont les vignobles de Tail- |
lis, de Cumières, d'Hautvilliers, de Vertus. Les vins de Champagne doivent leur délicatesse, leur saveur piquante, leur mousse pétillante nonseulement au sol sec, léger, pierreux qui les produit, mais aussi aux procédés très-soignés de fabrication dont ils sont l'objet, fabrication qui exige des travaux spéciaux, nécessite de véritables usines, et dont le grand atelier se trouve à Épernay. On compte en outre dans cette ville de nombreuses fabriques de bouchons et de poteries, de-» briqueteries, des vanneries et des tonnelleries.
C'est à Dizy, entre Cumières et Épernay, que s'arrête et descend en rivière le canal latéral ouvert depuis Vitry-le-François pour l'amélioration de la navigation de la Marne, dont il longe constamment la rive dr.
Le canal latéral A la Marne, entrepris en vertu de la loi du 19 juillet 1837, a depuis Vitry-le-François, son point de départ, jusqu'à Dizy, une longueur de 63 100 mèt. Il abrège de 31 900 mèt. la navigation du cours naturel de la Marne, dont la longueur est de 99 000 mèt. et qui n'offrait aux bateaux qu'un mouillage de 15 cent, à l'étiage, sur les nombreux hauts-fonds
3ui s'y rencontrent. Il a coûté 8 millions e fr. et a été livré en 1845 à la navigation. Un barrage avait été antérieurement construit près de Châlons pour jeter les eaux de la Marne dans les deux bras qui traversent la ville. Les bateaux en franchissaient la chute au moyen d'une écluse placée dans l'ancien canal de dérivation, qui allait retomber dans la Marne, près de Saint-Martin-sur-le-Pré, après avoir contourné la ville. Le canal latéral à la Marne emprunte une partie de cette Hérivation et l'écluse. La pente du canal est de 28 mèt. 7 cent., rachetée par 14 écluses d'une largeur de 5 mèt. 20 cent, et d'une longueur, de buse en buse, de 28 mèt. 50 cent. — La hauteur des ponts au-dessus du plan d'eau est de 4 mèt.
40 cent. — Le tirant d'eau normal, inférieur presque toujours au tirant d'eau effectif, est de l mèt. 60 cent. — Les bateaux portent en moyenne 80 tonnes et au maximum 100; ils sont tirés au moyen de chevaux. La durée du parcours entre Vitry-le-François et Dizy, est de deux à trois jours.
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