ROUTE 1] ÉPERNAY. — JAALONS-LES-VIGNES
[Corresp. pour (44 kil.) Sézanne, par (18 kil.) Montmort (R. 16).]
D'Êpernay à Nogent-sur-Seinc, R. 16; — à Troyes, R. 17; — à Givet, par Reims, Rethel etMézières, R. 131.
A Énernay les voyageurs qui se rendent soit à Reims soit à Mézières doivent s'arrêter pour changer de voitures. Toutefois, ce n'est qu'à 500 mèt. environ au delà d'Êpernay que l'embranchement se détache effectivement du tronc commun pour se porter au N., tandis que la ligne principale se continue à TE. vers Châlons.
Lorsque l'on a dépassé la bifurcation, on entre dans une longue et large plaine. Bientôt on aperçoit, à dr., l'église ogivale de Chouilly (982 hab.), village situé sur une dérivation de la Somme-Soude, que domine la montagne de Saran, de Cramant et d'Avize dont les vins sont assez estimés.
148 kil. Oiry-Mareuil, v. de 313 hab., à dr. du chemin de fer, sur un bras dérivé de la Somme-Soude.
[Corresp. pour : — (7 kil.) Avize, ch.-l. de c. de 1870 hab. Avize possède une église du xv* s., surmontée d'une flèche très-élevée; on remarque à l'intérieur de l'édifice des voûtes offrant des nervures nombreuses et hardies et des consoles représentant des personnages grotesques. Une belle fontaine orne la place publique. Du haut de la montagne qui domine le village, on jouit d'une belle vue. Les vins blancs d'Avize sont très-recherchés. — (11 kil.) le Mesnil-sur-Oger (1246 hab. ; église gothique des xr* et xm* s.; le transsept et le portail latéral du S. sont de la Renaissance; les grilles du chœur, les boiseries du sanctuaire et le maître-autel , datant du xvii* s., proviennent de l'ancienne église de Saint-Germain, à Châlons); — (15 kil.) Vertus, V. de 2469 hab. , au pied de collines boisées, à la source de laBerte. Le Mont-Aimé (240 mèt. d'altit.) domine cette ville, dont V église du xi* s. (mon hist.), récemment restaurée, avec un portail ogival , possède
une crypte curieuse divisée en trois compartiments. EUe renferme des statues et des pierres tumulaires. Des anciennes fortifications de la ville, il ne reste qu'une porte. J
Au delà d'Oiry, le paysage commence à perdre de son caractère pittoresque. Ce ne sont pas encore les terres sèches et tristes que l'on rencontre entre Châlons et Sainte-Menehould; mais les coteaux si riants d'Êpernay s'effacent de plus en plus sur la g. pour faire place à une large plaine faiblement ondulée. Le cours de la Marne, des prairies bien arrosées, des bouquets de bois, trop rares, et de grandes lignes de peupliers conservent encore à la campagne un aspect agréable, mais non exempt de monotonie. Sur la dr. se dressent à l'horizon les grands arbres de la route d'Allemagne qui , depuis Château- Thierry, reste constamment à une faible distance du chemin de fer en partie sur des collines crayeuses. On laisse, à dr., Plivot (528 hab.), Âthis (758 hab.), sur un bras de la Soude, à g., Cherville (81 hab.).
159 kil. Jaalons-les- Vignes, v. de 578 hab., situé sur la Somme-Soude, un peu au-dessus de son confluent avec la Marne. L'église y flanquée d'une tour carrée, que surmonte un beau clocher roman, renferme une crypte du vn« s., formée d'une petite salle voûtée en berceau, éclairée par une double ouverture, et soutenue par deux colonnes et par deux piliers carrés.
On franchit la Somme-Soude, et l'on dépasse successivement à g., au milieu de prairies baignées par la Marne, entre la rivière et le chemin de fer, Aulnay, v. de 345 hab.» dont on remarque l'église romane-ogivale, à trois nefs, avec un triforium et des chapelles latérales; — àdr., Matougues (428 hab.), qui possède un pont sur la Marne et une église où se mêlent les stvles desxii*, xvi* et xvu*s. — Saint-Gibrien (123 hab.); — Fa-
DE PABTS A
ynièrei (765 hab.) , où se voient un ancien château transformé en maison de campagne, et une église des xii* et xv* s. , qui renferme des fonts baptismaux curieux. — Enfin, on laisse à g. ( 1 kil. on deçà de Châlons) rembranchement du camp de Châlons et de Reims (R. 130).
173 kil. Ghâlons-sur-Marne (buffet à la gare ; hôi. : de la Cloche-d'Or, de ta Haute-Hère-Dieu), V. de 16675 hab., ch.-l. du départ, de la Marne et de la 4' division militaire, siège d'un évêché, est située sur les rivières de Mau, de Nau et de la Marne. En 1776, on a éloigné la Marne de la ville, en lui creusant un nouveau lit à 20 mèt.
de l'enceinte, et son ancien lit forme maintenant un canal. 22 ponts facilitent les communications ; le pont voisin du chemin de fer est d'une construction remarquable, l'arche du milieu a 26 mèt. d'ouverture.
Châlons, entourée de belles plantations, parmi lesquelles la promenade du Jard tient le premier rang, s'annonce au loin par les flèches élanceés deses principales églises et présente tout l'aspect d'une grande ville. On y entre par un beau pont en pierre aboutissant à une place demicirculaire du milieu de laquelle part, en ligne droite, la belle me de Marne, qui, par son extrémité opposée, débouche sur la place de VHôtel-de- Ville. Mais les autres quartiers, coupés de rues étroites et irrégulières, ne répondent pas à cette première impression. La plupart des maisons sont construites en plâtre mêlé de pierres légères et soutenues par un bâtis en poutres qui dessinent des figures bizarres sur la façade, dont le premier étage surplombe souvent sur la rue. Ce genre de construction est très-répandu dans toute la Champagne.
Châlons date d'une époque fort reculée; c'était déjà une ville importante quand saint Memmiey prêcha le christianisme au m» s.; au v», elle fut le théâtre de la défaite d'Attila (45t) ; saint Bernard y prêcha
la croisade en 1147 ; les Anglais essayèrent vainement de s'en emparer en 1429 et en 1431. Le parlement de Paris y siégea en 1589; Napoléon en fit son quartier général en 1814; enfin les Alliés s'emparèrent deux fois de cette ville, à laquelle le second empire a donné une certaine vie par la création d'un camp à Mourmeion (24 kil.).
Châlons est ta patrie des deux médecins Akakia, père et fils, médecins de François l«r et d'Henri III ; de Nicolas Perrot d'Ablancourt, membre de l'Académie française; du savant antiquaire Claude du Moulinet, organisateur de la bibliothèque Sainte-Geneviève; de François Blondel, le célèbre architecte de la porte Saint-Denis ; du peintre-verrier Claude Henriet; du peintre Claude Aubriet; des graveurs Joseph et Charles Varin ; de la fameuse Marion Delorme; des généraux Camus, de Sainte-Suzanne, Herbillon, etc.
La cathédrale (mon. bist.) , dédiée à saint Étienne et bâtie sur remplacement d'un temple d'Apollon et d'une chapelle du v# s., est encore, malgré plusieurs incendies, un beau monument du xin* s. ; la tour du N.
remonte même au xu°s. ; les chapelles et le collatéral du chœur datent du xiv*. En 1 624, l'église fut augmentée de deux travées; alors aussi fut construit 13 portail actuel, du style gréco-romain.
En 1520, l'évêque Gilles de Luxembourg avi'it fait élever, sur la tour du N., une grande et belle flèche en bois, qui fut entièrement détruite par un incendie en 1668 et dont l'écroulement ruina en partie les voûtes du chœ'ir. Louis XIV fit alors construire, sur les deux tours du N. et du S., deux flèches en pierre, qu'il fallut démolir et reconstruire en 1821. Ces travaux, exécutés sans que l'on se fût assuré de la solidité des tours, compromirent de nouveau la sécurité du monument, et, en 1853, les nouveaux clochers durent être une seconde fois démolis.
L'extérieur de la cathédrale a eu bien à souffrir des incendies et des restaurations maladroites ; on y voit cependant encore quelques belles parties.
L'intérieur, plus intéressant, renferme:
un riche maître-autel, surmonté d'un
CHÀLONS-SUR-MARNE.
baldaquin que supportent six colonnes de marbre; plusieurs chapelles curieuses (à l'abside) ; de beaux restes de vitraux des xni*, xiv*, xv* et xvi- s. (M. Êdouard de Barthélémy en a donné, en 1858, une intéressante description) ; deux tableaux de Louis Boullongne {Jésus - Christ au jardin des Oliviers, Jétus -Christ et la Samaritaine), un tableau (retouché) du xv* s. (la Consécration de la cathédrale par le pape Eugène III), un buffet d'orgues moderne (1852). Le pavé est presque entièrement formé de pierres tombales du xme au xvie s.
Notre-Dame, bâtie en bois par saint Alpin au ve s., a été reconstruite de 1158 à 1322. Ces dates indiquent que le style roman et le style ogival s'y trouvent réunis. Le porche du midi a été achevé en 1469. Mutilée pendant la Révolution, cette belle église, classée parmi les monuments historiques, est en voie de restauration. Trois de ses flèches avaient étédétruites; l'une a été déjà reconstruite, grâce à l'activité du curé, M. Champenois. L'intérieur, trop badigeonné jadis, a été nettoyé avec autant de soin que de goût; le sol a été abaissé à son ancien niveau. Nous signalerons , à l'extérieur, la décoration générale; à l'intérieur, les grandes tribunes du chœur et de la net, la petite galerie qui la domine, la richesse et la variété des chapiteaux de la nef, de belles pierres tombales, et de magnifiques vitraux du xvie s. Parmi les verrières du collatéral du N., qui sont supérieures à celles du S., on remarque surtout celles qui représentent V Assomption de la Vierge et la Bataille de las Naras de Tolosa, gagnée par les Espagnols sur les Maures, en 1212, grâce à l'intervention miraculeuse de saint Jacques. L'église Notre-bame conserve de beaux canons d'autel, dessinés et donnés en 1753 par le chevalier de la Touche, mort sur la paroisse Notre-Dame, en 1781.
Saint-Alpin (mon. bist., édifice des xiie, xve et xvie s.) possède, outre
de beaux vitraux du xvi* s., un Christ, d'Albert Durer, et plusieurs tableaux des frères Bassan.
Saint-Loup, édifice du xve s. avec un portail du xvne s., renferme un beau triptyque de l'Adoration des Mages, dont la peinture intérieure est attribuée au Primatice, une sainte Madeleine morte, de Simon Vouet, et une statue en bois du xvie s., représentant Saint Christophe.
Saint- Jean date des xne, xiv#, xve et xvne s. On y remarque, à g-, dans la nef du milieu, un Saint Sébastien, martyr, par Philippe de Champaigne.
La chapelle Sainte - Pudentienne (dans le faubourg du même nom) , reconstruite après la Révolution , est le but d'un pèlerinage qui attire, diton, plus de 50 000 personnes au mois de mai de chaque année.
Vhôtel de ville, dont les motifs d'architecture se rapportent aux styles dorique, ionique et toscan, a été élevé en 1771 , sur remplacement d'une charmante construction du xvie s., dont la façade a été gravée par Varin, en 1 773 (cette planche est conservée à Châlons). Le tribunal civil et le tribunal de commerce occupent une partie de l'hôtel de ville.
La bibliothèque publique, riche de 25000 vol. environ (quelques manuscrits), occupe le petit hôtel de ville. Quelques échantillons de minéralogie, de conchyliologie, de botanique et de zoologie ont été réunis à la bibliothèque.
La préfecture, ancien hôtel de l'Intendance, a été bâtie de 1759 à 1764, entre cour et jardin, et agrandie en 1846 et 1847. Elle renferme les archives départementales, l'une des collections les plus importantes de la France (cartulaire de l'abbaye de Saint-Remy, de Reims) .
Nous mentionnerons encore : Vhôpital, commencé en 1572 et terminé seulement depuis quelques années ; — l'ancienne abbaye de Toussainis, récemment restaurée pour l'École normale ; — la caserne de cavalerie, qui
DE PARTS A
occupe remplacement de l'ancienne abbaye de Saint- Pierre ; — V école des Arts-et-Métiers (300 élèves), établie dans l'ancien séminaire et possédant, outre de belles collections industrielles ou scientifiques, une élégante chapelle d'ordre corinthien (on peut visiter cet établissement avec l'autorisation du directeur) ; — le collège, ancienne maison des Jésuites, dont la chapelle offre une réduction presque complète de l'église Saint-Paul de Paris; — le théâtre, construit en 1771 et restauré en 1 840 ; — la manutention militaire , installée dans l'ancien couvent de Vinetz (xvin* s.) ; — la porte Sainte-Croix , arc de triomphe inachevé, élevé en 1770, à l'extrémité de la rue du même nom, dans la direction de Vitry; — le pont des Archers (xvn« et xvin» s.) ; — le pont de l'arche Mauvilain, construit en 1550 ; — la petite tourelle du bastion d'Aumale; — le Jard, magnifique promenade d'une superficie de près de 8 hectares, bordant le canal de la Marne, et coupée de nombreuses allées entremêlées de pelouses de gazon.
Les étrangers qui s'arrêteront àChâlons ne devront pas manquer de visiter 1 établissement de M. Jacquesson, négociant en vins de Champagne, dont les caves ont un développement de plus de 10 kilom. et renferment plus de 3 millions de bouteilles.
On trouve, comme nous l'avons dit, dans les anciennes rues de Châlons, quelques vieilles maisons à pignon saillants, à petits vitraux enchâssés dans du plomb. Une d élies, rue Vivier, porte des écussons armoriés sur les extrémitéi de ses poutres saillantes.
A Chàlons les voyageurs en destination du camp changent de voitures.
[Excursions : — à (8 kil.) Notre- Dame-de l'Épine (R. 109); — à (12 kil.) Courtisols (R. 109).
Corresp. pour : — (86 kil.)Verdun, par (42 kil.) Sainte-Menehould et (56 kil.) Clermont-en-Argonne (R. 109); —
(70kil.) Varennes (R. 112), par (56 kil.) Vienne- le- Chût eau (1872 hab. ; église du xv* s.; maisons du xvr s., en bois).
Service de voitures publiques pour (150 kil.) Metz (R. 109) .J
Châlons-sur-Marne à Coulommiers, R. 10; — à la Ferté-sous Jouarre, par Montmirail, r. 14; — à Troyes. R. 18; — à Meta, par Saint-Menehould et Verdun, R. loy ;— à vouziers, R. ho ; — au camp de Châlons, R. 130; — à Reims, R. 136.
Au sortir de la gare de Châlons, le chemin de fer, décrivant une trèsforte courbe dans la direction du S. E. , continue de longer la Marne et le canal latéral qu'il a constamment à g. Au delà de la Marne, qui forme de nombreuses îles vertes et boisées, s'étend, jusqu'aux abords de Bar-le- Duc, une plaine immense. Adr. on longe un coteau crayeux d'un aspect assez triste, mais où s'élèvent quelques plantations de sapins. Ce coteau ne tarde pas à s'abaisser et la plaine s'étend aussi de ce côté. On y aperçoit alors de jolies maisons de campagne, dont quelques-unes, entourées de beaux et grands parcs, méritent le nom de châteaux. A g., et jusqu'à Vitry - le -François , les villages situés au delà de la Marne et du canal latéral sont presque complètement cachés à la vue; mais, à dr., on passe assez près de Compertrix (139 hab.), où se montre le château moderne de Beaur égard ; — de Coolus (136 hab. ; château du xvin0 s.) ; — de Sogny-aux-Moulins (119 hab.); — de Mairy- sur-Marne (338 hab. ; château du xvn* s. avec un parc dessiné par le Nôtre) ; — de Thogny-aux- bœufs (333 hab.); — et de Vouciennes (66 hab.).
188 kil. Vitry-la- Ville, v. de 231 hab., sur Tlsson, àdr. de la voie, possède une église ogivale, offrant quelques détails intéressants, et un château du Xvn' s. (belle collection d'ornithologie), entouré de fossés et de jardins dessinés par le Nôtre.
Du môme côté se montrent encore plusieurs villages; les principaux sont :